‹ Histoire de ParisChapitre 81 sur 261 · LE PRINCE · texte numérisé non relu

LE PRINCE

Je vous supplie que je la voye.

GAVETli.

C'est Mere-Solie, par ma foy.

Le roi demande alors conseil ; on lui répond qu'il faut détrôner le pape.

Frappez de crosses et de croix.

Je suis la mère saincte Eglise.

(i) M. de Sairit-Foix a cité, dans ses Es- j sais sUfT Paris, quelques passages de cette pièce, dont il n'a connu que les fragments rapportés dans 1 Histoire des théâtres. J'ai sous les yeux cette pièce tout entière : et ce que je vais en citer ne se trouve point dans l'ouvrage de Saint-Foix.

Mère- Sotte, selon la loi.

Sera hors de sa chaire mise.

Pugnir la faull de son forfait ; Car elle fut posée de fait • Eu sa chaire par symonie.

La Moralité, qui vient à la suite de la pièce de la Mère-Sotte, est composée dans le mîme esprit. Le pape y figure sous le nom de l'homme obstiné, et fait lui-même un portrait affreux de ses moeurs personnelles.

Aussitôt on voit descendre du ciel un personnage allégorique, appelé Pugnicion divine, qui recommande sans façon aux peuples d'Italie de ne plus croire ni obéir à ce méchant pape :

Peuple italique, ne crois l'homme obstiné ;

Chasse dehors ton usure publique.

Et luxure sodomiste abolis ; Qu'on ne voye plus réalise tyrannique, Hauite fierté dechasse, amolis.

Le pape, peu touché des menaces de

(1) Peut-être l'auteur, par le Seigneur de la Lune, entend-il parler du maréchal d'Amboise, sieur de Chaumond, qui se repentit d'avoir fait la guerre au pape, et même lui demanda l'absolution, qui lui fut accordée. Quant au nom de la Lune, il désigne un homme inconstant comme ce satellite de la terre, et qui change de parti comme la luna change de quartier.

sous- Lours XII

Pugnicion divine, y repocd par cette bravad"e :

Vin de Candie et vin basiord.

Je ireuve friant et gaillard, A mon lever, à mon coucher.

Alors paraissent sur la scène deux nouveaux personnages, Ypocrisie et Symonie, qui se vantent, comme à l'envi, des abus et des maux qu'elles causent à l'Eglise. Le Peuple français, autre personnage, leur adresse de vifs reproches, et Pugnicion divine ajoute :

. . . . Jamais je ne vy Dedans l'église tant de fouii.

Vous voyez les saints ;acrenienls Estre \endus par gens d'égii»e, Ils prennent leur» esbattements D'apprécier enterrements, BapiebUies; c'est erreur commise; Vicaires fermiers ; l'eulreprise Déplaisi à Dieu

Le Peuple français vient ajouter au tableau des désordres du cierge :

Mais d'où vient maintenant la guise Que prestrfcs ont des chambrières Qui les chandelles de 1 e^ilise , Vont vendre ; c'est tout laiutise.

Ypocrisie fait ensuite des remontrances au Peuple français, qui lui répond :

Sous umbre de bigoterie, Vous laites plus que je ne fais.

Rien ne faites qui soit utile-, Fors rapiner et amasser,

£n secret mainte femme et fille Fait par dessoubs ses mains passer.

Pugnicion divine termine la pièce par des menaces adressées à la cour de Rome, et exhorte les peuples et les prêtres à renoncer à leurs habitudes vicieuses.

Cette Moralité est suivie dune troisième pièce appelée la Farce, pièce dont le sujet et les expressions sont également indécents. Je ne puis en citer que les trois derniers ■vers :

Et toutefois on conclura

Que les femuies, sans contredire,

Aiment trop mieux faire que dire (1).

(Ij Le Jeu du Prince des Sots et de Mère-Sotte, joué aux Hiilles de Paris, le mardi-gras 1511.

L'auteur des pièces que je viens d'analyser est Pierre Gringoire, dit Vaudemont, héraut d'armes du dyic de Lorraine , qui a composé plusieurs autres ouvrages en vers. C est lui qui traduisit les Heures de Notre-Dame eu français , et qui demanda la permission de les faire imprimer à Paris en cette langue; permission qui Ivu fut refusée par la Sorbonne et par la cour du parlement.

Les pièces théâtrales des quinzième et seizième siècles ne sont ni plus ingénieuses, ni plus régulières, ni plus morales que celles-ci.

Il paraît que sur ce théâtre on joua, dans le même temps, une autre pièce, intitulée Sottise à huit personnages^ où le clergé n'est pas plus respecté que dans la pièce précédente. On y représente un prétie, sous le nom de Sot dissolu, qui, voyant venir un personnage nommé Abus, pousse des cris de joie, et adresse à ses compagnons de débauche ces paroles •.:

Ribleurs, chasseurs, joueurs, gormeci, Et autres gens pleins de loriuens.

Seigneurs oissolus apostates, Yvrogues, napleuz 1) à grans haales Venez, car vosire prince est né.

Sotte-Folle, après avoir chassé un personnage appelé le Vieux-2iionde , en veut créer un nouveau. Chacun applaudit à ce projet, et propose de le fonder sur un pilier ; mais tous les assistants différant d'opinions. Abus, pour les concilier, propose d'établir ce nouveau monde sur Confusion, et de l'affermir sur des piliers que chaque acteur désignera. Le prêtre se présente le premier, et dit :

Ne suis-je pas le sol d église ?

Or sus, qu'on fasse mou pilier.

On essaie de placer, pour pilier du clergé, la Dévotion; mais cette pièce ne peut convenir ; on substitue Ypocrisie, qui s'ajuste à merveille : on veut y joindre Chasteté, mais elle ne peut trouver sa place, et Sotte-Folle dit : Vous voyez bien

Que chasteté et gens d'église Ne se cognoissenl nuilemeai.

Ensuite on propose, pour composer le pilier du clergé, quelques autres pièces qui conviennent parfaitement, et alors Abus dit :

A ceste heure voy toute entière La pille des sois de l'église, Ypocrisie, Kibaulise.

Aposiazie, Lubricité, Symonie, Irrégularité, etc(2}.

Les comédiens, dits Enfants Sans-Souci, et leur chef, dit le Prince des Sots, remplacèrent les Confrères de la Passion dans l'hôtel de Bourgogne, comme je le dirai en son lieu.

Théâtres des Collèges. Pendant que

(1) Atteints du mal de Napies.

(2) Cérémonies religieuse^, 1309, t.

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