V. EtaWisseraents civils et religieux
Le Louvre. J'ai fait connaître l'origine, les accroissements divers, j'ai décrit l'état et le goût barbare de cette vieille forteresse qui tombait en ruines, lorsque François I^r en entreprit la réparation. Il voulait y recevoir l'empereur Charles-Qjint, et lui donner, dans cet édifice embelli, une haute idée de sa puissance. Ce lut pendant ces apprêts, en 1539, qu'il fit abattre la grosse tour qui, com.me je l'ai dit, s'élevait au centre de la cour de ce château.
Les réparations très dispendieuses que François I" fit exécuter dans ce vieux bâtiment devinrent inutiles, par la résolution qu'il prit ensuite de le démolir entièrement pour élever à sa place, sur un plan nouveau, d'après des dessins plus modernes, un vaste corps de logis. Sébastien Serlio, architecte italien, qui se trouvait alors en France, fut d'abord chargé d'en fournirles dessins, qui ne furent point adoptés. On leur préféra ceux de Pierre Lescot, abbé de Glugni, architecte français. Il conduisit les travaux avec succès et rapidité; et le corps de bâtiment qu'on nomme aujourd'hui le vieux Louvre fut, sous le règne de Henri II, et en 1548, presque entièrement termine, comme le prouve cette inscription latine, gravée audessus de la porte de la salle des Cariatides :
iienrîcus II, christ ianîssîmus, vêtuslate collapsum refici cœplum a pâtre Francisco /», rege chrlstianissimo, mortui santissimi parentis memor, plehtlssimiis films absolvit, anno a salute Christi M. D. XXXXyiII.
La façade occidentale du corps de bâtiment aujourd'hui nommée vieux Louvre Oifre un dessin fort simple, si on h compare à celui do la façade orientale, où les oinements se montrent avec profusion, Cette différence provient de ce que cett^ façade occidentale dopnait sur des coua'|
DE PAIUS
de service, tandis que l'autre façade appartenait à la cour d'honneur. Ceilo-ci est plus riche d'ornements, plus chargée de. bas-reliefs; les yeux en sont fatigués, et le talent du sculpteur y brille plus que celui de l'architecte : l'accessoire surpasse le principal (I).
L'intérieur du vieux Louvre offrait uu grand nombre de salles pareillement chargées de sculptures. Dans l'une d'elles, appelée salle des Cariatides, on admire les quatre statues colossales, en pierre, représentant des femmes, ou Cariatides, qui supportent une tribune; elles sont l'ouvrage du célèbre Jean Goujon, est une des plus belles productions qu'offre en Europe l'art du statuaire depuis la restauration de cet art. C'est dans cette salle, ornée de colonnes accouplées, que l'Académie française a tenu longtemps ses séances : elle fait aujourd'hui partie du Muséum des Antiquités.
Outre ce principal coTps de logis , l'architecte Pierre Lescot construisit une partie du bâtiment en retour du côté de la Seine, et une aile qui, communiquant au Louvre, s'avançait jusque sur le bord de cette rivière, et en est aujourd'hui séparée par le quai. C'est d'une fenêtre de ce bâtiment avancé, de celle qui s'ouvre à l'extrémité méridionale de la galerie d'Apollon, que Charles IX, d'odieuse mémoire, tirait des coups de carabine sur ceux qui traversaient la Seine à la nage pour échapper aux massacres de la Saint- Barthélemi.
Le gros bâtiment contigu à ce dernier bâtiment est d'une construction plus récente : c'est celui où se fait chaque année l'exposition des tableaux.
Ce corps de bâtiment, qui s'étend depuis le Vieux-Louvre jusqu au bord de la Seine, et qui fait angle avec la façade méridionale du Louvre, a longtemps porté le nom de Palais de la Reine, de pavillon de rinfante; et l'espace vide enfermé entre ces bâtiments et la nouvelle grille portait le nom dç jardin de 1 Infante. L'étage supérieur de ce corps de bâtiment forme aujourd'hui la galerie d'Apollon, ainsi nommée à cause des sujets des peintures de son plafond.
C'est ce bâtiment avancé jusqu'au bord delà Seine qui a fait naître le projet d'établir une galerie qui, en longeant cette rivière, irait aboutir au château des Tuileries, et formerait une çomn)uuication en-
tre le Louvre et ce château. Cette galerie, ; nommée galerie du Louvre, fut entreprise ' sous Charles IX. et continuée sous ses successeurs jusque vers le milieu de sa longueur, à l'endroit où ce bâtiment forme un avant-corps surmonté d'une campanille. Le reste de cette galerie, reprise sous Henri IV, continuée sous Louis XIII, De fut teiminé que sous Louis XIV. J'en parlerai dans la suite.
François I^r laissa subsister toutes les anciennes parties du Louvre qui ne gênaient point ses plans de construction. La façade du côtèdeSaint-Germain-l'Auxerrois était fort simple, et précédée par un large fossé qu'alimentaient les eaux de la Seine, et qui entourait le Louvre de trois côtés. Au centre, on voyait une porte aboutissant au pont-levis, qui était protégé par deux grosses tours rondes et peu élevées. Deux tours plus élevées ornaient les extfmiités de cette façade. En dehors du fossé, à droite et à gauche de cette entrée, étaient deux jeux de paume. Au midi decelte entrée se trouvait aussi l'hôtel de Bourbon, où l'on a depuis donné des spectacles, et qu'ensuite on a converti en garde-meuble de la couronne (1). La façade extérieure etméridionale du Louvre, du côté de la Seine, existait ainsi, avant que Louis XIV eut fait construire la belle colonnade. J'aurai occasion de parler encore du palais du Louvre.
Fontaine dls Innocents , située au coin des rues aux Fers et de Saint-Denis. Cette fontaine, dont j'ai déjà fait mention, une des premières établies dans l'enceinte de Paris, fut reconstruite en 1550. On chargea de l'architecture Pierre Lescot.
abbe de Clagni, et de la sculpture des basreliefs, le cclèbre Jean Goujon. Cette belle fontaine, qui dépérissait, fut réparée dans les années 4708 et '1786.
Lorsqu'on entreprit de démolir lescharniers et l'église des Innocents pour établir le marché qui existe aaijourd'hui. cette fontaine, adossée aux deux faces de cette église, ne pouvait subsister. Les bas-reliefs, qui eu faisaient le plus bel ornement du
(1) Cet hôtel de Bourbon, ou du Petit- Bourbon, où Molière a joué avec sa tronpe, ôtait situé dans l'espace qui se trouve entre 1 angle méridional et oriental de la colonnade du Louvre et l'ancienne rue du Petit-Bourton. Ce fut Louis XIV qui convertit ce l'âtiraent en garde-meuble.