SOUS CHARLES IX Î
« au gibet de Montfaucon, y mena ses « fils, sa fille et son gendre (1). »
Sa tête fut, par ordre de la cour, embaumée, et envoyée, dit-on, à Rome, en sigre de triomphe.
Téligny, gendre deramîral.jeunehomme plein de franchise et d'amabilité, dont on ne peut louer la bonne foi sans blâmer sa fatale imprudence, s'était sauvé sur les toits : il fut ap?rçu par les gardes du duc d'Anjou, qui le saisirent et le tuèrent.
Pendant que dans les rues de Paris on enfonçait les portes, qu'on égorgeait les habitants, qu'on jetait leurs corps ensanglantés parles fenêtres; pendant qu'on massacrait, qu'on pillait et qu'on entendait de toutes parts des cris de rage, de désespoir et de douleur, des scènes semblables se passaient dans le Louvre. Le palais des rois n'était pas un asile pour l'innocence. Dès que les massacres eurent commencé, Nancey, capitaine des gardes, vint avec une troupe nombreuse dans les antichambres du roi de Navarre et du prince de Condé. enleva toutes les armes des serviteurs, gentilshommes, et de toutes les personnes attachées au service de ces princes, chassa ces serviteurs et gentils-hommes des appartements où ils étaient encore couchés, et les conduisit à la porte du Louvre. Ces malheureux, parmi lesquels se trouvaient le baron de Pardaillan (2), Saint-Martin Bourses (3), le capitaine Pilles, invoquaient les promesses que le roi leur avait faites ; mais, inutiles invocations'. Le roi, placé à une des fenêtres du Louvre, prenait plaisir à les voir égorger parles Suisses, et criait aux bourreaux de n'en épargner aucun. On massacra dans le Louvre pendant toute la nuit. Un
(1) Mémoires pour servir à l'Histoire d« France, t. I, pag. 57.
(2) Ségur, baron de Pardaillan. ]1 avait été page du roi Henri de Navarre; son frère, Jacques de Ségvir, fut envoyé par Henri IV en ambassade à la cour de tous les princes protestants de ri:;urope. La pièce originale qui constate cette comraission est fntre les mains de Henri Pliilippe de Ségur-Bouzeli, un de ses descendants .
(3) Ce gentilhomme, poursuivi parles archers, se sauva dans les appartements du Louvre. «« 11 fut, dit la reine Marguerite, •' percé d'un coup de hallebarde à trois pas .' de moi. •' [3Iemoires de la reine Marguerite liv. I, pag. 78, édit. de 1715.)
gentilhomme, appelé Téjan (ou Lezac ou Leyranjtout ensanglanté des coups d'épée ou de hallebarde qu'il avait reçus, poursuivi par des archers, so précipita sur le lit même de la reine de Navarre, qui, effrayée, se jeta avec lui dans la ruelle : elle sauva la vie à ce malheureux (1).
Dès que le jour commença à paraître, Charles IX se mit à la fenêtre d'un corps de bâtiment qui s'avançait sur le bord de la Seine (2); et, avec des carabines qu'il faisait charger, il tirait sur les malheureux qui, échappés aux poignards, se sauvaient en traversant la rivière à la nage; et, pour encourager les assassins, il ne cessait décrier : Tue, tue! tirons, mordieu ! ils s'enfuient.
Brantôme raconte le même fait de cette manière : « Charles IX, dit-il, prit une « grande arquebuse de chasse qu'il avait, » et en tira tout plein de coups à eux ( à « ceux qui se réfugioient dans le faubourg « Saint-Germain), mais en vain : carl'art quebuse ne tiroit si loin. Incessamment « crioit : Tuez, tuez! et n'en voulut sau- « ver aucun, sinon son premier chirur- « gien, maître Ambroise Paré (3). »
Dans la même matinée, le roi fit venir auprès de lui le jeune roi de Navarre et le prince de Condé, leur tint un long discours pour justifier les massacres et l'assassinat de Coligny, promit le pardon de leurs fautes s'ils consentaient à renoncer à leur religion et à embrasser le catholicisme, et les menaça de mort s'ils balançaient à prendre ce parti.
Le roi de Navarre, consterné d'une pareille proposition, répondit fort humblement au roi son beau-frère, lui rappela ses promesses, ses serments, son mariage, et dit qu'il lui était difficile de renoncer
(1) Mémoires de la reine Marguerite, liv. 1, p. 77, édit. de 1713.
(2) Cette fenêtre existe; elle se trouve au-dessous de celle qui est à l'extrémité méridionale de la galerie d'Apollon. C'est exactement la même où, pendant la révolution, on plaça un écriteau sur lequel cet exploit de Charles IX était rapporté. Bonaparte, étant premàer consul, le fit enlever.
(.3) Brantôme nous apprend la cause de cette exception. Charles IX, atteint d'une maladie vénérienne qui le conduisit au tom-
chirurgien. {Brantôme, t. VIII, pag. 204, édit. de 1787.)
a U reUgion dans laquelle on l'avait élevé. Du reste, il promit au roi, avec une contenance triste et abattue, de faire tout ce qu'il exigerait de lui.
Le prince de Condé fit valoir les mêmes raisons, mais avec plus d'énergie : c'était le langage de l'indignation. Le roi en fut irrité, l'appela rebelle, séditieux, fils de séditieux, et le menaça de lui faire trancher la tête, si, dans l'espace de trois jours, il ne changeait d'avis. Ces deux jeunes princes cédèrent à la force.
Ce qui se passait dans la ville était plus horrible. La Rochefoucauld, qui avait joué la veille jusc^u'à onze heures du soir avec Charles IX, a qui ce roi avait dit en plaisantant qu'il viendrait, pendant la nuit, lui donner le fouet, éveillé par des assassins masqués, et croyant que c'était le roi qui venait exécuter son badinage, les accueillit enriant, et futaussilôt poignardé par un gentilhomme auvergnat, appelé La Barge.
Le marquis de Renel, fuyant en chemise les assassins, se réfugie sur le bord de la Seine : il est arrêté et tué par Bussi d'Amboise, son cousin. Le sieur de La Force, à la sollicitation de Larchant, son beau-père, est assassiné par des soldats de la garde du duc d'Anjou. Le baron de Soubise est égorgé devant le Louvre. Antoine Marafin de Guerchi, entouré de meurtriers, enveloppe son bras dans son manteau, se défend, tue deux de ses ennemis, et finit par succomber sous les coups, de nombreux assassins.
Un très petit nombre d'hommes opposct de la résistance aux meurtriers. Al'exemple que je viens de citer j'ajouterai le suivant : un nommé Taverny, lieutenant de la maréchaussée à la table de marbre du Palais, homme de robe, acculé devant sa maison, avec son domestique, résista aux massacreurs pendant huit ou neuf heures consécutives. Ayant épuisé toutes ses munitions de guerre, il lança sur eux de la poix fondue. Enfin, après avoir combattu avec courage, et fait sentir à ceux qui l'assaillaient la force de .son bras, il tomba accablé par ses nombreux ennemis (1).
Charles Beaumanoir de Lavardin, sauvé par rierre Loup, procureur au parlement, est, par ordre du roi, arraché de la maison
(1) Lettres de Pasquier, li\ . 5 : lettre à M. Loisel, avocat.
Pabis. — Imp. LACOir, C. ■:', rac Sjtr/avM, i«.
sous CH
■de ce procureur (1) : traîné vers le Louvre, il e?t en chemin poignardé et jeté <)ans la Seine.
Brion, gouverneur du prince de Conti, malgré les pleurs et les prières de son jeune ■élève, est égorgé dans ses bras.
Pierre de" La Place, président delà cour 4es aides de Paris, après avoir donné trois mille écus au capitaine Michel, égorgeur, f)"ayant pu trouver d'asile chez ses amis
ARLES IX ?o7
épouvantés, re\ient dans sa maison, où Senecé, prévôt de l'hôtel, lui ordonne de le suivre au Louvre. Sa femma en pleurs se jette aux pieds de ce prévôt. La Place la relevé, en lui reprochant cette jiosture humiliante, fait sa prière, arrache du chapeau de son fils une croix de papier qu'il y avait mise pour le préserver des meurtriers (\), et part avec courage. Arrivé dans la rue de la Verrerie, en face de
Église du 5àint-?épulcre.
celle du Coq. cinq ou six assassins, qui j un de ceux qui ont fait faire le plus de depuis plusieurs heures étaient apostés J progrès à l'enseignement, à la littérature, dans cette dernière rue. se jettent sur lui ^ et même à la science mathématique, après et le poignardent. j qu'on lui eut arraché une rançon, fut as-
Ramus, célèbre professeur de ce temps, sassiné dans le collège d^ Presles, à l'in;
il) Pierre Loup répondit à ceux qui le pressaient de tuer ce seigneur : Je n'y suis pas disposé, en ce marnent ; il faut attendre qne je me mette en olère, par ce moyen il lui prolongea la vie de quelques heures ; mais de nouveaux asiasùns, venus au nom lu roi. l'arracli^rent de cette maison.
II DULAIRE
(1) Les égorgeurs, pour S5 reconnaître j dans le commencement des massacres, avaient j placé à leur chapeau, et sur les manches de leur habit, des morceaux de papier en croix. ( Voyez, à la fin du volume des Mélanges de Camu^'at, les Mémoires du sieur de Mergey, pag. 22, où l'on trouve des détails sur les
âL
t$8 HISTOIRE
tig:tiori de Jacques Charpentier, son ennemi.
François Nompar de Caumont, couché avec ses deux fils, dans son logis situé près du Louvre, périt sous le fer des assassins, ainsi qu'un de ses enfants; l'autre, a peine âgé de douze ans, échappe à la fureur inattentive des meurtriers. Couvert des corps et du sang de son père et de son frère, il reste, pendant une journée entière, immobile dans cette affreuse situation : on le croit mort. Le soir, il entend quelques personnes, entrées dans sa chambre, déj lorer le malheur de cette famiile égorgée, et dire que Dieu ne laissera pas impuni le crime des assassins. A ces paroles rassurantes, 1 er.fant fait un mouvement, lève un peu la tête, et annonce qu'il n'est pas rcort. On lui demande son nom : il a la prudeiice de ne pas le prononcer. Je suis, dit-il, le fils d'un de ces morts, et le frère de l'autre. Comme on le pressait, il répondit qu'il déclarerait son nom dès qu'il serait en lieu de siireté. Qu'on me conduise à l'Arsenal, ajouta-til, je suis allié de Biron, grand-maître de l'artilierie, et vous serez récompensés du sersice que vous allez me rendre. On l'y conduisit avec toutes les précautions nécessaires : il fut, sauvé.
Mais combien d'autres n'eurent pas ce bonheur! Il serait trop long et trop pénible de retracer ici les diverses scènes de cette horrible boucherie. La plupart des prolestants de la caste nobiliaire, arrach s de leurs lits, étaient traînés sous les fenêtres du roi, qui tei.ait en main une liste de tous les noms de ceux qu'il destinait à la mort II prenait plaisir à voir tomber sous les poignards ceux que la- veille il avai^t comblés de caresses. A la fin du jour, le Louvre fut environné de sang et de cadavres.
Le croirait-on! les femmes de la cour, femmes dignes de leur détestable maître, venaient en foule repaître leurs yeux de ces horribles images, parcouraient, avec une impudente curiosité, les corps nus et ensanglantés des cadavres. De Thou dit qu'on eu remarqua qui considérdient avec attention le corps du baron Hupont, pour y découvrir la cause ou quelques signes de l'impuissance qu'on 1 ai reprochai t pi j . D'au-
massacres, et sur ce signe de ralliement ado|4é par les iiia&s'jcreurs.'j
(1) Charles de Quenellec, baron Dupont,
DE PAPIS
^ très écrivains attribuent cette recherche^ I indigne de la dernière des femmes, à la reine-mère.
; Plusieurs seigneurs protestants étaient ! restés dans le faubourg Saint-Germain, ' et avaient résisté aux invitations qu'on I leur avait faites de passer la nuit dans la . ville. Avertis du tumulte qui agitait les ; habitants de Paris, ils se lèvent, s'assemj blent : persuadés que le duc de Guise en est seul l'auteur, et que Charles IX est incapable de violer ses serments, ils veulent se rendre au Louvre, et offrir leurs services au roi qui en ce moment leur envoyait des bourreaux. Ils auraient infailliblement été victimes de leur confiance aux promesses royales, si la marche des massacreurs n'eût été suspendue. Le duc de Guise, qui les commandait, ne put assez tôt rassembler les soldats occupés de pillage : la clef qu'on lui donna pour ouvrir la porte de la ville, appelée porte de Buci, la plus voisine du laubourg, n'appartenait pas à cette porte.
1 Pendant ces retards, les protestant» aperçoivent sur la Seine des bateaux remplis de troupes, qui se dirigent de leur côté : à cette vue ils fuient en désordre, • les uns à pied, les autres à cheval, quel- ! ques-unsà demi vêtus ; quoique vivement poursuivis par les massacreurs, ils ne furent pas atteints.
I Dans les autres quartiers de la ville, même fureur, même carnage. Ou égorgeait par fanatisme, on égorgeait par \engeance, on égorgeait pour piller, pour obtenir la succession ou la charge de sa victime. C'est par ces vils motifs que l'on vit dc^ parents faire tuer leurs parents, des catholiques faire poignarder des catholiques (1).
en Bretagne, était^ depuis 1568, en procc'i* contre Catherine de Parihenay de Soubise, son épouse, qui l'accusait d'impuissance. A la fin du Trailé de la dissolution du mariage pour cause d'impuissance, publié en 1735, à Luxembourg, on trouve une Relation de ce qui s^est passé au sujet de la dissolution du mariage de Charles de Quenellec, baron Dupont, avec Catherine de Partheuay, p. 185.
(1) Guillaume de Bertrandi, maître des requêtes, Jacques Rouillard, conseiller au parlement et chanoine de Notre-Dame, Pierre Salsède, Espagnol, tous catholiques, furent égorgés dans le premier jour des massacres.
sous CH.\FVLE3 IX
Parmi tant d'actes vils et inhumains, ] il est consolant d'avoir à citer quelques traits de générosité : ils sont extrêmement rares; je^n'ai trouvé que ceux-ci. Vezins était un gentilhomme du Querci, catholique, fan'eux par ses actes de férocité; mais ce caractère odieux n'excluait point en lui une certaine élivation d'àme. Il avait pour ennemi Regniers, gentilhomme protestant. Au commencement des massacres, Vezins va dans le logis de Regniers, lui commande, d'une voix terrible, de se lever, de le suivre, et de monter sur un cheval qu'il lui présente. Regniers, qui attendait la mort, obéit : ils partent ensemble, vont en Guyenne. Vezins donne des ordres à ses g-ns pour que son ennemi Regniers soit nourri et défrayé. 11 ne lui dit pas un mot pendant la route. Ils arrivent au château de Regniers; alors Vezins lui dit : J'aurais pu piofiter de l'occasion des massacres pour vous tuer à Paris, je n'ai pas voulu; j'aime mieux que le péril soit égal entre nous ; vidons ici noire querel'eT Regmers lui répondit : Je n'ai point la f rce de me battre contre celui qui vi.?nt de me sauver la v!e. Je n'en ai que pour le servir et le défendre. li embrasse Vezins qui, après quelques hésitations, se retire au galop, et, sans rien dire, laisse à Regniers le cheval sur lequel il était venu de Paris, et ne voulut jamais consentir à le reprendre.
Outre les rois, princes et seigneurs assassins, outre leurs gentilshommes, g irdes ou soldats qui partageaient leur infamie, il se trouvait à Paris des hommes d'un naturel sanguinaire, qui, autorisés par l'exemple de la cour, poussés par leur propre férocité, se distinguèrent en faisant tomber scus leurs coups un grand nombre de victimes, ou en prolongeant et aggravant leur supplice par des raffinement's de cruauté. De ce non.bre était un tireur d'or appelé, par De Thou, Grucé, et par l'Estoile, Thomas; peut-être portait-il les deux noms. « Je me souvins, dit De « Thou, d'avoir vu plusieurs fois ce Crucé, • et m'en souviens toujours avec horreur. « Cet hcm.me, d'une physionomie vraiment « patibulaire, disoit, en se vantant et « montrant son bras nu, que ce bras X avoit, le jour de la Saint-Barthélemi. - égorgé ['lus de quatre cents hom- >• mcs(^l). »
(l)Cet homme ( dont nous avons vu, en
« Jean Ferrier, avocat, capitaine de la
« rue Saint-Antoine, étoit un grand mas- « sacreur de huguenots. Henri III le fit « arrêter, le \'6 novembre 1-378, comme < agent secret de l'Espagne (J). »
René, parfumeur de la reine-mère, celui qu'on accusait d'avoir empoisonné la reine de Navarre, était un des héros de ces scènes tragiques. « Homme confit eji « toutes sortes de cruautés, de méchauce- « tés, dit l'Estoile, qui alloit aux pri:5ons « pour poignarder les huguenots, et ne « vivoit que de meurtres, de brigandages « et d'en)poisounements. » Il attira chez lui un joaillier sous prétexte de le sauver : il se fit donner toutes ses marchandises, et puis lui coupa la gorge, et le jeta dans la Seine (2).
Pezou, boucher de profession et l'un des capiîanes de Paris, tuait les hommes comme il tuait les bètes; il se vantait d'avoir, dans un seul jour, égorgé cent vingt protestants, et de les avo.r jetés dans la rivière.
Le comte de Gocouas se faisait gloire d'avoir, dans les premières journées de la Saint-Barthtlemi, acheté du peuple jusqu'à trente protestants, pour se donner le plaisir de ies faire mourir à son gré : il leur promettait la vie s'ih reniaientleur religion; et après qu'ils l'avaient reniée, il les poignardait à pet t^ coups, pour les fairelanguiret prolong3r leur souffrance (Sj.
Je pourrais signabr plusieurs autres massacreurs qui obtinrent une affreuse réputation, en égorgeant des hommes sans défense, des vieillards, dc-s femmes et des eufants, la plupart dormant dan^ leur lit.
« La ville n'étoit plus qu'un spectacle
1815, le psndant dans l'égorgeur Trestaillon), par remords ou pour se soustraire a la vue des hommes qui l'abhorraient, se r^ tira dans un désert, se tir ermite ; mais il ne put renoncer à son naturel féioce. 11 fut, dans la suite, accusé et presque convaincu, ainsi que quelques autres ermit^^s de son voisinage, d'avoir assassiné un marchand flamand, qui s'était réfugié dans son ermitage. ( Histoire de De Thou, liv. 52, et de la traduction, t. VI, p. 411. )
(1) Journal de Henri III, t. I, p. 259, édit. de 1744.
(2) Mémoires sur l Histoire Je France, t. I, p. 57.
(3i Mémoires sur V Histoire de l'rance, t, I, p. 57.
Î60 HISTOIUF.
• d'honeur et de carnage, dit l'historien ft De Thon: toutes les places, toutes les rues « retentissoient du bruit que faisoient « ces furieux, en courant de tous côtés « pour tuer et piller : on n'entendoit de •< toutes parts que hurlements de gens ou ' déjà poignardés ou prêls à l'être. On ne « voyoit que corps morts jetés par les fe- « nêtres; les chambres et les cours des « maisons étoient pleines de cadavres, on « les traînoit inhumainement dans les
• carrefours et dans les boues ; les rues « regorgeoient tellement de sang qu'il « s'en formoit des torrents ; enfin il y eut « une multitude innombrable de personnes « massacrées : hommes, femmes, enfants « et beaucoup de femmes grosses (1). »
Un autre écrivain contemporain parle ainsi de la même journée : « Le dimanche « (24 août) fut employé à tuer, violer et « saccager... Les rues étoient couvertes de « corps morts, la rivière teinte en sang; « les portes et entrées du palais du roi « peintes de même couleur... Le papier « pleureroit, dit-il ensuite, si je récitois « les blasphèmes horribles prononcés par
• ces monstres, ces diables enciiarnés, <■ pendant ia fureur de tant de massa-
• cres. Les tempêtes et le son continuel « des arquebuses et des pistolets, les cris « lamentables et effroyables de ceux que « l'on bourreloit, les hurlements de ces « meurtriers, les corps jetés par les fenê- € très, les cailloux qu'on faisoit voler « contre, et le pilla;i;e de plus de six cents « maisons, continués longuement, peuvent
• présenter à l'esprit du lecteur le ta- « bleau des excès et de la diversité de ces « malheurs et de ces crimes (2)...
'^ Les commissaires, capitaines, quar- « teniers, dizeniers de Paris alloient avec « leurs gens de maison en maison, là où « ils croyoient trouver des huguenots, « enfonçant les portes, puis massacroient « cruellement ceux qu'ils rencontroient, « sans avoir égard au sexe ni à l'âge, ani- « mes à ce faire par les ducs d'Aumale, de « Guise et de Nevers, qui alloient criant « par les rues •. Tuez, tuez tout; le roi le
• commande. Les charrettes, chargées de « corps morts, de demoiselles, femmes,
• filles, hommes et enfants, étoient menées
(1) Histoire de D^ Thou, liv. 52, traduction, t. VI^ p. 408.
(2) Mémoires sur l'estat de ia Franoe sous €harks IX, t. I, p. 399 et 415,
« et déchargées à la rivière, laquelle on « voyoit couverte de corps morts et toute « rouge de sang, qui, aussi, ruisseloit en « divers endroits de la ville, comme en « la cour du Louvre (1). »
Vers cinq heures du soir, le roi fît, à son de trompe, publier, dans tout Paris, l'ordre à chacun de se retirer dans sa maison, sans en sortir ; ce qui n'empêcha point les massacres de continuer. Les deux jours suivants, le lundi et le mardi, les égorgements furent aussi actifs, aussi nombreux que le premier jour. On égorgea pendant tout le reste du mois d'août, pendant le mois de septembre : on ne cessa d'égorger que lorsque les victimes manquèrent aux bourreaux.
Dans les prisons et dans des maisons particulières, on tenait en réserve des protestants que l'on tuait pendant la nuit. Le o septembre, le roi fit venir près de lui le boucher Pezou, l'un des capitaines de Paris, et lui demanda s'il restait encore des huguenots dans la ville. Pezou repondit que le jour précédent il en avait jeté cent vingt dans la rivière, et qu'il en expédierait encore autant la nuit suivante. Le roi se mit à rire, et le renvoya (2).
De rhou évalue le nombre des Français égorgés à Paris, dans le premier jour seulement, à deux mille, et d'autres écrivains portent à dix mille le nombre depersonnes tuées pendant les trois premiers jours des massacres. La Seine, chargée de cadavres, en repoussa une partie sur ses bords. On voit, par un compte de la Ville, que les 9 et 13 septembre, des fossoyeurs furent chargés d'aller, à doux reprises, enterrer les corps entassés sur la rive du couvent des Bons-Hommes de Chaillot et sur celles d'Auteuil et de Saint-Cloud i3').
(1) Mémoires sur lestât de la France sou- Charles IX, t. I, p. 499, 500.
(2) Mémoires sur Veslat de la France ioun Charles IX, tom. I, p. 512.
(3) Voici deux articles, des comptes de l:i Ville :
a Aux fossoyeurs du cimetière des Saint.s- <i Innocents, quinze livres, à eux ordonnée- « pour mesdits sic-urs, par leur lettre d« « commandement du 9 septembre 1572, « pour... au nombre de huit... avoir enterr»- " les corps morts qui étoient ez environ du u couvent de Xigeon (des Bons-Hommes), « pour évitt^r toute infection, etc. ».
u Aux fossovenrs dos Saints-Innocent*,
sors CHARLES IX
dont le nombre se moulait à environ dixhuit cents, sans conij ter un bien plus grand nombre de cadavres que la rivière dut entraîner plus loin. Ainsi, en réduisant le nombre des hommes et femmes massacrés à huit ou neuf mille, on se rapprochera, je le crois, de la vérité; mais dans ce nombre on ne comprend pas ceux qui furent exécutés à mort par arrêt du parlement , ceux qui furent massacrés dans la suite, et qui le furent sans être jetés dans la rivière.
Pendant le premier jour des massacres, le roi. la reine-mère et leurs courtisans se félicitaient du succès Ce celte horrible expédition, et disaient, en riant à gorge déployée, que la guerre était finie, que désormais ils vivraient en paix, qu'il fallait ainsi terminer les querelles, et non par des écritures, des négociations et des traités.
'■- Le roi disoit aussi en riant et en ju- « rant Dieu à sa manière accoutumée, € dit l'Estoile, et avec des paroles que la •< pudeur oblige de taire, que sa grosse " Margot (Marguerite», sa sœur, épouse « du roi de Navarre, en se mariant, avoit « pris tous les protestants à la pipée;!'.» Comme ce mariage n'avait été conclu que dans l'unique dessein d'attirer les princes et seigneurs protestants à la cour, pour les immoler plus facilement, la reinemère, quelques jours après la journée du 24 août, chercha des prétextes pour le rompre. Elle prit en particulier sa fille Marguerite, lui fit jurer de dire la vérité, et lui demanda si le roi son mari était homme, disant que s'il ne l'était pas, elle
" vingt livres, à eux ordonnées... par man- » dément du 13 septembre 1572, pour avoir M enterré, depuis huit jours, onze cents corps « morts, ez environ de Saint-Cloud, Auteil «• et Challeau (Chaillotj. «i
D'après ces deux ordres, donnés à des époques différentes aux fossoyeurs, pavés avec des sonimes inégales, il faut conclure, vu l'inégalité de ces sommes, que, dans le premier article, où le nombre des morts n'est pas spécifié, ce nombre se montait à environ sept cents; ce qui fait monter la totalité des corps arrêtés sur les rives de la Seine à environ dix-huit cents. [Antiquités de Paris, par Sauvai ; comptes et recettes de la Ville, t. III, p. 654.)
(1) Mémoires pour l'histoire âe France, p. 57,
avait le moyen de la déraarier. « Je la sup- « pliai de croire, dit Marguerite dans ses « Mémoires, que je ne me connoissois pas •f en ce qu'elle me demandoit... Mais, « quoi qu'il en fût, puisqu'elle m'y avoit « mise, je voulois y demeurer, me dou- « tant bien que ce qu'on vouloit m'en se- « parer étoit pour lui faire un mauvai- « tour (1j. » ■
La joie de la cour de France ne fut pa> de longue durée ; les avantages que la reine espérait tirer de ses forfaits ne se réalisèrent pas. Cette cour possédait l'audace et la dissimulation propres à l'exécution des grands crimes, mais elle manquait de plan et de prévoyance; elle ne savait pas que qui frappe est toujours frappé ; elle ne prévoyait pas les erfet> d'une profonde indignation et d'une juste vengeance: elle ne pensait pas que plus les criminels sont puissants, plus les taches qui souillent leur mémoire sont ineffaçables.
L'hésitation, les fréquents changements de svstème prouvent que cette cour n'avait " point réfléchi sur les suites de son crime.
Le matin du premier jour des massacres, les protestants sont accusés d'avoir conspiré contre le roi, qui, en les faisant égorger, n'avait fait que prévenir leurs coupas. Quelques heures après, on adopte un autre système de justification,
« Le roi,' dit De Thou, voulant faire re- « tomber sur les Guises toute la haine de « cette horrible boucherie, écrivit le jour « même à tous les gouverneurs de pro- « vince, que le désordre avoit commencé « sans qu'il y eût aucune part, et sans « qu'il en eût rien su auparavant ; que « les Guises, informés que les parents et « amis de Coligny s'apprêtoient à venger M la blessure qu'il avoit reçue, avoient, « pour les prévenir, soulevé tous les Pari- « siens contre eux, etc. (2;. »
Deux jours après, le mardi 26 août, la cour change entièrement de système; voulant appeler la religion au secours de ses foi laits, le roi va entendre une messe solennelle à Notre-Dame, et puis se rend
(1) Mémoires de la reine Marguerite, IW. 1 p. 79, édit. de 1713.
(2j Histcire de De Thou, liv. 52, traduction, t. VI, p. 418. Les copies de ces lettres sont contenues dtms les Mémoires sur l'ei<lat de Ut. France soufi Charles IX, p. 401 et suiv.
262 ÏIîSTOIRE
au parlement : là, il déclare fonnellement que lui seul avait ordonoé les mas-'acres, afin d'arrêter les projets des protestants rdjelles.
Le roi, deux jours après, fait publier un édit où il se déclara de nouveau le seul auteur des massacres, où il ordonne aux protestants de vivre en paix dans leurs maisons, les place sous la protection des lois, enjoint aux gouverneurs de veiller à ce qu'il ne leur soit fait aucun toit dans leurs biens ni dans ieurs personnes, etc. ; et néanmoins on pillait encore leurs biens, on égorgeait encore leurs personnes, sous les yeux et avec le consentement du roi, non-seulement à Paris, mais dan? presque toutes les villes de France. Un petit nombre de gouverneurs éternisèrent glorieusement leur nom par une vertueuse désobéissance.
Le roi orvlonnait en secret ce qu'il désavouait publiquement, et prohibait dans un moment ce qu'il avait permis dans un autre. Il avait tour à tour peur de l'amb tion des Guises, de la vengeance des Montmorency et de celle de tous les protestants. On s'aperçoit par ces changements de volontés que c'était une femme, et une femme troublée par la peur , qui gouvernait; et celte peur fut le commencement du supplice réservé à Catherine.
Cependant, d'après la déclaration formelle du roi, le parlement procéda contre la mémoire de Coligny et celle de ses partisans égorgés, et les condamna à mort. Il semble que, dans cette procédure ridicule et atroce, le parlement, assez mal composé et généralement dévoué aux Guises, ou peut-être frappé de terreur, ait voulu applaudir aux crimes delà cour, en partagerl'infamie, puisqu'il continuait, par des arrêts, ce que les poignards avaient conwnencé. Entre autres protestants encore vivants que cette cour condamna au dernier supplice, on cite Briquemaut et Gavagne. Le premier était militaire, et âgé de soixante-dix ans; et le second, maîtredes requêtes. Ils avaient, en se cachant dans quelques maisons de P.Vi'is, échappé nux massacres; ils furent découverts et pendus le 20 octobre 1572, à la place de Grève; entre eux fut aussi pendu un mannequin qui représentait Coligny. Le roi, la reine sa m'^re, voulirent jouir de ce spectacle : ils y assistèrent étant placés à une fenêtre de l'Hô-
tel- de-Ville. Le jeune roi de Navarre fui forcé de les y accompagner (1).
Les massacres , au l'eu d'amener la paix, comme la cour s'en était fl;ittée, allumèrent la guerre civile, qui éclata sur tous les points de la France. Les protestants, quoique les massiicres et la fuite eussent diminué leur nombre, ne se montrèrent jamais si redoutables. La Cour, effrayée, se vit réduite à solliciter la paix auprès de C3ux qu'elle avait si cruellement tr.ihis, assassinés ; elle ne recueillit qu'humiliations et revers (2).
La France fut plus qu'auparavant déchirée par des guerres civiles, que les inimitiés particulières, la vengeance et le fanatisme rendaient plus atroces, La puissance royale tomba dans le mjpris, et André de Bourdeillc, séncchal du Périgord,
(1) Brantôme rapporte ainsi ce trait de cruauté de Charles IX. « Il voulut, dit-il, '< voir mourir le bonhomme, M, de Brique- " maut, &i Cavagne, chancelier de la cause; " et, d'autant qu'il étoit nuit à l'heure de •< l'exécution^ il fit allumer des flambeaux « et les tenir près de la potence, pour les " mieux voir mourir, et contempler mieux " leurs visages et contenances. " {Brantôme, Ciiarlos IX, discours 88.)
(2) L'indignation avait tellement exalté les âines, qu'on vit des héros sortir des dern'èros classes de la société; témoin les habitants d'un grand nombre de villes, et notamment ceux de Sancerre et de La Rochelle, Pour la première fois l'histoire de France commence à ofTrir de grands caractères. La cour, dans les embarras que les massacres lui avaient attirés, eut recours, pour détourner l'orage, à im de ces protestants recomman Jables par leur savoir, par la gravité de leurs mœurs et par leur conduite modérée : c'était le brave La Noue. Il fut député par le roi auprès des Rochelois insurgés, afin de les amener à ia soumission. Déjà des négociations étaient eutamées, et cette ville in- , clinait à la paix; mais elle changea de .lisposition à la nouvelles des horribles mas- \ sacres des protestants de Bordeaux, massaci'ës suscités par les sermons du jésuite Edmond Auger. Dans cette circonstance dé plorable, La Noue se présenta aux Rochelois. L'eûtrevue qu'il eut alors avec les magistrats offre une scène éminemment dramatique.
Les annales des républiques de l'antiquité ne pi-ésentent rien de plus propre à remuer l'câme.
socs CHARLES IX
que Charles ÏX avait chargé de lui envoyer des renseignements certains sur l'état de cette province, écrivit au duc d'Alençon, le 13 mars 1574 : « Si le roi, la reine et » vous, ne pourvoyez autrement que par « le passé (>iux affaires du royaume), je c crains de vous voir aussi petit compai- « gnon que moi. >
Lorsqn'en 1573 le duc d'Anjou, frère de Charles IX, élu roi de Pologne, traversa le Palatinat pour se rendre dans son nouveau royaume, il reçut de la part de l'électeur une leçon qui aurait du k? couvrir de confusion; elle nelui causa que delà peur. Il vit: dans une salie du palais de ce prince, et dans une place honorable, le portrait de l'amiral de Coligny, au-dessous duquel on lisait ce distique :
Talis trat qnondàm vullu Colignitu héros, Quem vert iUuitrem vitaque morsque facit.
L'électeur montra ce tableau au duc d'Anjou, et lui demanda s'il ne connaissait point l'homme à son portrait : « Oui, c'est le ^eu amiral, répondit le duc. — C'est lui-même, répliqua le palatin , le plus homme de bien, le plus sage et le plus grand capitaine de l'Europe, duquel j ai retiré les enfants avec moi, de peur que les chiens de France ne les déchirassent, comme ils ont fait leur père. » Ce reproche sanglant s'adressait particulièrement au duc d'Anjou, qui avait pri? une part très active aux massacres. Il garda le silence; mais ce ne fut pas sans effroi qu'il se vit servi et environné par un grand nombre de gentilshommes français échappés aux poignards, et réfugiés chez l'électeur; ils parlaient entre eux à voix basse, et semiîlaient projeter un acte de vengeance contre ce prince criminel.
Il partit promptement du Palatinat, pays ovi il n'avait que des reproches à recevoir, et des dangers à courir (1).
Lorsque les Polonais apprirent que le duc d'Anjou était complice du roi son frère et de la reine sa mère, ils eurent ce prince en horreur et renoncèrent au projet de le reconnaître pour leur roi. H fj^îut beaucoup de démarches, d'adresse, de mensonges, et beaucoup d'écrits apologétiques, pour les dissuader. Les princes alletuands et la plupart des puissances de l'Europe éprouvèrent la même indi-
(1) Mémoires pour l'Histoire de France, par l'Estoile, édit. de 1744, t. I, p. 54.
gnation pour les crimes de la cour de France. Il n'y eut que la très perfide cour de Rome , la très aveuglée . très fanatique cour d'Espagne, qui applaudirent aux massacres de la Saint-Barthelemi. Elles en étaient les auteurs ou les instigatrices , et y prenaient en conséquence un très vif intérêt.
Le pape fut, dès le 6 septembre, informé des massicres de Paris: les lettres de son ministre en France, lues dans une assemblée de cardinaux , portaient, entre autres détails, que les massacre^ avaient été exécutés par l'ordre exprès du roi. A cette nouvelle, la cour de Rome fit éclater une joie immodérée: elle ordonna des cérémonies religie«ees pour remercier Dieu du succès de cet affreux complot, fit célébrer des messes solennelles, publier un jubilé, tirer le canon du château Saint- Ange, tirer des feux de joie dans les rues, et exécuter de pompeuses processions, où assistèrent le pape, L'S cardinaux, les ambassade'irs. des prêtres et des soldats. Le cardinal de Lorraine prit une grande part à cette joie féroce ; il donna mifîe écus d'or au gentilhomme que son frère, le duc d'Aumale, lui dépêcha pour lui apporter cette agréable nouvelle. Ce fut lui qui, avec un luxe digne de la circonstance, célébra la messe api es la procession. Audessus de l'église on avait placé une inscription où la participation de la cour de Rome aux massacres de laSairl-Barthelemi était avouée sans pudeur. Voici la substance de cette inscription, d'après l'historien De Thou. « Elle portait que le « cardinal de Lorraine, au nom du roi « très chrétien, Charles IX, rendait grâ- « ces à Dieu, et félicitait notre saiot-père • le pape Grégoire XIII, le sacré collège « des cardinaux, etc., des saccès éton- « nants et incroyables qu'avaient eus les « conseils que le saint-siége avait donnés, i « les secours qu'il avait envoyés, et les « prières que Sa Sainteté avait ©.données ■ « pour douze ans (1). »
Pour perpétuer la mémoire de cetriom- \ phe et de la joie qu'il avait causée à Rome, le pape fit frapj er une mcdaille où l on signalait, comme un évenemeiit digne d'une éternelle admiration, le massacre des protestants (2).
(1) Histoire de De Thou, liv. .53, de la traduction, t. VI, p. 442, 443.
(2) Misson, dan» son voyage d'Italie, dit
264 !iJ.sTOH«t; [>:•. pvuis
D'après l'aveu formel que fait la cour de Rome de sa complicité avec les massacreurs, d'après les témoignages de la joie impie que Tirent éclater en cette occasion le pape et les cardinaux, on est autorisé à demander quelle religion professaient cette cour , ce pape et ces cardinaux. Certainement ce n'était pas celle que Jésus-Christ a enseignée dans les Evangiles.
Philippe II, roi d'Espagne, dupe du pape, qui ne favorisait que les Guises, dupe des Guises qui ne travaillaient que pour leur fortune particulière, fournissait alors les finances nécessaires aux. auteurs et exécuteurs des massacres, comme il en fournit dans la suite au même parti. Ce roi, avant sa mort, laissa au prince.son fils une instruction où se trouve un passage qui prouve qu'il avait dépensé des sommes immenses pour mettre le royaume de France en combustion ; il y parle de ces intelligences avec les plus grands et les plus arnbitieux de ce royaume: « In- « telligences, dit-il, achetées bien chère- « ment, et fondées sur la fainéantise du « roi lors régnant, par le moyen des guer- « res civiles "allumées pour la religion, et « que j'avois suscitées | ar le moyen des « ecclésiastiques mes pensionnaires; et « avoir en tous ces desseins employés « trente-deux ans de mon âge, et con- « sommé plus de 600 millions de ducats « en dépenses extraordinaires , qui ont « passé par ma connoissance particulière, « et dont vous trouverez les états écrits « de ma main, dans mon cabinet se- « cret (1). »
Ainsi, les manœuvres du roi d'Espagne, mort en 1598, ayant duré trente-deux ans, avaient commencé dès l'an 1566, après l'entrevue de Bayonne, et six ans avant les niossacres de" la Saint-Barthélemi ; massacres auxquels il dut certaiiiement avoir une grande part. Ainsi, rhonneur de ces massacres, que CharlesIX et Catherine de Mèdicis revendiquaient seuls, appartient principalement à la cour de Rome, à cause de ses conseils, de ses intrigues et de ses secours ; et à la cour
avoir vu cette médaille ; elle portait d'un côté cette inscription : Ugonotorum Strages, 1572; et de l'autre : Gregorius XIII Pont. max., an. 1.
(1) Economies royales de SuUy. t. II, première partie, ch. 96.
d'Espagne, à cause de son argent et dcses pensionnaires. Dans cette tragédie [)0litique , la cour de France , dirigée san> s'en apercevoir, comme je l'ai déjà dit, nr joua qu'un rôle secondaire, mais n'en fut pas moins criminelle.
Charles IX, qui n'avait recueilli de ce> massacres que des chagrins, des revers, et l'indignation de tous les gens de bien, mourut peu de temps après , le 3{> mai 1574. Avant d'expirer, il éprouva le supplice des remords, qui vint se mèlei aux douleurs excessives que lui causait s;f maladie honteuse. Sa nourrice, qu'il aimait beaucoup quoiqu'elle fut huguenote, ne le quitta point dans ses derniers moments : « Comme elle se fut mise sur uu « coffre et commençoit à sommeiller, dit « rEstoile,elle entendit le roi se plaindre. . pleurer et soupirer; elle s'approche tout « doucement du lit, et tirant la custode- « (le rideau), le roi commença à lui dire, « jetant un grand soupir et larmoyant si « fort que les sanglots lui interrompoient « la parole : Ah! ma nourrice, ma mie, « ma nourrice, que de sang et que de « meurtres! Ah ! que j'ai suivi un méchant « conseil! ô mon Dieu, pardonne-les-moi « et me fais miséricorde, s'il te plaît ; j^' « ne sais où j'en suis, tant ils me rendent « perplexe et agité. Que deviendra tout " ceci? que ferai-je? Je suis perdu, je U- « vois bien. »
La nourrice le rassura par quelques paroles consolantes, lui donna un nouveau mouchoir, car le sein était tout mouille de ses larmes, ferma le rideau et le laissa reposer (1).
Le cardinal de Lorraine, un des plus violents auteurs delà persécution, l'instigateur direct des massacres, mourut quelques mois après dans un état de démence et de fureur, invoquant les diables, diton. « Quand on pensoit lui parler de Dieu, « il n'avoit en la bouche que des vilai- « nies, et ce vilain mot de f (2). >•
Enfin, un des résultats les plus notabledes massacres de la Saint-Barthélemi fut
(1) Mémoires pour servir à l'Histoire dr France, t. I, p. 71, édit. de 1744.
(2) L'archevêque de Reims, son neveu, dit, en entendant parler ainsi son oncle : " Je « ne vois rien en lui qui me fasse désespérer «i de sa santé piiisqu'il a encore toutes se» « paroles et actions naturelles. '• (^Journal '1e- Henri Ilf, t. I, p. 112.)
sors CHARLES 1\
J'extinction totale delà branche royale des Valois, qui les avait exécutés.
L'audace et la puissance des Guises s'accrurent tellement, qu'ils forcèrent le roi Henri UI de sortir brusquement de Paris, et que ce roi. bravé, insulte. chassé de sa capitale, ne trouva d'autres moyens, pour ^^e débarrasser de ces usurpateurs, que de les faire, en 1 588 , assassiner à Blois par ses gardes. Ceux de la maison
de Guise qui survccurentà ces meurtres, se vengèrent, et parvinrent bientôt à faire à leur tour, eu lo89, assassiner Henri III à Saint-Cloud par un morne fanatique.
Ainsi les Guises et Henri III, le dernier des Valois, après avoir fait périr tant de personnes , s'entre-t aèrent les uns les autres.
Les massacres de la Saint-Bnrthélemi, dont je viens d'exposer les principale*
Monnaie des 2* et 3« branches des Capéiicn?.
r-irconstances, furent et sont eiicore aux yeux des personnes impartiales, douées «l'un jugement sain, un acte aussi impoiitique qu'atroce. Les écrivains protestants et catholiques, dans le temps même des massacres, ou dans les temps postérieurs, ont peint cette boucherie d hommes avec des traits propres à exciter l'indignation et Ihorreu"; mais il se trouva alors, comme il se trouve aujourd'hui, des écrivains qui avaient des crimes à justifier, un parti à défendre, des passions à satisfaire ou une plume à venctre; enfin il se
trouva des monstres, comme la nature en produit de temps en temps dans les individus de la même espèce, qui entreprirent 1 apologie de ces massacres. On a fait, en plaisanlant, l'éloge de la fobe, de la fièvre, de la peste, etc.; ils voulurent sérieusement faire celui des trahisons et des assassinats. Je place en note un indice des ouvrages et des auteurs qui se sont ainsi déshonorés (1).
(l) Camille Capilupi composa à Rome un livre intitulé ; le Stratcigèmt, on h Strotagerri'
Jecx de Paume. Ce jeu, qui intéresse l'amonr-propre, et exerce le coips sans exercer le jugement, devait être fort accueilli dans ce siècle. Il le fut avec transport.
Dans la rue du Grenier-Saint-Lazare, et dans une maison appelée le Petit-Temple, était un jeu de paume où, vers l'an U26, une femme nommée Margot, âgée de vingt-huit à trente ans, fit admirer son talent pour ce jeu. Elle surpassait les plus habiles joueurs : « Elle jouoit, « dit un écrivain du temps, devant main, « derrière main, très puissamment, très
ma di Carlo IX contra gli urjonoti, ribelli di Dio, Romœ 1572, où il justifie par des fables rid cnles le crime de ces massacres.
Discours sur la mort de Gaspard de Coligny, qui fut amiral de France, et de ses complices, le jour de la Saint-Barthélemi, 1572, sans nom d'auteur.^B^
Discours sur 4^ causes de Vexécution faite es personnes de ceux qui avoient conjuré contre te roi, Paris, chez l'Huillier, 1572, sans nom d'auteur.
Courte apolo^e deÂa journée de la Saint- Barthélemi, 15 72, s'rs nom d'auteur.
Défense de ^n de Montluc, évéque de Valence, ambassa^deur du roi de France, pour mainteîiir le' très illustre duc d'Anjou contre les calomnie^ de quelques malveillants, -ft la ■noblesse de Pologne, Paris, 1575. Cette noblesse refusait de reconnaître pour roi un prince égorgeur. Il était important de lui faire croire qu'il ne l'était point : c'est ce que tenta Jean de Montluc ; mais il ne put le faire avec succès qu'en accusant de conspiration cg^x qui étaient morts dans les massacres.^^emme courtisan, il mentait aux Polonais, comme protestant dans le cœur ce prélat mentait aussi à sa conscience, car il dé'sajftouvait certainement les massacres. Canf^e de réjouissance à Dieu, pour la clartr/ndue à l'église et royaume de France, par François de Belleforest, Paris, 1572.
La marmite renversée et fondue, etc. ; par un moine carme, appelé le père Beauxamis, Paris, 1572.
Coq-à-Câne des huguenots tués et massacrés ^i Paris l.yon, 1572, pièce de vers, sans nom d autfur.
Chanson nouvelle à Vencontre des huguenots,
Lyon, 1572. '
ny7nne triomphale sur Véquitable justice que
■sa majesté fd des rebelles, etc., Paris 1572. Dits magnifiques et gaillards touchant les
« malicieusement, très habilement (<). . ^11 parait qu alors l'usage des raquettes n etciit pas encore adopté dans ce ieu • on poussait la balle avec la paume de'la main d ou lui est venu son nom de jeu de paume ' ensuite en s'enveloppa la main avec un gantelet de cuir ou d'autres matières élastiques. L'usage des roquettes ne tarda guère à s'introduire dans ce jeu. Guillaume Coquillart, qui écrivait vers le milieu du quinzième siècle, parle de cet instrument :
Se semblant raqiielles cousues.
Pour frapper au loin un esteuf (2).
le nom qu'on donnait à la
Esteuf était balle.
Le jeu de paume delà rue Grenier- Saint-Lazare n'était pas le seul à Paris au
causes de la mort de l'amiral de Coligny et ds ses co77}plices, Lyon, 1572.
Passio Jomini nostri Gaspardi Colignii, secundum Barlholomdrum, sans nom d'auteur.
Tragédie de feu Gaspaid de Coligny, jadis amiral de France, contenant ce qui advint à Paris le 24 août 1572, par F. de Chantelouve, gentilhomme bourdelais et chevalier de l'ordre de Saint-Jean- de- Jérusalem , 1575. Pièce fort rare et très mauvaise, qu'on a réimprimée à la fin du premier tome du Journal de Henri IIl.
Exhortation au roi pour poursuivre ce qu'il a commencé contre les huguenots, par Léger Duchesne (professeur au collège de France) Paris, 1572.
L'abbé Caveirac publia, en 1758, un ouvrage intitulé : Apologie de Louis XIV et de son conseil sur la révocation de Védit de Nantes, à la suite duquel se trouve une Dissertation sur la journée de la Saint-Darthélemi. Cet abbé, chaud partisan des persécutions exercées contre les protestants, très attaché aux jésuites et à leur morale, cherche à diminuer l'horreur qu'inspirent les massacres, en réduisant de beaucoup le nombre de ses victimes; mais il n'ose cependant point en fair« l'apologie, quoiqu'on l'en ait accusé.
On m'assure qu'une apologie de cette effroyable journée se trouve dans un écrit périodique intitulé : le Conservateur, écrit publié en 1819; les auteurs auraient donc eu quelques massacres, quelques massacreur» à justifier.
(1) Journal de Paris sous les règnes ds Charles VI et Charles VII, p. 113.
(2) Coquillart, Droits uouwaux, p. 17.
sous CIL4RLES IX
quinzième siècle : il eu existait deux dans la rue de la Poterie des Halles, laquelle avait porté le nom de rue Neuve des deux jeux de paume. Un des édifices de ces jeux fut réparé en 1571. Charles IX fit construire une cheminée dans une chambre qui communiquait à la salle principale. Le jeu de paume, après la chasse, la galanterie, les duels, était l'exercice le plus Habituel des princes et des seigneurs.
Charles V, par son ordonnance du mo's de mai 1369, en prohibant plusieurs jeux à Paris, prohiba notamment celui de la paume (1). On trcuve dans les registres du parlement que cette cour, eu '1452, condamna plusieurs personnes coupables d'avoir joue à la paume.
Le roi Charles V, qui avait prohibé ce jeu, en fit construire un dans son hôtel de Saint-Paul et dans les dépendances de l'hôtel de Beautreillis qui en faisait par tie. Son emplacement avait 14 toises et demie de longueur; il était à l'est du cimetière de l'église Saint-Paul, auquel il était contigu. Il fut détruit en 1554 ou quelques années après, lorsqu'on ouvrit la rue de Beautreillis sur l'emplacement de l'hôtel de ce nom (2).
Deux jeux de paume étaient établis à l'entrée du Louvre, du côté de Saint- Germain-l'Auxerrois. On voit que la cour pratiquait elle-même ce qu'elle prohibait chez les autres.
li fut défendu d'établir de nouveaux jeux de paume dans la ville : on en établit dans les faubourgs, et surtout dans celui de Saint-Marcel. Le parlement, le 24 mars 1 550, fit défense de bâtir de nouveaux jeux de paume dons la ville et dans les faubourgs. L'année suivante (18 juin 1551), même défense sous peine de démolition de l'édifice (3).
Voici la situation des divers autres jeux de paun e :
Dans la rue de la Perle au Marais, le local était carré, et, suivant Sau\al,le mieux entendu des tripots ou jeux de paume.
Dans la rue Cassette, au coin de la rue Honoré-Chevalier, était un jeu de paume.
Trois de ces jeux existaient entre les rues de Seine et Mazarine ; l'un dont l'en-
(1) Ordonnances du Louvre, t. II, p. 172.
(2) Sauvfil, t, llî, p. 47 0.
(3) Registres de la Tournelîe criminelle^ reg. coté 94 et 95.
trée était rue Seine, n» 43; le second, depuis longtemps abandonné; le troisième a son entrée au n» 24, rue Mazarine : il est encore quelquefois occupé par das joueurs.
Au Marais, dans la rue d'Orléans, était un jtu de paume, à la place duquel fut bàti en 1622 un couvent de capucins, remplacé aujourd'hui par l'église de Saint- François d'Assise.
Plusieurs théâtres furent établis dans les salles destinées à ces jeux. Celui qu'on nommait jeu de Paume de la Fontaine, situé rue Michel-le-Comte. fut occupé par une troupe de bouffons que dirigeait un nommé Avenet. Un autre jeu de | aume existait dans la VieiUe-Rue-du-Temple; les comédiens italiens y établirent un théâtre q'ji fut nommé théâtre du Marais (1).
Le jeu de paume de la rue Mazarine, qui existait encore il y a peu d'années, servit en 1673, après la mort de Molière, d'asile aux acteurs de sa troupe.
Le jeu de paume dit de l'Etoile, situé ruedesFossés-Saint-Germain,fut,en 1688, con\erti en salle de spectacle pour les comédiens français.
Dans la suite, on vit s'élever un nouveau jeu de paume dans la rue de Vendôme. Le passage qui de cette rue conduit au boulevard du Temple atteste son existence et sa position ; ii porte le nom de passage du Jeu de Paume.
Le jeu de paume de la rue des Francs- Bourgeois, près de la place Saint-Michel, est fort ancien ; il a porté, sous Louis XVI. le nom de jeu de paume de Monsieur.
Depuis plusieurs années, il est supprimé, et remplacé par la belle imprimerie de M. Rignoux,
Il reste à peine aujourd'hui trois jeux de paume peu fréquentés : ceux des rues Mazarine, Beaurrpai.e et du \«?rJelet.
Quand Paris avait moins du tiers de sa population actuelle, ces jeux y étaient au nombre de quinze à vingt : les goùls sont changés.
Je ne parle point des autres jeux en usage à Paris; Rabelais a eu soin d'en donner une nomenclature qui se compose de deux cent douze, parmi lesquels se trouve le jeu des tarraux ou tanots, le même que nos jeux de cartes (2).
(1) Voyez ci-après^ Théâlre du Marais.
(2) OEuvres de Rabelais^ liv. 1, chap. 22, Jeux de Gargantua.
268 , HISTOIUE
Prisons. Elles étaient nombreuses à Paris : chaquejuridiction, chaque seigneur, chaque monastère avait la sienne. Voici une notice sur les plus connues.
Piison du Louvre. A la fois forteresse, séjour des rois et prison, le Louvre recelait des souterrains qui servaient de cachots aux prisonniers d'Etat ; et peu de temps après la construction de la grosse tour, sous Philippe-Auguste, elle devint la prison de Ferdinand^ comte de Flandre, et de plusieurs autres seigneurs. Guy et Louis, aussi comtes de Flandre, et, dans la suite, Jean, duc de Bretagne, Charles II, roi de Navarre, le duc d'Alençon, etc., y furent renfermés. Ce château-fort ne cessa d'être prison qu'en 1558, lorsque François 1er fit abattre la grosse tour pour reconstruire le Louvre.
Prisons du Grand-Châtelet. Elles se divisaient, suivant Sauvai, en neuf parties ou prisons particulières, dont voici les noms : le Berceau, le Paradis, la Grièche, la Gourdaine, le Puits, les Chaînes, la Boucherie, les Oubliettes (1).
Le jeu des tarrois ou des cartes est bien plus ancien que ne l'ont dit M. de Saint- Foix, et avant lui le père Ménestrier : ils prétendent que ce jeu a été inventé sous le règne de Charles VI, fondés sur ce passage du compte du trésorier du roi : « Donné à « Jacquemin Gringonneur, peintre , pour € trois jeux de cartes à or et à diverses couif leurs, de plusieurs devises, pour porter « devers ledit roi, pour son eBbattement, a 56 sols parisis.
Le jeu des cartes passa de l'Orient en Italie, où, en 1299, suivant le témoignage de Tiraboscbi, il était très répandu; on le nommait naïpes ou naïbi. L'usage de ce jeu se propagea d'Italie en Espagne^ en Allemagne'et en France, où il était en vigueur entre les années 1330 et 1341, avant le règne de Charles VI. En passant chez différents peuples, il éprouva des modifications commandées par les habitudes des temps et du pays. En France, on changea la dénomination et le costume des figures; on les adapta au cosiume de la cour. [Vcyez de plus amples détails sur ce jeu, dans les Recherches sur l'histoire des cartes à jomr, par Samuel Weller Singer, dont M. Depping a donné un extrait dans la Revue encyclopédique, octobre 1819.)
(1) Antiquités de Paris, par Sauvai^ t. III, p. 3, et 338.
Dans l'ordonnance que Henri Vf. r i de France et d'Angleterre, donna au moi^ de mai 1 i^o, les prisons du Chàtelet sont plus nombreuses, et au lieu de neuf on en compte quinze. Dix d'entre elles étaient les moins horribles, puisque les lits v étaient payés plus cher. Voici leu-rs noms ": les Chaînes, Beauvoir, la Motte, la Salîe, les Boucheries, Beaumont, la Grièche, Beauvais, Barbarie et Gloriette. Les prisonniers y payaient par nuit 4 denierpour un lit, et 2 deniers pour la place.
Dans la Fosse, le Puits, la Gourdaine, le Berseul ou Berceau, les Oubliettes ef Entre-deux Huis (portas), les prisonnier? ne payaient qu'un denier par nuit.
A l'entrée, pendant le séjour et à la sortie, les prisonniers payaient le geôlage. L'ordonnance que je cite règle les prix d'entrée et de sortie, d'après l'éta'i depersonnes, ainsi qu'il suit (4).
!iv. s. d.
In comte et une comtesse paieront 10 • •
In chevalier banneret ou une dame bannerelte. » 20 » In simple chevalier ou une simple dame. ...» 5 • In éciiyer ou une simple demniselle noble. . . » > It
Un Lombard ou une Lombarde > i 12
Un juif ou un? juive » 11 ■
Toutes autres personnes • < 8
Dans les comptes de la prévôté de Paris, on lit cet article : « Poulie de cuivreservant à la prison de la Fosse du Chàte- " let. » '
Il parait que les prisonniers étaient descendus dans le cachot dit la Fosse, par une ouverture pratiquée à la voûte du souterrain, comme on descend un seau dans un puits.
Peut-être que cette fosse du Chàtelet était c^lle qu'on nommait Chausse d'hypocras, où les prisonniers avaient les pieds dans l'eau, et ne pouvaient se tenir debout ni couchés. Sa forme devait être celle d'un cône renversé. Ordinairement les prisonniers y mouraient après quinze jours de détention.
Un autre cachot avait reçu le nom de Fin d'aise. 11 était plein d'ôrd jures et de reptiles (2). L'auteur des Persécutions de l'église de Paris dit, en parlant d'un de§^ cachots du Chàtelet, que Pierre Gobert fut « mis au cachot le plus fâcheux, « nommé Fin d'aise, plein d'ordures et de
(Li Ordonnances du Louvre, tome XIII, p. 101.
(2) Histoire ecclésiastique, t. I, p. 130.
sots (M
bèUs. et ne cessoit pourtant de chanter
psaumes, etc.. (P. »
Au reste, la plupart des noms de ces prisons, et notamment celle qu'on appelait les Oubliettes, en donnent une affreuse idée.
Prisons du Petit-Châtelet. Par lettres du 24 décembre 1398, Charles VI ordonna que les prisons de celte forteresse, située à l'extrémité méridionale du Petit-Pont, serviraient de suppléments à celles du Grand-Chàtelet, qui étaient insuffisantes et trop pleines. On fit examiner les prisons daPetit-Chàtelet, lesquelles n'avaient jamais servi. U se trouva qu'elles étaient sûres et suffisamment aérées, à l'exception de trois cachots ou Chartres basses, où les prisonniers, par faute d'air, ne pouvaient vivre longtemps (2).
En 1402, le même roi destina cette hideuse forteresse au prévôt de Paris, comme une demeure sûre et habitation honorable l3). La présence de ce magistrat militaire n'empêcha pas les massacres qui, le 12 juin 1418, furent exercés par la faction des Bourguignons contre les prisonniers.
Prison de la Conciergerie, située dans les bâtiments du palais de la Cité, à .'étage inférieur et à l'ouest de l'emplacement de la grand'sallc. Cette prison tire son origine de celle du Palais : car. depuis Je commencement de la première race, tous les palais des rois, tous les châteaux des seigneurs étaient à la lois lieux de séjour, de défense et de détention.
Cependant cette prison ne figure, pour la première fois, dans les registres de la Tournelle criminelle du parlement, qu'au â3 décembre 1391, à l'occasion de quelques habitants de Nevers et du Nivernais, qui y furent incarcérés pour avoir voulu se soustraire à la tyrannie féodale de l'évèque, du doyen e^ des chanoines de Nevers (4).
Le concierge était un personnage imlX)rtant, le chef d'une juridiction appelée bailliage du Palais: il porait le titre de bailli, et jouissait de plusieurs privilèges.
(1) Histoire des persécutions de f église de Paris, p. 151.
{2) Ordonnances du Louire, t. VIII, p. 309.
\S\ Ordonnances du LomieA XIII, p. 578.
:4] Registns manuscrits de la Tournelle criminelle du parlement de Par^s. extraits par ^L Dongeoi:^. greffier en chef.
\KLES IX 269
Il avait sous sa dépendance les prisons de la Conciergerie du Palais (\)^ Cette dernière partie de ses attributions n'était pas la mieux administrée. La mauvaise nourriture des prisonniers, la malpropreté et l'insalubrité des prisons ont souvent engendré des maladies contagieuses. Au.
mois d'août 1548, il se manifesta dans ces prisons une contagion qu'on nomma la peste. On fut obligé de transférer les malades à l'Hôtel-Dieu. Ceux qui habitaient le préau, ou qui n'étaient détenus que pour des causes civiles, et que la contagion n'avait pas encore frappés, furent placés dans les maisons des huissiers, sergents ou commissaires du Chàtelet, et confiés à leur garde : d'autres furent distribués dans les pri.sons du For-l'Evèque, de Saint-Magloire. de Saint-Martin-des- Champs, de Saint-Germain-des-Prés, de Sainte-Geneviève, etc. Enfin le parlement ordonna que les immondices de ces prisons seraient enlevées, et que le préau, ainsi que les cachots, seraient entièrement nettoyés (2).
Pour la première fois, le 31 juillet 1543, .-ur le rapport de deux conseillers, il fut ordonné que dans la chambre appelée de l'Infirmerie on placerait des lits pour les prisonniers malades (3).
Le préau présente un emplacement ou espèce de cour de 25 h 30 toises de longueur sur 10 environ de largeur. Tout autour sont une galerie, des loges qui servent aux pri.^onniers, et des escaliers qui aboutissent à des prisons supérieures.
La tour carrée de la Conciergerie a renfermé plusieurs prisonniers puissants, notamment l'historien Philippe de Comines, homme qui, supérieur à tous les seigneurs de son temps par ses talents, ne leur était pas inférieur par sa perversité.
Il y existe en outre plusieurs cachots.
Il paraît que les geôliers maltraitaient les prisonniers, puisqu'au seizième siècle on trouve, dans les registres criminels du parlement, de fréquentes injonctions aux geôliers de se conduire avec moins de rigueur envers les détenus, « de bien dou- « cément et humainement traiter les pri-
(1) Begistres criminels du parlement, registre coté 8^*
(2| Ordonna7\ces du Louvre . t. III , p. 310.
i3j R gistres criminels du parlement, registre coté 90, an 8 août 1548.
" sonniers, leur biiller paille et eau, leur' « pourvoir de gens d'église, etc
Prisoîi de la Bastille ou Bastide,
comme ou nommait autrefois les fortifications des portes de Paris. CeHe-ci servait de défense à la porte Saint-Antoine. Elle était 1.1 plus forte de toutes les baslillesde celte ville, à cause du voisinage de l'hôtel Saint-Paul, où le roi Charles V faisait son séjour ordinaire. Dès qu'elle fut entièrement construite, on en destina une partie à des prisons.
Ce fut dans une des tours de cette vaste forteresse que Louis XI, en 1475, fit construire cette fameuse cage de bois pour y renfermer Guillaume de Harancourt, évêque de Verdun. Elle était d'une extrênie solidité, composée de gros madriers liés entre eux par des attaches de fer, et si lourde, qu'il fallut reconstruire et consolider la voûte qui devait la supporter. Pendant vingt jours dix-neuf charpentiers furent employés à cet ouvrage (1).
Dans celte" même cage, ou dans une autre semblable, fut, en 1559, enfc^rmé Anne Dabourg, conseiller au parlement de Paris, condamné au feu pour cause d'opinions religieuses (2)
La bastille, dont je parlerai plus en détail, avait aussi ses cachots humides et obscurs, ses basses fosses, ses oubliettes, où on laissait les prisonniers mourir de faim. On trouva, pendant les mois de mai et de juin 1790, lors de la démolition de cette forteresse, la preuve de cette atrocité : quatre squelettes humains y furent découverts enchaînés; on les transfera dans le cimetière de la paroisse de Saint- Paul.
Prison de Nesle, dans l'hôtel de ce nom, situé sur la rive gauche de la Seine. Cette pr.son servait en l'an 1343, époque où Hugues de Crucy, chevalier, y fut détenu, et ensuite condamné à mort pour ses crimes (3).
l'/lwii du prévôt des marchands, située rue de l'Eco' chérie, aujourd'hui rue de la Tannerie. Elle était fort petite, n'ayant que onze pieds de long sur quatre "de large (4).
(1) Antiquités de Paris^ par Sauvai, t. III, p. 426.
(2) Histoire ecclésiastique^ t. I, p. 246. ^3) tiauval, t. III, p. 4 et 5.
(4) Daus via des registres manuscrits de lu Touruelle criminelle, registre coté 12, on
Les prisons des seigneurs ecclésiastiques étaient plus nombreuses encore : j'en vais indiquer quelques-unes.
Prison de iévêq>3 de Paris, L'évèque de cette ville, comme seigneur temporel et comme seigneur spirituel, avait deux prisons : l'une était celle du For-l'Evèque, siège de sa juridiction, située rue Saint- Germain-l'Auxerrois, au 11° 65, et l'autre celle de l'OtricialLté, dont je parlerai.
La prison du For-rEvê.]ue avait, comme celle du Chàtelet, des oubliettes. Lorsqu'on 138â éclata l'insurrection dite des Maillotins, plusieurs prisons furent ouvertes par les Parisiens insurgés. Ils se portèrent, à ce qu'il paraît, à celle du For-l'Evèque; et, dit Froissart, « ils délivrèrent Huguest Aubriot, lequel était, par sentence, con- « damné à la prison qu'on dit oubliet- « tes(1).» Cette prison se maintint jusqu'en 1674, époque ou la justice épiscopale fut réunie au Chàtelet (2).
Prison de iOfficialité, destinée aux ecclésiastiques; elle consistait en un© haute tour enclavée entre le bâtiment de la grande sjcrisùe de Notie-Dame et l'ancienne chapelle du palais archiépiscopal.
Cette prison avait ses oubliettes. Elle fut démolie en 1795. Des lettres de rémission de l'an 1374, citées par dom Charpentier dans son Glossaire, portent que plusieurs p'isonniers, condamnés à la peine d'oubliettes, s'échappèrent de la geôle de la cour de lofficial de Paris (3).
Les oublitttes étaient des cachots humides, obscurs, où mouraient. sans aucune consolation, ceux qu'on y plongeait. On voit même, par un autre passage du Glossaire, que plusieurs prisonniers furent mis dans des oubliettes de la cour de l'évêqu» de Bayeux, et qu'ils y moururent (4).
Prison du Chapitre de Notre-Dame de
lit que dame Margutrite de Seras, dame d'Ermenonville, et Philip[.e de Villiers, son mari, avaient détenu, daus leur prison, Je nommé Bernard Villet, coupabb d'avoir pris deux ou trois lapins dans leur garenne. Il y fut si cruellement traité, et la prison était si malsaine, que ce malheureux y perdit l'usage de ses deux pieds.
(1) Histoires et chroniques de Froi.^sartf t. II, chap. 94.
(2) Voyez le t. II, art. For-VE'P.me, p. H6.
(3) Glossaire, au mot Oblivium.
(4) Glossaire, au mot Ohlivium.
sous CHARLES IX
Paris. Je ne connais point la situation précise de cette prison; elle était ceriainement dans la Cite et voisine de l'église cathédrale. Elle est signalée par un acte de cruauté exerce par les chanoines de cette église envers les habitants de Chàteuai. J'en ai parlé ci-dessus. Cette prison pourrait bien avoir existé dans un bâtiment de construction ancienne, rue Sair.t-Pierreaux-Bœufs, au coin du cul-de-sac Sainte- Marine.
La juridiction de ce chapitre, exercée par un bailli, un lieutenant, un procureur fiscal, etc., s'étendait sur le cloître de Notre-Dame, et dans la rue d'Arras, près celle de Saint-Victor.
Prison du Jtw/p/e. Les moines militaires, templiers ou chevaliers de Sainl-Jeande-Jérusalem ou de Malte, possesseurs de cette maison et de son vaste enclos, avaient une juridiction, un territoire, qui s'é endaient sur une grande partie du quartier appelé le Marais, et dans la rue du f ubourg du Tem{)le; ils avaient un bailli, des off:ciers et des prisons. Celle du Temple n'était pas la fameuse tour de ce nom qui servait à contenir les archives du prieuré (le France • elle existait dans l'enclos, et elle est souvent mentionnée dans les monuments historiques. En 1601 on détenait dans cette prison, et on y enchaînait les prisonniers condamnes aux galères ( L .
Prison de Saint-Mariin-des-Chomps.
Ce monastère, autrefois entouré de mu; ailles et ce tours, avait dans son enclos une juridiction qu'd a conserveejusqu'au temfs de la révolution. La prison etses cachotsne différaient guère de ceux de la même ville.
En 1712, l'auditoire et la pr son furent démolis, et reconstruits en 1720.
Sau%al dt qu'outre la prison ordinaire de cette abbiye, prison appelée la Geôle, il en exii.iait i>ne autre dansion enceinte, elle était dans la tour nommée de Vert- Bois, située au coin de la rue de ce nom, où, dit-il, « les religieux de Saint-Mariiu . « o"t mis autrefois les moines convaincus ' « de quelques crimes ; mais c était sous • trre, a\ec un peu de pain et d'eau. « dans une basse-fosse où on les faisa.t « mourir misera bk ment i2;. »
Prison du trésorier de la Sainte-
(1) Begistres manuscrits de la Tcumelle criuelk, re^.-tre coté 138.
'2, Sauvai, t. I, p. 5i0.
Chapelle du Palais. Elle est mentionnée dan- un compte de la prévôté de Park, de l'an 1471 (Ij.
Prison de Saint-Eloi, située à côté de l'église Saint-Paul, dans un ancien bâtiment appelé grange Saint-Eloi. Souvent mentioinée dans les monuments historiques, elle figura notamment lors des massacres du 12 juin 1418.
Prison de Saint- Magloire. Elle était fameuse autrefois. Lorsque la peste se manifesta à la conciergerie du Palais, on y transféra une partie de ses prison î'.iers. La juridiction de l'abbé de S.iint-Magloùe comj prenait la paroisse de Saint-Leu et Saint-Gilles.
Prison de Saint-Germain-des-Prés.
Les religieux de cette abbaye avaient leur juridiction, leurs officiers,' leur prisou : celle-ciexisteencore,et sert aujourd'hui de prison militaire. Elle est très forte; elle avait aussi ses oubliettes. Voici ce qu'on lit dans un ouvrage moderne sur les prisons de Paris, ouvrage encore inédit. * Le « principal cachot est plus terrible que « ceux même de Bicèire. Il est creusé à - trente pieds de profondeui': la voûte en « est si basse, qu'un homme de moyenne « taille ne peut s'y tenir debout; et l'hu- « m^idite est si grande, que l'eau soulevé « la paille qui sert de ht aux malheureux. « D'après l'avis du médecin, ils n'y peu- « vent demeurer plus de vingt-quatre heu- « res sans être exposés à périr 2). •
Prison de Sainte-Geneviève. Les religieux de cette abbaye avaient aussi leur juridiction, leur juge, leurs huissiers, leur pri-on. Cette dernière est fréquemment mentionnée, mais nous n'avons aucun renseignement sur son état.
Prison de Saint- Pict or. Cette abbaye avait sa justice et sa prison. La tour d'Alexandre, a laquelle est adossée la fon.'aine de ce nom, au coin des rues Saint-Victor et de Seine, était particul èrement destinée aux religieux de cette maison. Sauvai dit que cette tour doit sa dénomination au piénom <i'Alexandre que portait un religieux de cette abbaye, religieux visionnaire, qui, pendant longues^ années, fut détenu dans cette prison"(3j. La prison dt*
(1) Sauvai^ t. III, preuves, p. 4 et 5.
|2; Tableau moral des j-rùons de Paris, par M.' G... chap. 4.
(.3) Antiquités de Pjri.., par Sauvai, t. I. p. 509.
Saint-Vicloi c^l scuseul indiquée dans les monuments historiques.
Prison de Saint-Benoit. Dans le cloître lie celte église était aussi une prison. II en est fait mention dans un compte de la prévôté de Paris (1).
Les monastères situés hors de Paris, et qui avaient des propriétés dans cette ville, y établissaient aussi des prisons.
Prison de riro?î. L'abbe de Tiron avait une grande maison qui donna ce nom à une rue, laquelle, d'un côté, aboutit à la rue Saint-Antoine, et de l'autre, à celle du Roi de Sicile. Dans cette maison était une prison qui figura dans l'histoire des massacres du 12 juin 1418.
Prison de Vabbesse de Montmartre.
Bile était située dans la rue delaHeaumerie » t dans un cul-de-sac appelé du For-aux- Dames. Les religieuses de Montmartre y avaient leur auditoire et leur prison. Dans an cachot noir on montrait une chaîne destinée aux détenus, que l'on disait être celle qui avait servi à enchaîner saint Denis dans sa prison (2).
Aux prisons de ces seigneurs ecclésiastiques il faut joindre celles de l'Abbaye de Saint-Antoine, du Prieuré de Saint- Lazare, encore en activité: du Prieuré de Saint-Denis-de-la-Chaitre, du Chapitre de Saint-Marcel, du Chapitre de Saint-Merri.
Ces prisons, au nombre de vingt-cinq, étaient toutes reconnues pour légales. Il en existait encore d'autres, dans Paris, qui ne jouissaient pas de la mémo prérogative, mais que le gouvernemonttolérait.
Chaque monastère, même chaque couvent des ordres mendiants avait sa prison. Les cordeliers, pendant leurs violentes querelles, renfermèrent, en îo82, dans la leur, les frères Porlaise et l'Anglois (3). Nous parlerons de celle des Capucins de la rue Saint-Honoré (-4). Ces prisons monacales étaient nommées Jade in pace :
cette dénomination indique un éternel adieu.
Au 31 mai 16"/ 5, Louis XIV réduisit le iiombre des prisons de Paris, et ne conserva que Ifs suivantes : la Conciergerie
k Pnris. par Sauvai, t. III, de Paris, par Sauvai, t. I,
ili Ant>nuités p. 293.
(2) Antiquités p 136.
(3) Registres manuscrits du parlement, au 30>illet 1582.
1 il royîr ci-après, article Cajmcins.
du Palais, le Grand et le Petit-ChàtehM. h'
: For-l'Evèque; celles de Saint-Eloi, do
Saint-Martin, de Saint-Germain-des Prés,
jusqu'à l'achèvement des bâtiments du
Chàtclet; rOfficialité et celle de la Ville-
1 neuve-sur-Gravois, pour les enfants en cor-
j rection.
! Ces prisons, aux quinzième et seizième 1 siècles, étaient toujours remplies, à cause I des nombreuses arrestations qui se faisaient, sans presque aucune formalité el très arbitrairement, et parce que les prisonniers pauvres, quoique acquittés, manquant d'argent pour payer les frais de gîte et geôlage, continuaient à être détenu;-. Le parlement, à plusieitrs époques, et notamment le 9 avril 1540, ordonna aux prévôts et geôliers de faire vendre les biens meubles ou immeubles de ces prisonniers,etc., afin d'en débarrasser les prisons (1).
Les juges oubliaient les prisonniers, dè> qu'ils n'étaient point sollicités pour leur rendre justice. Le sieur d'Antihes, en lool , prisonnier àMelun, à la Ba^lille, au Châtelel , à Saint-Martin-des-Champs, pendant l'espace de cinq années, n'avait pu être jugé. Un nommé Odo Houllet, ci-devant employé par le roi à Constantinople. gémissait depuis neuf ans dans la prison de Saint-Martin, et n'avait pas même été interrogé (2).
En 1364, le parlement ordonna aux geôliers des prisons du Chàtelet, de Saint- Victor, de Saint-Marcel et de Sainl-Geimain-des-Prés, de lui présenter quatre fois par an le rôle des prisonniers qui s"y trouvaient (3).
Celte mesure dut diminuer le nombre des abus existants dans le régime des prisons: mais il en resta beaucoup d'autres.