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VII. Temples et assemblées des protestants

Tous les partis, toutes les sectes religieuses ont des réunions. Dès 1540, les prolestants, dont le nombre s'était fort accru, à l'exemple des premiers chrétien^ dans les temps de persécution, se réunissaient secrètement dans des maisons particulières, où ils étaient quelquefois découverts; mais lezèle religieux leur faisait braver tous les dangers, et même les plus horribles supplices (1).

C'est dans une de ces assemblées qu'en 1555 fut, pour la première fois, consti-

(1) Voyez ci-dessus, Origine et progrès i!u protestantisme à raris.

sois FRANÇOIS 11

titce l'église protestante de Paris. Voici il quoi on attribue l'origine de cette église. Un gentilhomme du Maine, appelé La Ferrière, qui vivait avec sa famille, à Paris, dans une maison située au Pré-aux- Clercs, professait la religion réformée. II lui naquit un enfant; et, pour le baptiser d'après le rit des protestants, il attira près de lui Jean le Maçon, dit la Rivière, natif d'Angers, jeune homme de vingt-deux ans. Dans une assemblée secrète, tenue alors dans la maison de La Perrière, on commença à organiser l'église de Paris, et Jean le Maçon, élu mi-

• nistre, fut chargé de la gouverner.

Cette organisation, faite dans le secret le mieux observé, échappa, pendant deux années, à l'inquiète surveillance des persécuteurs : « pour ce que les commence- « ments estoient petits et foibles et estoit

• besoing qu'en repos les choses prins-

• sent leur train et se fortifiassent (I). » La première persécution qu'éprouva

cette église naissante se manifesta en loo7. Les prolestants tenaient leurs assemblées en une maison située dans la rue Saint-Jacques, en face du collège du Piessis, maison appartenant au sieur Berlhomier. Ce fut la que, le 4 septembre au soir, (les protestants, au nombre de trois à quatre cents, s'étant réunis pour célébrer la Cène, furent aperçus par les boursiers du collège du Plessis. Aussitôt ces étudiants ameutent un grand nombre de leurs partisans, avertissent le guet de la ville font des amas de pierres, sur leurs fenêtres, et préparent tout pour assaillir avec succès les protestants au sortir de Leur assemblée.

Vers l'heure de minuit, ces religionnaires, sans méfiance, commencent à se retirer ; mais une grêle de pierres les forc€ '■ à rentrer dans le lieu de leur assemblée.

• Les écoliers, pour se renforcer et exci- , 1er le peuple du quartier à se réunir à eux.

crient aux voleurs, aux brigands! Les habitants épouvantés courent aux armes : x on essaie d enfoncer les portes du lieu de réunion. Les plus hardis protestants sortent, se font jour l'épéeà la main : ilsicartent les hommes armés de piques et de hallebardes qui les attaquaient, et qui avaient poussé la prévoyance jusqu'à pla- ' er des charrettes à travers la rue, pour

(^1) Histoire des persécutions et martyrs ^f t'.Erjlise dt Paris, pag. 72.

l's empêcher d'échapper à leurs coups.

Plusieurs de ceux-là furent blessés: mai-i ils parvinrent à se sauver : un seul, frappf d'un coup de pierre, tomba mort, et fut mis en pièces. Le.? autres sans armes, ayant avec eux leurs femmes et leurs enfants, et par conséquent ne pouvant se défendre, restèrent dans la maison, toujours assiégée. Au point du jour, ces malheureux se rendiient au lieutenant criminel du Chàtelet, qui les conduisit en prison à travers les injures et les coups dont, a leur passage, ils furent assaillis par la multitude fanatisée. Trois d'entre eux, Taurin Gravelle, de la ville de Dreux, avocat, la demoiselle Philippe de Luns, du diocèse de Périgueux, âgée de vingttrois ans, veuve du sieur de Graveron, et Nicolas Glinet, surveillant de l'église de Paris, furent condamnés ensemble. Avant de les conduire au supplice, le bourreau leur coupa la langue; ils furent exécutés sur la place Maubert. Gravelle et Clinet furent brûlés vifs, et la demoiselle de Lun> fut flamboyée aux pieds et au visage, pui.-^ étranglée (!}.

Quatre autres particuliers pris en même temps, la plupart jeunes gens entraînés par l'enthousiasme religieux, souffrirent le même supplice avec une constance admirable ; c'étaient les nommés Lesene et Gabart, qui furent brûlés devant le pilori de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

On leur coupa la langue; on les suspendit au-dessus du bûcher . la partie inférieure de leur corps était consumée, tandis que la partie supérieure vivait. Ou jeta dans le bûcher plusieurs volumes : la Bible, les Evangiles, sans doute des traductions de ces livres (2).

François Rebuzies et Frédéric Danvillefurent ensuite pareillement martyrisés.

Douze autres devaient éprouver le même sort, lorsque la république des Suisses et les princes protestants d'Allemagne députèrent auprès du roi pour demander la grâce de ces malheureux; elle ne leur fut pas accordée entièrement ; n^ais Henri II, qui voulait concilier l'amitié de ces puissances, dont il avait besoin, avec le fanatisme intéressé des prélats de sa cour, prescrivit au parlement de traiter avec

(1] Histoire des perse'cutions de lEg'ise de Paris ^ pag. 141.

(2) Histoire des f-ersécutions de l E(jJi<e J* Paris, jiag. 158.

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pius de douceur uue dame de qualilé, qui se trouvait au liombre des accusés : on élarg t quelques prisonniers, et les autres furent renvoyés devant le juge ecclésiastique (1).

A ces persécutions, se joignirent encore les calomnies qui, quoique absurdes, pouvaient à cette époque servir les projets de ceux qui les répandaient. Le cardinal de Lo' raiiie fit circuler dans le public le bruit que les protestants de Paris étaient coupables de crimes dont les païens avaient autrefois accusé les prem.iers chrétiens, lis se livraient, disait-on, à la débauche dans leurs réunions nocturnes, éteignaient les lumières, et confondaient, à la faveur des ténèbres, les âges, les sexes et la parenté. De V'ius, ils immolaient des enfants; et, au lieu de l'agneau pascal, ils mangeaient un cochon de lait. Toutes ces accusations, dénuées de preuves, et qu'à leur naissance ont supportées presque toutes les sectes religieuses, allumaient le fanatisme du peuple.

Pendant qu'on répandait ces bruits ridicules, il se passa une scène remarquable dans la promenade dite le Pré-aux-Clercs. Le 19 mars ISoS, des protestants réunis en ce lieu, inspirés par le zèle du prosélytisme, s'avisèrent de chanter les | saum^es de David, traduits en vers français. Les autres promeneurs accoururent en foule, et participèrent à leurs c:)ants. Cette scène, qui se renouvela pendant plusieurs jours, attira un grand nombre de curieux dans cette promenade. Le roi de Navarre, la reine son épouse et plusieurs s'y rendirent, et y chantèrent les premiers.

On fit au roi absent un rapport où ces chanteurs furent représentés comme des séditieux; et les prédicateurs se plaignirent de ce qu'on louait et priait Dieu en langue française. Le roi ordonna qu'il serait infermé contre un pareil scandale, fit défense de se réunir au Pré-aux-Glercs, et de chanter publiquement les psaumes de David, sous peine du dernier supplice. Il y eut des pour-suites et des arrestations auxquelles on donna peu de suite (2).

il) Histoire de De Thou, liv. 19. — Histoire ecclésiastique des églises ié formées, tom. I, liv. 2,pyg. 16 et suiv.

(2) Histoire de De Thou, liv. 20. — Histoire ecclésiastique des églises réformées, tom. L pa<r. 141.

! La persécution fortifie ce qu'ciie s'acharne h détruire : c'est ce que le cardinal de Lorraine et toute la cour de Franct' ne savaient pas. Le zèle des protestant redoublait d'énergie, et leur nombre s'a croissait toujours. Le 27 mai 1559, au milieu de )a plus rigoureuse persécution, les églises protestantes de France tinrent à Paris un synode, présidé par François de Morel, où plusieurs articles sur la fni et la discipline furent arrêtés (1).

On s'étonne que cette assemblée synodale ait pu échapper à la sui-veillancô des inquisiteurs et de leurs nombreux espions.

Il fallut aux membres de ce synode beaucoup de précautions, de zèle "et de discrétion ; car alors les assemblées secrètes étaient très prohibées; ceux qui s'y rendaient s'exposaient à subir le dernier supplice; et les maisons où elles se tenaient devaient être rasées.

Tout ce qu'une police vicieuse possède de subtilités, tout ce que le règne de la terreur a eu de plus odieux était dès lors mis en usage par les inquisiteurs : ils dressaient des listes de suspects C^), faisaient des visites domiciliaires, provoquaient des délits pour avoir occasion de les punir, en commettaient eux-mêmes pour en accuser les protestants; de plus, les prédicateurs invitaient ouvertement, dans leurs sermons, les catholiques à les massacrer. Malheur à celui qui, assistant à ces meurtrières prédications, se permettait un sourire ou un geste improbateur : il risquait d'être à l'instant, et dans l'église même, assassiné par quelques fanatiques. C'est ce qui arriva, en 1558, dans l'église de Saint-Eustache, à un écolier qu'une vieille dévote en colère traita de luthérien : ce jeune homme fut assailli par une foule de fanatiques qui le traînèrent hors de l'église et le tuèrent.

C'est aussi ce qui an'iva en 1559, dans l'église des Innocents, où deux hommes étant en querelle, l'un qualifia l'autre de

(1) Histoire des églises ré forméts, tom. 1, pag. 175.

(2) J'ai vu à la Bibliothèque royale, dépôt des raanuscritâ, fonds de Baluz», un \olumein-4*, manuscrit, intitulé Liste dessuspects d'hérésie. Presque toutes les personnes dont les noms étaient portés sur cette liste avaient mérité d'y être parce qu'elles possédaient les Psaumes de David et la Bible eu langue française.

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