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SOLS FRANÇOIS

Juthérien. A ce mot, on vit une partie de | l'auditoire, déjà disposée par le sermou ! séditieux du minime Jean de Han, se je- j ter sur le prvtendu luthérien. Aux cris de ce malheureux que l'on assommait, deux articuliers qui passaient dans la rue acjururent dans l'église pour le secourir, [/un fut poignardé, l'autre grièvement blessé. 11 y "eut deux meurtres conimeDcés dans l'église et terminés au dehors (1).

On emprisonnait sur le plus léger soupçon •. et les \ risons étaient si meurtrières. (]ue deux jeunes écoliers, suspects de luthéranisme. "René Duseau et Jean Amalric, y périrent de misère et de la puanteur qu'elles exhalaient (2) On confisquait et l'on vendait à l'encan les biens de ceux qui avaient fui la persécution. « Dans les « maisons de protestants fugitifs, il n'était

• resté que de petits enfants, qui, n'ayant « pu suivre leurs parents dans leur fuite,

• remplissaient les rues et les places « publiques de leurs cris : ce qui ex- « citait la compassion de tout le monde (3). .

Les explorateurs se portèrent, en 1559, au faubourg Saint-Germain, que les catholiques appelaient alors la petite Genève. Thomas de Braguelogne, lieutenant criminel, vint avec ses archers dc^ns la rue des Marais, et dans la maison d'un nommé le Vicomte, qui donnait asile à quelques persécutés. A leur brusque arrivée, plusieurs de ces malheureux prirent la fuite. Deux gentilshommes qui s'y trouvaient se défendirent avec courage, blessèrent plusieurs archers, et mirent en danger la vie du lieutenant criminel, qui ne dut son salut qu'aux efforts du maître de la maison, lequel fut payé de ce service important par la prison' où il fut conduit ainsi que sa femme et ses enfants, parce qu'on eut la preuve qu'il avait mangé de la chair un jour de vendredi (4).

J'ai esquissé les horribles supplices qu'on faisait endurer aux protestants: j'ai indiqué la procédure dirigée contre Anne Du-

(1) Histoire ecclésiastique, tom . I, pag. 166. 167.

(2) Histoire des persécutions di f Eglise de Paris, pag. 174.

(3; Histoire d^ Pan'5, par Féîibieu. tom. II, pag. 1069.

(4) Histoire de Paris, par Félibien, t. II. p. 1069.

bourg, conseiller au parlement, condamné au feu par ses propres confrères (1); j'ajouterai qu'après la mort de Henri II la persécution se ralentit, que Michel de L'Hospital, élevé à la fonction de chancelier, arrêta le cours de cette persécution abominable et anti-chrétienne. Son apparition à la cour fit éteindre lis bûchers et ouvrir les prisons aux malheureux détenus pour fait d'opinion religieuse. L'édit d'Amboise, de mars 1560, dont il fut l'auteur, desarma un instant les persécuteurs, et offrit quelque relâche et quelques garanties aux persécutés.

Alors les protestants purent s'assembler; ils y furent même autorisés par la reine, à condition que leur réunion ne serait point apparente, et qu'il ne s'y trouverait pas plus de vingt personnes. Ce retour à la justice, à la raison, contrariait les projets du cardinal de Lorraine. Bientôt les prédicateurs, ses agents, soufflèrent le feu du fanatisme, firent retentir les églises de Paris de cris séditieux, et, dans leurs déclamations furibondes, ne respectèrent ni le roi ni la reine.

Le 24 avril 1561, les protestants, en conséquence de l'autorisation qu'ils venaient de recevoir, s'étaient ass.'mblés dans une maison située au Pre-aux- Clercs, appartenant au sieur de Lon,^umeau , lorsqu'une troupe d'écoliers de î' Université, jeunesse depuis longtemps habituée aux séditions et aux combats, excitée par des agents secrets, saisit avec des transports de joie et de fureur cette occasion d'exercer sa turbulence, et se porta sur cette maison. Elle est assaillie, et elle ! l'est pendant quatre jours consécutifs. Le i sieur Longjumeau se défend avec ses amis, I et réussit à faire parvenir ses plaintes au j parlement. Cette cour lui fait conseiller de j se retirer pour éviter un meurtre: mais j ce seigneur, toujours assiégé, n'était pas libre de suivre cet avis. Dès qu'il put le faire en sûreté, il quitta, avec ses amis, sa maison presque entièrement dévastée (2).

Dans cette émeute, le^ portes, les fenêtres de la maison du sieur Longjumeau furent brisées, les murs de clôture abattus,

j (1) Voyez ci-dessus, Origine et progrès du ; protestantisme.

(2) "Vovez Registres mantiscriis du parlej ment, au 15 février, au 1" mars, au 10 1 avril 1560 (1561;.

et plusieurs personnes blessées et même tuées (1).

Le roi alors fît défense à tous individus des deux religions de s'adresser les paroles injurieuses de papistes et de huguenots; mais le parlement, toujours inspiré par la faction des Guises, dont le cardinal de Lorraine était le chef, s'opposa à la publication de ces lettres, et dit qu'il en délibérerait.

Chassés de cet asile, les protestants se réunirent dans une maison et jardin appelés la Cerisaie, situés hors la porte du Temple. Ils n'y furent pas longtemps tranquilles. Les placards séditieux publiquement affichés, les sermons des prédicateurs prononcés dans les églises, excitaient contre eux le fanatisme du peuple. Dans la maison de la Cerisaie, pendant que les protestants célébraient leurs cérémonies, une multitude furieuse vint les attaquer. Pour échapper à la rage populaire les protestants se défendirent. Un combat fut livré où il y eut plusieurs personnes blessées, et peu de tuées.

Jamais persécuteurs, toujours persécutés, et, pour cela même, toujours plus aftVrmis dans leur croyance, les protestants, • Tailleurs tolérés par le gouvernement, ne perdirent point courage. Au lieu d'un temple, ils en eurent deux : l'un situé dans la rue Popincourt, et l'autre dans le faubourg Saint-Marcel. Ces établissements contrariaient encore les projets ambitieux du cardinal de Lorraine et de sa famille. Le cardinal fit mouvoir toutes ses macbines et tous les prédicateurs des paroisses de Paris, qui, à l'exception de trois ou quatre (2), prêchaient séditieusement, et n'épargnaient ni le roi ni la reine. L'audace de ces déclamateurs fut portée si loin, que la cour crut nécessaire de faire, dans la nuit du 9 au 10 décen)bre, enlever de son couvent un frère minime qui prêchait l'Avent à Saint-Barlhélerai.

il) Un avocat, appelé Pierre ou Jean Rusé, se trouvait dans la maison du sieur Longjameau. Armé d'une épée, il s'y défendit tant qu'il lui fut possible ; il blessa plusieurs des assaillants; et, pour s'être défendu, le parlement ordonna, le 9 mai suivant, qu'il serait enfermé aux prisons de la Conciergerie.

(2) Ce sont les expressions du prince de La Kocbe-sur-Yon , gouverneur de Paris, lorsque, le 12 décembre 1561, il vint porter au parlement les ordres du roi.

DE P.\RIS

Celte expédition fut faite par plus de quatre-vingts hommes armés. La cour n'osa point ordonner Tarrestation des autres prêtres séditieux.

Chaque jour les religionnaires éprouvaient de nouvelles insultes de la part d'un peuple fanatisé. En voici un exemple notable.

Le 27 décembre 1561, les protestants, au nombre de deux mille, s'assemblèrent, pour assister au prêche, dans leur temple du faubourg Saint-Marcel, situé rue Mouffetard, et dans la maison dite du Patriarche, peu distante de l'église de Saint- Mcdard (1). Les prêtres de cette église, pour les contrarier dans leur assemblée, mirent en branle toutes leurs cloches : ce

3ui produisit un bruit qui les empêchait 'entendre leur prédicateur. Le ministre de ce temple, appelé Jean Malo, envoya deux de ses auditeurs à Saint-Médard, chargés de prier le curé et le sacristain de cette'^paroisse de faire cesser cette sonnerie incommode.

Les envoyés se présentent dans l'église de Saint-Médard; aussitôt ils sont assaillis par les famdiers de cette église. Un de ces envoyés parvient à s'échapper ; l'autre, renfermé dans l'intérieur, ne pouvant fuir, se défend avec son couteau contre des hallebardes; enfin, percé de plusieurs coupde cette arme, il succombe et expire dans» l'église.

Ce meurtre fut suivi d'un tintamarre plus bruyant encore, et les cloches sonnaient en manière de tocsin. Alors le prévôt des marchands, qui assistait au prêche des protestants pour y maintenir l'ordre, envoya un de ses archers pour faire cesser ce bruit; mais il trouva les portes fermées, et le clocher garni de gens qui faisaient pleuvoir une grêle de pierres sur ceux qui approchaient de l'église. Il eut beau crier : De par le roi, on ne l'entendit pas, ou on ne voulut pas l'entendre.

Alors des bandits, des spadassins, qui

se trouvent toujours en grand nombre

I dans une ville aussi peuplée que Pari.>,

(1) Cette maison fut ainsi nommée, parce qu'elle avait appartenu à Bertrand de Chanac» patriarche de Jérusalem. Les bâtiments et les jardins occupaient tout le carré circonscrit par les rues Mouffetard, de l'Epée-de- Bois, du Noir et d'Orléans. Ce nom est resté à une place nommée Cour du Patriarche, où il se tient un marché de lé^vnmes.

SMU9 FRANÇOIS If

Assiègent l'egl-se, en briseut les portes, y entrent, combattent ceux qui leur résistent, ne respectent rien dans ce lieu sacré. Les prêtres deSaint-Médard, n'ayant plus de pierres, arrachent de leurs niches les statues des saints, et les lancent contre leurs ennenîis.

Pendant ce tumulte, Gabaston, chevalier du guet, arrive pour le faire cesser. Il entre dans l'église à cheval, et sa présence.

loin d'apaiser les combattants, ne fait qu^

les irriter davantage. Cinquante de ceux qui défendaient l'église furent dangereusement blessés, et quatorze faits prisonniers (1).

Cependant les cloches continuaient leur tintamarre, et les protestants, craignant qu'au bruit du tocsin le peuple* de Paris ne se portât en foule contre eux, menacèrent de mettre le feu au

Tftc.Ue Cylièl<

Eragnr.grt dètoôîbeau;

Antiquités trouvées rue Vi vienne et prè« de Saint-Eus tache.

clocher. A cette menace, ia sonnerie cessa. Les protestants, glorieux de leur succès, et déterm nés par le conseil des plus turbulents, firent une espèce d'entrée triomphale dans la ville de Paris. Gabast,on, accompagné de deux c-ent cinquante archers à pied ou à che%'al, conduisait, à travers la ville, les vaincus en prison. Cette fanfaronnade gâta la c-ause des protestants.

Ils revinrent le lendemain, tous armés, dans leur temple, et s'en retournèrent de roême. Après leur départ, une multitude

de peuple s'y transporta, brisa les banc», la chaire du ministre,, mit le feu au temple, qui, ainsi que les maisons voisiner j devint la proie des flammes.

(1) Suivant les registres du parlement, le nombre de ces prisonniers s'élevait à seize ou dix-sept. Le prédicateur de Saint-Médard . nommé Barthélemi Hourdez, et quinze ou seize personnes prisonnières a cause de l'émeute, furent, le 29 décembre suivant, élargis, à la charge de se présenter à la première réquisition.

Le parlemeut, livré au parti des Guises, rejeta tout le tort de ce tumulte sur les protestants. Gabaston, qui les avait défendus, et un de ses archers, subirent le supplice de la potence. Leurs corps furent, par la populace, traînés dans les rues et jetés dans la rivière (1).

Il restait encore un temple à détruire , celui de Popincourt. Anne de Montmorency, connétable, se chargea de cette expédition. Deux jours s'étaient à peine écoulés depuis l'incendie du temple du faubourg Saint-Marcel, lorsque ce connétable, à la tête d'une force armée, s'avança vers celui de Popincourt; il en chassa les ministres, fit brûler la chaire (lu prédicateur et tous les bancs de l'auditoire. Les protestants de la ville, avertis de cette violence, ^in^ent, dans la nuit du 31 décembre 1561, pour défendre leur propriété. Ils obligèrent celui qui gardait la porie de Saint-Antoine de la leur ouvrir -.ce qui, aux yeux du parlement, fut considéré comme un crime. Il est certain que le temple de Popincourt fut dévasté, et que le connétable acquit dans cette glorieuse expédition le surnom de capitaine Brûle-Bancs (2).

Les protestants, appuyés par la cour, ou par un des partis qui la divisaient, purent facilemeiit réparer ces pertes. L' lit du mois de janvier 1 562 autorisa l'exercice public de leur religion, et leur permit d'avoir des temples dans les faubourgs de la ville. Celui de Popincourt était dévasté et non détruit : ils le firent réparer; le temple de la maison du Patriarche, rue Mouffetard, entièrement ruiné, ne fut point rétabli. Les protestants vinrent occuper un bâtiment situé au faubourg Saint-Jacques, daps la rue de l'Egout, et au sud du Valde-Grâce (3). Ce bâtiment a, pendant longtemps, porté le nom de Temple de Jérusalem.

Ces deux temples ne subsistèrent pas longteaîps. Le 4 avril 1562, le parti des Guises s'étant fortifié, le connétable voulut

(1) De r/iou, Histoire, liv. 28, \2) Registres manuscrits du farlement, sous le 31 décembre 1561. — Histoire de Paris, par Félibien, t. II, p. 1073.

(3) Cette rue, cor.tiguë aux murs du Valde-Grâcc, a, porté anciennement les noms des Sansonnets, du Sansonnet -à- la -Croix, du Fuits-de-l'Orrae, enlin, de lEgout. Cette xue est aujourd'hui fermée au public.

encoi-ejustifier le surnom qu'il avait déjà mérité, celui de capitaine Brùle-Bancs, A la tête de deux cents hommes bien armes, il parcourut les rues de Paris, arrêta un avocat, nommé Rusé, qu'il fit conduire à la Bastille, se dirigea au faubourg Saiut- Jacques, et, de sa propre autorité, dévasta le temple dit de Jérusalem, en fit brûler la cjiajre et les bancs. En^^uite il se porta, avec sa troupe, hors de la porte Saint- Antoine, au temple de Popincourt, où il se di-^tingua par de semblables exploits; les bancs, la chaire, ainsi que l'édifice, qui était spacieux, devinrent la proie des flammes (1).

Ces violences du connétable en autorisèrent de plus graves. Sans motif, sans ordres, on pillait les maisons des protestants. Le peuple, eu 1563, arracha vingt de ces malheureux des mains de ceux qui les conduisaient en prison, et les massacra. Les protestants ne pouvaient plus sortir dans les rues de Paris, sans être insultés, attaqués. On voit qu'en décembre 1568, le parlement leur ordonne, \ our éviter les meurtres qui pourraient survenir, de rester dans l'intérieur de leurs maisons, et ne permet qu'à leurs serviteurs d'en sortir pour se procurer ks choses nécessaires à la vie (2).

Le zèle religieux, chez c^s persécutés, étouffait toutsentimentdecrainte. En 1 569, ils se réunirent secrètement pour célébrer la cène, dans la maison d'un riche marchand, nommé Philippe Gastines. La probité de cet homme est attestée par l'historien De Thou. Il fut pris, ainsi que son frère Richard Gastines et Nicolas Croquet, beau- frère de Philippe. Tous trois furent pendus et élranglés. Leur maison, située rue Saint-Denis, entre les n»' 75 et 77, fut rasée ; et, sur son emplacement, on fit construire une pyramide en forme de croix, chargée d'une table de cuivre, sur laquelle étaient inscrits les motifs de leur condamnation.

Au mois d'août de l'année suivaLte, la paix étant conclue à Saint-Germain entre les protestants et les catholiques, Charles iX, conformément au traité, ordonna que la Croix de Gastines serait transférée dans le cimetière des Innocents, et que

(1) Histoire de Paris, par Félib'en, t. II, p. 108.

(2) Begistres manuscrits de la Touruttle. resistre coté 121.

-a inscription serait enlevée. Le parleuit-nt résista ; les Guises et leurs agents s'agitèrent, et lorsqu'on entreprit la translation de cette croix, le peuple de Paris se porta, pendant les journées des 9 et 10 décembre 1571, doLS les maisons de plusieurs protestants, et les pilla. Le roi s'en plaignit au parL-ment, dans une lettre du 18 décembre suivant; le parlement s'excusa et ordonna qu'il serait informé contre les prédicateurs qui ont prêché séditieusement sur ce sujet.

Trcis émeutes populaires éclatèrct à l'occasion de cette translation; des pillages, des incendies, des meurtres furent commis pour s'y opposer : les moteurs de ces excès sont dairemen; désignés dans les registres du parlement. Ces moteurs étaient les prédicateurs {!).

On ignore .^, pendant les six premiers mois de l'an 1372, 'es protestants tinrent des assemblées dans Paris ; on doit leprésumer d'après le dernier édit de pacincation. Peut-être aussi, voyant que le gouvernement n'avait ni la force ni la volonté d'en faire exactement observer les clauses, cessfcrent-ils de se rrunir, dans la crainte d'éprouver de nouvelles persécutions. Leur crainte n'était que trop bien fondée. Dans cette même année, le 24 août 1372, jour d'horrible mémoire, ils furent, en très grand nombre, sacrifiés à la perfidie et à la cruauté de leurs féroces tnuemi s (2).

Les protestants, presque continuellement livrés aux persécutions des ambitieux, de leurs agents et des fanatiques, différaient peu des chrétiens de la primitive Eglise. Injustement accusés des mêmes crimes, les uns et les autres subirent, pour ieur religion, d'horribles supplices, les subirent avec un courage héroïque, et s'honorèrent de leurs nombreux martyrs. Les

jl) Histoire de De Thou, liv. 48. — Mémoires de Condé, t. I, p. 205. — Registres manuscrits du parUment. aux 18 et 29 décembre 1571. Dorn Félibien, auteur de la volumineuse Histoire de Paris , qui a puisé comme moi dans les registres manuscrits du parlement, ne dit pas, comme le portent ces registres, et comme je le dis, quê ces excès avaient été provoqués par les prédicateurs. Cette omission a-t-elle pour cause la partialité du bénédictin ou la volonté de son censeur? c"fcst ce que je ne puis décider.

f2i Voyez ci-après, article Massacres de la Saint Barthélemi.

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