I. P; ris SOUS Fran'.'ois I«^r
^ C'est un malheur d'être roi : celui qui règne est responsable des vices de son éducation, des séductions des courtisans, des fautes de ses ministres, de celles des maîtresses et des confesseurs, tous gens qui esquivent le blàm.e., et le laissent peser sur la mémoire de leur maître. En vain les défenseurs des souverains feront valoir les circonstances impérieuses, la difficulté des temps, les mauvais conseils, les imprévoyances, la faiblesse humaine ; en vain ils les loueront morts, parce qu'ils les ont loués vivants; caria poussière de leurs tombeaux trouve encore des flatteurs:
l'histoire inexorable, en excusant les fautes de l'homme, condamnera irrévocablement celles du roi. Ces principes sont, comme on le verra, très applicables aux ' is de cette période.
François 1" fut, le -1" janvier loi 5, proclamé roi. Ce gros gas-là gâtera tout! disait Louis Xli de son futur'successeur, dont il connaissait les inclinations. En effet. François I^^ mo.nifesta un goût déréglé pour la prodigalité , le faste , la magnificence des fêtes, des cérémonies, pour toutes les puérilités qu'on nomiUie vulgairement la splendeur du trône. Il voulut être tout à la fois religieux, galant Ht magnifique, et ne fut que'persécuteur, débauche et di^sipateur du bien de ses .<îujets: il voulut être guerrier, et. presque toujours battu, il finit par être fait prison-
s esjoujt
nier: il voulut protéger les lettres, et tyrannisa la plupart de ceux qui les cultivaient. Les actions de ce roi ressemblent à une scène théâtrale dont les décorations, sous un point de vue, en imposent aux yeux, excitent l'admiration, et qui, considérées sous la face opposée, ne présentent plus qu'un spectacle hideux.
François 1er eut une conduite toute contraire à celle qu'avait honorablement tenue son prédécesseur Louis XII. Le peuple en souffrit, la noblesse s'en félicita. L'auteur des Mémoires du chevalier Boyard dit : Jamais n'avoit esté veu roi de France de qui la noblesse tant.
Il fut nommé le père des lettres : ce titre honorable, donné par ses courtisans, lui reste encore; mais il existait avant lui des savants, des artistes distingués. Le champ des lettres et des arts, déjà cultivé, promettait une abondante recolle, dont le règne de François I^r recueillit tous les fruits.
Il est vrai qu'à la protection accordée par ses prédécesseurs ce roi ajouta la sienne. Il suivit le torrent des lumières croissantes, et les exemples donnés par les Médicis à Florence, par le pape Léon X a Rome; il suivit les conseils du savant Guillaume Budé et de son confesseur Guillaume Parvi: il attira plusieurs .«avant<. plusieurs artistes à Paris; établit
Il itibliothèque de Fontaiuebleau, la }3lus riciie en manuscrits, la plus volumineuse qui jamais eut existé dans le royaume, et fonda le collège de France. Ce sont les litres les plus solides de sa gloire ; et, quels que soient les inspirations, les conseils et les exemples qui le déterminèrent à favoriser la marche de l'esprit humain, la postérité lui doit toujours de la reconnaissance. Mais bientôt il persécuta ou laissa persécuter par la Sorbonne et le parlement les hom.mes de lettres qu'il avait attirés à Paris, les professeurs du collège qu'il avait fondé ; il fit périr dans le feu des bûchers plusieurs savants ou littérateurs dont les opinions religieuses contrariaient celles que la cour de^Rome voulait maintenir; déplus il abolit entièrement l'imprimerie par une ordonnance que je citerai, et ne la rétablit que pour l'enchaîner dans les liens d'une censure rigoureuse. Il éteignait d'une main les lumières qu'il allumait de l'autre.
Ce roi n'était cependant pas fanatique ; mais il servait le fanatisme de ceux qui l'entouraient. Sa croyance incertaine, vacillante et sujette à des intermittences, fait penser qu'entraîné par les plaisirs de sa cour, distrait par les guerres et les fêtes, il avait négligé de fixer son opinion sur les matières religieuses : on le voit, en effet, tour à tour favoriser et persécuter les luthériens dont les principes ne lui étaient pas étrangers.
Louise de Savoie, duchesse d'Angoulèœe, mère de ce roi, nous apprend, dans un journal de sa vie, écrit de sa main, journal que je citerai bientôt, qu'elle et son fils avaient embrassé les opinions de Luther : on sait que Marguerite, reine de Navarre, fille de cette duchesse, adopta les mêmes principes religieux, et les défendit avec fermeté.
François I^r, pour ne pas déplaire à la cour de Rome, renonça ostensiblement à cette religion. En présence de sa mère, de sa cœur Marguerite et du seigneur du Bellai, il paraissait de la nouvelle opinion ; devant les cardinaux Duprat, de Tournon, de Lorraine, il agissait en catholique. Il faisait torturer, brûler vifs les luthériens à Paris, tandis qu'il les protégeait, les appuyait de tout son crédit en Allemagne et à Genève, et qu'il parlait d'appeler à sa cour Mélanchton, un des chefs les plus renoinmès des nou- Teaux religionnaires. Son intérêt était la
règle de ses démonstrations religieuses.
Un des événements les plus notables de ce règne fut la bataille de Pavie, donnée, le 25 février 1525, où l'armée française fut mise en déroute par celle de fempereurCharles-Quint,etoiiFrançoisIer fut fait prisonnier. Alors il adressa à sa mère une lettre dont les modernes ont cité un membre de phrase qu'ils ont altéré : voici cette lettre, trop vantée et peu connue, d'après des copies tirées sur l'original.
« Pour vous advertir comment se porte « le ressort de mon infortune, de toutes « choses ne m'est demeuré que l'honneur « et la vie qui est sauve (1 ) ; et pour ce « que, en nostre adversité, cette nouvelle « vous fera quelque peu de resconfort, * j'ay prié qu'on me laissa vous escripre « ces lettres, ce qu'on m'a agréablenctent « accordé; vous suppliant de volloir pren- « dre l'extrémité de vous meismes, en « usant de vostre accoustumée prudence ; « car j'ay espoir en la fin que Dieu ne « m'abandonnera point; vous recomman- « dant vos petits enfants et les miens ; « vous suppliant faire donner seur pas- « sage et le retour pour aller et le retoiir « en Espaigne à ce porteur, qui va vers « l'empereur pour savoir comme il fauldra « que je sois traicté. Et sur ce très hum- « blement me recommande à vostre bonne « grâce. Vostre humble et obéissant fils, « François (2). »
François I^f adressa aussi une lettre à Charles-Quint : elle est insérée dans les registres du parlement. On y trouve ces
(1) Ceux qui n'ont cité de cette lettre que ce membre de phrase se sont donné de grandes libertés en le transcrivant ; car, au lieu de ces mots : « De toutes choses ne m'est demouré que l'honneur et la vie, qui est sauve, ils ont écrit : Tout est perdu hormi l'honneur ; ou tout est perdu, madame, fors l'honneur, etc. » Ces phrases ont bien le même sens, mais ne sont pas du même style, n'ont pas entièrement la même signification.
(2) Chronique manuscrite, par Nicaise Ladam, roi d'armes de l'empereur Charles- Quint, p. 191, et Registres mmuscrits du parlement au 10 novembre 1525:
M. Delort, qui a publié un écrit sur les environs de Paris, rapporte un fac-similé de cette lettre : elle est conforme, à très peu près, au texte que je rapporte.
sous FRANÇOIS 1
phrases un peu seniles : « Par quoi, s'il | par lui-même que dans les dernières an-
vous piaist avoir ceste honneste pitiè, - et moyenner la seureté que mérite la « prison d'un roy de France, lequel on « veut rendre ami et non désespère, vous « pouvez faire un aquest, au lieu d'un « prisonnier inutile, de rendre un roy à « jamais vostre esclave (i). »
François I^r fut détenu prisonnier pendant près d'un an, et n'obtint sa liberté que par l'effet d'un traité conclu avec Charles-Quint, le 14 janvier 1326. Il ne sortit de sa prison que le 21 février suivant. Pendant son absence, sa mère, Louise de Savoie, duchesse d'Angoulème, en qualité de régente, gouvernait la France.
Cette princesse, dont la mauvaise foi et la méchanceté sont connues, ne voyait, pour reparer les maux de la France, d'autre moyen que de s'humilier devant Dieu, de reformer le luxe des habits, d'abandonner les étoffes de soie pour en prendre de laine, de couleur jaune, noire ou gris foncé, et de ne plus célébrer de noces somptueuses. Elle adre?sa plusieurs fois au parlement des remontrances à ce sujet. L'avocat général, Charles Gaillard, répondit fort sagement que la cour du roi devait donner l'exemple de cette réforme ; que ses pompeuses superfluités, trop exactement imitées par les sujets, causaient la ruine d'un grand nombre (I).
François I^r, pendant une grande partie de son règne, indifférent sur ses devoirs, laissa gouverner des ministres pervers : tel était ce misérable Antoine Duprat, qui parvint, à force de turpitudes, aux rangs de cardinal, de légat du pape et de chancelier de France^; qui, pour plaire à la cour de Rome, et parvenir à la papauté qu'il ambitionnait, dépouilla la nation fiançaise de ses immunités et prérogatives: qui établit en principe l'abus immoral de la vénalité des charges, et qui parvint a déterminer le roi à" signer, le 14 décembre 1517, le fameux Concordat (2). Ce prince, bravant les représentations du clergé, de l'Université et du parlement, eut la criminelle condescendance de sacrifier les intérêts de la France à ceux d'un prince étranger, à ceux de la cour de Rome.
François I^r ne s'occupa de gouverner
ilj Registres manuscrits du parlemeiit, au 27 avril 1-526.
nées de sa vie, lorsqu'il sentit sa sant'' s'affaiblir.
Les événements les plus notables de son règne, après sa prison à Madrid, sont la révolte et la conspiration du duc de Bourbon, connétable de France ; les guerres pour la conquête du Milanais; le supplice de Samblançay, condamné pour les délits de la mère du roi, la duchesse d'Angoulème; le massacre des habitants de Merindole, de Cabrières et de vingt villages voisins, et Tentrevue entre Henri VIII el François I^^^ qui eut lieu, en 1320. entre Guignes et Ardres : entrevue inutile, qu'on nomma le champ du drap d'or, à cause du vain étalage de richesses, de magnificences ruineuses pour tous ceux qui s'y rendirent, et qui, à l'exemple du roi, cherchèrent à se distinguer par le mérite de leurs habits et de leurs équipages (1j.
Ce roi donna le premier l'exemple de l'horrible persécution qui s'éleva contre les luthérien?, et qui dura trente-sept années consécutives. Ce fut lui qui alluma les bûchers qui dévorèrent de trop nombreuses victimes. Il fut le bienfaiteur de quelques poètes, parce qu'ils chantaient ses louanges; de quelques architectes, sculpteurs, peintres, parce qu'ils lui construisirent et décolèrent, avec une magnificence jusqu'alors inconnue en France" ses châteaux de Fontainebleau, de Madrid, du Louvre, etc. ; enfin le bienfaiteur de se.maîtresses, de ses serviteurs. Il fit tout pour son orgueil et ses plaisirs: il ne fit rien pour la France.
La vénalité des charges, le concordat et le luxe excessif de François I", portèrent de fortes atteintes à la morale publique, qui devait s'épurer en raison du progrès des lumières, mais dont l'épuration fut ralentie ou arrêtée par les nouvelles sources de corruption que ce roi ouvrit aux Français.
Il attira près de lui un grand nombre de femmes nobles, de prélats, de courtisans , de courtisanes , et se composa une cour telle que jamais on n'en avait
|1) Martin du Bellai, dans ses Mémoires, dit que la plupart des geniilshoinmes vendirent leurs propriétés pour paraître honorablement dans cette assemblée, et que plusieurs y portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs pré-s sur leurs épaules.
d'aussi Dombreuse et
Ml d'aussi brillante d'aussi dissolue.
Auparavant, une certaine quantité de femmes prostituées et reconnues pour telles étaient autorisées à suivre la cour : François I^"" y substitua des femmes de qualité, et. prostituant la noblesse, sembla vouloir ennoblir la prostitution. En revêtant la débauche de formes séduisantes et gracieuses, en l'illustrant par le prestige de l'opulence et du pouvoir, il la rendit plus dangereuse; et son fatal poison s'étendit avec plus de facilité et de promptitude dans toutes les veines du cor[)S social (1).
Il autorisa l'établissement des loteries, impôt séducteur, immoral, piège tendu à l'aveugle avidité du peuple, et dont le gouvernement savait profiter.
Pour soutenir son luxe, sa folle Ujagnificence, il augmenta considérablement les impôts. En loil , ce roi célébra à Chàtelleraut le mariage de Jeanne d'Albret, sa nièce, avec le duc de Clèves.
Dans cette cérémonie, il étala un faste si extravagant, et répandit l'argent avec tant de profusion, que ses finances éprouvèrent un déficit considérable, et que, pour le combler, il établit la gabelle soi' le sel dans plusieurs provinces méridionales. Cet impôt, qui fit donner aux fêtes de Chàtelleraut le nom de noces salées, causa des révoltes; et les révoltes amenèrent d'effroyables et sanglants moyens de répression. Telles furent les suites désastreuses du luxe, de la magnificence et de la conduite déréglée de François !«»".
Ce prince, doué d'une figure belle, imposante , d'un extérieur généralement avantageux, et que rehaussait la conscience du pouvoir, avait un esprit assez cultivé pour le temps, de la dignité dans les manières, du courage militaire, et, dans les affaires éclatantes, une loyauté qui disparaissait dans d'autres circonstances.
Il établit l'usage de porter les cheveux courts et la barbe longue. Dans un combat simulé, un de ses courtisans le blessa
beau. Il mourutà Rambouillet, le
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à la figure ; pour en cacher la cicatrice, il laissa croître sa barbe. La mode des longues barbes, déjà en vigueur à la cour de Home, fut admise en France.
Une maladie vénérienne, fruit des débauches de ce roi, le conduisit au tom-