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III. Paris sous le régent Henri V, roi d'Angleterre

Tous les maux d'une guerre civile, allumée entre les princes et seigneurs qui se disputaient le pouvoir, joints aux jr^aux d'une guerre étrangère, accablaient la France. Le parti des Armagnacs, au nom du dauphin, encore jeune, et le parti des Bourguignons, au nom- d'un roi en démence et d'une reine déshonorée par ses perfidies et ses débauches, torturaient la patrie, et réduisaient ses habitants au désespoir. Le duc de Bourgogne appela les Anglais au secours de son parti, et abusa tellement de l'aliénation mentale de Charles VI, que, par le traité de Troyes, du 21 mai 1420, il le fît consentir à donner Catherine, sa fille, en mariage à Henri V, roi d'Angleterre, et à reconnaître, au pré-

(1) Compendinm de Gestis Francorum , RO' berti Gaguini, lib. 11.

SOI s LK REGKNT HENRI V

judice de son propre fils, ce roi étranger pour régent du royaume et pour son héritier à la couronne.

Par ce traite, la reine Isabeau de Bavière, en sa qualité de régente de France, donne ce royaume en dot au roi d'Angleterre, comme si elle en avait le druit, comme si ce royaume était sa propriété. Cette reine avait déjà, de concert avec le duc de Bourgogne, par une déclaration de 1418, supprimé le parlement, et fait massacrer une grande partie des membres de cette cour. Le chancelier, plu.sieurs prélats, et tous ceux qui étaient demeurés fidèles au dauphin périrent. Elle créa un ! nouveau parlement composé d'hommes dé- ' voués à son parii. Ce nouveau parlement ; enregistra la déclaration de 1418, le traile I de 1420. rendit un arrêt par lequel le dau- I phin fu^ banni, exilé à jamais, et le déi clara irdigne de succéder à aucunes ter- ) res et seigneuries.

': Ces actes prolongèrent les malheurs publics. Charles VI mourut le 22 octobre 4 421 . Du mariage du roi d'Angleterre avec Catherine, fille de Charles VI, élait né un fils, qui n'avait encore que dix mois. Le roi d'Angleterre lit solennellement proclamer cet enfant roi de France. L'oncle de ce petit roi, le duc de Bedfoid, fut nommé régent du royaume de France, et le duc de Clarence. gouverneur de Paris. Dès lors, le duc de Bedford obligea tous les ordres de l'Etat à préterau jeune prince anglais serment de fidélité; et, le 9 novembre de la même ann'e 1421, on commença, dans la chancellerie du palais, à sceller au nom de cet enfant-roi, et à lire en tête des actes publics ces mots : Henri, par la grâce de Dieu, roi de France et d'Angleterre. Les Anglais, pendant près de quinze années, depuis le mois d'octobre 1421 jusqu'au mois d'avril 1436, gouvernèrent Paris et une grande paitie des provinces de France. \ oici les changements qu'éprouva cette ville pendant la domination de ces étrangers.

HÔTEL DES TouRNELLES, situé rue Saint- Antoine, en face de 1 hùlel de Saint-Paul, dans l'emplacement qui aujourd'hui est en partie occupé par la Piace-Rovcle. Pierre d'Orgemontj chancelier de France, l'avait fait bâtir vers lan 1390 : Pierre d'Oigemont, son fils, évêque de Paiis, le venait, par acte du 16 mai 1402, au duc de Berri, frère de Charles V, pour la somme de quatorze mille écus d'or. Ce duc, en

1404, le céda au duc d'Orléans a titre d'échange; bientôt après, en lin, il devint la propriété du roi. On trouve dans les titres cet hôtel qualifié de maison royale des Tournelles.

Charles VI l'habita dans les temps de sa démence, et le duc de Bedford, régent de France pour le roi d'Angleieire, y logea pendant la durée de ia domination anglaise à Paris.

Ce prince le fit reconstruire, et augmenta considérablement son étendue, en achetant, le 17 juin 142o, des religieux de Sainte-Catherine huit arpents et demi qui faisaient partie de leur culture ou clôture, moyennant le prix de deux cents livres seize sous de cens. Cette vente involontaire fut annulée en 1 437 ; et les religieux rentrèrent en possession de ce terrain.

Les Anglais avant été expulsés de cette ville en 1436, et Charles VII s'y étant établi, l'hôtel des To.rnelles devint le séjour le plus ordinaire de ce dernier roi, qui le préféra à celui de Saint-Paul.

Le nom des Tournelles lui vient de la grande quantité de tours dont cet hôtel était hérissé, suivant l'usage de cette époque.

Cet hôtel était bâti dans le genre des divers bâtiments qui composaient celui de Saint-Paul. On y trouvait une longue galerie qui conduisait a la chambie du roi; plusieurs autres galeries, trois grandes salies, la salle des Ecossais, la salle de brique et la salle pavée. Les bâtiments étaient entourés de vastes jardins.

Une partie de l'hôtel des Tournelles portait le nom spécial d'hôtel du Roi.

En 1464, Louis XI fit consiruire une galerie qui, de la partie de l'hôtel des Tournelles, appelée hôtel du roi, travers^ait la rue Saint-Antoine, et aboutissait à liiôtel de madame d'Etampes, dit Hôlel-Xeuf.

L'hôtel du Roi aux Tournelles fut alors décoré de diverses peintures et sculptures: à l'entrée on plaça un écusson aux armes de France, peint par Jean de Boulogne, dit de Paris.

L'hôtel de ia Reine, situé près de Saint- Paul, fut réparé et fort embelli il).

Louis Xlî mourut, le l^r janvier lolo, à l'hôtel des Tournelles. L'événement fatal qui priva de la vie '.e roi Henri II Jl termina Catherine de Médicis à renoncer à

(1) Sauvai, Antiquitis, t. III, p. 373.

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cet hôtel. En 1565, la démolition en fut ordonnée; elle s'opéra avec lenteur.

Sur son emplacement on établit le Marché-aux-Chevaux, qui, au moisd'avrill 578, fut le théâtre d'an combat violent entre les mignons de Henri III et les favoris du duc de Guise. Plus tard, dans le même lieu, on construisit la Place-Royale.

Sàint-Germain-l'Auxerrgis. J'ai déjà raconté l'origine et les divers états de cette église, dont le doven se prétendait seigneur suzerain de la plupart des établissements religieux fondés dans la partie septentrionale de Paris, s'opposait h leurs fondations, et ne se déterminait à y consentir qu'à force de concessions à son profit. Il était le despote du nord de Paris, comme l'abbé de Saint-Germain-des-Prés l'était dee rives de la Seine et d'une grande portion de la partie méridionale de cette ville. Si l'on eût cédé aux prétentions de ces deux seigneurs-prêtres, jamais Paris ne .se serait agrandi,

Un curé de cette église, en 1245 se distingua par une conduite courageuse et impartiale. Pendant que les papes, et notamment Innocent IV, persécutaient, à coups d'excommunication, l'empereur Frédéric II, il monta en chaire, et dit : « Ecoutez tous, mes frères : je suis chargé « de prononcer un terrible anathème con- « tre l'empereur Frédéric, au son des clo- « chesetavecles cierges allumés. J'ignore « les raisons qui servent de base a cet « arrêt, seulement je connais la discorde « et la haine qui existent entre le pape « et l'empereur ; je sais aussi qu'ils .se « chargent mutuellement d'injures; mais <r je ne puis savoir qui des deux a comtf mencéà offenser l'autre. C'est pourquoi, « autant qu'il est en mon pouvoir, j'ex- « communie l'oppresseur, et j'absous ce- « lui qui souffre une persécution aussi « pernicieuse à la religion chrétienne. » Le bruit de cette excommunication extraordinaire se répandit bientôt dans toute l'Europe. Le curé fut récompensé par l'empereur et puni par le pape (1).

Pendant la domination des Anglais, en 1423, cette église fut en grande partie reconstruite. Le portail est remarquable par des formes inusitées : on commençait a innover en architecture, et à s'écaiter du style sarrasin, en usage au treizième siècle ; mais ce style, qui se soutenait en-

(1) Mntlh. Pâtis, ad(\nn.\2i^, p. 654.

core au quinzième, est bien plus caractérisé dans l'intérieur qu'au portail de cette église.

Ce portail s'ouvre sur un porche, par lequel on entre dans l'éditice principal. L'entrée en est décorée par six statues, dont deux représentent le roi Childebert et la reine Ultrogothe son épouse, prétendus fondateurs de cette église ; et les quatre autres offrent celles de quelques saints en réputation.

Elle était collégiale et paroissiale ; elle ne conserve aujourd'hui que ce dernier titre.

Un long et scandaleux procès entre le curé et les chanoines, dont l'intérêt était le motif, détermina le parlement à réunir ce chapitre à celui de la cathédrale. L'arrêt qui ordonna cette réunion est du 1 2 août 1744.

Aussitôt après cette réunion, les marguilliers de celte église firent exécuter plusieurs réparations dans le chœur, abattre le jubé, ouvrage recommandable par les talents de l'architecte Pierre Lescot et de Jean Goujon, sculpteur. Le grand autel fut magnifiquement décoré sur les dessins de Bacary ; on entoura le chœur d'une grille en fer poli, ornée de bronze, et exécutée par Dumiez.

Derrière l'autel on plaça deux statues en pierre, l'une représentant saint Germain, sculptée par Mouchy, et l'autre saint Vincent, par Gois. C"est contre la vérité de l'histoire que les prêtres de cette église placent ce dernier saint au rang de leurs patrons; le véritable patron de cette église est le même que celui dont le culte est établi dans l'église de Saint-Germaindes-Prés.

Je ne décrirai point tous les objets précieux de cette basilique : les artistes logés au Louvre, paroissiens de cette église, se sont, à plusieurs reprises, empressés de concourir à son embellissement. Les productions des arts y abondaient autrefois, et y abondent encore plus qu'il ne convient à un temple chrétien, qui devrait être recommandable par tout autre mérite que par celui du luxe.

On y voyait de» tableaux de Jouvenel, de Coypel, de Lebrun, de Bon Boulogne, de Philippe de Champagne, etc., et plusieurs monuments funèbres, notamment une urne cinéraire antique de porphyre, placée sur la tombe du savant M. de Gavlus, urne que l'on voit aujourdl.ui

l.ij^le Muséum des antiques du Louvre.

Plusieurs savants, littirateurs et artistes distingués, furent inhumés dans cette .'glise : te'ïs sont Malherbe, poète: André Dacier, Anne Lefévre, sa savante épouse; Stella, peintre; Warin, peintre, sculpteur et fondeur, etc.

Cette église, paroissiale du quatrième arrondisse"ment, fut, le Î3 février 1831, dévastée et réduite à un état complet d'inutilité; des manifestations hostiles et intempestives ont amené un mouvement populaire qui a produit ces dévastations, difficiles à réparer.

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