SOLS FRANÇOIS I
Les princes allemands qui frofestaient la leligicn réformée, indianés de ces affreux traitements, s'en plaignirent ài^rançois I", qui leur rr pendit qu'il ne sévissait point contre les protestants à cause de leurs opinions religieuses, mais parce qu'ils troublaif nt rordie public. Cette répense était i'iusoire; car, s'il ne !es considérait que comme des perturbateurs, pourquoi donc les faisait-il juger par des tribunaux sf.éciaux, i^-HT des inquisiteurs, condamner et punir comme des hérétiques, et pourquoi leur faisait-il infliger le supplice du feu?
Ces persécutions horribles, les inquisiteurs, leur espionnage, leurs cachots, leurs bûchers, leurs révoltantes cruautés, ne
{)roduisirent point l'effet qu'en attendaient es persécuteurs; ils ne firent qu'imprimer un mouvement plus actif aux progrès du protestantisme.
Pendant cet orage, ] lusieurs protestants circonspects, se tenant cachés dans Paris, ou s'élant éloignés de ceit€ ville, offrirent peu de prise à la fureur de leurs ennemis. Toutefois les inquisiteurs ne restaient pas oisifs, et faisaient toujours quelques exécutions. Un compagnon orfèvre du faubourg Saliit-Marcd, nomme Claude Lepeintre, eut, en 1540, la langue coupée, et fut brûlé vif en la place Maubert.
La cour du parlement ,' toujours guettant les livres nouveaux, ordonna, "dans les mois de juin et de juillet loi2, les recherches les plus sévères che^z les imprimeurs, les libraires, et même chez les particuhers, pour y découvrir les JivTes mal sentants de la foi. Elle prcbiba notamment, par ordonnance du t^r juillet de celte année, Fomrage de Calvin, intitulé ; De r Institution de la religion
« point les traduire en notre langue com- « u:uDe et vulgaire à tout le pays, il faut " qu'ils disent pourquoi l'Eglise les a fait « traduire en langue grec et latine, et ce « au temps que ces deux langues étaient « Tulgaires et commutes, la grecque en la M Grèce, la latine en Italie, et en autres •' pajs où les Romains avaient autorité. " S'ils m&intîennent qu'ils sont mal tra- " duitSjil vaudrait mieux marquer les fau- « tes pour les corriger, que ce contemner « (mépriser) tout l'œuvre, qui ne peut être « que bon, saint et louable. » [Becueil de pièces originales concernant la tenue desétatsgénéraux, tora.l, p. 109.)
chrétienne; défendit à tout . imprimeur d'imprimer dans des lieux secrets, cjmme au Temple et dans des chamibres particulières; ordonna les précautions les plus minutieuses pour qu il ne pénétrât dans Paris aucun livre relatif aux matières . théologiques, même des livres de médecine et de droit qui pourraient contenir quelques hérésies. Ces précautions ne dimi-, nnèrent point le nombre des protestants: ' elles accrurent l'intérêt qu'on leur portait. Ou vit à Paris plusieurs prêtres ou religieux embrasser la doctrine nouvelle.
Tels furent François Perucel , cordeiier et professeur des novices du couvent de Paris; il persista dans cette croyance, et devint ministre protestant; Beguelti, Jacobin, docteur de Sorbonne, qui prêchait à Saint- Germain-le-Vieux dans le sens du protestantisme, mais qui revint dans ia suite à la religion catholique ; Nicolas Boucherat . bénédictin, qui se mit sur les rangs, mais ne s'y tint pas longtemps, trouvant dans le catholicisme des avônîâges temporels que ne lui aurait jamais offerts la secte des protestants: il fut comblé de riches bénéfices, et devint abbé de Cîteaux; Claude dEspence, docteur de Sorbonne, savant distingué, qui s'avisa, dans un sernion, de traiter la légende des saints, ou légende dorée, de légende de fer; vertement tancé par la Sorbonne, il fut obligé de se rétracter publiquement; François Landry, curé de Sainte-Croix en la Cité, qui, dans son église, ainsi que dans celle de Saint-Baithélemi et dans quelques autres, prêchait sur le purgatoire dans un sens qui indisposa la Sorbonne contre lui, attira la foule à ses sermons, et fit naître à François 1er le désir de l'entendre. Le cardinal de Tournon tenta sans succès d'en détourner le roi; il jersista. Le curé Landry se rendit k Saint-Germain-on-Lave, où se trouvait la cour: mais, avant dètre présenté, des personnes qui redoutaient le résultat de cette entrevue firent avertir le curé de bien se garder de soutenir son opîniou devant le roi, qui, fort irrité contie lui, était disposé à le faire, sans forme de procès, jeter dans le feu. Epouvanté de cet avis qu'il croyait sincère, le curé pa->; rut devant François 1er ^ans oser lui exr peser ses sentiments sur le puiga^oire^ sans même oser lui parler. François !«•! voyant ses instances inutiles, le renvoya, en ordonnant que s'il avait, dans ses ser-, mons. avancé quelques hércsies, il eût à W
5 j i HISTOIRE
letrjcter; et, le 29 a\ril 1543, Landry «11a au parlement faire une rétractation
solennelle.
îi faut avouer que, parmi les prêtres ou moines qui embrassèrent alors le protestantisme, les uns s'y déterminèrent de honno foi et par conviction, mais que plu- -^jeurs autres prirent ce parti pour s'affranchir des rigueurs de leurs règles et pour vivre plus librement. Les protestants fnre!:t obligés de repousser de leur sein plusieurs de ces derniers convertis, dont -ip conduite était scandaleuse.
Cependant le parlement et les inquisitfeurs continuaient à procéder avec une nouvelle rigueur contre les protestants. Ils avîîient, des le l^^ juillet lo42, fait une défense très expresse de vendre les livres fiappés par la censure de la Sorbonne, enjoint aux curés de Paris de faire dans leurs paroisses respectives des recheiclies pour découvrir les imprimeries secrètes et les .■?u-"fects d'hérésie, et donner ordre à tous Ir^s habitants de venir dans six jours, sous jjeine d'excommunication, dénoncer à divers inquisiteurs désignés, ou au lieutenant criminel Morin, leurs concitoyens qu'ils connaîtraient mal sentir de la foi. Os mesures rigoureuses forcèrent encore plusieurs personnes à quitter Paris, et même le royaume. Clément Marot. rappel;^ depuis quelque temps à la cour, et à qui la Sorbonne ne pouvait pardonner d'avoir traduit en vers français les Psaumes de David ^ sévit, pour la seconde fois, obligé de fuir Paris. Il se réfugia à Genève, où ses mœurs peu régléesdéplureut auT rigides protesfanis : il fut contraint '•'en partir pour se retirer dans lePiémont.
L'espionnage des inquisiteurs et de leurs agents, la barbare docilité des tribunaux, Ks délations, les emprisonnements, les familles réduises au désespoir, à la misère, par la fuite ou par le supplice de leurs parants, par la confiscation de leurs biens, les outrages, les massacres, le feu des bûchers, l'eiupressement féroce des délateurs et des bourreaux, les larmes et la constance des victimes, voilà les scènes qu'offrait à Paris et sur tous les points de la France le fanatisme allumé par l'intérêt ^cerdotal. Le parlement d'Aix, à la sollicitation de plusieurs évéques et abbés, venijit de faire mettre à exécution son épcuvantabl ■ arrêt contre les habitants de tout sexe et de tout âge, de Cabrière.s et «'p Mérindol.
Le roi, informé du détail de cette persécution, en eut horreur, et, avant de mourir, recommanda, dit-on, à son fils Henri d'en faire poursuivre et punir Is auteurs; il fit même arrêter un moina inquisiteur nommé Roma, qui, dans ces expédition? sanguinaires, s'était signale par la cruauté la plus révoltante (1). "
L'année \ 346 fut très fatale aux protestants. On voit dans l'extrait des registres de la Toumelle criminelle que, pendant les vacations de cette année, un grand nombre de sectaires furent condamnés au feu des bûchers. Dans une seule journée, celle du 2 octobre, la chambre ardente condamna cinquante habitants de Meaux, do tout .se.xe, de tout âge, à divers supplices; quatorze furent brûlés vifs : de ce nombre était Pierre Leclerc, ministre de cette ville (2).
François lef, avant sa mort, rougissant d'avoir souillé sa mémoire par d'aussi horribles persécutions, et commençant à s'apercevoir qu'en ordonnant tant de supplices il n'était que l'instrument de la maison de Lorraine, recommanda à son fils de se méfier de l'ambition de cette maison, qui, sous les apparences d'un catholicisme outré, tendait à envahir l'autorité suprême, et à ruiner la France, en paraissant ne vouloir ruiner que le protestantisme. Henri II ne suivit pas les conseils de son père : plus faible encore, et moins instruit que lui, il se jeta daus les bras de ses ennemis et se laissa conduire par le cardinal de Lorraine, et les Guises, qui, espérant que le pape appuierait leur projet d'ambition, cherchèrent à gagner la faveur de ce pontife en lui sacrifiant un grand nombre de protestants.
Sous le règne de Henri II, la persécution eut un caractère plus rigoureux que
(1) Ce moine avait inventé un nouveau genre de torture : il obligeait les accusés de chausser des bottes remplies de suif bouillant, et plaisantait sur leurs souffrances. Le 16 mars lô51, Henri II écrivit à ce sujet une lettre au parlement, où il déclare que ces inhumaines et cruelles ftxécations ont été faites, sous couleur de justice, en vingt villages d« Provence. (fie^i>//Ys manuscrits, au 16 mars 1550 (1.551}.
(2) Nouveau Recueil de tout ce qui s'est fa't pour encontre les protestants. — fiegistres nianuscrits d; la TovrnsUe criminelle, r^^istre coté 84.
sors FRA.NÇOIS I
ri
S0J5 le précédent: et l'anuée 1548 fut remarquable par le grand nombrt- des victimes que la chambre ardente condamna au supplice du feu.
Il existe un registre particulier, dans !ei archives du parlement, intitulé Registre des arrêts des lulhérîens, qui, de- , uis le 2 mai loiS, offre le tableau des nonibreuses victimes de la persécution.
« La chambre siégeait tous les jours", dit o M. Dongeois, greffier en chef du parle- * ment, qui a fait un extrait manuscrit « de ce registre. 11 y a une infinité d'ar- « rets; et, si l'on veut connaître la rigueur t qui était t^nue en ce t-mps-la pour em- « pêcher les progrès des hérétiques, il faut « voirie registre même (i). »
Henri II fit, en 1519, sou entrée solennelle à Paris : cette cérémonie fut accompagnée de fêtes magnifiques et de tournois. On crut donner un grand éclat à ces fastueuses représentations en y mêlant le spectacle des supplices. « Le lendemain « (4 juillet), dit un contemporain. •> furent « brusiés, en la présence de ce roi, plu- « sieurs hérétiques sacramentaires, mal « sentants de la foy \l). »
Lorsque des circonstances particulières apportaient quelque relâche aux persécutions, le cardinal de Lorraine engageait le roi a stimuler le parlement par de vives réprimandes; et ses agents, les prédicateurs de Paris, excitaient le peuple à des soulèvements, à des massacres.
On proscrivit aussi sous ce règne plusieurs ouvrages : tels sont, en 1551, la Réponse du peuple anglais à leur roi Edouard^ et le quatrième livre de Pantagruel, par Rabelais ; ouvrages dont le parlement avait permis l'impression.
Le 20 janvier 1544, cette cour avait ordonné la brûlure du petit livre intitulé Passaient : c'est une satire ingénieuse, composée en latin macaronique", contre ! un ouvrage de Pierre Lizet, président au parlement de Paris : la cour du parlenrient, ! dans cette condamnation, était juge et partie.
Le feu des bûchers dévorait chaque jour des Français, hommes, femmes, enfants, vieillards de tous états, prêtres ou séculiers, jugés par le tribunal des inqai-
11} Extraits des ngiflres de la Tortmelk, t. lil, aciiéel548.
^2; Les Chroniques de Jearx Cavion, pliilosojil e.pag. 351.
siteur.> et renvosés ensuite à la coru:.: sion ou chanibre ardente du parler.:^M . le tableau en fait horreur. Les mei).^ .•. de cette chambre semblèrent fatigues ci ■. :.voyer sans cesse de nouvelles victimer ;i; bûcher : ils ralentirent les exécutior;. o modérèrent les peines. Le tribunal d: inquisiteurs, au contraire, inspiré rrj ■ son fanafisn;e pt par le cardinal de Loiraine, qui, dans celte persécution, ;>vai succédé au cardinal Duprat, ^'impsticn tait de ces lenteurs, et rojisidérait con.\ >^ des entraves les formes qu'observait l»r parlement. Ce cardinal sollicita auprès de Henri II une déclaration du I 4 mars io->). qui porte « que les inquisiteurs de h ; r « et juges ecclésiastiques peuvent lihii- « ment procéder à la punition des h:.-.^i- « ques. tant clercs que laïcs, jusquu i-ix- « teuce définitive inclusivement; que ] ■ « acousés qui, avant cette sentence, a; ï pelleront comme d'abus, resteront -.u^ « jours prisonniers, et leur appel sera por^^^ « au parlement. Mais nonobstant cet a; » pel, si l'accusé est déclaré hérétiq.e « par les inquisiteurs, et pour ne f.as r -
• tarder son chàtin.cnt, il sera livre i ■ « bras séculier. » Le parlement refui>a. le 20 mai suivant, d'obtempérer à cette déclaration obtenue par les inquisiteu'?
de la foi (1).
Ce fut au milieu du feu de cette pei-sc' culion, en cette année 1555, que commença à s'établir l'Eglise proteslaiite ■»? Paris, dont je parlerai dans la suite.
Le 19 octobre 1555, une deputation du parlement arriva à Villers-Cotterets, où setiouvait le roi, s'adressa directement à sa personne, et, profitant de l'absence do cardinal de Lorraine et de l'évêque de Soissons, lui exposa librement que ceîte déclaration portait atteinte à son autorité, en entreprenant sur celle du parlemei'i. Elle dit : « avoir eu connoissance de plu- « sieurs fautes notables commises par le^
• inquisiteurs, tant contre la forme que « contre le droit; qu'elle ne vouloit pa'-- « les charger de dol (troniperie) ; mai<, t pourlemoins.yavoit crasse ignorance. - Le roi remercia îe parlement de ces explications if\.
(1) Registret mauuscriis du parlement, -^'^i^tre coté 101, au 20 mai 1555.
|2| Begiitret civils du porlemevt, au 2H ot*tobre 1555. Voyez aassi le liv. 16 de r//7*loiie de De Thou, qui donne à la lia>.'^"§Me
Le cardinai de Lorraine, qui ne se décourageait point, fit encore proposer la même déclaration: le parlement refusa de couveau de l'enregistrer, et envoya, au mois de juin 1556, une députation pour faire des remontrances au roi. Quelques seigneurs (du nombre desquels était sans doute le cardinal de Lorraine), présents au discours des députés, se récrièrent contre ces remontrances, et dirent que, depuis trois ans, le parlement avoit besogné très froidement contre les hérétiques (1).
Le cardinal, pour arriver promptemeut à son but, et faire disparaître toutes difficultés, alla plus loin : on avait déjà des inquisiteurs; il voulut gratifier la France d'une inquisition organisée comme celle d'Espagne, et munie des mêmes pouvoirs.
Ilobtintunebulledupape,du26avril1557, qui lui accordait largement l'objet de sa demande. Le roi, docile à toutes les volontés de ce cardinal, fit un édit du 27 juillet suivant, qui ordonne l'établissement de cette infernale institution. La France aurait gémi sous l'épouvantable tyrannie d'un Saint-Office, sans le parlement qui refusa de véiifier 1 édit, et fit à ce sujet de vives et honorables remontrances.
Cependant le tribunal des inquisiteurs de la foi usait de toute l'étendue du pouvoir qu'on lui laissait pour multiplier le nombre des sacrifices humains; et la chambre du parlement, fort bien nommée chambre ardente, pour détourner le reproche qu'on lui adressait de ménager d'adopter leurs opinions, ne secondait que trop exactement le fanatisme de ce tribunal composé de prêtres condamnateurs.
L'année 1559, dernière de ce règne, fut horriblement signalée par la multitude de personnes, de tout âge et de tout sexe, qui furent condamnées à périr dans les flammes : supplice qui, par l'admirable constance deceuxqui le subissaient, détruisait moins de protestants qu'il n'en faisait naître.
Le parlement, pour s'accommoder à l'esprit du temps, et dissiper les soupçons que les persécuteurs élevaient contre cette cour, aurait immolé cinq de ses propres
des députés du parlement un caractère de noblesse et de liberté un peu diflerent de celui de la même harangue, contenue dans les registres manuscrits.
(1) Registres civils du parlement, au 12 juin 1556.
membres, accusés d'hérésie, si quatre d'entre eux (1), par des rétractations formelles, n'eussent prévenu le supplice. Un seul conseiller de cette cour, Anne Dabourg, eut le courage de le braver, et de soutenir avec énergie sa croyance religieuse. Le parlement le condamna ; et, en faveur de sa confraternité, il lui accorda la grâce d'être étranglé avant d'être jeté dans les flammes.
Enfin des persécutions aussi révoltantes eurent un terme : Henri II mourut.
Alors, du milieu de ces scènes d'horreur et de crimes, on vit s'élever un de ces hommes rares, fort de sa propre énergie, fort de l'indignation que lui inspiraient tant d'iniquités, fort de ses lumières et de la droiture de ses intentions, et dont l'apparition, au milieu des orages, apporta des consolations et fit naître l'espérance. Michel de L'Hospital fut appelé à la dignité de chancelier; et l'édit du 8 mars 1559 (1560), donné à Amboise, procura la liberté à tous les prisonniers détenus pour fait de religion. Il est certain que, le 1 5 février 1561, une lettre du roi ayant ordonné leur élargissement, le président du parlement répondit au porteur de l'ordre qu'il n'y avait plus de piisonniers protestants dans la Conciergerie (2).
Pendant trente-sept ans, depuis 1523 jusqu'en 1560, les p.otcstants souffrirent, sans opposer de résistance, les pei'sécutions les plus horribles que l'esprit sacerdotal puisse imaginer : plusieurs milliers de Fiançais furent, dans cet intervalle de temps, bi'ùlés vifs, brûlés à petit feu; et, je le répète, pour prolonger leurs cruels supplices, on exposait leurs corps aux biàchers ardents; ensuite, par le moyen d'une poulie, on les enlevait pour les replonger dans les flammes; puis on les relevait pour les y replonger de nouveau. On leur coupait la langue avant de les conduire au supplice. Ceux qu'on voulait favoriser étaient étranglés avant d'être jetés au feu.
Dans la suite, les protestants ne furent plus brûlés vifs ; mais on les accablait d'insultes, de mauvais traitements : une populace, excitée par les prédicateurs,
(1) Ces quatre conseillers étaient Eustache Laporte, Antoine Fumée, Paul Defoix et Louis Dufaure.
(2) Registres manuscrits du parlement, au 15 février 1560 (15(31).
sous FRANÇOIS I
pillait, incendiait leurs maisons et en massacrait fréquemment les habitants. Toutes ces persécations procuraient à la nouvelle lelision un plus grand noUibre de |)rosélyte^sM).
' Au commencement de l'année 1560, les affaires prirent une face nouvelle. La noblesse, qui, par conviction, par intérêt on par vengeance, embrassa le parti protestant y porta les vices qui lui étaient
11) Foycs ci -après, dans la présente période, article Temples et assemblées des protestants.
Ces persécutions ne pwrduisânt point i'efFet attendu, le pape Jules III ne savait plus à quel remède recourir. En 1563, il consulta, sur les moyeus de défendre sa puissance, trois évêques italiens. Ces prélats, dans leur réponse confidentielle, avouent qu'à plusieurs égards la raison et la vérité sont plutôt du côté des luthériens que de celui des catholiques. Après cet aveu, ils proposent des moyens dont voici la suhs tance :
Augmenter le nombre des cardinaux et des évêques, les obliger à résider dans leurs diocèses, à y donner des fêtes, des spectacles au public; à célébrer eux-mêmes la messe avec beaucoup de magnificence et de pompe;
Multiplier les ordres religieux, instituer de nouvelles confréries, faire exécuter des processions très pompeuses, décorer les églises de tableaux, de statues ; y faire allumer des cierges, jouer des orgues et autres instruments de musique, etc.;
Ordonner que toutes hs cérémonies de l'EgUse soient célébrées avec plus d'éclat que par lepassé; surtout nepas permetlrequel'on traduise enlangue vulgaire les livres saints, et notamment lesEvangiles. "Il suffit desfragments u qu'on est en usage de lirependantla messe, u disent-ils... l'Evangile est, de tous les «' li\Tes, celui qui a le plus contribué à tt soulever contre nous les tempêtes qui nous i. ont abîmés. Quiconque l'examine avec i< attention, et le compare ensuite à ce que « l'usage a introduit dans nos églises, ne « peut s'empêcher de remarquer que nos " doctrines s'éloignent beaucoup de celles '' qu'il enseigne, ei leur sont même souvent .« contraires, etc. »> (Fascicuîug rerum expetenJarumet fugiendarum,t. II, p. 644 ) Cette pièce curieuse a été réimprimée dans l'ouvrage de M. Llorente, intitulé Monuments historiques concernant les dtux pragmatiqiiessanctions.
familiers, déva-:ta les campagnes, rançonna les habitants, pilla, brijla les ég i.Sf»» etJ'es monastères, et souilla lacacse qu'elle défendait. La guerre civile s'alluma : die dura près de trente-cinq ans. Le parti du roi ou des catholiques, ou plutôt celui de:i Guises, opposa à ce? excès des excès pareils. Ainsi, l'ambition des Guides, sous le voile du catholicisme, et rnmbition légitime de la maison des Bourbons, sous le voile du protestantisme, mirent la France en feu, et la couvrirent de c-rimes et de malheurs.