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I. De l'établissement et des exploits des Romains

En Tan 700 de la fondation de Rome, ou cinquante-quatre ans avant notre ère vulgaire, la nation des Parisii, ou Parisiens, figure pour la première fois sur la scène historique, et y joue un rôle très secondaire, conforme à son importance.

Jules César, le fléau de son siècle, dé- TOré par la soif du pouvoir et des richesses, malheureusement doué du génie et des talents propres à satisfaire ces passions désastreuses, avait déjà soumis une partie des nations gauloi-^^es. Pressé par le besoin de renforcer sa cavalerie pour continuer tes conquêtes, il convoqua, dans un lieu qu'il ne nomme pas, une assemblée générale des nations gauloises. Celles des Treveri , des Carnules . des Senones , les plas puissantes de la Gaule, n'y députèrent point. L'absence des dcpulés de ces nations annonçait au général romain un mépris pour sa convocation, des intentions hostiles, et déconcertait son plan de conquête. Instruit que la faible nation parisienne, quoique di'pendante des Senones, n'avait pris nulle part à c«'tte résistance, il convoqua une nouvelle assemblée dans Lutèce, place forte des Pari^ii, et marclia le môme jour, à la t«'t » de ses logions, contre les Senones indocile;, qui à son approche promirent d'envoyer des députées. Les Carnutes imitèrent cet exemple. César, par- Tenu à réunir dans Lutèce les principaux de la Gaule, les fit ré'soudre à lui fournir un secours de cavalerie, unique objet de sa convocation (I).

L'année suivante, presque toutes les nations gauloises se soulevèrent contre la tyrannie du conquérant romain, qui. péniblement victorieux en Berri, battu en Auvergne, se vit forcé de fuir et daller rejoindre les légions que Labienus, son lieutenant, commandait à Agedincum, place située sur le territoire des Senones.

Cependant les nations voisines des Paris ens avaient aussi levé l'étendard de l'in-

(l) CiESAB, de Bello gallico, lib. 6, cap. 3.

surrection , et cherchaient à secouer un joug odieux. A cette nouvelle, Labienus se dirigea vers les insurgés de son voisinage. Il partit d'Agedincum, aujourd'hui Sens(l), longea la rive méridionale de la Seine et s'avança vers Lutèce, place forte des Parisiens. '

Les Gaulois insurgés, instruits de l'approche de Labienus et des légions romaines, rassemblent des troupes nombreuses, en confient le commandement à un vieillard de la nation des .Xulerci, nommé Camulogène, marchent du côté où s'avançaient les Romains, et campent derrière un marais prolongé qui aboutissait à la Seine. Ce marais ne pouvait être formé que parle cours de la Marne.

Labienus, arrêté par le double obstacle du marais et de l'armée gauloise, se décide à prendre une route plus praticable; il rétrograde, va assiéger Melun, une des forteresses des Senones, située, comme celle de Lutèce, dans une île de la Seine; il prend cette place, rétablit le pont, coupé quelques jours auparavant par les Gaulois, y passe la rivière, et, suivant sa rive septentrionale, marche de nouveau vers Lutèce.

Les Gaulois, informés du retour de l'armée romaine par une autre roule, quittent le poste qu'ils occupaient près des marais

(1) On a, dans quelques mémoires manuscrits ou imprimés, avancé qu'Agedincum n'était point Sens , mais Provins. Autorisé par des savants respectables, je crus, dans ma première édition, devoir adopter cette opinion ; ma's depuis, la matière soumise à un examen plus attentif, je me suis convaincu qu'il fallait revenir à l'opinion de d' Anville et d'autres géopraphes, et placer Agedincum à Sens. Je dois celte conviction à un mémoire manuscrit récemment composé par un étud anc en droit nommé Chabrol. Ce jeune homme a traité la question avec une érudition et une judiciaire dignes d'un homme vieilli dans la science.

formés par le cours de la îtf arne, vont camper en face de l'île de Lulèce, sur la rive méridionale de la Seine, et, pour ôter aux Romains les moyens d'arriver jusqu'à eux, ils brûlent les cons' raclions qui se trouvent dans cette île, et en coupent les ponts.

Labienus posa son camp en face de celui des Gaulois, c'est-à-dire sur la rive septentrion le.

Ce fut alors que ce général romain apprit les revers de César et sa marche précipitée vers Agedincnm. Cette nouvelle chani^^a ses dispositions : ne pouvant vaincre les Gaulois, il résolut de leur échapper avec honneur.

Il avait enlevé à Melun cinquante barques et les avait remplies de troupes ; lorsqu'elles furent arrivées vers Lutcce. il confia le commandement de chacune d'elles à un chevalier romain, fit en silence et à la faveur de la nuit, descendre ces barques sur la rivière, au-dessous de Lutèce, jusqu'à un lieu .qu'il indiqua et où il promit de se rendre bientôt. Ce lieu distant du camp romain de quatre milles, c'est-à-dire d'une lieue et demie, était vraisemblablement situé au-dessus du pont de Sèvres.

Labienus ordonna aussi à cinq cohortes, placées sur d'autres barques, de remonter la Seine ostensiblement , et même avec bruit. Il laissa cinq autres cohortes pour la garde de son camp, situé en f ^ce de Lutèce. et marcha, à la tête de trois légions, vers le lieu assigné aux cinquante bai qu s qui avaient descendu la Seine. Là, favorisé par un orage violent qui ralentit la surveillance d s sentinelles gauloises, il parvint à traverser cette rivière.

Au point du jour, les Gaulois sont avertis qu'ils allaient être attaqués sur trois points, par les cohortes restées dans le camp romaiti, qui affectaiertt des dispositions menaçantes; par un corps considérable qui avait remonté 1 1 Seine: enfin, par plusieurs légions qui, après avoir descendu cette rivière sur des barques, étaient parvenues à la traverser.

Les Gaulois divisèrent aussitôt leur armée en trois corps. L'un resta au camp pour iaire face aux troupes du camp romain; l'autre, plus faible, fut envoyé vers un lieu nommé Metiosedum ou Josed'um (1 ),

(1) Metiosedum, suivant plusieurs manuscrits des Commeni aires de < ésar, et Josedum, suivant quelques autres, devait êire

afin d'obsers'er la marche des troupes romaines qui remontnii'Ut la Seine ; le troisième se porta vers l'endroit où Labienus, avec ses légions, avait traversé cette rivière.

Ce fut ce troisième corps qui combattit contre Labienus. Le combat dut se donner dans les plaines d'Issy,

L aile droite des Romains parvint à repousser les Gaulois qui lui étaient opposés; à l'aile gauche, ceux-ci tenaient ferme, se battaient et ne fuvaient pas. Alors, une des légions romaines qui avaient obtenu des avantages sur la droite tourna la partie de l'armée gauloise qui opposait le plus de résistance. Les Gaulois, enveloppas, se battirent avec une ardeur qui étonna les Romains; mais leur courage céda à la supériorité des talents. Camulogène et une grande partie de ses troupes périrent dans ce combat.

A la nouvelle de cette défaite, ceux qui se trouvaient dans le camp gaulois vinrent au secours de leurs frères; mais ils ne purent soutenir le choc des légions victorieuses, et furent entraînés par la foule des fuyards. Tout ce qui ne put trouver asile sur les hauteurs ou dans les bois fut tué par la cavalerie romaine. Ces hauteurs et ces bois devaient être ceux de Meudon.

La cause sainte que défendaient les Gaulois était digne d'un meilleur sort.

Après celte action, Labienus, qui n'avait d'autre objet que de ramener son armée saine et sauve à Agedincum, où il avait déposé ses bagages, marcha vers cette forteresse, après avoir réuni ses troupes.

Sans doute les Parisiens, dont le territoire fut le théâtre de cette expédition^ contribuèrent selon leurs moyens à la défense commune ; mais leur forteresse, privée de ses ponts, ne fut ni attaquée, ni défendue, comme le disent plusieurs modernes très mal instruits.

César nous présente d'abord les Parisiens comme une nation dévouée à ses intérêts; mais il est évident qu'elle céda à la crainte plutôt qu'à son inclinât on. II faut beaucoup se méfier d'un conquérant qui écrit lui même ses exploits • César a souvent trahi la vérité (1).

Dans cette guerre, ainsi que dans celles qui suivirent, on voit les Parisiens constam-

placé sur la rive méridionale de la Seine, du côté d'Ivrv.

(1) C^SAR, de Bello gallico , lib. 7, cap. 75.

PERIODE II

ment unis à leurs confédérés, et armés centre l'ennemi communion les voit, peu de temps après, fournir leur coulinsent de i\o tvnure> a l'armée gauloise desin ee à ■ celle que César commandait au Mcg- a Alise. .>

Le contingent des Parisiens, en cette ';ccas' n. Jci.nt' la m.esure de leur force. Les Ju Poitou, ceux de la Tou-

liii. . îinais, reunis aux habitants

'lu ternloire pa:isien. ne fournissent ensemble que huit mille hommes; tandis que quelques nations puissantes de la Gaule, 7 i;;o r^rja épuisces, les Edui, et surtout 1. envoient chacune trente-cinq attants (4).

Le lioHjbre d'hommes fourni en cette circonstance par la nation parisienne ne dut pas s'élever à plus de deux mille lain^i sa puissance était à, celle di*s nations du premier rang comnac 2 est a i'6.

Depuis cette époque, et pendant quatre siècles^ l'histoire se tait sur les Parisiens et leuf Lutèce. La géographie seule nous apprtnd que cette nation, placée sur les frontières de la Belgique et de la Celtique, fat rangée dans la Lyonnaise, lorsque Auguste eut divisé la Gaule en provinces.

D'après toutes les notions historiques, il est é>ident que les Parisiens étaient un pebple faible et passif. Leur petite forteresse, placée dans une île de la Seine, se composait, comme toutes les forteresses de la Gaulf . d'un assemblage de cabanes, habitées .«ieulement en temps de guerre.

Les écrivains qui ont donné une idée différente ont admis et propagé une erreur où sont tombés aussi les auteurs de l'Hi.sfoirc de P lis, les pères Fdibien et Lobin^/au : ils disent que Ccsar augmenta le nombre des édifices de Pans, lentoura de fortes murailles, et voulut que cette place fût nommée la Cité de Jules César. Ces auteurs se sont appuyés sur un prétendu passage de Boëce , passage qui n existe dans aucun des ouvrages de ce philoso, he, comme l'a prouvé .M. Bonami (2j : passage tiré d'un écrivain du treizième siècle, époque où l'on était lort en usage de recourir aux fictions, lorsqu'on manquait de connaissances positi\es.

11 est des écrivains qui ont osé dire aussi, il en est d'autres qui ont avec con-

(1) ^.ESAR, de Bello gallico, lib. 7, cap. 75. (2, Mémoires de l'Acadéruie de» Inscriptions ei Belles-Lettres, t. XV, p. 673.

fiance répété, que Jules César avait fait bâtir le Grand-Chàtelet. Ils le disent sans preuve. Ce conquérant détruisit , tua et pilla beaucoup, et ne construi-it aucun édifice dans la Gaule. Celte assertion insoutenable sera refutée quand je parlerai de cet édifice (4).

La description des monuments antiques, découverts ou conservés à Paris, peut donner une partie de la physionomie de cette place pendant la domination romaine, et suppléer, à quelques égards, au silence des historiens.

Je les décrirai donc, en commençant par les antiquités de l'île de la Cité; puis, je viendrai à celles qu'on a trouvées audelà de l'une et l'autre rive de la Seine. 11 faut chercher dans le sein de la terre les lumières que l'histoire nous refuse.

§ IL Ile de la Cité, ses poats, ses antiquités.

Ile de la Cité de Parls. Cette tie, moins grande autrefois qu'elle n'a été depuis, parce qu'on y a réuni, du côté de l'ouest, deux petites îles, et, du côté de l'est, un terrain ou monticule factice, n'était pas, même du temps de Julien, protégée par un mur d'enceinte. Cet empercHir, dans son Misopogon. après avoir parlé de la Cité de Paris, qu'il nomme sa chère Lutece, ajoute : « Elle est entière- « ment enlouréj par les eaux de la rivière • et situie dans une île peu étendue, où « l'on aborde de deux côtés par des pont « de bois (S). »

Il est présumable que vers la fin de la domination romaine, et il est cerlain qu'au commencement de celle des Francs, cette île était défendue par une encv.'iute de murailles.

A la fin du quatrième siècle, l'île de la Cité devait contenir un palais ou ediîice destiné à l'ordre municipal, dont je parlerai bientôt (3). Cet édifice occupait certainement l'emplacement du Palais-de- Justice. A l'autre extrémité de l'île, et à la place d'un autel dédie à Jupiter, autel dont je donnerai la description, fut élabli, lorsque le christianisme eut fait des pro-

(1) Voyez 2iTX.\c\t ChàteUt.

I"?) L'abbé de la Bleiierie a traduit inexactement le Misopo'jon de Julien, lorsqu'il fait d;re à ce pniicti que cette place était en\ironnée de murailles.

(3j Voyez ci-après, section 5.

24 iiiSTOîr»E

.a;rès, un temple chrétien, dédié à saint Etienne. Entre ces deux établissements était une place destinée au commerce, place dont je prouverai l'existence.

Ponts de Paris. Par deux ponts en bois, établis sur lune et l'autre rive de la Seine, on communiquait à l'île de la Cité. Le Petit-Pont, oii aboutissait la voie romaine, venant du côté du midi, était placé au même point où se trouve aujourd'hui celui qui porte ce mèm.e nom; le Grand- Pont occupait à peu près l'emplacement

du Pont-au-Change.

Ces ponts ne se correspondaient pas directement ; pour arriver du Petit-Pont au Grand-Pont, la route suivait la U^ne de la rue du Marché-Palu, se détournait à gauche en formant un angle, se conti n'huait dans la direction de la rue de la Calandre, qui aboutissait à la place du Commerce, laquelle fut, pendant longtemps, nommée place Saint-Michel, à cause d'une chapelle de ce nom qui s'y trouvait. La rue de la Calandre est dans les anciens titres ainsi désignée : « Rue par laquelle on va du Petit-Pont à la place Saint-Michel. « De cette place la route se dirigeait vers le Grand-Pont.

La disposition extraordinaire, incommode et tortueuse de ces deux ponts, a certainement une cause. Le Petit-Pont devait ordinairement être à la place de celui qu'on nomme aujourd'hui Saint-Michel. La voie romaine venant du village d'Issy passait sous ce pont présumé et traversait sans détour l'île de Lutèce jusqu'au Grand-Pont. Mais lorsqu'on établit le palais des Termes et les jardins, pour ne point diviser leur ensemble, cette voie fut détournée et portée à l'endroit où est aujourd'hui la rue Saint-Jacques ; et le Petit- Pont, déplacé, fut construit dans la direction de cette rue. Je ne crois pas qu'on puisse expliquer d'une manière plus vraisemblable les détours de c.tle route et la disposition indirecte de ces deux ponts (I).

Voici les antiquités découvertes dans œtte île :

Autel à Jupiter. Le 46 mars 1711, en rreusant sous le chœur de l'église cathédrale de Notre-Dame de Paris, pour y construire un caveau destiné à 1 inhumation des archevêques de cette ville, on dé-

(1) Voyez ci-après au présent chapitre, seciiou 4, palais des Thermes et jardin de ce palais.

DE l'AUlS

couvrit neuf grosses pierres cubiques, offrant chacune sur leur diverses faces des bas-reliefs, et même des inscriptions. Ces pierres avaient, à une époque inconnue, mais très postérieure aux conquêtes de César, été emloyées à la construction d'un double mur qui fut, pendant cette fouille, rencontré à six pieds de profondeur; mur dont la direction du sud au nord traversait la largeur du mur de cette église.

La plus grande de ces pierres a trois pieds et quelques pouces de hauteur, et la plus petite un pied et demi environ. Une d'elles, dont trois faces sont chargées de bas-reliefs, offre, sur la quatrième, cetl« inscription dédicatoire :

TIB. C.ESARE. AUG. JOVI. OPTUMO.

MA.XSUMO. M. NAUTAE. PAK.SIAC.

PCBLICE POSUERUNT.

Cette inscription fut gravée par uno main inhabile. Des lettres omises ont, après coup, été ajoutées au-dessous des mots où elles manquaient; l'espace fruste qui se termine par la lettre M doit, suivant l'opinion générale, autorisée par des exemples et par le raisonnement, former avec cette lettre le mot arafn. Cette rectification faite, l'inscription se traduit ainsi : « Sous Tibère César Auguste, les bateliers « parisiens ont publiquement élevé cet « autel à Jupiter très bon, très grand.»

Les trois autres faces de la même pierre portent chacune un bas-relief. Le premier a pour sujet deux figures d'hommes à micorps, armés de piques et de boucliers de forme elliptique. On y voit la place d'un» troisième figure fruste. Ces figures sont dans l'attitude d'hommes en marche. Audessus de ce bas-relief, dégradé par le temps, devait être une inscrip:ion que la cassure de la pierre a enlevée.

Sur une autre face de la même pierre, un second bas-relief, mieux conservé, présente trois soldats barbus, armés dépiques et de boucliers en forme de losange à pans coupés. Un de ces soldats se fait remarquer par un grand cerceau qu'il porte sous le bras droit. Au-dessus du bas-relief est gravé ce mot : Evrises.

Le troisième bas-relief offre pareillement trois figures à mi-corps, drapées à la romaine : deux se présentent de face; une troisième, de profil, regarde les premières, et semble leur adresser la parole : elle paraît tenir en main un aviron ou une rame.

Ces figures sout très frustes. Au- dessous on lit : Senam V... i.L.o.M.

Ces trois ba>-reliefs représentent, suivant ma conjecture, diverses nation> gauloises, armées àla romaine, auxi'iaires des légions, et mI, habitant les rives de la Seine, navigoaicnt sur celte rivière. Les inscriptions placées au-dessus semblent offrir les noms de ces nations (I).

Les bas-reliefs de cette pierre n'offrent

PERIODE II 25

que des figures d'hommes, et ceux des pierres dont je vais parler représentent des divinité?.

Une seconde pierre a, sur deux de ses faces, deux figures à mi-corps, qui se res semblent et ne diffèrent que dans quelques; parties de leur vêlement. Toutes deux ont la main gauche armée d'une haste; chacune a le bras droit élevé sur la tête d'un cheval, et en tient le.' rênes. Au-Jes-

Parisien» en armei au ■▼* s ".-cl

sus d'une de ces figures on lit : Cas/or ; au-dessus de l'autre la fracture delà pierre D'à laissé aucune trace d'inscription ; mais

(1) Evrises paraît être le nom contracté des Éburo vices, nation voisine des Pai siens, dont le territoire était situé sur la rive gauche de la Seine, et dont le chef-lieu est représenté par Evreux. Senaniest, jecrc's, le même nom que Senones, nation voisine de celle desParisiens, etdontle territoire est en grande partie arrosé par le cours de la Seine. On a débité tant de conjectures ridicules stir ces inscriptions, que je ne dois pas craindre de hasarder la mienne.

d'après la parité de ces deux figures, ©t d'après le nom de l'une d'elles, il est évident que celui de l'autre était Pollux.

Une autre face de la même pierre présente le buste d'une div'nitt- dont le front chauve est armé de deux cornes élargies et fendues à leur extrémité comme celles d'ua cerf.

De chaque comepend unanneauquipa raît être un bracelet gaulois; et ce qu'on £ pris pour un second et petit arneau passé dans le premier n'est qu'un ornement. L© menton de cette figure est barbu, ses épaules sont drapées: "au-dessus on lit •. Cernunnos ou Cernuîios, car la quatrième

lettre de ce mot étant fruste peut être consiciérée comme un 11 ou comme un v. Ce nom e.^t celui d'une divinité gauloise, peutêtre d'un dieu topique des Parisiens (1).

Le bas-relief de la quatrième face de cette pierre a pour sujet un homme à micorps tenant en main un faisceau de feuilles, faisceau qui ressemble à cet instrument de culte que les Romains nommaient asp-rqilUnn.ei queles chrétiensappellent goupillon; ou peut-être n'est-ce qu'une massue, ou plutôt la représentation imparfaite de la foudre céleste. Cet homme semble menacer de cet instrument un serpent qui s'éVance sur lui.

Cette figure barbue paraît être celle d'un prêtre qui maudit, exorcise, conjure ou asperge un serpent, génie du mal, ou un Hercule qui va fi-apper de sa massue l'hydre de Lerne. Au-dessus est cette inscription fruste: SiviOR... os.

Une troisième pierre, plus large que les précédentes,, a des bas-reliefs sur ses quatre faces, et n'a point d'inscription. Sur l'une on croit reconnaître Mars et une figure peu caractérisée ; sur 1 autre on distingue Vénus et Mercure. Quelques autres figures fi-ustes occupent les deux autres faces.

Les bas-reliefs qui viennent d'être décrits ne sont composés que de figuresr à mi-corps; dans ceux qui vont suivre, les figures sont en pied.

Cne quatrième pierre cubique, plus forte tn dimensions que les précédentes, offre, sur une de ses faces, un taureau, couvert de l'étole sacrée, et dessiné sur un fond de feuillage : trois grues ?ont placées, l'une sur sa tele, les deux autres sur son dus. L'inscription de ce bas-relief est entière; la voici: Tarvus hujuranos. On

pense qu'au lieu de Tarvos, ou plutôt Taruos. on doit lire Taui us. La mauvaise orthographe des inscriptions de ce monument autorise cette opinion, que le raisonnement confirme.

( 1 ) Les conciles ont souvent prohibé en Fra. ce le culte d'une d viiiiié nommée Cervu u> ; n'y aurait-il pas de l'analo^i e entre Cervu us^-tCernul•uos ouCervunuosV [Voyez, snr le Ct^rvulus, Ec iiircissements sur l'histoirudti France, par l'ablié Lt-beuf, tome I, pair. 2H0, et le Glossaire de Ducange, aux mi.is Cirvula et Ccrvu us.) M. du Mé^v, dans un ouvrage publié en 1814, intitulé Miimtnieitts religieux des Volces Teciosages, des Goruiii'à et di:s Convence, donne la ^r^vure d'un autel dédié au dieu Caruninius : Deo Carunio ou Caruninio. Ce nom ne déiiverait- 11 pas du prt'C hraunios ou kerauneios, qui si^niiiti le foudruyani, surnom de Jupiter?

ble désigner les trois grues : ainsi cette inscription pourrait être traduite par le taureau aux trois grues. Le bas-relief est ici l'interprète de l'inscription. Ce taureau, objet d'un culte presque universel, était celui du culte des Gaulois.

Sur une autre face de la même pierre est une figure en pied, à demi couverte d'une draperie ou pa/ur/amenfuni, qui ne dépasse pas les genoux : elle tient de la main droite un marteau, et de la gauche des tenailles. L'inscription porte Vol- CANVS ; c'est le dieu Vulcain.

Sur la troisième face on voit une figure d'homme barbu, et à demi couvert dune ample toge qui lui descend jusqu'aux pieds. Il s'appuie d'une main sur une haste, attribut de la royauté ; à ses pieds on distingue une aigle éployée; l'inscription porte : Jovis. Gest le père Jou ou Jupiter, avec ses attributs ordinaires.

La quatrième face de la même pierre offre un homme barbu, couronné de lauriers, levant de la main droite un instrument tranchant auprès d'un arbre, dont il semble abattre les branches. On lit audessus : Esvs, divinité gauloise très connue. Il reste cinq autres pierres, moins instructives : l'une d'elles présente, sur une de ses faces, la figure très fruste d'un danseur.

Une seconde a la forme d'un piédestal grossier, et une troisième celle d'une table d'autel. Au milieu de cette dernière est une ouverture circulaire d'environ 8 pouces de diamètre. Cette ouverture, lorsqu'on fit la découverte, se trouvait encore remplie de charbons et d'encens. On éprouva que ce charbon était facilement combustible, et que l'encens, présenté au feu, répandait une odeur agréable.

Enfin une autie de ces pierres est beaucoup plus large dans sa partie supérieure que dans l'in.erieure. Sa surface a la forme d'une table divisée en deux parties par une entaille profonde d'environ 7 poiC3s de large à son orifice , et qui se termine angulairement en pénétrant dans la pierre. On a pensé que cette table appartenait à un autel de sacrifice, et que l'entail.e était

destinée times.

à l'écoulement du sang des vie-

PERIODE II

De toutes ces pierres trouvées dans un même lieu , de leurs formes diverses, de leurs inscriptions et de le.-.rs bas-reliefs, il résulLe que, sous le rèi;ne de Tibère, entre les années 44 et 37 de notre ère , il existait chez liiPiirisien^ une corpora ion de bateliers (manfœ) , ou navigiteiirs -^ur la Seine, comme il s'en trouvait dans plusieurs autres lieux de la Gaule situés sur des rivières facilement navigables (I) ;

Que cette corporation de bateliers fit, à cette éi>oq'je, ériger, à Vextrémit'» orientale de rîle de Lutece, un raoniment religieux d.dié spécialement à Jupiter;

Que ce monam^nl était isole, puisque les pierres cubiques qui le compasaient sont sculptées sur leurs quatre face»<; que l'ensemble de ce monument formait un autel situé au confluent des deux bras de la Seine. C'est ainsi qu'à Lyon, à Saintes, et dans d'autres lieax de la Gaule, des autels étaient placés au conHuenlde deux rivières ;

Que ce monument, composé des pierres cubiques qui viennent d'être décrites, formait une pile ou piédestal d'environ six pieds de hauteur , qui \raisemblablement portait la statue de Jupiter;

Que ce piédestal était accompaç^né de deux autels, l'un destiné aux sacrifices, et l'autre à faire brûler de l'encens ;

Enfin que les pierres qui n'ont pas en largeur la même dimension (^ue les autres ont pu appartenir à des parties accessoires du monument principal.

On remarque dans ce monument la réunion dtis dieux gaulois et romains, des dieux des vainqueurs et de ceux des vaincus; l'association paisible des divinités du Capitole , Castor, Pollux, Jupiter, Vulcain, Vénus, Mars, etc., avec les dieux barbares E-;us et Cernunnos: cette association devenait facile entre des religions qui n étaic'nt point exclusives.

Je dois faire observer qu'à l'épo-fue de l'érection de ce monum'^nt, l^s routes de terre étant rares et impraticables, les Ko-

(1) Dans le recueil deî Inscriptions de Gmt-r, on trouve la preuve d-i l'existincde c« 8 corporation* de bat^liffs éir:iletneot Domnics Sautap à Vienne sur le Rhône : à Lyon, sur le Rhône et la Snône, sur la Durance ei sur la Loire. Kn 1804, on a décou veri »ur l'^mpiacein^'nt de l'anlique Aveu che, en H-îl.éti.*, une inscription où sont meutionné» les Naalx acra.ici et aramici.

mains n'effectmient le transport dos vivres et munitions nécessaires à le irs armées que par la voie des rivières nav -sables. Lutèce, sitié3 sur la Seins , rivr^e dont la nivigition est coTimoie, d^m^ laquelle viennent d^^boucher quelques autres, telles que l'Yonne, 1 1 Marne et l'Oise, parut dans une position heureuse, etsenit de point central à la navii;\tion d'une partie de la Ga le. Aussi voit-on, vers 1» fin du quatrième siècle, qu'il existait sur la Seine, à Andresy, une Hotte de bateaux sous la direction d'un préfet résidant à Paris ; et que, lorsque les Francs eurent succédé aux Romains , une corporation de bateliers s'est maintenue longtemps dans cette ville, sous les noms de mena fores aq'ix puruiiaci , de march 'Uffs p'ir fan, de lu confrérie des marchon ia de r^aK, etc. Les pierres de ce monument ont en partie été transf.Tées, en 1818, du Musée des monuments français au Musi-e des Antiques du Louvre; en 1822, elles furent réunies dans une des s dits des Auguslins, ci-devant Musée des Monuments français ; elles doivent être, dit-on, placées au palais des Thermes (\).

CiPPE ANTIQUE. En août 1784, lorsqu'on construisjiit les bâtiments du Palais-de-Justice situés rue de la Birillerie, en face de la Sainte-Chapelle, on découvrit, en fouillant profondement le sol , parmi plusieurs pierres qui paraissaient appartenir à un édifice trèsanrien,un cippequadr.mgulaire en pierre de la nature de celles qui furent trouvées, en 171 1, dans l'église de Notre- Dime. Ce cippeaopieds 10 pouces de hauteur, ne porte aucune inscription, et chacune de ses faces présente , en grand relief, la figure eu pied d'une divinité ; ces fi.:^ures ont 3 pieds et demi de hauteur.

Sur une de ses faces est Mercure, avec tous ses attributs.

Sur une seconde, on voit une femme entièrement vêtue : sa tête est ornée d'un diadème d'où part un voile qui se déploie sur ses épaules; elle tient en main un caducée, attribut étrange dans la main

(1) Ces bas-reliefs se trouvent gravés dans pl'i-*ienrâ ouvrag-'S, noiamment dans les \Iéinoire8 de l'Académie des Inscriptions, t. III, m-i"] dans l'histoire de Félibien , lom. I : d iU8 les Mémoires de l'Académie celtique, il» 2, et dans les S»cci«5 de la mondrchie , par M. Joraud, etc.

d'une divinité féminine, et qui fait conjecturer que cette figure était celle de la mère de Mercure, de Maia, dont le culte, rép indu dans les Gaules, subsiste encore, à certains égards , chez les villageois de quelques parties méridionalesdela France.

Une troisième face offre la figure d'un jeune homme qui, aux attributs d'Apollon, l'arc et le carquois, réunit ceux d'un dieu qui préside à la navigation des rivières. Il tient d'une main un poisson , et de l'autre paraît s'appuyer sur un aviron ; il est légèrement vêtu du paludamentum.

C'est, en mythologie, une singularité remarquable de voir le même dieu joindre l'empire des airs à celui des eaux. Mais on ne s'en étonnera point, si l'on considère que cette figure est évidemment l'emblème de la navigation sur la Seine, et que le vent et l'eau sont deux puissances nécessaires pour naviguer sur les fleuves. De cette explication toute naturelle on pourrait indiiire que les navigateurs sur la Seine faisaient usage de voiles.

L'explication de la quatrième figure a paru difficile à M. Grivaud , qui a décrit et fait graver ce monument (1). Elle représente un jeune homme en partie couvert du paludamentum. Deuxailes éployées sont à sa tête, et deux autres à ses épaules. Il est dans une attitude ascendante : il pose un de ses pieds sur un gradin , et semble s'élancer en l'air ; dans une de ses mains il tient un disque, qu'il élève vers îeciel.

Suidas décrit et explique une pareille figure, et l'attribue au dieu-soleil Horus ou Priape. « Ses ailes indiquent la vélo- « cité de sa course, et le disque la roton- « dite de l'univers ; et c'est lui qui fait « éclore les germes cachés dans le sein delà « terre (2). » Ainsi la figure de ce jeune homme est l'emblème dii soleil au printemps.

Le style de la sculpture de ce monument, l'étrangeté des attributs de ces figures mythologiques, me font croire qu'elles appartiennent au troisième siècle, époque où les cultes orientaux, se mêlant à ceux des Romains, ont porté par ce mélange des altérations dans les attributs de diverses divinités.

Ce cippe antique fut déposé , en 1784,

(1) Recueil des Monuments antiques, Paris, 1817, t. II, p. 127, pi. 15.

(2) Suidas, ad verbum Priapus.

au cabinet d'antiquités de la Bibliothèque royale.

Monument triompTial découvert sous l'église de Saint LaQdri, muraille de la Cité.

Une découverte plus récente que celle dont je viens de parler jettera de nouvelles lumières sur l'histoire de Paris. En 1829, M. Richard, acquéreur de l'ancienne église de Saint-La ndri et de ses dépendances, entrepiit d'y faire élever deux maisons", l'une située sur la route du quai de la Cité, la seconde, au sud de celle-ci , sur l'emplacement de l'église de Saint-Landri.

Nous nous occuperons seulement de cette dernière, dont le sol fouillé a offert plusieurs objets précieux pour l'histoire parisienne.

En creusant le sol pour établir les fondations, on rencontra, h environ dix pieds de profondeur , une forte muraille dont la direction était à peu près parallèle au cours du petit bras de la Seine. Cette muraille se composait en grande partie de débris de pierres, dont les faces étaient ornées de bas-reliefs qui, rapprochés, offraient des sujets suivis , sujets allégoriques ou purement historiques , mais qui sont les produits de la même pensée. Il est certain qu'ils représentent une victoire obtenue par des moyens frauduleux , par des stratagèmes de guerre plutôt que par le courage des combattants. Je parlerai de cette victoire; mais avant je dois donner la description de toutes les parties du monument qui m'a inspiré cette opinion.

Le principal fragmentconsisle dans une longue pierre ornée d'un bas-relief brisé en deux parties, dont voici le sujet : Des lièvres, symboles delà poltronnerie, fuient devant les chiens , que des génies ailés excitent ou dirigent contre les fuyards, qui vont se précipiter dans un large filet , où ils sont pris. Ce bas-relief allégorique servait évidemment de frise à la façade d'un édifice qui paraît être dans la catégorie de ceux qui abondaient à Rome, et qu'on nommait xdes sacrx (maisons sacrées).

Je suis autorisé à donner cette qualification au monument de Saint-Landri, parce qu'il porte le double caractère de la politique et de la religion.

Auprès du bas-relief ci-dassus décrit, on a trouvé une pierre quadrangulaire, chargée de figures en bas-relief, dont les parties inférieures, les pieds et la terrasse

PERIODE II

sur laquelle ils portaient, ont disparu. Cette pierre, avant sa rupture, avait trois pieds six pouces de hauteur sur un pied six pouces d'épaisseur. On a trouvé aussi une pierre que l'on croit être un autel votif, en fort relief, et dont les figures sont grandes comme nature; les parties inférieures ont été brisées; et sur une autre est une partie du bas-relief, où se voient plusieur-; cuisses, plusieurs jambes qui semblent appartenir aux corps dont nous venons de parler. A travers toutes ces jambes, on reconnaît très bien une figure symbolique qui, au lieu de cuisses, a deux gros serpents, dont avec ses mains elle contient les tètes. Ce même symbole se retrouve sur plusieurs monuments antiques, et même sur des édifices du moyen âge (»).

On a découvert dans la même muraille on fragment échappé à la destruction, qui donne au monument un caractère triomphal.

Il représente, adossés à un mur, les restes de trois figures de captifs, ou prisonniers de guerre, comme on en voit sur presque tous les monuments triomphaux.

Ces figures en relief sont plus grandes que nature, et d'un beau travail. La mieux conservée «^t remarquable sous le rapport de l'art ; on y voit encore l'extrémité des courroies qui lui tiennent les mains attachées derrière le dos. Les autres sont trop frustes pour être décrites.

Sur le même point se sont trouvées plusieurs autres antiquités de moindre importance, telles que vases, lampes, e'c. : un amas d'ossements humains et d'animaux, qu'on a transporté aux catacombes : tristes témoignages de lacharnement des combats qui attestent que II» ou près de là fut donnée une ba'aille acharnée. Je me , tairai sur ces découvertes, qui n'offrent i que des résultats peu importants. Il en ] sera autrement des médailles ; je dois m'y ■^ arrêter.

'•j On a recueilli, sur un terrain voisin de ; la muraille, douze médailles, presque toutes romaines, et la plupart frustes. La plus ancienne est d'Antonin-le-Pieux, et la plus récente porte la face et le nom du tyran Magnus Maximus, qui régna dans les Gaules depuis l'an 383 jusqu'en 388. Instruit de la haine que les troupes ro-

il) Recueil d'Antiquités, par Caylns, torn. IV. oacr. '.^l (ît 317.

maines portaient à l'empereur Gratien, il résolut d'en profiter. Il se fit proclamer auguste par l'armée qu'il commandait dans la Gronde-Bf-etagne, et partit avec elle. En abordant sur le continent, ce Maximus avait déjà corrompu tous les chefs de l'armée romaine : leur mécontentement les avait disposés à la trahison. Au premier choc, l'armée romaine passa successivement à l'ennemi. L'empereur Gratien, abandonné de tous, prit la fuite et se réfugia à Lyon, où Maximus envoya un homme dévoué qui, par des moyens perfides, parvint à lui arracher la vie. L'empereur Théodose, ayant gagné deux batailles contre Maximus le 27 août 388, le fit décapiter près d'.\quilée le 6 septembre suivant. L'usurpation de Maximus lui attira plusieurs guerres, bien des tourments, causa sa mort et celle de son fil.ç Viclof. Le monument triomphal qu'il avail fait élever à Paris ne lui survécut paii longtemps. Peu de temps après, il dut être démoli, sousValentinien II, qui avait succède à Gratien. et qui, vers la fin de l'an 388. se rendit dans les Gaules, aprè-^ avoir, par une loi de cette année, aboli les actes, les nominations, les institutions de Maximus ; il est présumable que, ne voulant laisser aucune trace des actes de l'usurpateur Maximus. Valentinien. arrivé dans les G iules, dut ordonner la démolition du monument triomphal dans Paris Celte démolition, dans la suite, fournit des matériaux à la construction de la muraille de la Cité.

Cette partie de muraille, plus récent*»

que le monument dont elle contenait les fragments, était construite à pierres sèches, c est-à-dire sans moitier ni ciment, manière de bâtir fort en usage chez les Romains, et qu'ils nommaient mnceria. Il en a été découvert dans une longueur d'environ quatre-vingt-quatre pieds. Cette muraille devait se prolongera droite (ta gauche sojs les maisons qui se trouvent dans le même alignement , elle longeait la rive de la Seine : sa direction en ligne droite la faisait aboutir, du coté d'aval, à l'ancien bùtiment de Saint-Denis-de-Ja- Chartre. Enfin, dans sa partie supérieure, elle avait six pieds d'épaisseur.

Prison de Glauci.n. Il est très présumable, mais il n'est pas certain, qu'il existait, du temps de la domination romaine, sur la rive de la Seine, près du Pont-au- Change. et sur l'emplacement du quai

aux Fleurs, une prison dont parie Gréivoire ('!), et que l'auteur des Gestes du roi Dagobertnomme (■arcerGlaiicini prison de Glaucin ; elle était voisine d'une porte de Paris (2). Je place cette prison sur le quai aux Fleurs, parce que deux églises, celles de Saint-Denis et de Saint- Symphorien, à cause de leur voisinage de cette prison, ont porté le surnom de la Chartre, mot qui signifie prison, et que ces églises étaient situées près de ce quai. Je place cet établissement pendant la période romaine, parce qu'on a la preuve de son existence peu de temps après cette période; que les premiers rois francs n étaient guère en usage de faire construire des édifices civils, et que le mot Glaucin eet latin.

Une tour voisine de cette prison, ou qui en faisait partie, se nomma d'abord "tour de Marquefas,puis tour Roland.

On voit que le quartier de la Cité, aujourd'hui peu brillant, l'était beaucoup sur la fin de la domination romaine, et contenait pusieurs établissements et institutions qui lui donnaient de l'importance. Voyons si les autres quartiers de Paris avaient les mêmes avantages.

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