III. Établissements civils et religieux
Abbaye de Saint-Victor. Ce te abbaye, dont j'ai déjà parlé (1), éprouva, sous ce règne, des changements considérai/ es dans ses bâtiments. L'église avait, en 1448, été réparée, par les libéralités de Charles VII: sous François I^r, elle fut presque entièrement reconstruite. On ne conserva de l'ancienne que l'entrée, le clocher, la chapelle souterraine, etc. La première pierre de cette reconstruction ou réparation fut posée, le 18 décembre lu 17, par Michel Boudet, évèque de Langres.
La façade fut, en 1760, élevée sur de nouveaux dessins.
L'intérieur était décoré de quelques tableaux remarquables et de mon jments funèbres. On admirait la grille du chceur, ouvrage du sieur Durand, brillante par ses dorures, élégante par son dessin.
Dans le cloître, on remarquait plusieurs tombeaux des abbes de cette maison.
La bibliothèque, qui, dans son origine, ne se composait que de manuscrits d'auteurs ecclésiastiques, fut considérablement augmentée par l'abbé Lamasse.et par Nicolas Delorme, un de ses successeurs, (jui fît construire, en 1496. un bâtiment pour la contenir. On sait que Rabelais a donné le catalogue de ses prétendus livres, dont les titres, réels ou supposés, sont également ridicules (2).
Joseph Scaliger disait que cette bibliothèque ne contenait jien qui vaille, et que ce n'était pas sans cause que Rabelais s'en était moaue. Ce qui pouvait, à l'égard de cette bibliothèque, être vrai au seizième siècle ne le fut plus au siècle suivant.
Henri du Bouchet, conseiller, par son
(1) Voyez t. 1, p. 393, 430.
[2) Pantagruel, liv. 2, chap. 7.
lUSTOlHK DE Î'AMIS
leslîinitnt du il ni-di^ Ib-j^, léguâmes liMCsà cette abbaye, a condition que sa bibliothèque serait ouverte a'j public, et laissa des fonds pour son entretien. Elle fut encore augmentée, en 1707, par M. Cousin, président de la cour des monnaies, et traducteur de plusieurs historiens grecs : il lui fit don de ses livres.
Après avoir été fermée pendant quelques années, cette bibliothèque fut rouverte au public en 1788.
Les religieux de celte abbaye ne tinrent pas toujours une conduite régulière. On a déjà cité plusieurs fails qui le prouvent ; je me bornerai à joindre le suivant : en février 1619, ils étaient en état de révolte contre leur supérieur; le parlement l'ut obligé d'intervenir pour rétablir le calme et la subordination. Cette cour permit au prieur de recourir au bras séculier en cas de désobéissance et de rébellion, et d'enjoindre au lieutenant-général de robe courte de mettre à exécution les ordonnances dudit prieur (1).
Cette abbaye fut supprimée en 1790 :
.>es bâtiments ont subsisté jusqu'en 1813, époque de leur démolition. Sur leur emplacement, on voit aujourd'hui s'élever un vaste établissement d'utilité publique, l'ejilrepot des boissons, dont je parlerai en son lieu.
Collège de la Merci, situé rue des Sfpt-Voies, u" 9. Il fut fondé en 1515. pour les religieux de la Merci ou de Notre- Dame de la Rédemption, par Nicolas Barrière, bachelier en théologie, qui acheta d'Alain d'Albret, comte de Dreux, une place et des masures situées près de l'édise de Saint-Hilaire, faisant partie do ihôtel d'Albret, et y fit bâtir un collège avec une chapelle. L'enseignement s'y maintint assez longtemps; mais il avait cessé en 1750. Alors, ses bâtiments furent destinés à servir d'hospice aux religieux de la Merci. Ils sont aujourd'hui une propriété particulière.
Collège du Mans, situé d'abord rue de Ucims, montagne Sainte-Geneviève, et sur l'emplacement de l'ancien hôtel des évèques du Mans. Il fut fondé par le cardinal Philippe de Luxembourg, légat du pape et évèque du Mans, qui, par son testament du ^6 mai 1 51 9, légua 10,000 livres pour l'entretien, le logement, la nour-
fl) [{erjistres manuscvits du parlemfnt, au 27 février 1619.
riluie et l' instruction de dix boursiers du diocèse du Mans, qui seraient nommés par l'évêque de cette ville. En 1526, ou dressa les statuts de ce collège; mai.^, en 1613, ses revenus étant insuffisanl^, l'enseignement y fut suspendu. Les jésuites du collège de Clermont ou de Loui^ le Grand, en 1682, en achetèrent les bâtiments. Alors le collège du Mans fut transféré à l'hôtel de Marillac, rue d'Enfer, no 2. En 1764, ce collège fut du nombre de ceux qu'on réunit à l'Université. Aujourd'hui ses bâtiments servent d'hôtel garni.
Collège royal de France, aujourd'hui situé place Cambrai. Il fut fondé, en 1529, par François I^r, qui, conseillé par Guillaume Parvi, son prédicateur, et par le célèbre Guillaume Budé, avait déj.n invité plusieurs savants à venir remplir, dans ce collège projeté, des places de professeurs. Il y fut d'abord institué deux chaires, l'une de grec, et l'autre de langue hébraïque.
Erasme refusa d'être professeur dans cet établissement. Au fur et à mesure que les savants invités acceptaient, on fondait de nouvelles chaires. Leur nombre s'éleva bientôt jusqu'il douze : quatre pour les langues, deux pour les mathématiques, deux pour la philosophie, deux pour l'éloquence et deux pour la médecine. Ces professeurs, qui portaient alors la qualification de lecteurs royaux, recevaient chacun annuellement deux cents écus d'or (1 ).
Les premiers professeurs furent Pierre Danès, Parisien ; .lacquesTussan, ou Tussain, Champenois, qui enseignait le grec; Paul la Canosse, juif ; Agathias Guidacier, Espagnol; François S''atable, de Piciirdie, qui enseignait la langue hébraïque; Martin Problation, Espagnol, et Oronce Fine, Dauphinois, qui professaient les mathématiques; Barthélemi Masson, Allemand, qui donnait des leçons d'éloquence ou de langue latine: il eut pour adjoint Lége;
(l) Les gratifications et les traitements qu'ordonnait le roi n'étaient jamais entièrement ni exactement payés. Les porteurs de titres étaient renvoyés, par les payeurs, à des temps fort éloignés. Ils attendaient tant qu'ils pouN aient; et, quand ces malheureux étaient trop pressés, ils se voyaient obligés de composer avec les payeurs, qui leur faisaient perdre le tier.« ou même la moitié de la somme qu'ils devaient toucher.
sous FR
Duchesne, de Rouen. La médecine fut d'abord enseignée par Vidius, Florentin, auquel succéda Jacques Dubois, ou Silvius. Charles IX ajouta, dans la suite, à cette faculté une chaire de chirurgie, et Henri IV une autre chaire de botanique et d'anatomie.
François I^r ne fonda point de chaire de philosophie : ce n'est que sous Henri lî qu'on en voit une, où professait François
ANÇOIS I 817
Vicomercat, Milanais, auquelsuccéda le célèbre et malheureux La Ranaée, ou Ramus, qui, en I068, fonda à ses frais dans ce collège une chaire de mathématiques.
L'Université le persécuta, fit brûler ses livres, parce qu'il avait écrit contre Aristote. En 1572, ses ennemis le firent assassiner pendant les massacres de la Saint- Borthélemi (1).
Henri III, en 1587, fonda dans ce coU
X!!l- Srrde m' Siècle
Coiffures des xue et xiu« siècks.
lége une chaire d'arabe, qui fut remplie par Arnout de Lisse, Allemand, et, après lui , par Etienne Hubert d'Oiléans.
Louis XIII fonda une seconde chaire d'arabe et une autre de droit canon ; et Louis XIV, une seconde chaire de droit canon et une chaire de langue syriaque. François I" n'ayant fait construire aucun bâtiment pour ce collège, ses exercices se faisaient dans les salles des collèges de Cambrai et de Tréguier. Ce dernier menaçait ruine , lorsque Henri IV conçut le projet de faire construire un édifice p*articulier au collège de France. Il fit abattre les collèges de Tréguier, de Léon et des
Trois-Evéques . et se proposait de fy ire élever sur leur emplacement son nouvel édifice; mais la mort de ce roi suspendit l'exécution de ce projet. Cependant, it- 18 août 1610. son fils Louis XIII in posa la première pierre. Cette construction commencée, et en partie continuée, resta imparfaite jusqu'en 177i, époque où ce collège fut réédifié sur un nouveau plan. J'en parlerai à cette époque (2).
(1) Voyez cî-dovant Collège de Prestes, t. II, p. 370.
(2) Voyez Collège royal de France, soui Louis XVI.
ii8 HISTOIRE
Fontaine de la Croix du Trahoir , ou DU Tiroir , située au coin des rues de l'Aibre-Sec et de Saint-Honoré. En 1529. François ï" fit établir une fontaine au milieu de la rue de l'Arbre-Sec. Dans cette position elle gênait le passage; elle fut, en 1696, transférée à l'angle deg ceux rues qu'elle occupe aujourd'hui. Elle tiraijt segj eaux de la tour ou réservoir d^s Édites ; ' et on croit qu'elle fut deslinéB par François 1er ^ fournir les eaux nécessaires aux nouveaux bâtiments du Louvre , dont ce prince commença la construclion.
Elle fut reconstruite, en 1776, sur les dessins de M. Soufflet : et ce n'est pas là son meilleur ouvrage. Elle contient un réservoir des eaux d'Ârcueil, qui y sont conduites par des canaux pratiqués sous le pavé du Pont-Neuf.
HÔTEL-DE-ViLLE, situé placc de Grève.
J'ai parlé de l'institution pour laquelle cet édifice éfait destiné ; j'ai parlé de ses vicissitudes : je me bornerai ici à joindre quelques notions sur ses bâtiments. L'édifice, consacré aux séances du prévôt des marchands et des échevins de Paris, à l'administration municipale, etc., parut, au commencement du seizième siècle, mesquin et insuffisant. On proposa la construction d'un bâtiment plus vaste et plus somptueux ; et, le 15 juillet 4533, Pierre- de Viole; prévôt des marchands, en posa la première pierre. Il fut continué sous le règne suivant; mais, comme les dessins étaient dans un genre qu'on appelle vulgairement gothique, et qui commençait à n'être plus en usage, la construction en fut suspeudue. En 1549, un architecte italien, Dominique Boccardo, dit Cortone, présenta au roi Henri II un nouveau projet qu'on adopta, mais dont l'exécution, très lente, ne fut terminée qu'en 1605, sous le règne de Henri IV, par les soins du prévôt des marchands, François Miron, et sous la conduite d'André du Cerceau, qui fit quelques changements aux dessins de l'architecte italien.
La façade présente un corps de bâtiment flanqué de deux pavillons plus élevés, et dont les combles, suivant l'usage du temps, sont d'une grande hauteur. Cette façade est, au piemier étage, percée de treize fenêtres et ornée de plusieurs niches. Elle est surmontée par une campanille, oii fut, en 1781, placée l'horloge de la Ville, ouvrage très recommaudable du célèbre horloger ^Jean-André Lepaute. Le cadran de
cette horloge esè éclairé pendau' la rtrUt par un moyen très simple et très ingénieù*.
Au-dessus de la porte d'efitlée., OTi voyait, dans un vaste tympan cintré, sur un fond de marbre noir, un grand basrelief en bronze, représentant Henri IV à cheval, chef-d'œuvre de Biard, ï\ fut dé- ^radî; frenâatif la èuerre de' la Fronde, mal restauré par le fils de ce sculpreur, en partie détruit pendimt la révolution, et rétabli en plâtre en 1815.
Cette façade, où l'on remarque l'ordre corinthien employé dans un é.age inférieur , qui est surchargé d'ornements superflus et de petits détails, n'est certainement pas un modèle d'architecture; maielle marque l'état de cet art, à Paris, dans les temps que l'on abandonnait le genre sarrasin pour adopter le genre grec.
Cet édifice, depuis qu'il est devenu l'hôtel de la préfecture du département de la Seine, a reçu des accroissements considérables, que lui a procurés la démolition des bâtiments de l'église et de l'hô ital du Saint-Esprit, situés au nord, et d'une partie de l'église de Saint-Jean-en-Grève.
C'est sur l'emplacement de l'.hôpital du Saint-Esprit qu'a été construit l'hôtel particulier du préfet de la Seine. On y remarque trois pièces, antichambre, salle de billard, salon de réception, qui, décorées pareillement , et n'étant séparées que par des cloisons mobiles, ne forment à volonté qu'une seule pièce, qu'on nomme alors salle des Fastes.
On arrive à l'Hôtel-de-Ville par un perron extérieur composé de plusieurs marches : on en moule encore un plus grand nombre lorsqu'on est sous le bâtiment, et on s'élève ainsi jusqu'à une cour décorée d'arcades, au-dessus desquelles étcient, et ne sont plus, des inscrijitions relatives à l'histoire de Louis XIV. Sous une de ces arcades, celle qui fait face à l'entrée do l'hôtel, et qui est ornée de colonnes ioniques en marbre, avec chapiteaux et bases de bronze doré, on voit la statue pédestre et en bronze de ce roi : elle est portée sur un piédestal chargé de bas-reliefs et d'inscriptions. Cette statue, ouvrage de Coizevox, représente Louis XIV vêtu et cuirassé à la grecque, et coiffé à la française par une perruque énorme et ridicule, comme on les portait sous son règne; de sorte qu'entre la tête boursouflée et le corps de cette statue, il se trouve un anachronisme de quelques milliers d'années.
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Cette statue, déplacée et non détruite I endant la révolution, était déposée dans les magasins du Roule, où elle éprouva quelques nsutilations. A la fia de 1814, elle fut restaurée et rétablie à son ancienne place.
Cette cour offrait aussi les portraits en médaillons de plusieurs prévôts des marchands. I! en restait encore quelques traces en 1817: depuis, celte cour ayant été ragréée ou blanchie, ces portraits ont totalement disparu.
L'antichambre de la salle des Gouverneurs était ornée d'un tableau peint par de Troy père, à l'occasion de la naissance du dacde Bourgogne, père de Louis XV; et la salle offrait, sur la cheminée, un portrait de Louis XV, donné en 1736 par ce roi. Un autre très grand tableau a\ait pour sujet Louis XP . assis sur son irône, recevant les hommages du prévôt et des échevins de Paris, à l'occasion de la paix de 1739 : il était peint par Carie Vanloo.
Dans la salle d'audience on remarquait, parmi plusieurs tableaux, \ Entrée de Henri IV à Paris, et celle de Louis XVI dans cette ville, après qu'il eut, en 1774, rétabli les parlements.
Dans la grande salle, o\i salle du Trône, -ont, à ses'extrém.ilés, deux vastes cheminées ornées de persiques, de cariatides bronzées et de figures allégoriques couchées sur des plans inclinés, terminés par des enroulements fort en usage sous le rè- §;ie de Henri IV, époque où ces cheminées paraissent avoir été construites.
On voyait dans cette salle plusieurs tableaux de Porbus, de Rigaud, de Louis de Boullongne, de l'Argilliere, de Vien et de Ménageot, dont les sujets étaient relatifs à des mariages, à des naissances de rois et de princes, et autres événements qui intéressaient la cour et les magistrats de la ville.
. Celte salle a cinquante pas de longueur, i ■ Sur la cheminée qui se trouve à lextré- '. mité septentrionale, était un portrait en ' pied de Louis XV: sur celle qui lui est opposée était un tableau représentant, aussi en pied, Louis XVIIL
Au centre de cette salle on avait posé, en 1819, une statue équestre de Henri IV, en petite proj ortion et pareille à celle qui devait figurer sur le môle du Ponl-Neuf. On lisait sur le piédestal de cette statue une inscription latine.
Les tableaux qui décoraient cette saljo et les autres pièces de clH hôiel a'étaient guère propres à relever Tancienue condition des echevins de Paris. Plusieurs représentaient ces magistrats dans une posture humiliante et servile, à genoux ou prosternée aux pieds des rois.
Ce fut dans cette salle que, pendant la révolution, on construisit un ampiiilhéàtre demi-circulaire, où siégeaient l^s r^'présentants de la commune de Paris, dont les chefs, après la journée du 10 août 179^, et pendant une grande partie de la durée de la Convention nationale, vendus a l'étranger et dirigés par ses agenls secrets, souillèrent de leurs crimes acheie.^ le berceau de la liberté, et agitèrent si cruellement Paris et la France.
C'est dans cette salle que se célébrèrent les cérémonies publiques , fêtes, bals et banquets que donne la ville.
En 1810, on établit dans l'Hôtel-de- Ville les bureaux de la préfecture du département de la Seine, et on exécuta, dans l'intérieur de cet édifice, des changements et réparations convenables à sa nouvelle destination. Qjelques salles reçurent une distribution nécessaire ; toutes furent décorées avec une simplicité élégante.
A côté de la grande salle dont je viens de parler, est la salie du Zodiaque, ornée de bas-reliefs et de tableaux qui se rapportent à cette dénomination. On y trouve aussi le salon Vert et la vaste pièce pratiquée dans les galeries Saint-Jean, où Von a transféré, en 4 817, la bibliothèque de la Ville. Elle est aujourd'hui divisée en quatre parties. C'est dans cette pièce que s'est tenue l'assemblée d'Israélites dite le grand Sanhédrin. Plusieurs sociétés utiles et savantes s'y réunissent, notaniment la Société royale et centrale dagricuUuie.
Saint-Merri, église 'paroissiale, située rue Saint-Martin, entre les nos 2 et 4. j'ai déjà décrit l'origine et les changements de cette église. Elle fut reconstruite sous le règne de François l^'^, vers Tau 1320, Quoiqu'alors le genre grec coaimençàt à prévaloir en France, on ne l'admit pas dans celte construction : le genre sarrasin lui fut préféré. Les gens d'église, qui sont si redevables aux temps anciens, repoussent ordinairement les nouveautés.
Au dix-septième siècle, le chœur fut décoré avec goût parles frères Slodtz. Sur les deux chapelles situées à cô'.é de l'entrée du chœur, sont deux faibles tableaux
22d HISTOIRE
de (lurlo V:hj1oo; et a gauche de la croisée est un tableau représentant un Ensevelissement, tableau remarquable par sa composition et sa couleur.
Plusieurs personnes distinguées ont eu leur sépulture dans cette église. Je ne citerai que Simon Marion, avocat général au parlement de Paris, et Jean Chapelain, auteur du poème de laPuceUe, auteur et poème illustrés parles Satires de Boileau.
Je ne dois point oublier de mentionner Jourdain de Lisle, un des plus puissants seigneurs du quatorzième siècle, célèbre par ses brigandages et ses cruautés, et qui, entre autres crimes, fit périr, suivant l'usage de la noblesse de ce temps, un sergent du roi qui était venu lui signifier un ajournement. Le haut, puissant et redouté baron fut arrêté, conduit à Paris, et pendu. Le curé de Saint-Merri, instruit que ce bi igand avait épousé la nièce du pape, s'empressa, pour faire sa cour au saint-père, d'enterrer le corps de Jourdain de Lisle dans son église; et, pour ne pas
f)erdre le mérite d une si belle action, il a lui fit connaître en lui adressant une lettre qui se termine ainsi : « A peine vo- « tre neveu était-il pendu, qu'avec grand « luminaire nous allâmes le prendre à la « potence, et nous le fîmes porter en notre « église, où nous l'avons enterré honora- « blement et gratis. «
Sainl-Merri est l'église paroissiale du septième arrondissement.
Hôpital des Enfants-Rouges. Il était situé rue Porte-Foin, au Marais, près du Temple. Il fut fondé en 1536, par Marguerite de Valois, sœur de François I^r, pour tous les orphelins de père et de mère trouvés à l' Hôtel-Dieu de Paris, excepté c-eux qui, étant nés et baptisés dans cette ville, devaient être transférés à l'hôpital du Saint-Esprit. Le roi voulut que cet établissement portât le nom d'Enfants- Dieu, (?t exigea aussi que ces enfants fussent vêtus d'habits rouges : le vulgaire ne s'est attaché qu'à la couleur, et les a nommés Enfants-Rouges.
Ctt hôpital fut supprimé en 1772. C'est sur une partie de son eai placement qu'on a, depuis quelques ai nées, ouvert la rue de Moîay, nom du grand- maître des Templiers, que Philippe le Bel fit périr dans les flammes. Cette rue communique delà rue Porte-Foin dans celle de la Corderie.
Tuileries. Nicolas de Neuville, sieur de Villeroi, secrétaire des financesj celui
auquel François l^f, dans un besoin d'argent, vendit en 1522, pour la somme de 50,000 livres, tous les produits des greffes de la ville et prévôté de Paris, possi'dait h(>rs de Pans une maison avec cour et jardin, dans un lieu voisin de celui ou l'on fabriquait de la tuile, licU que, dans les titres du quatorzième siècle, on nom» mait la Sablonnière. Charles VI, en 1416, qualifie ce lieu de Tuileries. Il ordonne que toutes les tueries et escorcheries de Paris seront transférées hors des murs de cette ville, « près ou ensiron des Tuile- « ries Saint-Honoré, qui sont sur ladite « rivière de Seine, outre les fossés du chà- « teau du Louvre (1). »
En 1518, François !«' fit l'acquisitioû de cette propriété pour en gratifier sa mère, Louise de Savoie, qui trouvait le séjour de l'hôtel des Tournelles malsain. Ce roi donna, en retour, au s'.eur de Neuville, la terre de Chanteloup, près Mont- Ihéri.
Louise de Savoie ne garda que peu de temps l'hôtel des Tuileries. En 1525, elle le donna, pour en jouir pendant leur vie, à Jean Tiercelin, maîtro-d'hôtel du dauphin, et à Julie Dutrot, sa femn.c. C'est sur l'emplacement de cette propriété que séleva dans la suite le vaste et somptueux château des Tuileries, dont je parlerai bientôt.
Bureau des Pauvres, situé place de Grève. Le prévôt des marchands, Jean Morin, obtint de François 1er, en 1544, des lettres-patentes qui attribuent à ce magistrat et aux échevins l'entretien des pauvres de la ville, dont jusqu'alors le parlement avait eu la principale direction. Bientôt ce bureau se qualifia de grand bureau des pauvres, et obtint l'administration des hôpitaux de Paris, à l'exception de ceux de l'Hôtel-Dieu, des Petites- Maisons et de la Trinité, hôpitaux régis par des administrateurs particuliers. Le bureau des pauvres avait le droit de lever sur toutes les classes de la société, les pauvres seuls exceptés, une taxe d'aumône. II avait, en conséquence, une juridiction pour les taxes et des huissiers pour contraindre les particuliers à les payer. La bienfaisance était convertie en impôt.
Ce bureau s'est maintenu jusqu'aux premières années de la révolution : il fut alors remplacé par des administrateurs,
(Ij Ordonnances du Loime, t, X, p. 374.
socs HENRI n
auxquels succéda le conseil général clo> hojpicc'^, dont je parlerai.
Telles fiireni les institutions qui s'etieetuèrent à Paris sous le règne de François I^r, pendant lequel on fit des réparations aux fortifications de cette ville, et l'on commença à paver quelques rues du faubourg Saint-Germain. Plusieurs monastères, à cause de leurs dérèglements, turent sécularisés. Le Louvre, réparé à grands frais, fut ensuite démoli pour être reconstruit de nouveau.
On répara ou l'on reconstruisit les églises de Saint-Victor, de Saint-Etienne-du- Skfont, de Saint-Barthelemi, de Sainte-!
Croix, de Sainte-Madeleine dans la Cité, de Saint-Merri, de Saint-Gervais, de Saint-Eustache, de Saint-Sauveur, de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, de Saintïean-en-Grève, de Saint-Germain-l' Auxerrois, de Saint-Bon, et de Saint-Germain- Ic-Vieux.
Pendant ce règne, on doit remarquer l'accroissement de la masse du numéraire, les progrès du commerce, des letlr .= et de la raison, et ceux de la maladie vénérienne, qui furent effrayants. Brantôme nous apprend que François 1^^ tut atteint de cette maladie, qu'il la communiqua à la reine Claude son épouse, et que tous df'ux en moururent.