V. Paris sous Philippe VI, dit de Valois
^ Phihppe VI, fils de Charles, comte de Valois, lequel Charles était troisième fils de Philippe le Hardi, fut, à la mort du roi Charles IV, déclaré régent du royaume, et deux mois après, le"^ 1er avrif 1328, lorsque la reine fut accouchée d'une fille, on le proclama roi de France. Il est le premier roi de la branche collatérale des Valois.
(1) le Franc Archer de la vraie église, liv. 2, p. 910. '
Ce roi, sans jugement, sans caractère, cédait aveuglément à la volonté de ses courtisans perfides , volonté qu'il croyait être la sienne. Trahi dans sa cour, trahi à la guerre, il fut partout malheureux. Son malheur fut l'ouvrage des circonstances qu'il nesut pas dominer, et de son caractère brouillon et irritable qu'il n'eut jamais la force de maîtriser. Il alluma par sa conduite impolitique, entre la France et l'Angleterre, une guerre qui causa plusieurs siècles de maux. Dans les années 1343 et 134 4, il fit, pour cause de trahison, décapiter aux Halles de Paris, ou bannir du royaume plusieurs chevaliers puissants. Il donna lui-même l'ordre de leur exécution (1).
Il crut faire un acte de sagesse ; il accrut le nombre et la haine de ses ennemis. Le trait suivant le caractérise encore. En 1336, il s'engagea pour la croisade, et, autorisé par la famine, il leva, pour cette expédition, des sommes considérables sur les biens du clergé; il ne fît point l'expédition, et ne restitua point ces sommes.
Il augmenta la charge des impôts, dont
(1) Godefroi de Harcourt fut, par arrêt du parlement, du 19 juillet 1343, banni du royaume^ et ses biens furent coutisqués.
Olivier, sire de Clisson, chevalier, fut décapité aux Halles de Paris, le 2 août 1343, par jugement du roi.
Messire Raoul Patris, chevalier, et Pierre de Preais, écuyer, furent bannis, et leurs biens confisqués, le 2 octobre de la même année.
Le 29 novembre 1343, furent décapités, aux Halles de Paris, sept chevaliers et trois écuyers.
Le 1er décembre, l'épouse d'Olivier de Clisson, son écuyer et deux châtelains, n'ayant pu être saisis, furent bannis du royaume, et eurent leurs biens confisqués.
Le 3 avril 1344, trois chevaliers, traîtres au roi, meurtriers et larrons, furent décapités aux Halles de Paris.
Le 12 octobre 1344, maître Henri de Malestroit, chapelain du pape, maître des requêtes deThôtel, fut, pour la même affaire, lié sur un tombereau, avec une couronne en parchemin sur la tête, promené dans les rues de Paris, et condamné à une prison perpétuelle, au pain de douleur et à l'eau de tristesse. Il y eut plusieurs autres prisonniers décapités. ( Registres criminels du parlement. )
socs PHILIPPE VI
le peuple était déjà accablé. Ses guerres continuelles et malheureuses amenèrent des maladies, et bientôt une contagion qu'on nomma la peste. Ces calamités plongèrent les sujets de ce roi dans un abîme de maux, et dépeuplèrent la France. Son règne ressemblait à ceux de la fin de la seconde race ou du commencement de la troisième. Pendant que la famine, la peste et la mortalité se faisaient sentir, la cour de ce roi n'ofiVait que des fêtes, des danses et des tournois. Elle semblait insulter aux malheurs publics qu'elle avait causés. Philippe VJ, sans être un très méchant homme, fut un très mauvais roi. Il mourut le 22 août 1350. La France ne lui doit aucune reconnaissance, et Paris aucune institution utile. Voici celles qui, sans sa participation et pendant son règne, eurent lieu dans cette ville :
Sal\t-Sépulcre, église située rue Saint- Denis, no 124, fondé en 1329 par une confrérie de personnes qui avaient fait vœu de visiter la Terre-Sainte. Cette fondation, comme toutes celles du même genre, rencontra de fortes oppositions parmi les ecclésiastiques en d'gnité, et fit naître, entre le chapitre de Saint-Merri et celui de Notre-Dam^^, de longues et vives altercations. L'évèque de Paris intervint pour lanc€r son excommunication contre les fondateurs. I! fallut que les confrères entrassent en ar^-angemeut avec ces terribles adversaires. D'autre part, plusieurs curés disputèrent à la nouvelle église le droit d'avoir un cimetière, craignant que ce nouvel établissement ne leur e.nlevàt des pratiques. Il fallut encore que les fondateurs achetassent la tranquillité au prix de plusieurs concessions : il leur fallut partager avec ces prêtres les produits de l'autel, du cimetière, des offrandes, des bénédictions, etc.
En 1333, le nombre des confrères s'élevait à plus de mille : on y comptait des rois, des princes, des personnes de tous es rangs. Cet état de prospérité détermina la confrérie à faire construire une eslise plus vaste et plus honorable. Elle sollfcita la permission de iske des quêtes dans plusieurs diocèses, parvint, par ce moyen, à reunir une somme suffisante aux frais de la construction, et fit élever une ésii^eplus belle et plus vaste. Dediee en "lo26. sa construction n'était pas alors entièrement terminée, et ne le fut qu'en 1 6oo
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bette eghse se faisait remarquer par son 1 suspendre
portail, ouvrage estimé. On y voyait un bas-relief qui représentait la sépulture de Notre-Seigneur; dans l'intérieur on admirait les vitraux peints en grisailles; quelques tableaux dans les chapelles; sur le grand autel une résurrection peinte par Lebrun, et plusieurs ouvrages de sculpture. Ces confrères avaient eu l'imprudence ordinaire de placer dans leur église un clergé qui s'érigea en chapitre," et qui bientôt envahit leurs biens et leurs droits; et les confrères, quoique fondateurs, furent bientôt presque enlièremenl dépouillés par leurs créatures.
En 1672, cette maison eut le sort de celle de Saint-Jacques-de-l'Hôpiial. Le gouvernement la réunit à l'ordre de Sainte Lazare. En 1693, le même gouvernement la restitua aux chanoines, et depuis, la leur ôta pour la donner une seconde fois à l'ordre de Saint-Lazare, qui l'a conservée jusqu'en 1790, époque de la suppression de cet ordre.
En 1775, quelques individus, pour se procurer à bon marché l'apparence du mérite, s'avisèrent de faire revenir les anciennes prérogati^cG de la confrérie du Saint- Sépulcre, e: uo :humer des bulles et des titrts qui en avaient autorisé l'existence. Cette confrérie, n'étant alors composée que de bourgeois et d'artisans, fut, par allusion à leurs banquets, nommée la confrérie de l'Aloyau ; qualification peu noble, mais qui ne rebuta point nos faiseurs de projets. Ils intriguèrent à la cour, et parvinrent à s'associer plusieurs personnages puissants. Suivant leur plan, ils établissaient un nouvel ordre chevaleresque, dont M. le comte d'Artois serait le grand maître. Cet ord"edevait,se diviser en trois classes: les confrères de l'Aloyau, quoiqu'on se servît des biens et rentes de leur confrérie, n'avaient que la moindre des parts à cette distribution de gloire. Déjà un costume, des croix et aient'fa briqués pour la décoration des nouveaux chevaliers, et des grades de commandeurs repartis pour flatter l'araour-propre des plus éminents; déjà les intrigants vendaient les admissions à cet ordre, et le droit de se décorer de la croix du Saint-Sépulcre, lorsque, le 2juin 1776, e roi leur fit défense de porter le titre et la décoration de cet ordre prétendu, et ordonna la radiation des arrêts inscrits dans le registre des délibérations des nouveaux chevaliers. Cependant on parvint à faire
a certains
égards,
l'effet de
cette ordonnance royale. Les confrères de l'Aloyau intentèrent un procès aux prétendus chevaliers du Saint-Sépulcre, et ceux-ci eurent le malheur de se voir arrêtés au milieu de leur carrière chevaleresque.
Cet ordre s'est relevé en 4814 : il a paru, à Paris, en 1845, un petit volume intitulé : Précis historique de Vordre royal, hospitalier-militaire du Saint- Sépulcre de Jérusalem, par M. le comte Allemand, vice-amiral, grand officier de la Légion-d' Honneur, etc., administrateur de l'ordre.
On y trouve que le chapitre de l'ordre reçoit des chevaliers en minorité comme en majorité; qu'il en coûte 4,500 francs pour être reçu eu âge de minorité, et 300 francs pour être admis en ège de majorité.
Qu'en aucun cas les dames ne peuvent être admises à porter la croix de l'ordre, à l'exception des princesses de la famille et du sang royal.
L'admission est prononcée, et le brevet en est déhvrépar M. l'administrateur général, en vertu des pouvoirs qui lui sont accordés.
Or, ces pouvoirs lui ont été conférés par M. Lacombe du Grouzet, ancien supérieur du couvent des Grands-Gordeliers de Paris, et, en cette qualité, commissaire général des frères mineurs qui sont au mont de Sion, à Saint-Génable, à Bethléem, et autres lieux de la terre de promission : dignité qui lui donnait le droit de conférer la chevalerie ; droit dont il a usé en faveur de M. le comte Allemand.
Le même écrit porte qu'ils ont été reçus dans le cabinet de Sa Majesté, et que monseigneur le comte d'Artois a accepté avec plaisir le titre de grand maître, que les nouveaux chevaliers venaient lui offrir; maisqueSonAltesse Royale ajouta: « Qu'il « en référerait au roi, sans les ordres du- « quel il ne pouvait rien faire. »
Or, le roi venait de leur répondre qu'il voyait avec plaisir le zèle qui les animait, qu'il examinerait l'objet particulier de leur demande, et qu'il protégerait toujours les institutions utiles. C'était un refus adroitement enveloppé; car Louis XVIII ne mettait certainement pas le rétablissement de l'ordre de Saint-Lazare au rang des institutions utiles.
Le livre est terminé par la liste de MM. les chevaliers. Us sont au nombre de
onze, sans compter le cordelier et le viceamiral.
Telle était leur situation en 1815.
J'ignore ce qu'est devenue cette associa-
En 1791, une compagnie de négociants hollandais ou bataves acquit l'emplacement de l'église et autres bâtiments du Saint- Sépulcre, et y fit élever les vastes et belles' constructions appelées la Cour batave.
Saint-Julien-des-Ménétriers, église située rue Saint-Martin, n» 96. Deuxjongleurs, Jacques G rure et Hugues ou Huet le Lorrain, avant l'an 1321, fondèrent cette église, ainsi qu'un hôpital attenant ; mais ils n'y parvinrent qu'après avoir éprouvé beaucoup d'obstacles. Ils achetèrent d'abord de l'abbesse de Montmartre un emplacement, et puis, par le moyen des quêtes, ils formèrent une somme s"uffisante aux frais de la construction d'un hôpital et d'une chapelle, laquelle fut dédiée à saint Julien et à saint Genest. Ces constructions étaient terminées en 1 335. Les joyeux confrères contribuèrent, par des dons annuels, à l'entretien d'un chapelain. Le curé de Saint-Merri vint s'opposer, comme à l'ordinaire, à cet établissement : il fallut composer avec lui.
Les ménétriers ou jongleurs étrangers, passant par la ville de Paris, étaient hébergés dans cet hôpital.
Les ménétriers, jongleurs, jongleresse.< formaient alors à Paris une corporation : ils habitaient la même rue, celle dite autrefois des Jongleurs, et aujourd'hui des Ménétriers. Dès l'an 1 321 , au mois de septembre, ils avaient consolidé leur association par un règlement scellé à la prévôté de Paris : en voici la substance :
Les seuls jongleurs et ménétriers de la corporation de Paris avaient le droit de faire entendre le bruit de leur musique aux fêtes et aux noces qui se célébraient dans cette ville, et d'y rester pendant toute leur durée. Les ménétriers étrangers ne devaient point s'y présenter : s'ils s'en avisaient, ils étaient condamnés à une amende.
Ces ménétriers étaient gouvernés par un roi et par le prévôt de Saint-Julien; l'un et l'autre étaient autorisés à bannir de Paris, pendant un an et un jour, les ménétriers parisiens qui, ne faisant point partie de la corporation, et n'ayant point juré d'observer ses règlements, tenteraient d'exercer leur métier dans cette ville.
Paris. — Typographie Ucoub, rue SoufOoi, 18.
Ce règlement, attentatoire à la liberté publique, et qui gênait les habitants jusque dans leurs plaisirs, fut siené par trente-sept ménétriers, jongleurs "ou jongleresses. Parmi leurs noms on remarque œux de Pariset, ménestrel du roi, de Jauron, fils du moine, de Marguerite, la femme au moine, etc.
Tant que les confrères ménétriers n'eulent qu'un prêtre pour desservir leur cha-
SOUS PinLlPPE VI
pelle, ils furent les maîtres de leur établissement; mais ils cessèrent de l'être dès qu ils en eurent réuni plusieurs. Ces prêtres usurpèrent l'autorité dans cette maison par\inrent a faire abolir l'hôpital et se livrèrent a desdé.sordres si scandaleux qu'en 1614 l'archevêque de Paris les supprima, et les remplaça par des pères de la doctrine chrétienne. Cependant, mal-ré les usurpations, les maîtres violons de Pa-
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