IX. Massacres de la Saint-Barthélemi
J'ai parlé de la naissance et de la propagation du protestantisme à Paris, des horribles persécutions que, sois les règnes de François 1" et de sou fis Henn IL éprouva cette secte de chrétiens. J'ai donné une esquisse rapide des attaques auxquelles, depuis ces règnes, elle fut continuellement en butte, des pillages, incendies et mas5<acres provoqués contre elle par des prédicateurs gagés, et trop fréquemment exécutés par des écoliers, par des hommes de la dernière classe du peuple et par le connétable de Montmorency.
(1) OEmres de Villon : la Repue faite auprès de Montfaucon.
(2) Antiquités de Paris^ par Sauvai, t. II, pag. 585.
(3) Antiquités de Paris, par Sauvai, t. III. preuves, p. 274.
(4) Antiquités de Paris, t. II, p. 585.
sous on
Depuis I06O jusqu'en 1572, la chambre ardente n'envoyait plus les prolestants aux bûchers; mais'le parlement, toujours animé par le même esprit, par celui des Guises, les faisait emprisonner, eémirdans des cachots mortels, les chassait de Paris, ou les condamnait à la potence.
Je dois faire observer qu'en l'an I06O, époque où les bûchers s'éteignirent, et la guerre civile s'alluma, les dissensions puibliques, sans rien perdre du zèle religieux qui les alimentait, prirent un caractère 'évidemment politique. L'autorité excessive qu'avaient envahie en France, et dont abusaient le cardinal de Lorraine et les Guises, détermina les princes de la maison de Bourbon à se liguer contre ces étrangers, à former un parti d'opposition, qui se fortifia d'un grand nombre de mécontents, et surtout de la plupart des protestants persécutés. Ce parti fut, depuis les premières hostilités, nommé huguenot.
Les Guises et le cardinal de Lorraine leur oncle, appuyés et dirigés par les cours de Rome et d'Espagne, appuyés par celle de France, qu'ils dirigeaient à leur tour, se mirent à la tète des persécuteurs, et formèrent le parti appelé papiste ou catholique.
Chez les chefs de l'un et de l'autre parti, la religion ne fut assez généraleaient qu'un prétexte, un moyen de force : chacun d'eux appela le fanatisme au secours de son ambition. Les seules classes inférieures dans les deux partis se détestaient et se battaient de bonne foi.
La cour de France, composée de princes pervertis par leur vicieuse éducation, abrutis, étourdis par les jouissances de la débauche et du fastey sans caractère comme sans talent, était dominée par Catherine de Medicis, leur mère. Cette femme, profonde dans l'art des cours, dissimulée, perfide, n'avait d'énergie que pour les crimes; mais ses vues étaient bornées. Toute sa politique consistait dans un système de bascule que lui commandaient les circonstances : elle opposait les Guises aux Bourbons et ceux-ci aux Guises. Capable de concevoir de grands attentats, d'en poursuivre l'exécution, elle était incapable d'en cjlculer et d'en prévoir les effets. Elle croyait tout maîtriser, et eîle-mème n'était qu'un instrument. Lorsqu'il lui arrivait de s'écarter de la ligne tracée par les Gui>es, ceux-ci fai-
\BLES 1\ âio
saicnt alors jouer toutes leurs machines pour l'y ramener. C'est ce qui arriva noiamment en l'an 1163, où cette rein parut se rapprocher du parti protestaufî Les prédicateurs gagés s'élevèrent aussitôt contre la cour, et, dans leurs déclamations grossières et véhémentes, n'épargnèrent pas même la majesté royale (1).
(1) Voici ce que portent, à cet égard, los registres manuscrits du parlement : .< Le " 10 avril 1561, plaintes contre les prédica- .< teurs séditieux, notamment contre M« ■« Fournier, prêchant à Saint-Germain, di- ••• manche dernier ; il dit de la reine : Si •. c'éroit son état et d'une femme de confé- '. rer les évêchés et bénéfices, et allègue un " passage delà Sainte-Ecriture, assez mal à " propos, disant : Peuple, regarde si cette .< bonne reine, mère de Jésus-Christ, en » l'élection de saint Mathias, au lieu de '« Judas, si elle s'en voulut mc4er, encore M que présente. En ce sermon, qui était sur u l'entrée de Jésus à Jérusalem, il y a, " comme Jésus dit à deux de ses disciples : .( Allez en ce château qui est contre nous : .< et, peuple, sais-tu qui est ce château qui .< est contre nous? C'est ce château qui vous u jettera hors de vos maisons. Au latin il y a • CASTELLUM ; mais il n'est pas entier châ- .i teau. Comment le nommerons-nous V Cas- .< TELLUM est diminutif de Castrum; il le •< tiiut nommer en français Chastelet ; <• Chastelet n'est pas propre, il faut donc, .1 Chastillon. C'est mou, c'est ce Chas- .. TiLLON qui est contre vous, et qui vous .< ruinera, si vous n'y prenez garde. "
Le prédicateur, par cette ridicule induction, veut désigner Châtillon de Coligny, amircil de France, chef du parti protestant.
Le 14 novembre 1561, le procureur général se plaint au parlement des discours séditieux des prédicateurs. On charge l'évêque de les réprimer; celui-ci répond " que, " quelque diligence et commandement qu'il '. ait su faire vers les curés et prédicateurs, M il n'en a pu venir à bout. «
Dans la même année, Artus Désiré, prêtre fanatique, poussé par les conseils de quelques docteurs de Sorbonne, part pour l'Espagne dans le dessein de remettre au roi de ce pays une requête des caiholiques de France, et lui demander protection et secours. Il fut arrêté en chemin; le parlement le condamna à faire amende honorable, ce qu'il fit le 14 juillet 1561.
Dans le même temps, Jean Tanquerel
IIISTOIRB DE PAUiâ
Je ne m'arrêterai pas aux intrii^'ies, aux nombreuses perfidies de Catherine de Médicis, à celles des princes et seigneurs qui se disputaient le pouvoir, juraient des traités (Je paix avec l'intention de les violer ; je ne parlerai point des prises d'armes sans déclarat'on préalable, ni des actes de cruauté inspirés par le fanatisme et la licence des guerres civiles; mais je dirai que le pape voulait conserver son autorité et ses revenus ;quePljilippe II, roi d'Espagne, avait à satisfaire sa superstition et son ambition. Il espérait, en massacrant les protestants, obtenir la couronne céleste et la couronne de France.
Les Guises suivaient l'exécution d'un plan bien connu : celui d'anéantir la maison des Valois, et de s'emparer de leur trône, projet appuyé par le pape à l'insu du roi d'Espagne.
Le pape et les princes de Lorraine s'entendaient pour donner le trône de France au duc de Guise : celui-ci, dans cette espérance, fit fabriquer une généalogie qui le faisait descendre en ligne directe de l'empereur Charlemagne.
Le saint-père et les princes lorrains trompaient le roi d'Espagne, qui, bien
Elus que les autres, fournissait aux frais de i conspiration, et prétendait seul en retirer le fruit.
La cour de France, par l'ascendant que le cardinal de Lorraine avait pris sur Ga-
bachelier en théologie, soutient au collège de Lisieux une thèse où il prétend prouver que le pape a le droit de déposer les rois et de les dépouiller de leur royaume.
Un frère minime, qui prêchait séditieusensent dans l'église de Saint-Barihélemi, fut, le 10 décembre 1561, par ordre du roi, enlevé de son couvent; cet enlèvement s'exécuta pendant U nuit, parce qu'on craignait une émeute populaire.
Trois prédicateurs carmes qui prêchaient, l'un à Saint-Merri, l'autre à Saint-Eustache, le troisième à Saint Jacques-de-la- Boucherie, excitaient le peuple à des soulèvements; ils sont désignés comme prrturbateurs publics dans les registres du parlement. ( Voyez au 12 décembre 1561) .
Tout ce tapage sacerdotal fut, en grande partie, occasionné par le colloque dePoissy^ qu'à cette époque avait autorisé Catherine de Médicis, et où les docteurs catholiques et protestants entrèrent en discussio ^ sur les points qui les divisaient.
therine de Médicis , n'était qu'un instrument passif, qu'une puissance auxiliaire et soumise.
Les trois chefs de cette vaste conspiration, le papo, le roi d'Esnagne et la maison de Lorraine, avaient le plus pressant intérêt de détruire la maison de Bourbon qui allait succéder aux Valois dont la race s'éteignait, et de détruire les protestants qui faisaient la force de cette maison et dont les opinions alarmaient l'Italie et l'Espagne.
Telles étaient les espérances, les intérêts et les dispositions des diverses cours contre la maison de Bourbon et contre le parti des protestants, lorsqu'en 1565 le pape Pie IV provoqua la fameuse entrevue de Bayonne, où se rendirent le duc d'Albe, muni des pouvoirs du roi d'Espigne, Catherine de Médicis et le roi de France. Là, suivant plusieurs historiens , et notamment suivant le grave De Thou, « on délibéra « sur les moyens de délivrer la France des « protestants, regardés comme un mal « contagieux; et on adopta le sentiment « du duc d'Albe, qui était celui du roi « Philippe, et qui consistait a faire tomber « les têtes des principaux chefs, à prendre « pour modèle les J'épres siciliennes, et « à massacrer tous les protestants (1). »
Ainsi, dès l'an 1565, entre les trois puissances intéressées, le massacre des protestants fut résolu, mais non aussi secrè'ement qu'elles le pensaient. Le prince de Navarre, âgé d'environ douze ans, depuis célèbre sous le nom de Henri IV , était, pendant cette aventure , presque sans cesse auprès de Catherine de Médicis, qui aimait son esprit, ses gentillesses, et qui ne se méfiait pas de cet enfant; il entendit une partie des résolutions qui y furent prises, et les rapp rta à sa mère qui en donna avis au prince de Condé et à l'amiral de Coligny. Ces chefs de protestants prirent des mesures pour conjurer l'orage dont ils étaient menacés. Ils ne se rendirent point à l'assemblée de Moulins, où ils savaient que devait s'exécuter le projet sanguinaire qui eut lieu à Paris sept ans après; ils se tinrent plus que jamais sur leurs gardes; et, pour dt jouer complètement les plans ambitieux des Guises, leur ravir lautorité qu'ils exerçaient, et mettre le roi et la reine sa mère dans leur parti, ils tentèrent, en 1567, d'enlever à Meaux
(1) Histoire universelle de DeThoUf liv. 37.
ce prince et cette princesse ; mais cette tentative audacieuse et mal calculée n'eut aucun succès. Les Suisses, au nombre de six mile, les repoussèrent, et, le 29 septembre, conduisirent dans la capitale la reine et son iils.
La guerre se ralluma et se termina, en 4568, par un traité de paix appelé la paix fourrée (1). Six mois après, ce traité est violé; la guerre recommence. Le 13 mars 1569, se donne la bataille de Jarnac, où le prince de Condé , couvert de gras es blessures, fait prisonnier, est assassiné froidement par Montesquiou. Alors Gaspard de Coligny, seigneur de Chàlillon, amiral de France, devinent le chef du parti protestant; il obtient quelques avantages militaires qui déterminent le parti catholique à conclure, le 15 août 1570, une nouvelle paix, nommée paix boiteuse ou mal assise.
Cependant le pape dresse ses batteries et travaille de toutes ses forces au succès de la conspiration ; il ordonne à ses agents, prêtres ou moines, d'entlammer le fanatisme des catholiques contre les protestants; il renforce sa milice spirituelle en établissant à Paris dabord des jésuites et puis des capucins ; il autorise la cour de France à aliéner, pour les fraisdelaguene, une partie considérable des biens du clergé: enfin, il fournit lui-même une armée. Il faut lire sa correspondance avec les puissants directeurs de cette conspiration ; en y peut juger de son active sollicitude et du besoin pressant qui le tourmentait pour assurer et hâter le coup fatal dont les protestants allaient être frappés. Il est le principal préparateur des massacres de la Saint-Baithelemi (2).
De son côté, le loi d'Espagne prodigue ses finances aux conspirateurs ; la plupart des piédicateurs sont à ses gages; la preuve en existe, je la citerai.
Les Guise- dirigent les intrigues et l'esprit de la reine, caressent le peuple, commandent tes armées , agissent en souverains, et cherchent à tourner au profit de leurs maisons les secours qu'en faveur de
(Ij Paix fourrée^ ou paix conclue en hiver, et coiEimaDdée par la saison pendant laquelle on porte des fourrures.
(2) L'ttres de Fie V, écrites depuis 1367 jusqu'à 1572. Trois mois après sa mort, les massacres commencèrent ; ce pape ne put jouir de ce succès.
OUS CH.^RLES IX 2 i7
la conspiration le pape et le roi d'Espagne envoient en France.
Les chefs prole.-tants n'offrent pas des forces si redoutables. Jeanne d'Albret, reine de Navarre; son fils, le prince de Bearn, âge de seize à dix-sept ans; l'amiral de Coligny, et quelques troupes nationales et étra'ngères, forment les uniques espérances de ce parti.
Coligny, homme courageux et sage, plus re'co'mmandable par la gravit-^ de semœurs, la droiture de ses intentions et la fermeté de son caractère, que par son ha-
bileté, se montra toujours plus g: and dans les revers que dans les suces. Devenu , après la mort du prince de Condé, le chef de guerre des protestants, il fut le principaTpersonnage de la tragédie effroyable dont je \ais offrir le tableau. Telles étaient les ressources des pro'.estanls : joignons-y le courage qu'inspire contre des persécuteurs une juste indignation.
Les chefs catholiques et les chefs protestants sobserN aient avec inquiétude; et. quoiqu'en paix depuis le traité d'août 1570, ils vivaient entre eux dans une extrême méfiance. Pour mettre à exécution le pian conclu à Bayonne, il fallait attirer les protestants dans un piège. Pour les y attirer, il fallait dissiper tous les soupçons, établir une entière confiouce. La reine Catherine de Medicis se chargea de ce rôle difficile; inspirée par le carduial de Lorraine, secondée par le roi son fils, elle déploya les immenses ressources de son talent dans l'art des séductions et des perfidies.
En 1571, Catherine avait déjà mande auprès d'elle la reine de Navarre et l'amiral de Coligny; mais ietie princesse et ce chef milita. re' eurent alors la prudence de se refuser à cette invitation.
Cïilherine tenta donc un autre moyen, qu'elle crut plus propre à dissiper les soupçons : après avoir flatté les protestants par les piomesses les plus séduisantes, elle leur annonça son prétendu projet de faire la guerre au roi d'Es[ agne, d'attaquer la Flandre, et sa résolution de placer à la tête de 1 armée destinée à cette expédition l'amiral de Coligny lui-même. Ea conséquence, cet amiral fut invité à se rendre à la cour , afin d'y concerter le plan de cette guerre. Cette proposition , toute tlalteuse qu'elle était pour les protestants, ne parvint pas à les séduire.
1 Catherine ne se déconcerta point, et eut
recours à un moyen plus puissant encore.
Peu de temps après, elle envoya auprès de la reine de Navarre Biron , chargé de proposer à cette reine le mariage de son jeune fils Henri, prince de Béarn, avec Marguerite de Valois sa fille, sœur du roi de France. Biron s'acquitta avec intelligence de cette ambassade. C'était, lui disait-il, le gage d'une réconciliation sincère entre les deux partis, et la preuve du désir qu'avait la cour de France de maintenir la paix dans le royaume. Toutes les difficultés que pourrait opposer le pape à cette union, à cause de la parenté et de la différence de religion, seraient facilement levées; on avait déjà entamé des négociations à cet égard ; mais il fallait s'aboucher, conférer ensemble. « Venez donc, lui dit-il en finissant, n'entretenez point, par des délais perpétuels, les défiances de Sa Majesté. »
La cour de France se rendit à Blois pour se rapprocher de la proie qu'elle voulait dévorer.
Coligny jusqu'alors avait résisté aux instances de cette cour; mais, sollicité par le prince de Nassau et par le maréchal de Cossé, son ancien ami , qui lui remit une ordonnance par laquelle le roi lui permettait d'avoir auprès de lui, même à la cour, une garde de cinquante gentilshommes pour la sûreté do sa personne ; sollicité en outre par le mar'chal de Montmorency, son parent et son intime ami , il céda, et se rendit à Blois.
Il y fut comblé d'honneurs, de caresses et de bienfaits ; le roi le nommait son père, Qt lui disait que le jour de son arrivée à îa cour, assurant la tranquillité de la France, était le plus beau jour de sa vie ; puis, en riant, il ajoutait : « Enfin nous vous tenons, nous vous possédons, et vous ne vous éloignerez plus de nous, quand même vous le voudriez. » La reine-mère, le duc d'Anjou, son fils, etc. , lui firent les plus touchantes protestations d'amitié. Le roi lui donna cinquante mille francs pour le dédommager des pertes que la guerre lui avait fait éprouver ; lui assura îa jouissance, pendant un an, des revenus de tous les bénéfices du cardinal de Châtiîlon, son frère, avec la faculté de revendiquer son riche mobilier; il lui rendit sa place au conseil , combla d'honneurs son gendre Téligny, et donna aux amis de l'amiral et à ses serviteurs des emplois importants ou lucratifs. On délibéra avec lui,
llISTOinE DE PARIS
et l'on demanda ses conseils sur le pré
tendu projet de porter la guerre en Flandre contre l'Espagne ; enfin, au 14 octobre de cette année 1 571 , le roi accorda aux protestants quelques interprétations favo- ^ râbles, demandées depuis longtemps, aux • articles ambigus du dernier édit de pacifi- ' cation (1). vj
L'amiral de Coligny fut séduit.
La reine de Navarre, entraînée par son exemple, 5e rendit aussi à Blois avec son fils, le prince de Béarn, pour conclure le mariage projeté. Ils reçurent l'accueil le plus flatteur et le plus rassurant. Le roi alla au devant d'eux jusqu'à Boargueil ; il leur prodiguait les titres les plus affectueux ; il nommait la reine de Navarre Sii grande tante, son tout, sa mieux aimée, dit l'Estoile. « Il ne bougea jamais d'au- « près d'elle, à l'entretenir avec tant d"hontt neur et de révérence que chacun en étoil « étonné. »
Le soir, lorsque le roi eut quitté la reine de Navarre et qu'il fut seul avec sa mère, il lui dit : « Et puis, Madame, que vous en semble, joué-je pas bien mon rollet? » La reine, satisfaite des talents de son fils, lui répondit : « Oui, fort bien ; mais ce n'est rien qui ne continue. » Le fils répliqua : « Laissez-moi faire seulement, et vous verrez que je les mettrai au filet (2). .
La cour, pendant son séjour a Blois.
tint un conseil secret, où se trouvèrent la reine Catherine, le duc d'Anjou son fils, le cardinal de Lorraine, le duc d'Aumole son frère, le duc de Guise, Birague,gardo des sceaux, et quelques autres. On y délibéra sur les moyens d'exécuter le complot tramé contre Coligny et autres chef> protestants (3).
La cour vint à Paris pour les préparatifs des noces de Marguerite de Valois et du prince de Béarn. La mère de ce prince y mourut le 9 juin '1572. Les uns attribuent sa mort aux fatij^ues qu'elle prit pour les apprêts du mariage , d'autres, au f poison donné à cette princesse par le par- ; fumeur de Catherine de Médicis. Un écrivain du temps dit « que la reine de « Navarre fut menée, sous couleur de ca- ', « resse, çà et là ez maisons des plus fac- '
(1) Histoire de De Thou, liv. 1.
(2) Mémoires pour servir à Vhisloire de France, t. I, p. 46, édit. de 1744.
(3) Histoire de De Thou, liv. 1.
?OL'S Cil
€ tieux , même de Marcel (prévôt des « marchands) (I), où ayant fait quelques
• banquets et tasté des confitures d'Italie, « au retour, tomba malade au lit, duquel
• elle ne bougea jusqu'à ce que , cinq
« jours après, - Dieu. »
elle eust rendu son àme à
Il est très vraisemblable que Catherine de MéJicis fut coupable de cette mort.
Kfie a commis beaucoup d'autres crimes
pareils : celui-ci est dans son caractère, et paraît résulter de la résolution prise par cette reine et ses complices d'exterminer tous les chefs des protestants; mais ce crime n'est pas assez attesté pour acquérir le mérite d'un fait historique.
Cet événement aurait dû réveiller la méfiance de Coligny : aveuglé par les séductions de la cour", il resta dans une entière sécurité.
ftcon
HaLiO
Orfèvrerie au xYi» siècle.
Le cardinal de Lorraine, voyant approcher l'époque fatale des noces, incertain sur le succès, et craignant pour sa personne, quitta prudemment la cour de
(1) Claude Marcel, orfé^TC, parvint à être joaillier de la cour. Il fut, ea 1557, nommé échevin. Par tes assiduités auprès de Catherine de Médicis, il obtint, en 1570, la place de prévôt des marchands ; en 1571, celle de receveur général du clergé; enfin, celle d'intendant et contrôleur général des finances.
Marcel perdit sa femme en 1567 ; son fils,
France pour se rendre à Rome, et chargea le cardinal Pelvé, qui résidait à Paris, de lui dépêcher, pendant son chemin, des courriers pour l'instruire des progrès de
Matthieu Marcel, la fit enterrer dans la chapelle de Saint-Denis de l'église Saiut-Jacques-de-la-Boucherie. Dans son épitaphe, il qualifie son grand-père, Matthieu, de marchand orfèvre, bourgeois de Paris, et son père, Claude, d'essayeur de la monnaie du ro" et de bourgeois.
Dans la siute, Matthieu Marcel, ayant fait une fortune brillante, fit réparer cette épi-
la conspiration. Les lettres du cardinal' Pelve turent saisies en route, et mises sous les yeux de Coligny ; et, quoique le projet dû massacre s'y trouvât clairement déclaré, cet amiral ne put croire la reine et le roi capables d'une aussi noire perfidie.
Les Rochelois , à plusieurs reprises, firent avertir Coligny de se tenir sur ses gardes ; il rejeta bien loin de pareilles craintes, et s'occupa constamment à combattre les soupçons que plusieurs chefs f)rotebtants concevaient sur la loyauté de a cour. Plus on le pressait à cet égard, plus il s'indignait de ce qu'on osait douter de la sincérité du roi, dont il recevait chaque jour, disait-il, de nouvelles preuves (1).
taphe, et en substitua une autre conforme à £a nouvelle position, où il ne fait nulle mention de son grand-père, et traite son père, Claude, de messire, et de seigneur de Villeneuve-le-Roi, et de Saint-Eloy, de conseiller du roi en ses conseils d'état et privé, d'intendant et contrôleur général des finances. ( Kssai d'une Histoire de la paroisse de Saint- Jacques-de-la -Boucherie, pag. 185, 186. )
(1) Parmi les lettres nombreuses qu'il
reçut alors, il en est une que De Thou a
t-ipportée, dont voici un extrait : « Souve-
•< ntz-vous d'une maxime reçue parles pa-
" pistes comme un point de re'.igion; et con-
« firmée par l'autoriié des conciles, qu'on
« ne doit pas garder la foi aux hérétiques,
« et que les protestants sont regardés par
« eux comme tels. Souvenez-vous encore
u que la haine que l'on a contre les protes-
« tants sera éterueîle, à cause des maux que
u les dernières.guerres ont faits au royaume;
« en sorte qu'on ne peut pas douter que le
u but de la reine ne soit d'exterminer tous
« les protestants à quelque prix que ce soit.
M Soii venez -vous qu'une femme étrangère,
m italienne, d'une famille de papes avec
u qui les protestants sont en guerre, enfin
*t native de la Toscane, et naturellement
« fourbe, ne peut manquer de se porter aux
* dernières extrémités contre ses ennemis...
« Voyez à quelle école le roi a été élevé,
« ce qu'il a appris sous les beaux maîtres
M qu'ils a eus : jurer, se parjurer, blasphé-
m mer le nom de Dieu, corrompre les tilles
»» et les femmes, déguiser sa foi, sa religion,
w ses de.'saius, composer son visage, voila
u ce qu'on lui a enseigné de bonne heure
Pour dissiper toutes les méfiances, la cour multipliait les tromperie^, et jouait des scènes nouvelles : les Guises, qui feignaient de n'être pas encore initiés dans le secret de la conjuration, parurent mécontents del'accueil fait à Coligny, et me» naçaient de se retirer de la cour. Les protestants étaient informés de ce mécontentement, de ces menaces. L'ambassadeur d'E-^pagne venait au conseil du roi se plaindre du piojet de faire la guerre à son maître en attaquant la Flandre. La reine mère et le roi désavouaient ostensiblement ce projet, et ensuite disaient secrètenifcnt à Col'gny qu'ils y persistaient toujours, et lui exposaient les différents motifs qui les obligeaient à en retarder l'exécution.
Ce serait entrer dans de trop longs détails que de rapporter toutes les caresses, tous les moyens de déception, toutes le? ruses et machinations qui furent mises en jeu pour maintenir cet amiral dans son aveugle confiance.
Cependant une lettre, que l'on disait être arrivée de Rome, annonça que, par les soins du cardinal de Lorraine, le pape avait levé les difficultés qui s'opposaieni au mariage de Marguerite, sœur du roi, avec le prince de Béarn, et que les dispenses ai'aient être expédiées : cette lettre était fausse.
Alors on s'occupa sans délai de tous les préparatifs convenables à la cérémonie nuptiale. Ces préparatifs attirèrent à Palis un grand nombre de personnes. Le jeune prince de Coudé, cousin germain du roi de Navarre, qui venait d'épouser Marie de Clèves au château de Blandi,.
" comme un jeu. Pour l'accoutumer à voir « répandre le sang de ses peuples, on l'a, « dès son enfance, habitué à prendre plaisir «i au spectacle d'animaux égorgés ou mis en a pièces, etc. •» (Histoire de De Thou, liv. 52, Mémoires sur Vélat de la France sous Charles IX, t. I, pag. 341.)
Papire Masson confirme ce dernier fait ( ainsi qu'on a déjà eu occasion de le dire précédemment ), et dit que Charles IX prenait plaisir à abattre d'un seul coup la tête des ânes et des cochons qu'il rencontrait eiT son chemin. Son favori Lansac, l'ayant trouvé l'épée à la main contre son mulet^ lui dit gravement : Quelle querelle est donc survenue entre sa majesté très chrétienne et mon mulet?
sous CHARLES IX
2Sf
près de Melun, se rendit aussi ù Paris, accompoiïné d'une grande quantité de «eigneurs protestants. Il en vint de toutes les parties du royaume : tous, méprisant les avis qu'on leur donnait, se précipitaient inconsidérément dans le piège qui leur était tendu.
Les conjurés, dans leurs secrets conciliabules, avaient proposé plusieurs projets qui variaient suivant les lieux et les personnes qui s'y troMvaient : chez le roi, on devait tuer Tes chefs protestnnts, et mettre les autres aux prises avec les Guises : ces deux partis devaient s'entre-détruire, et entraîner les Montmorency dans leur ruine. Chez la reine, Catherine de Médicis, on allait plus loin : on proposait de sacrifier en même temps les protestants, les Montmorency et les Guis^ ; de les faire attaquer les uns par les autres; et le roi, spectateur du combat, devait, avec des troupes qu'il aurait fait venir au Louvre, tomber sur les vainqueurs déjà af'aiblis et tout massacrer, sans'qu'un seul put échapper. Dans tous les conciliabules, on s'accordait sur ce point qu'il fallait sacrifier l'amiral de Colignv. Enfin on résolut de confier au duc de' Guise une partie du projet : on lui proposa le meurtre de cet amiral, sans lui faire connaître le reste de la conjuration.
Le duc de Guise saisit avec empressement l'occasion de se venger d'un homme qu'il détestait, dont l'existence contrariait ses projets ambitieux. 11 trouva sans peine un assassin parmi les gentilshommes de sa suite: Maurevert, déjà exercé dans ce honteux métier, eut la préférence : il se chargea de tuer l'amiral (1).
Dans Itr même temps où le roi et la reine sa mère disposaient tout pour l'exécution de leur infernal complot, ils préparaient aussi des spectacles, des festins, •des ballets pour la cérémonie du mariage du roi de Navarre et de Marguerite : ces fêtes, ces noces d^'.aient être le prélude des massacres. La cour amusait, endormait ceux qu'elle voulait égorger.
Le 1 8 août 1572. ce mariage fut pompeusement célébré dans l'église de Notre-
(1) Maurevels, ou plutôt Maurevert, était un genli'.homme de la Brie : il avait servi en qualité de page dans la maison des princes lorrains, et avait déjà tenté d'assassiner l'amiral | Voyez Journal de l'Estoile, t. I, pag. 278, édit. de 1744.)
Dame. Mon obiet n'étant point de décrire c=^ fôtes magnifiques, je dirai seulement que les mascarades, les bail ts, les décorations, les banquets occunèrent la cour pendant quatre jours de suifp. C'est ainsi que les anciens, au son des flûtes, au milieu des danses, menaient les victimes, couvertes de dorures et de fleurs, vers l'autel où le prêtre devait les immoler.
Le duc de Montmorencv, voyant Paris livré aux désordres pendant ces"^ fêtes, et redoutant la hiine des Guises, sortit de cette ville. L'amiral de Coiigny aurait bien désiré pouvoir l'imiter ; mais il avait à deman 1er au roi justice contre plusieurs atteintes portées à l'édit de pacification. Ce motif le retenait à Paris. « E core que « j'aie fort grand plaisir de vous voir, « écrivait-il à sa femme, toute fois vous « seriez marrieavec moi, comme j'estime, « si j'avois été paresseux en cette affaire, « et qu'il en fût mal advenu par faute d'y « faire mon devoir. » Il annonce ensuite qu'il compte partir de Paris dans la semaine suivante. «'Si j'avois égnrd à mon « particulier, continue-t-il , j'aimerois « beaucoup mieux être avec vous, par les « raisons que je vous dirai; mais il faut « avoir le bien public en plus grande re- « coramandation que son (bien) particu- « lier, etc. »
Le vendredi 22 août, Coiigny, après avoir assisté au conseil, sortit du Louvre pour se rendre en son logis, situé rue de Béthisi fi). Il rencontra le roi qui venait d'une chapelle placée au devant du Louvre. Ce monarque l'entraîna dans un jeu de paume voisin, où le duc de Guise jouait avec Téligny, La partie étant finie, Coiigny se retira accompagné de douze gen-
(1) Cette maison est devenue, dans la suite, une auberge appelée l'Hôtel d^ Saint- Pierre. Il y a peu de temps que l'on y montrait encore la chambre où fut assassiné l'amiral.
On a dit récemment que cette maison était située plus près du Louvre, dans la rue des Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois, rne qui sert de prolongation à celle de Béthisi. Je n'ai point examiné le fait; mais il est certain que b logis de l'amiral érait situé rue Béthisi, et que la partie de la me qui se trouve entre les rues du Rou'e et de l'Arbre-Se? a porté, anciennement, le nom de Béthi?i, Ainsi, l'amiral a pu être log^ I dans cette partie.
252 niSTOiRE
tilshommes, pour aller dîner en son hôtel. Il marchait lentement, et lisait un mémoire qu'on venait de lui présenter.
Comme il était dans la rue des Fossés- Saint-Germain-l'Auxerrois, en face d'une maison habitée par un nommé Villemur, ancien précepteur du duc de Guise, un eeup d'arquebuse, chargée de deux balles <le cuivre, partit de cette maison, et atteignit Coligny : une balle lui coupa l'index de la main droite, l'autre lui fit une large blessure au bras gauche. Coligny, sans montrer autant d'émotion que ceux qui l'accompagnaient, indiqua la maison d'où le coup était parti, ordonna à un de ses gentilshommes d'aller dire au roi ce qui venait d'arriver; et, soutenu par ses domestiques, il se rendit à pied dans son logis.
^ On entra dans la maison où l'assassin s'était embusqué, on y trouva l'arquebuse; mais Maurevert, aussitôt après le coup, avait fui par une porte de derrière, et, monté sur un cheval qui lui était préparé, avait gagné la porte Saint-Antoine, où l'attendait un autre cheval sur lequel il s'éloigna de Paris.
A celte nouvelle, le roi, d'un air consterné, s'écria ; « N'aurai-je jamais de repos? quoi! toujours de nouveaux troubles! » Il jeta sa raquette par terre, et se retira dans le Louvre. Le duc de Guise sortit (lu jeu de paume, et s'enfuit par une autre porte.
Le roi de Navacre et le prince de Condé se rendirent aussitôt chez l'amiral blessé, assistèrent à son pansement très douloureux. Le célèbre Ambroise Paré fut d'avis de lui couper l'index; cette amputation, exécutée avec maladresse, causa au patient de vives souffrances. Après son pansement, Coligny ordonna secrètement qu'on délivrât cent écus d'or au ministre Âlerlin, pour les distribuer aux pauvres de l'église de Paris. Il montra beaucoup de résignation, de courage et de dévoùment à la religion qu'il professait.
Le roi de Navarre et son cousin, le prince de Condé, se rendirent ensuite auprès du roi, se plaignirent d'une action si détestable, et le prièrent d'agréer leur départ, puisque ni eux ni leurs amis n'étaient en sûreté dans Paris. Catherine venaient de dire au roi, son fils : Il faut promettre justice, et garder que personne ne iiorte ; puis on avisera au reste. Ce roi, ainsi endoctriné, répoTrdit en jurant,
comme k son ordinaire, qu'il punirait d'une manière si exemplaire les auteurs, fauteurs et complices de cet attentat, que l'amiral et ses amis en seraient satisfaits. Il les pria de ne point quitter la cour, afin d'être témoins de sa diligence à poursuivre les coupables, et de leur punition éclatante. La reine mère, présente à cette scène, parlait dans le même sens, disait que c'était un grand outrage fait au roi, et que, si un tel crime restait impuni, on s'en permettrait bientôt de pareils, dans le Louvre, sur la personne du roi et sur la sienne.
Charles IX donna ordre aussitôt au prévôt de Paris de poursuivre les coupables , de faire fermer les portes de cette ville, à l'exception de deux ; permit à tous les seigneurs et gentilshommes protestants de se loger dans le quartier de l'amiral, afin qu'ils fussent protégés pai les soldats de sa garde; puis, instruit que Coligny avait quelques affaires à lui communiquer, il se rendit, sur les deux heures après midi, auprès de lui, accompagné de la reine, sa mère, de ses frères et d'une nombreuse suite de courtisans. La blessure est pour vous, la douleur est pour moi, lui dit le roi; et, en proférant se> imprécations ordinaires, il ajouta : .l'en tirerai une vengeance si terrible, que jamais elle ne s'effacera de la mémoire des hommes, etc.
Dans cette visite, il y eut de part et d'autre des protestations de dévoùment et d'amitié. Le roi et la reine s'étant approchés du lit de l'amiral, il se tint entre eux trois une conversation à voix basse, qui ne fut entendue de personne. L'amiral en- ( suite se plaignit de ce que le dernier traité de pacification éprouvait, de la part des catholiques, en plusieurs lieux, de nombreuses violations. Le roi répondit que son plus grand désir était le maintien du traite. J'ai, ajouta-t-il, envoyé des commissaires chargés de le faire exécuter à la rigueur : voici ma mère qui peut vous le témoigner. — Cela est vrai, répondit la reine, et vous le savez bien. — Oui, reprit Coligny ; mais, parmi ces commissaires, il en e?t qui m'ont condamne à être pendu, et ont proposé cinquante mille écus de récompense à celui qui vous apporterait ma tête. — Eh bien ! nous en enverrons d'autres qui ne vous seront point suspects, répliqua le roi ; puis, paraissant vouloir éloigner les explications sur celt«^
sous CH
matière délicate, il ajouta . Mon père, vous vous échauffez un peu trop : cela pourrait nuire à votre sauté.
Ce prince refusa dp répondre aux questions que lui fit l'amiral sur la guerre de Flandre: et, pendant une heure qu'il demeura dans la chambre de l'illustre blessé, il ne tint que des discours vagues et des protestations de venger sa blessure.
Le roi retourna au Louvre. Les protestants tinrent une assemblée, où Jean de Ferrières. vidame de Chartres, dit que la blessure de l'amiral était le premier acte d'une trag'ïdie qui finirait par le meurtre de tousses amis : il proposa aux assistants de sortir à l'instant de la ville; et il ap- >uya sa proposition sur plusieurs notions -inistres qu'il avait recueillies. Mais le jeune et imprudent Téligny, gendre de l'amiral, parla avec tant de chaleur des bonnes intentions du roi, qu'il parvint à faire passer sa confiance aveugle dans la l'iupart des esprits de l'assemblée.
Le lendemain samedi, 23 août, de nou- Nt^aux indices du complot déterminèrent 'uie seconde assemblée des protestants dans la chambre même de Colignv. De Ferrièr s renouvela sa proposition: et Téligni, le roi de Navarre et le prince de Condé, tous jeunes, confiants et inexpérimentés, la repoussèrent de nouveau.
Cependant le roi, la reine, le duc d'Anjou, le duc de Nevers, le bâtard d'Angoulème, Birague, Tavannes, le comte de Ketz. tous chefs de l'odieuse conspiration, fenaient un conseil au Louvre, et discu- Naientsur quelques points d'exécution non •^•ncore arrêtés: sur la quantité de sang à ifpandre; sur la question de savoir si le roi de Navarre, si le prince de Condé seraient compris dans le massacre général.
Le soir de cette journée, on vit, dans les environs du Louvre, des attroupements d'hommes armés. Ce sont les Guises qui -oulèvent le peuple, disait le roi aux protestants alarmés; j'y mettrai ordre.
Les protestants se plaignaient-ils de ce que trente-six crocheteurs apportaient des armes au Louvre, le roi leur répondait que ces armes étaient destinées à un divertissement qui devait se donner dans le château, oii.l'on se proposait d'offiir le spectacle d'une forteresse assiégée.
Le roi fit, ce jour-là, visiter Colignv par •plusieurs cle ses gentilshommes et par la nouvelle reine de Navarre, sa sœur; fit ronimencer les poursuites contre les assas-
bins, reçut très froidement en public le duc de Guise, qui vint lui faire des représentations sur la sûreté de sa personne. Ce duc contrefit l'homme piqué, et feignit de sortir de Paris.
Le roi, pour mieux tranquilliser les protestants, employa un autre moyen qui assura leur perte. Sous prétexte de leur donner des gardes pour les garantir contre les projets des Guises, il envoya, dans toutes les hôtelleries oîi ils étaient logés, des quarteniers chargés d'écrire les noms et la demeure de chacun d'eux. Pour paraître protéger le logis de Coligny, il v fit placer des gardes: mais elles étaient commandées par le sieur de Cosseins, ennemi juré de cet amiral.
Pendant la nuit, le duc de Guise, choisi peur chef d'exécution, plaça autour du Louvre les Suisses et quelques compagniefrançaises, avec l'ordre précis de ne laisser sortir aucun domestique du roi de Navarre ni du prince de Condé. De Cosseins, qui gardait la maison de Coligny, reçut un ordre semblable.
Jean Charon, président de la Cour des aides, et tout récemment nommé prévôt des marchands, reçut de ce duc l'ordre d'enjoindre aux capitaines des quartiers de faire armer leurs compagnies, et de se rendre, vers minuit, à l'Hôtel-de-Ville.
Plusieurs autres dispositions furent faites. Les membres du conseil secret s'étaient distribué les quartiers de Paris; chacun devait présider à l'exécution dans celui qui lui était assigne : le duc de Guise se réserva le quartier où logeait l'amiral.
Catherine de Medicis, troublée à l'approche du moment où un grand crime allait être commis, redoutait les irrésolutions du roi : elle se rendit dans sa chambre, eut une longue conférence avec lui, et, le voyant hésiter encore, lui reprocha de laisser échapper l'occasioH que Dieu lui offrait pour triompher de ses ennemis.
Ce roi, accoutumé à verser le sang, voyant dans ces paroles une accusation de pusillanimité, eut un mouvement de colère, pendant lequel il consentit à tout ce que demandait sa mère. Celle-ci, craignant que .son fils, devenu plus calme, ne changeât d'avis, résolut d'avancer d'une heure le signal du massacre.
Tout était disposé pour l'exécution. A l'Hôtel-de-Ville. Marcel, ci-devant prévôt des marchands, quoique hors de fonction, mais autorisé p^T la cnur. haranguait le-
So4
bourgeois de Paris rassemblés en armes dans ce lieu, leur exposait les intentions de la cour et la nécessité d'égorger les protestants.
Le Louvre, où se trouvaient enfermés le roi de Navarre, le prince de Gondé et leurs épouses, était rempli d'hommes armés; des troupes nombreuses, rangées en bataille, entouraient ce château : plusieurs détachements occupaient les rues du voisinage.
Il était nuit, et des feux épars éclairaient vaguement ces sinistres apprêts.
Quelques protestants, voisins du logis de l'amiral, réveillés par ces mouvements extraordinaires, sortirent pour en savoir les causes, s'avancèrent auprès du Louvre, interrogèrent les avant-postes. Ils furent injuriés, repoussés : un d'eux s'étant plaint de ce traitement, un soldat gascon le perça d'un coup de pertuisane, et tous les autres furent massacrés. Catherine de Médicis, impatiente, saisit cette occasion pour hâter l'attaque : Il n'est
F lus possible, dit-elle au roi, de contenir ardeur des troupes; il arrivera des désordres dont nous aurons à nous repentir, il est temps de donner le signal; et le roi donna ordre de sonner le tocsin à 1 église de Saint-Germain-l'Auxerrois.
A deux heures du matin, le dimanche 24 août 1572. journée où les catholiques célèbrent la fêle de S;unt-Barthélemy, au signal donné par la cloche de cette église, commencèrent les massacres dans les quartiers voisins du Louvre.
Le duc de Guise, qui s'était réserve le plaisir de présider à l'assassinat de Coligny, se rend promptement, accompagné de ses satellites, au logis de ce vénérable vieillard, frappe à sa porte, et demande, au nom du roi, qu'elle soit ouverte. Un des gentil-hommes de Coligny descend et la lui ouvre. Cosseins, que le roi, sous prétexte de le protéger, avait placé près de l'hôtel de cet amiral, poignarde ce gentilhomme, et fait entrer dans la cour des arquebusiers : tout ce qui se présente est égorgé ou fusillé. Aux cris des assassins et des assassinés, au bruit des arquebuses et des pistolets, l'amiral et ceux qui se trouvaient avec lui, se voyant sans espoir et dupes de leur confiance, se résignent à la mort : ils se prosternent à terre, demandent pardon à Dieu; et leurs ministres récitent des prières.
Un des gentilshommes de Coligny entra
alors dans la chambre : le célèbre chirurgien Ambroise Paré, qui s'y trouvait, lui demanda la cause de ce tumulte; alors le gentilhomme, se tournant vers Goliqny, lui adressa ces mots : Monseigneur, c'est Dieu qui nous appelle à soi : on a forcé le logis, et n'y a moyen de résister.
L'amiral, sans s'émouvoir, répondit :
Il y a longtemps que je me suis disposé à mourir : vous autres, sauvez-vous, s'il est possible, car vous ne sauriez garantir ma vie. Plusieurs profitèrent de ce conseil; et quelques-uns parvinrent, en gravissant sur les toits, à échapper à la mort. J
Cependant quatre Suisses opposaient I de la résistance aux assassins, et les arrêtaient dans l'escalier. Cosseins, le traître Cosseins, s'avance en force, et fait bientôt disparaître cet obstacle. La porte d© la chambre de Coligny est enfoncée. u
Un Allemand, appelé Bespfie, un Picard, nommé le capitaine Altin, un gentilhomme qu'on nommait Sarlaboux, et quelques autres, tous serviteurs et aux gages des Guises, tous couverts de cuirasses, armés d'épées et de poignards, entrent. Besrae s'avance vers Coligny, qui, sorti récemment du lit, n'était couvert que d'une robe de chambre; et, lui mettant la pointe de son épée sur la gorge, lui dit : N'estu pas l'amiral? C est moi, repond Coligny avec assurance : puis regardant l'épée dont il était menacé, il ajouta : Jeune homme, tu devrais respecter ma vieillesse et mes infirmités; mais tu n'abrèges ma vie que de peu de jours. Besme lui enfonce son épée dans le corps, la retire et len frappe plusieurs fois au visage (1).
Le duc de Guise qui, avec d'autres seigneurs catholiques, était resté dans la cour, impatient d'attendre le succès des assassins, dit en criant : Besme, as-tu achevé? Besme répond : C'est fait. Guise réplique ; Monsieur d'Angoulème ne le croira que lorsqu'il le verra de ses propres
(1| Ce sont les meurtriers eux-mêmes qui, dans la suite, ont raconté les détails de cette scène; et, surtout, le capitaine Attin, qui assurait n'avoir jamais vu un homme, ayant la mort devant les yeux, l'envisager avec une telle fermeté. Ses assassins en étaient étonnés ; et Attin disait qu'il avait conservé pendant longtemps un ressentiment de la terreur que lui avait inspirée la figm*e imposante de ce vieillard, au moment où fl recevait la mort.
veux : jette son cadavre par la fenêtre. Alors Besme et Sarlaboux levèrent le corps de l'amiral sur la fenêtre, et le firent tomber dans la cour. D'Angoulême et Guise doutaient que ce fût là le corps de Goligny, dont le visage était défiguré par les blessures et le sang. Ils l'essuyèrent avec leurs mouchoirs. Guise dit : C'est bien lui, et après avoir foulé aux pieds sa tête, ils remontèrent à cheval et sortirent. Le duc de Guise, alors, se mit à crier : Courage, soldats, nous avons heureusement commencé *. allons aux autres, car le roi le commande. Il ne cessait de répéter ces mots : Le roi le commande, c'est par son exprès commandement ; telle est »a volonté !
Ce fut après cet exploit que la cloche de l'horloge du Palais répondit au son de celle de Saint-Germain-l'Auxerrois. Alors les rues retentirent des cris aux armes! et le massacre devint général.
Le duc de Gui>e, le bâtard d'Angoulême, le duc de Nevcrs, le comte de Tavannes. Albert de Gondi, comte de Retz, courent par la ville, l'épee à la main, pour exciter le peuple aux massacres; et, pour mieux l'y d terminer, ils disent que Coligny et ceux de son parti avaient conspiré contre le roi et les princes; que la conspiration venait d'être découverte ; que le roi, en ordonnant leur mort, ne faisait que prévenir les attentats des conjurés: qu'il ne fallait point épargner le sang de ces impies, de ces ennemis du trône et de la patrie; que l'intention du roi était qu'on écrasât cette race de serpents, d'hérétiques, et qu'on pouvait, sans scrupule, piller leurs propriétés, etc.
Ainsi autorisé par le roi, le peuple se livra sans crainte, sans remords, a tous les excès. Il se porta dans la maison de Goligny, insulta son corps par des mutilations dégoûtantes à raconter, le traîna dans les rues, et s'appr tait à le jeter dans la Seine, lorsqu'on s'avisa de le transporter aux fourches pa'.ibalaires de Montfaucon, où il fut pendu par les cuisses avec des chaînes de fer. Il y resta quelques jours; le duc de Montmorency, son parent et son ami, le fit enlever, transférera Chantilly, et enterrer convenablement dans la chapelle de ce château.
Un écrivain du temps dit : ■< La reine • mère, pour repaître ses yeux de la vue ' du corps mutilé de l'amiral, pendant