VII. Paris sons Louis XII
Louis XII, qualifié d'abord de duc d'Orléans, succéda à Charles VJIl . le 7 avril 1498.
Ce roi fit quelques fautes en politique, comme en ont fait tous les rois. On peut même lui reprocher quelques erreurs ; mais elles appartenaient à son siècle. Ces fautes, ces erreurs furent éclipsées par des qualités éminentes, par un caractère de magnanimité sans orgueil, et de bonté sans'faiblesse, d'équité sans rigueur. De tous les rois qui l'ont précédé sur le trône, nul n'a montré un caractère plus noble, un jugement plus sain, ni plus d'amour pour la prospérité publique; en moralité et en raison, il fut de beaucoup supérieur à tous les souverains de son temps (1).
11 tint une conduite presque toujours conforme à ses heureuses inclinations. Il est le premier roi qui se soit occupé sincèrement du bonheur de ses sujets, et qui ait mérité le titre de Père du Peuple ; titre que la postérité, sans crainte comme .«ans espérance, n'a pas cessé de lui confirmer.
« J aime mieux, disait-il, voir rire mes « counisans de mes épargnes, que de voir « pleurer mon peuple de mes dépenses. >. Il maintint la justice autant qu'il était pos-
(1) Le pape Alexandre VI était le Sardanapale de son siècle : les papes Jules II et Léon X furent fameux par leur immoralité, leurs intrigues, leur ambition et leurs excès. Les rois d'Espagne, d'Ecosse, d'Angleterre, de cette époque, sont plus renommés par leurs vices que par leurs vertus. Quant à l'empereur d'Autriche, Maximilien l«r, un extrait de la lettre qu'il écrivit à sa tille, le 18 septembre 1512, suffira pour le faire connaître.
Il dit qu'il ne veut pas se marier, que, de plus, il a pris la résolution de « jamès plus lianter femme nue; " qu'il vient d'envoyer un ambassadeur au pape, pour décider' ce pontife à le prendra pour son coadjuteur , « afin, dit-il, qu'après sa mort pouruns estre « assuré de avoerle papat et devenir presîre, « et après estre saint; etqu'jlvous sera de « nécessité que, après ma mort, vous seres il contraint de me adorer, dont je me trou- ' *t veré bien glorvoes. «
sible de encore
le faire sous un gouvernement entravé par le régime féodal. La chevalerie, qui, jusqu'à lui, n'avait donne que des exemples de brigandages et do bassesses, commença dès "lors, par l'influence de ce roi, à offrir quelques actes de loyauté, de droiture et de grandeur d'àme, dont, quoi qu'en disent les romanciers, on ne trouve aucune trace sous le> règnes antérieurs.
Après Louis XI[, l'immoralité des rois étouffa bientôt ces germes précieux: la noblesse reprit son orgueil, ses habitudes destructives, sa tyrannie, tous ses vices, et ne conserva que l'honneur de braver là mort, de la recevoir ou de la donner, souvent sans utilité publique, sans motif raisonnable.
Une maladie violente, dont Louis Xfî fut attaqué à Paris, l'enleva le Kf janvier 1515. Il mourut trop tôt pour le bonheur et la véritable gloire de la France.
Voici le tableau des établissements, et l'élat des institutions qui fleurirent à Paris pendant ce règne.
Pont Notre -b.\ME. J'ai déjà parlé de la reconstruction de ce pont en I4L3. L- 25 octobre 1 499, vers neuf heures du mutin, il s'écroula avec les soixante maisons construites dessus. Cette chute fut généralement attribuée à la négligence du prévôt des marchands et des échevins, qui touchaient pour le prix des locations des maisons de ce pont quatre-vingts livres pat
Puis il annonce qu'il a deux ou trois cen: mille ducats destinés à corrompre les cardinaux; et, pour justitier ses espérances, il termine en disant : « Le Papa a encore les " fièvres doubles, et ne peult longuement " livre. " (Lettres du roi Louis XII, tome IV, lettre W.)
Ferdinand V, roi d'Aragon, surnommé le Catholique , était un homme sans probité, par conséquent sans honneur. Il comptait pour rien ses serments lorsqu'il trou\ait de l'avantage à les violer ; il se vantait même de sa duplicité, lorsqu'elle était suivie de succè?. Louis XII s'était plaint de ce que ce roi, dit
\ le Catholique, l'avait trompé trois fois. Fer-
' dinand en fut instruit, et dit : •■ Il en a menti, l'ivrogne; je l'ai trompé plus de dix fois. M Un prince italien disait de ce Ferdi- ; nand : <. Avant de compter sur ses serments, je voudrais qu'il jurât par un Dieu en qui
' il crût. " [Art de vérifier les dates, troisième
[édition, t. I, p. 765.)
sous LOUIS XII
par an, et no dépensaient qu'une très petite partie de cette somme pour l'entretien de sa charpente : ils gardaient le surpluspour eux. dit Robert Ga.suin. Il ajoute que le maître des œuvres ou Tarchitecte avait, en l'année précédente, averti C(s municipaux de l'urgente nécessité de réparer ce pont, qu'ils méprisèrent cet avis, et attendirent jusqu'au moment où les réparations étaie;.t impossibles. Un maître
charpM) ier s'adressa au migislrat chargé de la police et lui annonça que, dans le jour, le pont s'écroulerait. Ce magistrat lit mettre le charpentier en prison et se rendit aussitôt au parlement. Comme il n'était que sept heures du malin, cette cour ne s'y trouva pas encore assemblée. I! rencontra le président Baillet, auq .el il dénonça le charpentier comme un misérable qui venait de lui annoncer la
Casoitç-
Armea du xir* 8Îè«le.
prochaine chute du pont. Le parlement, sans partager la ridicule colère du magistrat, profita de l'avis, dépêcha prompteaient l'ordre aux habitants du pont de dé- ■nénager en diligence, et fit placer des
- lits aux extrémités, pour en prohiber -sage.
on vi^ bientôt après le pavé s'entr'ou- -rir et les maisons se fendre : accidents )rècurseurs delà chute, qui s'effectua avec in fracas horrible. Le pont et les maisons, ■n s'ccrculant dans la Seine, firent élever lu nuage de poussière dont l'air fut obs-
curci. Plusieurs des habitants de ces maisons, tardifs à en sortir, furent entraîné* dans la chute du pont, et périrent. Cet amas de débris obstrua le cours de la rivière, et en fit remonter les eaux qui entraînèrent des femmes occupées à laver sur ses bords, du côté de la rue de Gbliuny : pi isieurs autres accidents résultèrent de c^tte chute et de la négligence coupable de quelques magistrats de la ville !).
(l) Campendium Roberti Goguini^ de Gestis Francoram, lib. 11
Cette négligence ne resta point impunie. Le parlement manda au palais le prévôt des marchands, les échevins, les fit emprisonner, et, par arrêt du 5 janvier 1500; destitua Jacques Piédefer, prévôt, ainsi que les échevins, les déclara incapalDles de posséder à l'avenir aucune fonction, et les condamna à de fortes amendes, dont une partie fut employée aux frais de la recon- -slniction du pont. Le roi accoida, pour les mêmes frais, pendant six ans, six deniers pour livre à prendre, aux entrées de Paris, sur tout le bétail à pied fourché (1).
Plusieurs écrivains du temps ont parlé de h chute de ce pont, et en ont témoigné leur regret. Le Rosier historial est de ce nombre; de plus, il parle de sa reconstruction, et dit à ce sujet: « Puis après le rqi « envoya Jean Doyac pour donner la con- « duite de refaire ledit pont, lequel fut « refait en petit de temps i2). »
Peu de temps après la chute de ce pont en bois, on travailla à le reconstruire en pierres.
En attendant cette reconstruction, il fut résolu que provisoirement un bac strait établi sur la rivière. Les seigneurs, abbé et religieux de Saint-Germaiu-des-Prés, en vertu de l'éternel privilège que leur avait accordé le roi Childebert, privilège essentiellement nuisible auxaccroissemenfs et à la restauration de Paris, vinrent s'opposer à rétablissement de ce bac. Il fallut négocier et obtenir un arrêt du parlement pour écarter les obstacles que ces moines-seigneurs élevaient contre cet établissement indispensable.
Jean Joconde, cordelier, qui avait déjà présidé à la construction du Petit-Pont, fut chargé de diriger les travaux de celui-ci. Il prouva que les moines ne sor.t pas toujours inutiles, et justifia la confiance qu'on avait en ses talents. Grâce aux divers oc- Irois accordés par le roi et par la ville, il acheva entièrement, en 1512, ce pont, qui existe encore.
Sous l'une des arches était gravé ce distique eu l'honneur de l'architecte :
Jocundus geminos posuil tibi, Sequana, pontes ; Nunc lu jure pôles dicere poiilificcm.
(1) Histoire de Paris, Preuves, t. III, p. 570, 571, 572.
(2) Rosier historial, 2^ partie, fol. 156, verso.
Une autre inscription, pareillement gravée sous une arche, se termine ainsi .
« Pour la joie du jarachèvemcnt de si « grand et magnifique œuvre, fut crié « noé'/j et grandejoie démenée avec trom- « pettes et clairons qui sonnèrent par « long espace de temps. »
Soixante-dix maisons furent d'abord construites de l'un et de l'autre côté de la route de ce pont. Dans la suite, lorsqu'on eut établi des quais à ses extrémités, on y abattit les maisons qui s'opposaient à la route de ces quais; de sorte qu'il ne resta plus que soixante-une maisons , trente d'un côté et trente-une de l'autre.
Ce pont, réparé à diverses époques, noiamment en lo77 et en 1659, est le plus ancien des ponts existants à Paris, le premier qui fut solidement construit, et dont les arches reçurent une élévation calculée d'après celle des grands débordements de la Seine ; élévation qui nécessita l'exhaussement du sol de l'île de la Cité.
En 1786 on démolit les maisons dont ce pont était chargé; on ragréa, répara toutes ses parties, et on en adoucit la montée: la route, beaucoup plus vaste, fut bordée de larges trottoirs, et les quartiers voisins y gagnèrent de la lumière et de la salubrité.
Petit-P(MST. Le 31 janvier 1408, ce pont fut, ainsi que le pont Saint-Michel, emporté par une horrible débâcle dont j'ai parlé ci-dessus. Sa reconstruction ordonnée se termina en 1409.
Depuis il éprouva plusieurs accidents semblables.il est certain qu'avant l'an 1 499 il fut détruit, puis reconstruit en pierres, puisque Jean Joconde, comme le porte l'inscription que j'ai citée, avait, avant que da s'occuper de la construction du pont Ndtre-Dame, bâti le Petit-Pont. Je parlerai dans la suite d'autres accidents qu'il eut encore à éprouver.
Pont-aux-Meumers. Ce pont, q\iï n'existe plus, aboutissait d'un côté au quai de r Horloge, et de l'autre au quai de la Mégisserie, presque en face de la rue de la Saunerie. On ignore l'époque de sa construction piem^ère; mais on a la certitude qu'il existait au treiz.ème siècle : il paraît qu'il n'était établi que pour le ser-. vice de pi sieurs mouUns attachés au-dessous de ce pont.
Une se ,(ence arbitrale, de l'an 1296, extraite du cart ila^re de Saint-Magloire,, citée par M. Jaillot, porte : Le vieux grand
pont de pierre, lequel souloit estre où le pont des moulins est à présent.
11 semblerait, d'après ces expressions, que le Grand-Pont, ou lePont-au-Change, aurait changé de place, aurait existé fort au-dessous de la place qu'il occupe aujourd'hui ; ce qui est contredit par des preuves irréfragables, par la direction constante de la rue Saint-Denis, qui aboutit il ce grand pont, par la position du Grandf'hytelel qui formait tète de pont, etc. Le
licteur de celte sentence a sans doute
-lia dire qu'il existait autrefois, au-dessous et auprès du Grand-Pont, des moulins et un pont pour leur service ; que ce pont, qu'il nomme Pont des Moulins, a été éloigné du Grand-Pont, et placé plus bas, il l'endroit où fut, dans la suite, le Pont des Meuniers.
Ce Pont-aux-Meuniers, comme je l'ai dit, ne servait qu'à l'usage des moulins; mais le Grand-Pont, ou Pont-au-Change, ayant été rompu en 1374, on permit au public, pendant sa reconstruction, de passer sur le Pont-aux-Meuniers.
En lolO le Pont-au-Change était détruit ou impraticable : on n'avait pas encore achevé la construction du pont Notre- Dame; et il ne restait qu'un bac aux habitants de la Cite, pour traverser la Seine et pour communiquer avec la partie nord de Paris. Ces habitants demandèrent aupailement la permission de passer sur le Pont-aux-Meuniers, et que défenses 'fussent faites aux meuniers de leur clore le passage.
Cette cour refusa d'obtempérer à ces demandes , et ordonna que le Pont-aux- Meuniers serait clos et fermé, comme il l'étaitavantla chute du pont Notre-Dame.
Dans la nuit du 21 au 22 décembre 4o96, le Pont-aux-Meuniers fut entraîné par les eaux : j'en parlerai à cette époque.
Fontaines. Sous Louis XII, les deux aqueducs de Belleville et du Pré-Saint- Gervais alimentaient seize fontaines publiques dans Paris ou dans ses faubourgs; »en YO.ci le dénombrement :
: Les trois fontaines du règne de Philippe- Auguste, ce=t-a-dire celle des Innocents, des^Halles, toutes deux alimentées par l'aqueduc du Pré-Sain t-Gervais ; et la fontaine Maubuée, qu'alimentait l'aqueduc de Bellevdle;
Cinij fontaines dont les eaux provenaient aussi du même aqueduc; telles étaient la ion lai ne de la rue Salle-au-Comte qui a
sors LOLis XII 439
longtemps porté le nom de Henri de Marie, chancelier de France, qui la fit construire; celles de la rue Saiote-Avoye, de la rue Bar-du-Bec, de la porte Baudoyer, ou Baudet, et de Saint-Julien ;
Quatre autres fontaines fournissaient de l'eau du Pré-Saint-Gervais ; celles du Ponceau, de la Reine, de la Trinité et de la rue des Cinq-Diamants ;
Quatre autres fontaines alimentées par les mêmes eaux : celles de Saint-Lazare, des Filles-Dieu, et celles des Cultures de Saint-Martin et du Temple. Ces fontaines, avant le règne de Charles V, existaient hors de l'enceinte de Paris; et, après ce règne, elles se trouvèrent, exe -pté celle de Saint-Lazare, dans l'intérieur de cette enceinte.
Bons-Hommes, ou Minimes de Chaillot.
situés au bas et a l'extrémité de ce village. François de Paule envoya dans Paris six de ses religieux, et les adressa à Jean Quentin, pénitencier de cette ville, qui refusa de les recevoir et les traita durement. Ces minimes, mal accueillis, se retirèrent ailleurs. Quelque temps;. près, ce pénitencier revint de ses préventions contre ces moine>, les admit dans sa maison, et les y garda jusqu'en 1493. époque où .Jean Morbier, seigneur de Villiers, leur fit don d'une vieille tour, près de Nigeon.
Anne de Bretagne, plus libérale, céda à ces Bons-Hommes son manoir situé sur le penchant du coteau de Chaillot et de Nigeon, et joignit à cette donation un hôtel contigu, qu'elle acheta, en 1 i96. de Jean Ceusy, hôtel contenu dans un enclos de sept arpents, où se trouvait une chapelle de Notre-Dame de toutes grâces.
Cette chapelle servit à ces nouveaux moines , en attendant qu'ils eussent une église plus grande, dont la conslruction fut commencée pendant la vie d'Anne de Bretagne, qui en posa la première pierre, et ne Tut terminée qu'en 1578.
Cet édifice contenait plusieurs monuments des arts. On y remarquait l'epitaphe de Jean Quentin, dont il a été fait mention -, elle était ainsi rimée :
Cy gisl au bas de ce pilier,
Lecœurd'iiii bon pviuiencier, Maistre JeLan Quemin, *ans ener.
Qui lie ce coHveni bienfaiteur Fuai, ei de l'onlie aaïaieur.
On voyait aussi dans la nef le tombeau I et lépitaphe de Françoise de '^>yn': d'Ar- ! bouse, épouse du fameux cardinal Duprat :
uo
HISTOinE DE PARIS
leur fils Guillaume Duprat, évêque de Clermont, lui fit élever ce monument.
La chapelle d'Ormesson était ornée du buste de Jean d'Alesso, petit-neveu de saint François de Paule, mort en 1573; de celui d'Olivier le Fèvre d'Ormesson, président de la chambre des comptes, mort en 1600, et d'Anne d'Alesso, son épouse.
Josias, comte de Rantzau, maréchal de France, mort le 7 septembre 1650, fut enterré dans cette église.
On voyait, dans ce monastère, une galerie qui contenait la bibliothèque. En 1 590, le tonnerre tomba sur cette galerie et l'endommagea considérablement.
Ce couvent, supprimé en 1790, a en partie été remplacé par un chemin qui adoucit la pente de la montagne dite des Bons-Hommes, et par dévastes bâtiments consacrés à une filature de coton.
Spectacles. Pendant cette période, et depuis l'établissement des Confrères de la Passion (1), le goût des spectacles s'était rapidement propagé dans Paris. Les curés l'avaient favorisé en avançant, comme je l'ai dit, l'heure des vêpres, pour ne pas priver leurs paroissiens de ce plaisir.
Les Parisiens, pour solenniser l'entrée des rois et des reines dans cette ville, adoptèrent l'usage de dresser, sur leur passage, des théâtres, sur lesquels était représentée une scène dramatique. Ces scènes, quel qu'en fut le sujet, recevaient le nom de mystères : on ne savait pas encore leur en donner d'autre.
Ce goût naissant devint bientôt un besoin, qui fit multiplier les spectacles et varier les sujets représentés sur la scène. Outre le théâtre des Confrères de la Passion, on en vit s'élever plusieurs autres. Les clercs de la Basoche en établirent un sur la table de marbre du Palais de Justice; les clercs du Ghàtelet imitèrent ceux du parlement ; plusieurs collèges de Paris élevèrent aussi des théâtres où figuraient les professeurs et les écoliers. Il en fut établi jusque sous les Halles de Paris.
Le théâtre des Enfants Sans-Souci était dirigé par le Prince des Sots.
^ Les Confrères de la Passion ne se bornèrent pas à représenter la passion de Jésus-Christ : ils varièrent la scène en puisant leurs matières dans les Actes des Apôtres, dans la Bible et dans la Vie des Saints.
(1) Voyez Hôpital de la Trinité.
Les clercs de la Basoche jouaient des farces, soties ou moralités; puisaient les sujets de leurs pièces dans les événements publics, dans les abus, les fautes et les excès des grands personnages de la cour, ou dans les ridicules de la société.
Le théâtre des Halles avait pour objet de diriger l'opinion publique dans les intérêts du gouvernement.
Les théâtres temporaires, dressés dans les collèges, mettaient en scène des événements qu'offre l'histoire ancienne, sans négliger les événements modernes.
Je vais parler de ces divers spectacles, dont la licence était extrême, et qui, protégés sous le règne de Louis XII, furent, avant et après ce règne, souvent en butte à la censure sévère du parlement.
Théâtre des Confrères de la Passion.
J'ai parlé de leur établissement à Paris, sous le règne de Charles VI: je vais donner ici quelques traits qui caractérisent le genre de leurs compositions dramatiques.
Les sujets qu'ils mettaient en scène n'étaient pas de nature à inspirer la gaîté. C'est pourquoi , afin de rompre l'uniformité de leur speclacle,' ils continuèrent ii i s'adjoindre une troupe de baladins, appelée les Enfants Sans-Souci, présidée par le Prince des Sots, qui entremêlaient la gaîté , de leurs farces avec la tristesse des mys- i tères (I). I
Cependant les auteurs des mystères cherchaient aussi à égayer leurs compositions et à les rendre plus amusantes ; de sorte que même en représentant la Passion , ils parvinrent à faire rire les spectateurs. Pour cet effet, il ne fallait ni talents ni goût ; il suffisait d'offrir des naïvetés grossières et de plats quolibets, dont l'indécence nous étonne : les spectateurs n'étaient alors ni délicats ni difficiles.
On connaît le passage suivant d'un mystère où l'on voit un ange apostropher ainsi le Père éternel :
(1) François Villon, qui écrivait pendant cette période, dans son testament, fait an Prince des Sots le legs suivant :
Ilein, donne au prince des Sols, l'our un bon sol, Michaull Dufour, Qui à la fois dit de bonsmuU Et chante bien ma doitlce amour.
Les farces des Enfants Sans-Souci étaient quelquefois mêlées de chansons. A la tin de la pièce, on entendait toujours une chanson fort gaillarde. Je parlerai de ce théâtre.
sous LOUIS XII
Viire ••;c lie!, vons n\<v lort
El «levnez avoir \eri;o^tic;
V' m- fils bîen--<iiinî •M iimri,
El vous dormez cnime un iMOf-i»
Lii.i Lt vint, llcsl mon?
l'ange.
Oui, foi d'iiorame de bien.
DIEC LE PÉBE.
Diable emporte qui n'en savait riea, etc.
Dans la pièce intitulée la Conception a personnages . on représente saint Joseph fort inquiet de'trouver son épouse enceinte; voici comment il exprime sou trouble et ses soupçons :
D.3 moi la cliose nVii \eriiie.
Sa promesse n'a pas tenue;
Elle a rompu son mariage.
Elle est enceinte, et d'uù viendrait Le fruit? Il fam dire, par droit, Qu'il y ait vice d'adultère.
Puisque je n'en suis pas le père
Elle a été trois mois entiers Hors d'ici ; et, au bout du tiers, Je lai toute grosse reçue.
L'aurait qiielque paillard iléçue, Ou de fait voulut efforcer ?
k\i\ brief,je ne sais que penser (1).
Mais ce sont là les passages les plus 'i 'i-enfs qui se rencontraient dans ces piè- ( '?. J'ai sous les yeux des mystères, mauu-;(Tits du quinzième siècle, qui contiennent. parmi plusieurs scènes pieuses, des chansons bachiques, des bouffonneries les plus grossières.
Une de ces pièces, qui a pour sujet la passion de Jésus-Christ, offre des preuves de ce mélange révoltant du sacré et du ])rorane.
Caïphe ordonne que la croix et les clous nécessaires pour le supplice de Jésus soient promptement fabriqués. Janus, serviteur de Caiphe, va chez un forgeron appelé Grimauce, pour lui demander des clous; 'Oici ce qu'il lui dit ;
Vrai est qu'on a jugé Jésus A pendre en croix, au mont Calvaire; Pour ce viens que veuUiés faire Les clous pviur le crucifier.
J'aime mieux non rien bes^i^ner Que ces clous faire, par mon àme; Je serois palharl iufànie.
Si besoinghois pour Jésus pendre.
Or, vous gardez bien de mesprendre Ou des princes serez punis.
(1) £« Mystère de la Conception, iu-'i" gothique, imprimé à Paris, chez Alain Lotrian.
(2) Cette expression, alors commune dans
MALEMnOlCULE.
(I), pugnais, prent tes ostis outils > LS clous, et advance lov.
Niin farey, datiie, par ma fov.
Se les faicU'S, si vous voulés."
UAIEUBOICUÉE.
Par Dieu, maisire, vous soufflarés.
Et ma fervante frappera.
GRIUA.NT.E.
Et qui forgera?
MALEMBXCHÉE.
Moi ; Ne «uis-je pas maîtresse ouvrière?
lilCH*tLDE LA ;E.VA!«TE.
Oy bien pour souffler darrlère ; Vous en faicte vouler la pleume.
MALEMBUICBÉE.
Miiliaulde va devant l'enclume, Se frappe fort, car il est rîiault :
Si sont mal faicts, il ne m'en cUaul^ Aussi en serons mal payés.
JAMS.
Besoignés, ne vous sociés.
Des princes ares renommée.
MALEMEOLCHÉE, en forgeutit chante.
O goubtlet! m m'as la mort donnée.
Tant l'ay aînée que m'en suis envvrée; Goubelti, beau goubelet, Venez à moi de nuitin ; De granJ cu't vou^ baiserays, Mtsque (pourvu que) soyez'plein de vin ; Car tous les jour» à vous j'ai ma pensée ; bi; grand amour voire saveur m'-gtee.
L'auteur a cru donner un grand intérêt à cette scène, en assaisonnant le lamentable et religieux sujet de la Passion de scènes burlesques, de bouffonneries indécentes. Il s'est cru aussi obligé d'exagérer les outrages que dans cette aclion tragique reçoit le principal personnage. Voici avec quelle bassesse il fait parler'ses interlocuteurs : l'un, nommé Abdcrou, crie à Jésus en croix :
Poy, pathart, poy !
AL!XA<iiDRE.
Faites lui poy (S , rrjchez-lui iresious au visage, .'-o vous pouvez, ou à la nage jS , Et lai faictes montrer le...
Bé, bé, bé,
01I>ES TlIïA.M
be.
MALQIE.
J'ai appétit P'arregarder s'il porte braves.
sieurs lettres des rois, adressées aux gouver. neurs, ou autres agents. Gardez-vous de mesprendre, signifiait: ne manquez pas d'obéir,
(1) Âccop^ pour acoup^ aussilôr, promptement.
(2) Poy ou Pouah, exclamation de dégoût ou de mépris.
le style de chancellerie, se trouve dans plu- [ (3) Nage, du latin naUs, fesses.
\ iî HISTOIRE
Et n'as ja besoing que lu n'ayes; Je crois que la chère est relraite.
GIRG.
Il fait b'"-aii vûir liesnigne fcte.
Gualaiis, nioiulrons Uii tous le e..
MALBEC.
Arreaarde ; il e-t velu; Jésus, airegarde la lune.
MALEGOIlGK,
Arrf garde si le iiiii-r. fume; N'osl-ci! pas la gorge i:'un four?
PRIMELLE.
Par mon âme, lu es bien lourt; Que ne descens-tu pour nous batre.
Comment de pareilles scènes, que je transcris avec répugnance et réserve, afin de faire connaître le degré d'abjection où se ti cuvaient alors les moeurs, la littérature et le théàtie ; comment ces scènes, dis-je, aussi ordur:ères que sacrilèges, ontelles pu. avec les gestes et l'action qu'elles nécessitent, être pt'fertes aux yeux du public? Quelle corruption de goût et de mœurs !
Jean Michel, dont on a imprimé les nombreux mystères, notamment ceux de la Conception, Nali\ite et Mariage de la Vierge Marie, du Vieux-Testament, de la Pas-ion et de saint Christophe, etc., fut le plus célèbre auteur du quinzième siècle. Ses ouvrages, fort rares, furent imprimés à Paris, et ont eu plusieurs éditions. Ou s'étonne aujourd'hui, on est ébahi de trouver dans les sujets pieux qu'a traités cet écrivain des scènes aussi grossièrement licencieuses, des actions aussi obscènes, des paroles aussi oruurieres.
Les pièces de théâtre sont le miroir des mœurs du si;:cle où elles paraissent. Que pens.r des mœurs du quinzième siècle, suitouL si l'on sait que ces pièces étaient représentées devant des personnes de tout âge et de tout sexe?
Cependant, pour la justification de cet auteur et de ses semblables, il faut dire qu'ils ne prêtaient ces expressions sales et grossières qu'à des personnages d'uneclasse inlérleure ou malfaisante, tels que les geôliers, les possèdes, les diables, les tyrans, les archers, les bourreaux, etc. DiCu, les apôtres, les saints y pailaient quelquefois d'une manière buiiesque ; mais, généralement, nulle parole inUecente ne sortait de leur bouche.
Les acteurs de la Passion donnaient quelquefois leur spectacle hors du heu accoutumé; en Mt2. pendant que Paris était sous la dépendance des Anglais, la
reine et le roi d'Angleterre firent jouer à l'hôtel de Nesie, faubourg Saiul-Genriain, le Mystère de la passion de sai?it Gorgps.
En 1543, les Confrères de la Passion, forcés de déguerpir de l'hôpital de la Trinité, vinrent s'établir àl hôtel de Flandre, ilont ils prirent une partie en location. Cet hôtel était situé entre les rues Plàti iore, Coq-Héron, des Vieux-Augustins et Coquillière; ils y donnèrent leur spectac! ■ jusqu'en 1547. François le 'ayant, dès 1513, ordonné la démolition de l'hôtel de Flandre et de quelques autres, ils vinrent s'établir dans une partie de l'hôtel de Bour- j gogne, rue Mauconseil. J'en parlerai en' son lieu.
Parmi les auteurs qui travaillaient pour ce théâtre, les plus célèbres étaient Michel, dont je viens de parler, Jean Dabundance et les deux frères Simon et Arnould Grèban. Il ne faut pas oublier Pierre Gringoire, auteur de plusieurs poésies, qui, probabk-ment, jouait sur le théâtre des Enfants Sans-Souci le personnage de mère sotte , puisque cet écrivain portait et se donnait lui-même ce surnom ridicule, et qu'il a composé plusieurs soties, farces et moralités. En 1502, associé avec Jean Marchand, machiniste, Giiugoire s'occupait d'un mystère qui devait être représenté au Chotelet, a l'entrée du légat, de l'archiduc et de la reine de France (1).
Les acteurs de ce théâtre n'étaient point des pèlerins, comme l'a dit Boileau (2], maisdes bourgeois, des hommes de lettres, des juri.-consultes, des magistrats, des ecclésiastiques. M. Berriat de Saint-Prix ,. qui a publié un curieux mémoire s.r les Mystères, nous apprend que les direcleurâ de ces spectacles étaient, à Grenoble,, choisis parmi les premiers magis.ials de celte ville; que celui qui fut chargé du principal rôle, de celui de Jésus-Christ, dans le mystère de la Passion, était un avocat noble et docteur en droit, appelé Pierre Bûcher, qui, après avoir accepté ce rule, refusa de le jouer. Le rôle de Jésus-Christ se composait ordinairement de quatre à cinq mille vers; la représentation
(1) Antiquités de Sauvai, t. III, p. 533, 534, 537.
(2) Ch( z nos dévols aïeux, le théâtre abhorré Fui ioiiglenips dans la France un (ilaiair ignoré. Ul' péleiiiis, iiil-i)U, une lioupe giossiere En public, à Paris, y uionia la première.
i,Art Puéitqtte, chant III.)
durait quatre ou cinq jours de suite ; l'acteur qui jouait ce personnage, accabli de coups et attaché sur la croix , courait risque d'y perdre la vie,
A Metz, le rôle de Jésus-Christ était joué par un prêtre. Voici ce qu'on lit duns la Chronique de Mttz : « L'an 1437, » le 3 juillet, fut fait le jeu de la Passion c en la plaine de Veximel, et fut fait le « parc (le théâtre) d'une très noble façon, « car il étoit de neuf sièges de haut..., et a fut Dieu un sire appelé Nicole..., curé « de Saint-Victour de Meîz, lequel fut « presque mort en la croix, s'il n'avoit « été secouru, et convint qu'un autre prest tre fut mis en croix pour parfaire le per- « sonnage du crucifiement pour ce jour, « et le lendemain ledit caré de Saint-Vic- « tour parfit la résurrection ; et fit très I « hautement son personnage; et un autre I) « prestre, qui s'appeloit messire Jean de « Nicey..., fut Judas, lequel fut presque ï mort" en pendant, car le cœur lui fai.Iit; • et fui bien astivement despendu lu . TiiÉ \t:.e des Basoches du Palats et I" CiîATELET. Ce fut sous lo règne de •s XI que les clercs du parlement et X du Châtelet commencèrent, à ce q ;, il paraît, à donner des spectacles au public; on sait que ce roi les aimait, et " 'rdait sa protection aux comédiens.
I.es clercs de la basoche du parlement .M,, aient leurs pièces dans la gaude salle du Palais, et la vaste table de marbre qui s'y trouvait leur servait de théâtre, Quant aux clercs du Châtelet, ils en faisaient dresser un devant la porte du bâtiment de ce tribunal.
Dans un compte, rapporté par Sauvai, on lit qu'en i 473 les clercs du Châtelet, ayant dressé un échafaud devant le bâtiment de cette cour de justice, y représentèrent des jeux, et firent beaucoup de déses auxquelles le prévôt de Paris tribua pour la somme de dix livres pa- Fiïis : ils ne touchèrent pas même cette somme entière; et une partie fut, on ne sait pourquoi, donnée au bourrjau. Louis XI ne voulut point entrer dans ces frais, disant qu'il n'était pas d'usage que le roi payât les jeux représentés au Châtelet 2). Dès que Louis XI eut cessé d'habiier à Paris, les clercs des basoches du Paiais et
(1) Mémoires de la Société roy^ls des Anliq^Miires de France, iora. V, p. 163, 179. (2j Sauvai, t. III, p. 423.
du Cil "itelet se trouvèrent sans prolection ; et le parlement, qui n'aimait pas les comédies où probalileiiîent quelques-uns de ses membres éîaietit joués, s'opposa souvent à leurs repré^-^ent tions.
Par un arrêt du \'ô mai 1476, celte cour défendit aux clercs de l'une t rau:re juridiction « déjouer publiquement au Pa- < lais, au Chàtt^let, ou ailleurs, farces, so- « ties, moralités, so is peine de b nuisse- « ment et de confiscation de leurs biens. » L'arrêt défend même aux clercs de demander à la cour la permission de jouer ces farces. Les mesures de police que prenait le parlement étaient alors très mal ex eut ces. L'année suivante, les basochiens se disposaient à jouer leurs comédies ordinaires, lorsque le parlement, par arrêt du < 9 juillet 1477, défendit aux cL-rcsda Palais, et à l'un d'eux, nommé Jean l Eveillé.se disant roi de la Basoche, déjouer, sous peine , par les contrevenants, d'être battus de verges par les carrefours de Paris, et bannis du royaume (1;, aa Palais ou ailleurs, firces, moralités et soties. Cette peine très rigoureuse, dont étaient menacés les clercs de la Basoche, dut refroidir leur zèle pour le spectacle. Cependant, après la mort de Louis XI, règne sévère et cruel, les basochiens se hasardèrent de faire revivre leurs jeux scéniques; mais bientùt ils se laissèrent aller à des critiques imprudentes. En voici un exemple.
Le 1er mai 1486, les clercs du Palais jouèreiit une farce ou mo.^aiité où se trouvaient plusieurs traits sati; iques contre le roi Charles VIII et son gouvernement. Ce roi en fut informé ; et, par lettres patentes du 8 de ce mois, il ordonna que cinq des plus coupables auteurs ou acteurs seraient arrêtes. Les nommés Baude, Regnaux, Savin, Duluc et Dupuis furent emprisonnés au Chà'elet, puis en la conciergerie du Pa'ais. L'évèque de Paris les réclama, disaot que, comme clercs, ils étaient ses justiciables. Vers la fin du .i ois, ces prisonniers furent relâchés en donnant caution (2 .
Les spectacles que donnaient les clercs de la Bas che, interrompus sous le règne de Chirles VIH. repr rent faveur sous celai de Louis Xll; U liberté eut peu de
(1) M-Jm ire de M. Moreiu. avocat, pour les procureurs uu Chàidet. p-pc. 50.
(2| Rejisires mauuecnts de ia Toumelle cri- I miiiiHe, aauée 14'J6.
limites alors, et le fouet de la satire frappa de nouveau les abus et ceux qui en profitaient.
Les courtisans remontrèrent à ce roi que les clercs,, dans leurs pièces, se permettaient beaucoup de licences, et qu'ils l'avaient joué lui-même, sous la figure de l'avarice. Louis XII fit cette réponse remarquable : « Je veux qu'on joue en li- « berlé, et que les jeunes gens déclarent « les abus qu'on fait à ma cour, puisque « les confesseurs, et autres qui font les « sages, n'en veulent rien dire : pourvu « qu'on ne parle pas de ma femme, car je
• veux que l'honneur des femmes soit « gardé (1). »>
Pendant le règne de Louis XII, le parlement fut obligé de laisser aux jeux des basochiens et à ceux des autres théâtres une liberté entière; mais quand ce roi eut cessé d'exister, les personnes de la cour, que ceite liberté importunait, ne voulurent plus la supporter. Aussitôt après sa mdrt, arrivée le l^r janvier 1515, le parlement, à cause du deuil, défendit les jeux préparcs par les clercs de la Basoche pour la veille des Rois, et les dédommagea des frais que ces préparatifs leur avaient causés (2).
L'année suivante, sans avoir le même motif, le parlement, le 2 janvier 1516, fit « défense aux basochiens et aux écoliers
• des collèges de jouer farces ou comédies « dans lesquelles il serait mention de « princes et princesses de la cour. « Ces princes et princesses ne craignaient pas de se livrer à leurs habitudes vicieuses, mais craignaient de se les entendre reprocher.
(1) C'est ainsi que la plupart des historiens modernes rapportent cette réponse ; voici ce qu'en dit Brantôme : « Lui estant .' rapporté un jour que les clercs de la Ba- " soche du Palais et les écoliers aussi avoient " joué des jeux où ils parloient du roi et de " sa cour et de tous les grands, il n'en fit " autre semblant, sinon de dire qu'il falloit i< qu'ils passassent leur temps, et qu'il per- M mettoit qu'ils parlassent de lui et de sa « cour, mais non pourtant dérèglement, et « surtout qu'ils ne parlassent de la reine sa .< femme, en façon quelconque; autrement .< qu'il les feroit tous pendre. » ^Brantôme, discours l«r, Anne de Bretagne.)
(2) Mémoire de M. Moreau, avocat, pour les fyrocureurs auÇhâlelet^ pag. 50, 61.)
Les clercs de la Basoche continuèrent néanmoins leurs représentations. Sans doute ils ne se conformèrent pas entièrement à l'ordre qui leur avait été donné île respecter les personnes éminentes en dignité, puisque, dans la suite , on voit le parlement exiger que les pièces, avant d'être jouées, soient soumises à la censuiv de quelques-uns de ses membres. Un arrêt de cette cour, du 23 janvier 1538, accoide aux basochiens la permission de faire jouer leurs pièces à la table de marbre, « ainsi qu'il est accoutumé, porte cet ar- « rèt, en observant d'en retrancher les « choses rayées. » On voit ici l'origine de la censure des pièces de théâtre.
L'usage de cette censure fut maintenu dans la suite; et, s'il arrivait que les clercs essayassent de se soustraire à cette loi, le parlement la renouvelait. Il défendit, le 7 mai de l'an 1540, au chancelier et aux suppôts de la Basoche de composer et jouer à l'avenir aucune pièce sans la communiquer préalablement à la cour. « N'entend « toulesfois, y est-il dit, leur défendre « qu'ils ne se réjouissent honuestement et « sans scandale. »
Dans la même année 1540, le 15 octobre, le parlement renouvelle cette défense, et enjoint au roi de la Basoche, à son chancelier et autres suppôts, de soumettre à la cour le jeu de leurs soties, avant de jouer; il ajoute : « Et quant à la farce et « sermon, attendu la grande difficulté par « eux alléguée , de les monstrer à ladite « cour, ayant égard à leurs remontrances, « pour cette fois, et sans tirer à consé- « quence, ladite cour leur a permis et per- « met de jouer ladite farce et sermon sans « les monstrer à ladite cour ; cependant « avec défense de taxer ou scandaliser « particulièrement aucune personne, soit « par noms ou surnoms, ou circonstances « d'estoc (famille), ou lieu particulier de « demourance et autres notables circon- « stances par lesquelles on peut désigner » ou connoître les personnes... (1). >»
Ainsi l'audace de la satire théâtrale et l'art d'en éluder la répression avaient fait des progrès égaux.
Les clercs de la Basoche s'étaient mis en grands frais pour une pièce qui, suivant l'usage, devait être représentée le 1 er jeudi après la fête des Rois. Le procu-
(1) Registres manuscrits du j>arkment , au 15 octobre 1540,
Paru. — Typographie Laoovr, me SoiiCBot, 49.
sors LOUIS •reur général du parlement, en janvier 1 oo'2, <iemanda que la pièce ne fût pas jouée. f.es officiers de la Basoche s'élevèrent contre cette demande ; l'affaire fut piaidée. •Dn arrêt de la cour défendit aux basochiens de jouer la pièce ou moralité qu'ils se proposaient de représenter , et pour les dédommager des avances qu'ils avaient faites en préparatifs, elle leur accorda ^0 \i\Tes.
XII un
Dans la suite, les clercs, quoique leurs pièces eussent obtenu l'approbation de la censure, étaient encore tenus à la formalité de deminder au parlement la permission d*i les jouer. C'est ce qu'on voit dans les registres de la cour, sous le 8 janvier 1361. Après l'approbation, elle permet aux clercs de la Basoche de faire dans la salle du Palais jeux honnêtes et sans scandale
Poite Saint-Marcel.
Le 12 juin 1582, les basochiens firent Mue pareille demande pour jouer une tragédie et autres jeux approuvés par les "■nseurs. Le parlement y consentit, à con- ■lition qu'en jouant ils* respecteraient la ! "ligion, l'Etat, et ne scandaliseraient per- -inne.
Depuis cette époque on ne voit plus de 'race de l'existence du théâtre basochien. ' Les troubles publics, sans doute , en in- '•irrompirent l'exercice. Ce spectacle u'et''it pas gratuit: l'argent qui en provenait ^-iTvuit aux frais d'un ftstin qui suivait la ' II Prr. MRR
pièce, et formait une partie des revenus du royaume de la Basoche.
Théâtre des Enfants Sans-Souci.
La troupe ainsi nommée était présidée par un acteur qui prenait le titre de Prince des Sots : elle ne résidait pas continuellement à Paris, mais s'y rendait de temps en temps; elle s'est associée quelquefois aux Confrères de la Passion, dont elle égavait le théâtre par des farces et des bouffonneries.
Sous le règne de Louis XII. le jour du mardi-gras de l'an 1511 . il fut joué par
cette troupe aux Halles de Paris, une sotie ou pièce satirique, dirigée contre le pape Jules 11 et la cour de Rome : elle était intitulée le Jeu du Prince des Sots et Mère-Sotte i^).
Le pape, sous le personnage de Mère- Sotte, et les prélats de sa cour y sont représentés comme des hypocrites qui couvraient leur libertinage du manteau de la religion.
Mais souvent, dessous les courlines {rideauxl,
Ont créatures féminines.
Tant de prélais irréguliiTs!
Tant de moines aposials!
Il y a un tas d'asoiers
Qui ont bénéfices à tas.
. Un personnage appelé la Commune, représentant le peuple français, dit : j
Les marchands et gens de mestier N'ont plus rien, tout va à Tèglise.
Bientôt le pape, sous le nom de Mère- Sotie, vient déclarer qu'il aspire à la puis- | sance temporelle ; qu'il veut la disputer ! au roi de France, et eu jouir à son préju- ' dice : Je veux, lui fait-on dire, i
... Je vueil par fas ou n-phas
Avon- sur lui J'autorilé.
De iVspiiitualité
ie jouis, ainsi qu'il me semble ; {
Tous les deux vueii mesler ens< mble. !
On fait observer au pape que jamais les princes ne consentiront à ce qu'il s'empare du temporel ; le pape repond :
Veuillanl ou non, ils ie feront.
Ou grande guerre à naoi auront.
Du temporel jouir voulons.
Pour engager les évêques et les abbés à se ranger dans son parti, et à combattre sous ses bannières, ce pontife cherche à les séduire par l'appât des bénéÛGes et des richesses qu'ils produisent. On vous donnera, leur dit-il, des dispenses pour faire tout ce qu'il vous plaira ; on vous comblera de biens; on vous accordera tous les pardons désirables.
Vous aurez, en conclusion, Largement de rouges chapeaux
Le pape cherche aussi à séduire quel- M ques seigneurs ou prélats français qui refusent de se ranger dans son parti : un seul, appelé ici le Seigneur de la Lune, embrasse la cause du pape contre celle de son roi (1).
Puis on voit ce pape, ou Mère-Sotte
; qui le représente, paraître sur la scène avec
I ses habits pontificaux, et engageant ses
partisans à livrer un combat aux princes
français.
Après le combat, le roi de France commence à soupçonner que le pape n'est pas l'Eglise, qu'il s'est déguisé sous des habits empruntés, et qu'il n'est que Mère-Sotte.
Peut-être que c'est Mère- Sotte, Qui d'Eglise a vestu la cotte.
Par quoy il faut qu'on y pourvoie.