II. Origine et progrès du protestanti^ine
' Je ne connais point de tyrannie plumaladroite, plus révoltante, plus funeste à ceux qui l'exercent, plus insupportable à ceux qui l'éprouvent, que celle qui contrarie les croyances religieuses, opprime la pensée et bourrelé la conscience. Les biens, les personnes des sujets sont-ils ; donc des aliments insuffisantsà la voracité du pouvoir suprême? Pourquoi tente-t-il I d'envahir encore la plus respectable de> I propriétés, la pensée, les croyances? Il ' n'en a point, il n'en eut jamais le droit. C'est une usurpation manifeste, que la : raison et la religion s'accordent à condamner.
■ Si les rois disfaient : nous défendons la cause de Dieu, on pourrait leur demandei- ' qui lésa chargés de cette défense. Ce n'est , certainement pas la Divinité : cet être irn- ' mense, tout-puissant, n'a pas besoin de l'appui d'un roi, du bras des faibles mortels pour exercer sa volonté suprême; et les principes de l'Evangile sont conformes à cette opinion : Jésus, fils de Dieu, est saisi parles satellites de Caïphe; Pierre s'avance pour défendre sa personne di\ine, { et frappe de son épée un de ces satellites; Jésus, loin d'approuver cette action, la I blême, et dit à son indiscret défenseur : I « Remettez cette épée dans le fourreau : qui frappepar le glaive périra par le glaive.» i Ainsi Dieu ne veut point être défendu par * les hommes : ce serait blasphémer que de soutenir le contraire; Dieu repousse de tels secours ; il les prohibe.
L'exposé de ces principes est un ))rélude nécessaire au tableau que je vais offrir. ' Des abus énormes, nés dans la fange des siècles barbares, les impostures, les envahissements d'autorité, la rapacité, les exactions des papes, leurs principes, diamétralement opposés à ceux de l'Evangile, excitaient depuis longtemps les plaintes e( l'animadversion des hommes les plus respectables. En 1319, le pape Jean XXII établit à son profit des réserves sur tous les bénéfices des églises collégiales de la
(1) Voyez Tableau moral période.
de la présente
(1) On publia sur la mort de ce rimes suivantes :
L'an mil cinq cens quarante-sept, François nionrut. à Raïubouillet, JJe la V qu'il avait.
roi le»
chrétienté, vendit des indulgences et l'absolution de tous les crimes, et, abusant ainsi de la crédulité publique, il entassa sans pudeur des trésors immenses. Il ordonna la levée d'une taxe, par laquelle, moyennant un prix déterminé, les attentats même les plus horribles éta ient acquittés. Le ciel s'ouvrait à tous les riches scélérats, qui avec un peu d'argent esquivaient les feax éternels de l'enfer"; et il se fermait
sous FRA>'Ç01S 1
à tous les pauvres (1). L'homme qui extorquait la fortune d'autrui, qui arrachait sur les routes la bourse et la vie des voyaeeurs, en partageant avec le pape le fruit de son vol, de son assassinat, était affranchi de tous remords, de toutes peines à venir. Les crimes les plus dégoûtants, les plus atroces, depuis la simple fornication jusqu'à la sodomie et la bestialité, depuis l'assassinat commis sur son ennemi jus-
Détails d'architecture du xv' siècle.
quà l'assassinat, l'empoisonnement de son père, desa mère, étaient acquittés, moyennant finance. Les scélérats, avant de commettre le crime , savaient pour quelle somme ils en seraient quittes (1). D'autres abus tout aussi révoltants dés-
(1) Cetts infâme constitution du pape Jean XXU existe, et a plusieurs éditions ; elle est intitulée : Taxse sacrœ cancellarix apostolicx, et taxs i/œntlentiariae, ilidem aposlolicae.
I honoraient l'Eglise : le luxe, la tyrannie ' des papes, des évêques, des abbés, leurs
(l) L'évangile selon saint Matthieu, chap. 19, vers. 23 et 24, porte : u Je voo3 «« dis, en vérité, quuu riche entrera diffi- « cilement dans le rojaunR des cieux. Ja '« vous le dis encore une fois ; il est pltis " aisé qu'un chameau (ou un câble) " passe par le trou d'une s'guille, qu'il - n'est facile qu'un riche entre dans le M royaume des cieux. «»
%Q% IIISTOIBE DE PARIS
.débauches incroyables (1), contre lesquels, « exagérer l'utile efficacité par de pom-
dans chaque siècle, s'élevèrent avec indi- « peux discours (i). »
gnatiou les écrivains les plus graves et les Ces écrivains, ces prédicateurs, choisis
plus recommandables par leur savoir et dans Tordre de Saint-Dominique ou des
leurs vertus, couvraient d'infamie le clergé Jacobins, parcourant, à l'instar des char-
et la cour de Rome. latans, les diverses villes de la chrétienté.
A mesure que la raison et les lumières mettaient en œuvre tous leurs talents pour
faisaient des progrès, ces abominables abus faire valoir et débiter leur marchandise,
paraissaient plus choquants. Les papes le Ils auraient sans doute obtenu un plein
sentirent; et , dans la crainte que le public succès ; mais le pape ayant dans chaque con-
ne comparât leur conduite avec les pré- trée affermé les produits des indulgences,
ceptes évangéliques, et ne tirât de cette cesprédicateurssetrouvèrentêtrelesagents
comparaison des conséquences qui de- des fermiers; et ceux-ci, qui recevaient le
valent leur être désavantageuses, ils s'appliquèrent de toute leur force à rendre cette comparaison difficile au peuple, en interdisant la traduction de la Bible et des Evangiles en langue vulgaire.
En 4 515, le pape Léon X, pour subvenir aux dépenses excessives de son luxe, publia une bulle qui accordait la rémis-
profit de cet étrange commerce, en faisaient un usage scandaleux : « Ils consommaient, « dit de Thou, dans le jeii et le libertinage « le produit des indulgences, et faisaient « servir aux plus infâmes débauches le « pouvoir de délivrer les ûmes du purga- « toire (i). »
Alors un moine augustin, de la ville de
sionde tous les péchés des fidèles croyants Wiltemberg en Saxe, Martin Luther, eut qui achèteraient ses indulgences. Il donna le courage de s'élever contre cet abus; il même à cette marcLaiidise une valeur nou- réfuta les discours des prédicateurs de velle : chaque acheteur pouvait gagner le Léon X, et ne craignit pas de contestera paradis, et, de plus, pouvait, à son choix, | ce pontife le droit de vendre des indultirer des flammes du purgatoire les âmes gences.
de ses parents ou amis; il suffisait qu'ill Léon X, au lieu de s'humilier en homme" les désignât. Pour obtenir une faveur si qui cherche la vérité , ou de détourner merveilleL|se , on n'exigeait qu'une modi- ! adroitement l'orage qui se formait contre que somme d'argent, proportionnée au [lui, prit l'attitude fière de la force qui nombre et à la gravité des crimes qu'on 1 commande, d'un souverain qui ne veut
avait cOxTimis.
« On choisit, dit l'historien de Thou, « d'habiles écrivains , des prédicateurs « éloquents qui furent chargés de peindre « aux yeux du peuple les grands avantages « de cette libéralité du saint-siége, et d'en
Les papes ont changé ces vieilles maximes, ont corrigé celles de l'Evangile^ et mis à leur place celle-ci : " Je vous dis, en vérité, " qu'un riche entrera facilement dans le X royaume des cieux, pourvu qu'il achète '. nos indulgences, et nous paie la taxe de «« ses crimes. »>
Quant aux pauvres, ils étaient .privés de ces grâces, de ces indulgences et pardons, parce qu'ils ne pouvaient les payer, parce qu'ils étaient considérés comme des êtres nuls [quia non sunt).
(1) La plupart des légats que le pape envoyait en France marchaient avec un cortège brillant et nombreux, et accompagnés de jeunes et beaux garçons dont l'emploi se devine. Le cardinal Jacques de Viiri, dans son Histoire occidentale, se ré-
point entrer en discussion, ni descendre jusqu'à justifier sa conduite. On attendait des raisons; il répondit par une bulle qui, en 1 51 8, condamnaitlesopinionsde Luther.
Piqué de cette condamnation et encouragé par la protection de l'électeur de Saxe, Luther, dont le savoir égalait l'énergie, reparut dans la carrière avec plus d'audace encore. La grâce, le libre arbitre, les sacrements, le purgatoire, l'autorité des papes, les vœux monastiques, devinrent les objets de ses attaques.
Le 1 5 juin 1 520, le pape lança une nouvelle bulle contre Luther; celui-ci en appela au futur concile, et fit publiquement
crie contre cette infamie, et n'est pas le seul.
(1) Histoire de J. A. de Thou, liv. 1.
(2) Histoire de De Thou, liv. 1. — Histoire du Concile de Trente, par Fra-Paolo, liv. 1.
« Si j'étais pape pendant vingt-quatre heures seulement, a dit l'abbé Dulaurent, je ne liiisserais pas un chat dans le purgatoire. "
socs FR
brûler cette bulle avec les décrétales. La discussion 's'échauffa. Le saint-père, ne voulant pas reculer, fulmina, le 3 janvier 1521, son analhème contre Luther et ses sectateurs, et les déclara hérétiques. La ëuorve fut allumée.
' ' pape ne trouva pas d'appui plus fort l'intérêt des riches bénéficiers. L'opinion de Luther tendait à les dépouiller, ainsi qu'à tarir la source d'une grande partie des pouvoirs et des richesses de la cour de Rome et du haut clergé. Pour faire respecter ces biens et leurs détenteurs, le pape les couvrit du voile de la religion, et donna ce nom sacré à un intérêt personnel. Ainsi dévoiler la corruption , les erreurs, les impostures de la cour de Rome et celles du clergé, c'était attenter au christianisme, c'était agir en hérétique.
Cependant la doctrine de Luther faisait des progrès : le peuple et un grand nombre d'ecclésiastiques, moines, abbés, évêques, 1« Saxe tout entière, et bientôt la Suisse,
- la direction d'Ulrick Zuingle, l'adop-
:.--nt.
En France, et même à Paris, le luthéumisme commençait à germer; mais le lardinal Duprat, alors chancelier, et vendu O'îx intérêts du pape, crut prévenir le coup ngageant la Sorbonne à se prononcer re les nouvelles opinions. Cette asso- Ci;/.ion de docleurs eu théologie rendit, le 1 5 avril 1 o2 1 , un décret par lequel Luther et sa doctrine furent de nouveau condamnés.
Dans une vile voisine de Paris se for- / un foyer de nouveaux sectaires. L'élue Guillaume Briçonnet avait attiré à aux, siège de son évèché . plusieurs - h- de lettres et savants, parmi lesquels on distinguait Jacques FalDri ou Le Fèvre. -ui nommé d'Estaple , qui devint chantre ou officiai de l'église de Meaux; Guil- 1 i.me Farci, professeur au collège du Garai Lemoii.e; Martial Mazurier. prêtre; lard Ruffi, etc.. tous docteurs de Soriinime.
Guillaume Briçonnet se montra d'abord
;■ partisan des opinions nouvelles; il
'iha, même en pleine chaire, dans le
-S de ces opinions; mais dans la suite,
-qu'il vit ses intérêts compromis et sa
pHisonne menacée , s'il ne changea pas
d'opinion, il changea au moins de langage
et de conduite, comme je le dirai bientôt.
La doctrine nouvelle s'introduisit même
à la cour. Louise de Savoie, mère du roi.
VNÇOIS 1 103
dit dans le journal de sa vie : « L'an 1 o25, « en décembre, mon fils et moi, par la « grâce du Saint-Esprit, commençasmes à « cognoistre les hypocrites blancs, noirs, a gris, enfumés et de toutes couleurs, des- « quels Dieu, par sa clémence et bonté « infinie, veuille nous préserver et desfen- « dre; car, si Jésus-Christ n'est menteur, « il n'est point de plus dangereuse géné- « ration en toute nature humaine (1). »
D'autres passages du journal de cette princesse annoncent son mépris pour les moines, prêtres et cardinaux, et confirment ce qu'elle dit dans celui que je viens de citer.
Ces progrès accrurent les alarmes de la cour de Rome; elle em.ploya plusieurs moyens pour arrêter le torrent qui menaçait d'entraîner sa puissance.
Elle mit dans une activité nouvelle son ancien plan : celui de consolider le pouvoir absolu des papes sur les rois. Cette cour n'était pas encore soutenue par la milice des jésuites, qui depuis l'a si utilement servie; milice qui, par le moyen de la confession, maîtrisait les peuples et les rois; mais elle avait Antoine Duprat, qui, ayant trahi déjà les intérêts de ia France pour servir ceux de Rome, était très dispesé à seconder toutes les vues du pape. Cet homme pervers avait reçu, en riches bénéPces, la récompense de sa première trahison ; il espérait que le chapeau de cardinal le récompenserait de la seconde. Ainsi, le pape disposait de Duprat ; Duprat disposait du roi. et disposait aussi de plusieurs autres personnes puissantes, notamment de Pierre Lizet , son compatriote et sa créature, qu'il avait fait nommer avocat du roi au parlement, et à qui il faisait espérer d'en être le premier président.
En conséquence, il fut expressément défendu par la cour de Rome et, en France, par le chancelier Duprat, d'imprimer aucune traduction des livres sai.its en langue vulgaire, ni d'aucun autre ouvrage sur des matières religieuses. Il fallait aveugler le peuple pour le tromper.
J'ai raconté le résultat de la démarche qu'en 1 525 fit au parlement Pierre Gringoire, pour obtenir la permission d'imprimer \çs Heures de yotre-Dame, traduites en français; du décret que la Sorbjnne, consultée par le parlement, rendit à ce su-
(1) Collections de Mémoires particuliers sur l'Histoire de France, tom. XVT, p. 434.
jet : ce décret portait que « de pareilles « traductions, tant de la Bible que d'au- « très livres de religion, étaient pernicieu- « ses et dangereuses, parce que les livres « ont été approuvés en latin , et doivent « ainsi demeurer. »
J'aurai occasion de citer plusieurs autres exemples de cette prohibition absurde et maladroite. La cour de Rome voulait que ses fidèles croyants récitassent des prières, comme ou récitait des formules magiques, sans en comprendre le sens. Cette cour, en prohibant la traduction des livres saints, piqua la curiosité publique : on s'empressa de les lire ; elle hâta le mouvement qu'elle voulait arrêter.
Cependant la ville de Meaux, qu'on peut considérer comme le berceau de la Réforme en France , voyait s'accroître le nombre des nouveaux religionnaires, et leur doctrine s'affermir, lorsqu'un événement imprévu porta le trouble dans cette société naissante, et en dispersa les membres.
Une querelle survint, en 1525, entre l'évêque Guillaume Briconnet et les cordeliers de Meaux : ceux-ci dénoncèrent ce prélat, et l'accusèrent d'hérésie. Cette accusation , qui tendait à priver Briconnet de son évèché, le fit renoncer, au moins en a{)parence, aux opinions nouvelles. Il fut déterminé par Martial Mazurier (i), et pour détourner tous les soupçons, il parut persécuter ceux qu'il avait favorisés , et poursuivre les partisans de la réforme, qui déjà étaient nombreux dans son diocèse.
Les savants que Guillaume Briconnet avait attirés auprès de lui furent, alors, obligés de s'éloigner. Jacques Fabri se retira à Blois, puis à Nérac, où il fut accueilli par Marguerite, sœur unique du roi, et connue, depuis, sous le nom de reine de Navarre ; princesse célèbre par son goût pour les lettres, son attachement à la cause des réformés, par la supériorité de sa raison, son noble et ferme caractère, ses nombreux actes de bienfaisance et par ses contes.
Farel quitta Meaux, et, après avoir vécu quelque temps à Paris où il n'était pas en sûreté, il se retira en Suisse, et le
(1) Voyez tom. II, pag. 236, note.
(2) Les causes et les suites de cette querelle se trouvent exposées dans l Histoire de Véglise de Mtaux, 1. 1, iiv. 4, p. 333.
premier porta dans Genève les principes
de la réforme.
L'évêque de Meaux ne fut pas le seul prélat de France qui adopta d'abord les opinions des réformateurs, puis y renonça par conviction, par crainte ou par intérêt. Jean de Montluc, évêque de Valence; Jean du Bellai, évêque de Paris; Châtelain, évêque de Mâcon; Caraccioli, de Troyes; Guillard, de Chartres; Gérard, d'Oiérou: Morvilliers, d'Orléans; Saint- Romain, d'Aix; Barbançon, de Pamiers; Jean de Monstier, de Bayonne ; et plusieurs autres évêques furent soupçonnés, accusés ou convaincus d'être luthériens. Odet de Coligny, cardinal de Ghàtillon, évêque de Beauvais, fut constamment du parti des réformés, et ne chercha point à s'en défendre. Plusieurs abbés et abbesses, quelques membres du parlement, même de la Sorbonne, et presque tous les professeurs du collège de France, embrassèrent ce parti, et en propagèrent les principes par leur exemple et leurs lumières. Mais ce qui contribua le plus à les répandre, il faut le dire, ce fut la persécution.
Le premier acte de sévérité exercé à Paris, contre les novateurs, éclata, en 1 525, sur la personne de Jean Leclerc, qui, dans la ville de Meaux, s'était permis de déchirer une bulle relative à la vente des indulgences ; bulle affichée à la porte de l'église de cette ville, et à laquelle il en substitua une autre, écrite dans un esprit différent. Lui et ses complices furent, à Paris, fouettés pendant trois jours par la main du bourreau, et, à Meaux, fustigés de nouveau et marqués au front avec un fer rougi au feu (1).
Jacques de Pavanes, dit Jacobé, jeune homme lettré et instruit à l'école de l'évêque de Meaux, fut le premier qui, pour ses opinions religieuses, subit à Paris le dernier supplice (2). Un arrêt du parle-
(1) Jean Leclerc, après cette exécution, se retira à Rosai, puis à Metz; entraîné par le zèle qui dirigeait les premiers chrétiens, il rompit quelques statues des saints. II y fut martyrisé : on lui tenailla les deux bras, on lui coupa le poing, on lui arracha le neï, puis on le fit brûler vif et à petit feu! {Histoire de Véglisa de Meaux, t. I, Iiv. 4, p. 330.)
(2] Histoire ecclésiastique de Théodore de Bèze.t. I, pag. H.
sous FRANÇOIS l
ment, ou 29 mars 1525, le condamna à la 'j)eine du feu. Il fut brûlé vif sur la place de Grève.
Dans la même année, un homme, natif de Livry, appelé L'Hermite, fut pour la même cause, avec un grand appareil et au^ son de toutes les cloches de Paris, brûlé vif au Parvis Notre-Dame (1).
A la fin de l'an 1526, sans doute pour attiser le feu delà persécution, les enfants de chœur de la cathédrale firent une mascarade où figurait une femme montée il cheval, accompagnée de personnages représentant des docteurs en théologie, qui portaient devant et derrière nne'in- .scription contenant le nom de Luther : ils étaient suivis de masques vêtus en diables, qui harcelaient et injuriaient la femme qui marchait devant. Cette femme figurait la religion tourmentée par des savants et des diables. Cette mascarade, partie du cloître Notre-Dame, se rendit à l'église de Saint-Nicolas-des-Champs. Le roi s'en plaignit; la mascarade fut défendue (2).
Le 31 mai 1528. une image de pierre, représentant la Vierge Man'e, située au coin des rues des Rosiers et des Juifs, fut mutilée. Ce délit, très blâmable et blâmé par les chefs des réformés, fut solennellement réparé par de nombreuses processions. François l^r, à la place de cette image mutilée, en posa lui-même une en argent (3).
Ces brisements d'images, hautement désapprouvés par des hommes instruits du parti des réformés, doivent l'être par les gens raisonnables de tous les partis. Un objet quelconque mérite le respect, dès qu'il est consacré par la croyance publique; mais il n'est pas certain que ces profanations aient été l'ouvrage des ré-
(1) Histoire ecclésiastique de Théodore de Bèze, pag. 7. Eectutl de plusieurs personnes qui ont constamment enduré la mort, p. 199.
(2) Histoire de Paris, par Félibien. t. II, p. 978.
(3) La \ierge de pierre fut brisée sans obstacle : celle d'argent qu'on y substitua fut volée en 1545. On la remplaça par une figure de bois, qui fut brisée en 1551. L'évêque de Paris en fit remettre une en marbre, qui, depuis, a encore été détruite. Ces images n'ont jamais eu la vertu de se dc'iVndre liles-mêmes.
formées, plutôt que celui de leurs ennemis. Les écrivains protestants répondaient à ceux qui leur reprochaient ces destructions d'images : « On a brisé, il est vrai, des images faites delà main des hommes; et vous, vous détruisez cruellement les hommes, images vivantes de Dieu. »
En 1529, Louis de Berquin, gentilhomme du diocèse d'Amiens, retirera Paris, y publia quelques ouvrages qui déplurent a la Sorbonne. Il fut emprisonné. On exigea de lui une rétractation qu'il refusa. Il fut pendu, étranglé et puis brûlé en place de Grève (1).
On voit dans les registres criminels du parlement qu'on avait'soin, avant que les condamnés sortissent de prison pour subir leur jugement, de leur faire couper la langue, afin qu'ils ne puissent parler au public.
François 1er cédait tantôt à l'instigation du cardinal Duprat, vendu à la cour de Rome, tantôt aux représentations de sa sœur et de sa mère; et, tour à tour, il arrêtait ou laissait aller le cours des persécutions.
Dans les années 1530 et 1531 , époque où ce roi fonda le collège de France, les persécutions se ralentirent à Paris, mais n'y furent pas entièrement inaclives. On fit arrêter, en 1531, la plupart des gens de lettres de cette ville, accusés d'avoir mangé de la chair en carême et dans les trois jours prohibés. Ces accusés étaient Laurent et Louis Maigret. Rémi Belleau, André Le Roi, Clément Marot et Martin de Villeneuve. Le 18 mars 1532, ils comparurent au parlement. On nomma deux conseillers pour instruire leur procès.
Deux jours après, Etienne Clavier, secrétaire du roi et de la reine de Navarre, vint au parlement, et cautionna Clément Marot. qui sortit de sa prison (2).
En 1533, après la mort de la mère du roi, la persécution recommença avec plus de rigueur. Maître Alexandre, natif d'Evreux, fut brûlé vif, et à petit feu, à la place Maubert ; et Jean Pointai, chirurgien, fut aussi brûlé vif, et eut la langue coupée (3).
(1) Recueil de plusieurs personnes qui oni constamment enduré la mort, p. 199 203.
(2) Registres vianuscrits du parlement, au 18 mars iô34.
(3) Recueil de plusieurs personnes qui ont constamment enduré la mort, v. 203 204.
La sœur de François I^^ , la reine de Navarre, parvint, par le moyen de Guillaume Parvi, prédicatear de ce roi, à lai faire adopter un livre de prières traduit en français ; et elle-même fit imprimer un ouvrage en vers, intitulé : le Mîy^oir de Vâme pécheresse. Ce livre de prières et cet ouvrage, où il n'était fait nulle mention des saints ni du purgatoire, excitèrent la colère de plusieurs docteurs de Sorbonne, qui crurent devoir tirer une vengeance éclatante de cette omission.
Ils déclamèrent en chaire contre ces deux ouvrages, les condamnèrent solennellement, et firent jouer, au collège de Navarre, une comédie où cette princesse était représentée sous les traits d'une furie, et où les outrages lui étaient prodigués. La reine de Navarre se plaignit de cette insulte fanatique au roi son frère, qui fit mettre en prison quelques acteurs de la pièce satirique; mais cet emprisonnement ne termina point l'affaire.
Le recteur de l'Université, Nicolas Cop, qui ne partageait pas les opinions de la Sorbonne, prononça, dans l'assemblée des facultés, un discours véhément contre la censure des ouvrages de la reine de Navarre.
Le parlement, alors présidé par Pierre Lizet, compatriote protégé d'Antoine Duprat, et très empressé à exécuter ses plans de persécution, intervint dans celte querelle, et se montra plus rigoureux que jamais. 11 manda le recteur à sa harre, ordonna l'arrestation d'un étudiant qui, après avoir fait son droit à Orléans, s'était retiré à Paris, et logeait au collège de Fortet. Cet étudiant rendit dans la suite son nom célèbre : ce nom était Calvin. Le recteur et Calvin échappèrent aux poursuites du parlement : le premier se réfugia dans la ville de Bàle, et le second en Saintonge (1).
Le parlement, en janvier ib33, manda aussi les liseurs du roi en l'Université. On vit alors les savants, dont la réunion à Paris illustrait le règne de François I", comparaître et subir une sorte d'interrogatoire; tels étaient François Valable, Paul Paradis et Agalhias Guidacier. Le
— Histoire ecclésiastique de Théodore de Bèze, t. I, p. 12.
(1) Histoire ecclésiastique de Théodore de Bè-e, t. I, p. 14.
premier président, Pierre Lizet, leur annonça que le syndic de l'Université les avait dénoncés au procureur du roi comme suspects d'hérésie, pour avoir interprété en français les livres saints, et fait placer en différents lieux de Paris des affiches indicatives du jour et de l'heure où leurs cours devaient commencer.
Remarquons que le délit reproché à ces professeurs était précisément l'obligation que leur avait imposée François l^f en les instituant. Ce roi leur avait ordonné d'interpréter les libres hébraïques ; et les livres en cette langue ne sont autres que les livres saints. Le parlement, inspiré par son premier président, celui-ci par le chancelier Duprat, et ce chancelier par le pape, leur fil défense « de lire et « interpréter aucun livre de la Saintt- « Ecriture en langue hébraïque ou grec- « que (1). »
A qui ces professeurs devaient - ils obéir ? au roi qui leur prescrivait d'interpréter les livres hébraïques et grecs, ou au parlement qui le leur défendait?
On avait aussi fait arrêter, dans le même temps, le poète Nicolas Bourbon, auteur d'un recueil d'épigrammes intitulé Nugx, qu'il venait de publier. Le roi, soUicité par sa sœur Marguerite, ordonna au parlement de mettre Bourbon en liberté, moyennant qu'il signerait une déclaration par laquelle il désavouerait ses poésies, et qu'il serait admonesté par le parlement de ne plus composer de vers, et de vivre dans l'union de l'Eglise catholique (2).
On lit dans les registres manuscrits du parlement, que, le 24 janvier 1533 (1536), toutes les pièces du théâtre de la Basoche furent soumises à la ceû" sure. ... . ;
Cette misérable persécution, dirigée contre les gens de lettres, les savants et les lumières croissantes, qui fut évidemment ourdie par les agents du pape, le cardinal Duprat et le premier président du parlement, Lizet, son serviteur, n'eut pas le succès qu'ils s'en promettaient.
François 1er, jouet des partis qui l'assaillaient, cédait tour à tour à l'un et k
(1) Registres manuscrits du parlemeni, au 14 janvier ]533 (1534). — Voyez articlô Sorbonne, t. II, p. 236, 237, note.
(2j Re<jistres manuscrits du parlement, au 16 mai 1534.
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l'autre. Marguerite, sa sœur chérie, les deux frères Langei du Bellai, l'un évêque de Pai is, l'autre employé avec suaès dans d'importantes négociations, parvinrent à faire modérer les poursuites rigoureuses du parlement. Ce fut sans doute à leurs instances que ce roi dut le projet d'appeler auprès de lui un des plus célèbres chefs de la réformation, le paisible et savant Mélanchton. Il lui écrivit même pour l'y déterminer dl; mais les événements de la fin de l'an lo34 firent évanouir les espérances des réformés et les craintes des catholiques.
Des enthousiastes, emportés par un zèle inconsidéré, comme il s'en trouve dans toutes les sectes, s'avisèrent, au grand déplaisir des réformés raisonnables, d'afficher, le 18 octobre lo34, dans les rues et carrefours de Paris, des placards qui contenaient des déclamations violentes contre les plus vénérées cérémonies du catholicisme; ils poussèrent l'audace jusqu'à en placer sur la porte de la chambre du roi, à Blois, où il séjournait. Ce prince en parut très irrité. Anne de Montmorenci, connétable de France, qui ne savait pas lire, ainsi que le cardinal deTouruon,qui remplissait auprès de François 1er \q rôle de déception que jusqu'alors avait joué le cardinal Duprat, qui venait d'être disgracié, profitèrent de cette circonstance pour exciter et accroître la colère de ce roi et la diriger contre les réformés,
François 1er, inspiré par le fanatisme, vient à Paris, signale son arrivée doî..^ cette ville par des actes de colère, par des lettres-patentes du 43 janvier 1535, portant l'abolition de l'imprimerie, défend toute impression de livres dans le royaume, sous peine de la hart i2), et ordonne au lieutenant criminel Morin de faire arrêter tous les protestants de cette ville.
Il ordonne aussi qu'une procession extraordinaire sera célébrée dans Paris le 21
(1) Histoire ecclésiastique de Théodore de Bèze, t. I, p. 15. — Dictionnaire historique, 3 l'article Mélanchton.
(2) Registres manusciits du parlement, au 26 février 1534 (1535). Par lettres du 26 février suivant, François 1er suspendit Tabolition de l'impi-imerie, ordonna au parlement de choisir vingt-quatre personnes, oieu qualifiées et cautionnées, sur lesquelles il en choisira douze pour censurer les ouNTages à imprimer.
ANçois I 207
janvier suivant. De grands apprêts furent I faits pour c^tte solennité, où l'on ne négligea rien de ce qui pouvait lui donner de l'éclat et pnaîtriser les esprits en frappant les sens. Les rues de Paris furent tapissées. Le clergé de toutes les églises, les écoliers de tous les collèges, les officiers de toutes les cours, les magistrats, plusieurs évêques et cardinaux, et nolam- . ment le cardinal de Chàtillon, qui n'était pas catholique; les princes, les priuces- ; ses, la reine, le roi assistèrent à cette { pompe religieuse avec les habits de leurs dignités, avec tout le luxe et le faste des grandeurs mondaines. Les châsses de sainte Geneviève et de saint Marcel y figurèrent ensemble ; on remarqua que, depuis bien longtemps, la réunion do ces deux châsses u"e s'était point effectuée. Ceux qui les portaient marchaient les pieds nus. De plus on y étala toutes les reliques de la Sainte-Chapelle. Le père Félibien les énumère, et n'oublie pas la sainle couronne d'épines, qui n'avait jamais, dit-il, été portée en procession. Il ne parle pas d'une autre sainte couronne d'épines conservée dans l'abbaye de Saint-Denis, et qui rendait celle-ci fort suspecte : il n'oublie pas la verge d'Aaron. les tables de Moïse, le fer de la sainte lance, le sang de J.-C. sa robe de pourpre, le lait de la sainte Vierge, etc. Ce pompeux étalage n'était pas des raisons. On voulait donner l'exemple d'un grand respect pour des objets que les protestants ne respectaient guère. Au reste, tous les assistants portaient à la main, en plein jour, une torche allumée, et n'y voyaient pas plus clair.
Lorsque la procession passa sur le pont Notre-Dame, on laissa échapper plusieurs oiseaux, auxquels on avait attaché de petits billets portant ces mots de sinistre augure : Ipsi peribunt^ tu autem permanebis, ils mourront, et vous vivrez (1). Après la messe, célébrée dans l'église de Notre-Dame, François I" alla dîner dans la grande salle de l'evêché. Il y manda le parlement, l'université et les magistrats de Paris, etc., et leur fit à chacun des remontrances sur l«s progrès du protestantisme, leur recommanda expressément de dénoncer aux cours séculières, de poursuivre avec rigueur tous les
(1) Registres du parlement, au 21 janvier 1534 (1535),
malversants en matière de religion. Il ajouia que si un de ses membres était infecté d'hérésie, il ne balancerait point à le faire couper; et que si ses propres enfants s'écartaient de la voie eatholiqae, il serait le premier à les immoler (1).
Ces cérémonies expiatoires n'étaient pas complètes et ne suffisaient pas au zèle de celui qu'on a qualifié de restaurateur des lettres, quoiqu'il ait aboli l'imprimerie et créé la censure. Il voulut qu'au spectacle d'une pompe mondaine et superstitieuse, peu propre à inspirer des sentiments pieux, succédât un spectacle horrible. En associant aux cérémonies du culte des personnes éminentes en dignité, et y mêlant la splendeur des étoffes, des fourrures, l'éclat des pierreries, le mérite des riches métaux, on avait voulu parler aux sens de ceux qui ne raisonnent pas; mais, en faisant succéder à ce vaste étalage de luxe la vue du plus affreux des supplices, on voulait épouvanter ceux qui faisaient usap;e de leur raison ; et, à la peine de ramener ces dévoyés par la douceur et l'instruction, on préféra le plaisir de les faire brûler sur un bûcher. Six malheureux protestants, qui n'avaient pu fuir ni échapper aux poursuites du lieutenant criminel Morin. furent en ce jour solennellement sacrifiés au fanatisme de quelques prélats, et brûlés vifs dans diverses places de Paris. Voici les noms de ces victimes :
Barthélemi Milon, jeune homme perclus de tous ses membres, mais doué d'un zèle ardent, brûlé vif et à petit feu en place de Grève;
Nicolas Valeton, receveur de Nantes, brûlé vif à la Croix du Trahoir;
Jean Dubourg, marchand drapier de Paris, demeurant rue Saint-Denis, à l'enseigne du Cheval-Noir, brûlé vif aux Halles;
Estienne de La Forge, de la ville de Tournai, riche marchand à Paris, brûlé vif au cimetière Saint-Jean;
La Catelle, maîtresse d'école, brûlée vive sur la place qui est au bout de la rue de la Huchette;
Antoine Poile, pauvre maçon, fut le plus cruellement martyrisé; outre le supplice du feu, il eut la langue percée, et atta-
(1) Histoire de Paris, par Félibien, t. II, p. 998, 999, — Histoire ecclésiastique de Théodore de Béze, t. I, p. 20.
. — Typograplile
DE PARÎS
chée a sa joue avec une cheville de fer (1).
On avait inventé, pour rendre leur supplice plus douloureux, une machine appelée estrapade. On élevait les patients à une grande hauteur, puis on les laissait tomber dans les flammes ; on les élevait de nouveau pour les y replonger encore, afin de faire durer leurs souffrances (2).
François I^r, par ordonnance du 29 janvier de la même année, enregistrée au parlement le 1" février suivant, ajouta à sa persécution un nouveau degré de rigueur. Il défendit à toutes personnes de donner asile aux persécutés, sous peine d'être brûlées vives, et donna à cette loi un effet rétroactif. « Tous ceux et colles, porte son ordonnance, qui avoient recelé ou recéleroient par ci-après, sciemment, les sectateurs de Luther, pour em;,jche:qu'ils ne fussent pris ou appréhendés par justice, seront punis de telles et semblables peines que lesdits sectateurs (3). »
Ce roi ne se borna pas à ces cruautés . il établit ou laissa établir à la même époque un tribunal d inquisition, et dans le parlement une chambre ardente, c'est-àdire une chambre qui condamnait au feb. Elle était spécialement chargée de la recherche et de la punition des hérétiques, ou des réformés qu'on commençait alors à nommer protestants (4). Le tribunal se composait de juges délégués par le pape. On lit dans Sauvai que, le 30 mai 1526, ce roi permit à un frère jacobin, nommé Matthieu Auray, d'exercer la charge d'inquisiteur de la foi (5), et, dans les
(1) Histoire ecclésiastique de Théodore de Bèze, t. I, p. 21 ; Martyrs protestants ^ sous 1535, etc.
(2) Histoire de Paris, par Félibien, t. 11^ p. 999.
(.3) Nouveau Recueil de tout ce qui s'est fait pour et contre les protestants, pag. 10,
(4) Les princes allemands qui avaient embrassé la réforme protestèrent, en 1530-, contre les actes de rassemblée de Ratisbonne et de Spire ; de là vint la dénomination de Protestants. (De Thou, liv. 1. p. 53.)
(5| Antiquités de Paris, t. III : preuves. p. 650.
On croit que ce Matthieu Auray, ou plutôt Gris, est le même que le prédicateur nommé par Rabelais noslre maître Dorihus. Mais c'était un autre moine appelé Pierre Doré, qui, avec Pierre de Cornibus, prê-
Lacocr, rus .^oarOot, iS.
S;.IS FUAVCO.S I
rv'i^istres du parlerneiil, sous le 4 déconjbic 1o35 : « bi cour a oidouné et enjoint aux juges déiégués par le saint père pape, sur le fait des hérésies, de |)rocéder au jugement du procès fait par rofficiai de i'evéqnc du Mans, à l'en- '.ontre de RfMié Colas, religieux, le plus tôt que faire se pourra ■\j. » Ainsi
Fr.uKois (»T C4»i)!>entil à er que la Uniuj.i' et la vie de ses sujets fussent mises k la disno^itioii d'iui souverain élranecT.
Antoine de Mouchi. qui <ii faisait nommer Démocliarès, docteur de Sorbonne, chef de c^ terrible triburial, s'acquitta de se< fonctions avec faut de zèle, que de son nom l'on a fbit. dit-on, la qualification
La Tour >}c. Nesle.
odieuse de mouchard {ij. Ce jacobin, en 'jualile d'inquisiteur général de la foi en
cbait à Paris et ailleurs contre la nouvelle doctrine, dont Joachim du Bellai parle ainsi dans sa Pétromachie :
Je désire quon m'envùye,
Afin de roiraiiclier la vove
A lani lie iclr.imes et d'abus,
Krôre Pierre de Cornibiis,
Qui serait bien pins assuré.
Ayant frère Pierre Doré. j
[Ij Regùfres crimineh du parkmtnt au ' •4 décembre 1535. !
(2 Les protestants se plaignirent amt-ron-.ent de tant d■^ persécutions. « Que dira la '
- postérité, quand elle entendra parler i
- d'une chambre ardente'',., demande Inn j
II DULArftH.
France, présida dans le procès intente eu octobre 45i3 contre Etienne Dolet, im-
u d'eux. On persuadoit au frère d'accuser
X le frère; à la femme d'accuser son mari ;
.< au niari d'accuser sa femme. Les père»
« et les mères étoient induits à déférer
" leurs propres enfants, voire à leur servir
" de bourreaux à faute -^'autres. Ceux qui
- étoient appelés inquisiteurs avoient leurs
.. espion.s de tous côté?:, auxquels ils don-
• noient le mot du guet. Les témoins ne
" pou voient être récusés, quelque voleurs.
« quelque meurtriers qu'ils fussent... On
« promettoit la foi aux accusés pour les
.. faire venir; mais oo estîmoit péché de
210 IliSTOIRE
priii;eur-l/Draire. Cet inquisiteur général, assislé d'un docteur en droit, du procureur général du roi et d'un procureurpromoteur des causes de l'inquisition de la loi, condamna le pauvre Dolet ; mais François 1er lui accorda des lettres de réniission qui le sauvèrent du bûcher. Le 2 août loi 6, il fut repris, jugé, condamné au feu, et brûlé vif avec ses livres, à la place Maubert.
Le tribunal de Tinquisition faisait des recherches, instruisait la procédure, et la chambre ardente du parlement jugeait en dernier ressort et appliquait la peine.
Cette persécution de François 1er fit perdre la vie à plusieurs Parisiens , et ee obligea un plus grcind nombre à prendre la fuite. Jean Calvin, qui devint chef recommaudable du parti ; Pierre Piobert Olivetun, savant hebraïsant, le premier qui, d'après les textes hébraïques et grecs, ait dans ce siècle traduit en français la Bib!e et les Evangiles; Clément Marot, poète célèbre et traducteur des Psaumes de David, etc., abandonnèrent Paris, et cherchèrent un asile, les uns m Suisse, les autres en Italje. Quelques-uns ^ retirèrent en Berri : tels que Claude des Fosses ; Jocqms CaîH^aye, .qui devint dans la suite un avocat célèbre ; Jacques Amyot, traducteur de Piutarque^ etc. Plusieurs-
i' leur garder la foi pi'omise,^^ i»Hégu«iot « ce beau lexte : Eosi'eticis fid^snon ^nandt . ii Aucuns, avant que île venir eutr* le« « mains du bourreau, n'avoient plus q^e « demi-vie ; sortant des basses-fosses -où ils « avcient été combattus par les crapauds et « autres lestes, et quelquefois en aortoient « vieux ceux qui y étoient entrés jeunes. On « .p^rm.ettoit aux personnes qui portoient «. -des aumônes aux prisonniers, d'en donner « à tous, fors qu'à ceux qui y estoient déte- ««• nu£ pour le fait delà religion ; et estoient »( en giand danger ceux qui disoient en « avoir pitié. " Je répugne à rapporter les actes de crnauté qu'on exerçait contre les protestants sous le règne tant vanté de Fiançois 1er. [Voyez l'apologie pour Hérodote, par Henri Lstienne, chap. 40, t. Ill^ p. 431 43.3.)
Peur voir iVxcessive rigueur employée contre ks accusés d'hérésie, il faut lire les regictres de la chambre criminelle du parlemeLt^ intitulés Registres et arrêts des luthériens.
étudiants et tous les hommes instruits abandonnèrent cette ville.
La surveillance établie sur les livres etleurs auteurs reçut bientôt un nouveau degré d'activité. Vo-ci ce qu'on lit dan= les registres manuscrits du 4 mars 1538 : « Pierre Lizet, premier président, a dit « avoir reçu lettres du roi et du chance- « lier, avec un petit livre en français, iu- « titulé Cijmbalum minidi; et que le roi « se plaint que l'on fait courir ce livret et « autres livres où il y a plusieurs hérésies ; « et a dit, ledit Lizet, avoir fait prendre « l'imprimeur dudit livre, et que dans sa « boutique s'étoit trouvé le livre de Marot « {les Psaumes de David), et autres li- « vres hérétiques ; et qu'aujourd'hui, aux •f collèges, on lit aux écoliers des livres « mal sentans de la foi ; et que le roi lui « écrit que l'on ne lui peut faire service « plus agréable que d'y pourvoir (1). »
Le Cymbalum minidi, dont Prosper Marchand a donné en 171 1 une bonne édition, ne contient pas plus d'hérésies que les Psaumes de David. Voilà comme la passion raisonne!
Is 4 mars 1540, le parlement prohiba les Ir^res suivants : VEnchiridhim mi/iiis christ lanl^ par jErasme; De corri- (jendù studiis, par Mélanchton; Christianao atudiosx Cuvent ut is, par Stangen î)orphan ; De doctrina ei msfiiutione puerorum^ par Bonalfosei l'apm mal orthographié), comme scantiateux et pleins de mauvaises doctrines, etc. (2).
-Telles étaient les persécilions qu'éprouvaient fe* littérateurs sous le règne du père des lettres.
Les traductions des livres saints étaient ce que le clergé catholique redoutait le plus : j'en ai dit la cause (3),
(1) Ee<jistres manuscrits du parlement de Pa- Ws, au 4 mars 1537 (1538).
(2) Pegistrcs manuscrits du parlement de Paris, au 4 mars 1539 (1540).
(3) A ce sujet, je dois citer ce passage du discours que Montluc, évêque de Valence, prononça en 1560 aux états d'Orléans :
i< Je trouve extrêmement étrange, dit-il,. " l'opinion de ceux qui veulent qu'on déu fende le chant des psaumes, et donnent '< occasion aux séditiexix de dire qu'on ne i' fait plus la guerre aux hommes, mais à i< Dieu, puisqu'on veut empêcher que ses « louanges soient publiées et entendiies de « chacun. Si l'on veut dire qu'il ne faut