‹ Histoire de pérégrinations de Molière dans le LanguedocChapitre 4 sur 14 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Troisième rencontre de Dufort et de Molière. — Erreur de Lagrange et Vinot et de M. Baizin rectiSée. — Molière et D'Assoucy à La Grange-des-Prés. — Le prince de Conti donne à Molière une assignation de 5,000 livres. — Déconvenues de D'Assoucy à Montpellier. — Transaction entre Dufort et Molière au sujet de l'assignation. — Molière à Carcassonne. — Tennautier. — Chapelle et Bacbaïunonf. — Leur courroux contre Narbonne. — Réfu(ation par Lefranc de Pompignan. — La Thébaïde jouée à Bordeaux. — Erreurs de MM. Bazin et Viennet rectiûées. — La caisse des États et le prince de Conti. — Le Dépit amoureux à Béziers. — Scène de La Rapière. — Les entrées gratuites. — Stratagème de l'un des frères Béjart. — La troupe de Molière quitte le Languedoc. — Madeleine Béjart obtient payement de Dufort.

'est pendant la session des États (1655-1656) qu'eut lieu la troisième rencontre de Molière et de Martin-Melchior Dufort, le bourgeois de Sigean que nous connaissons déjà ;

lun MOLliiKi;

ce fut pour Molière, nous pouvons le dire avec certitude, une très heureuse rencontre. Dufort s'était rendu à Pézenas , soit pour représenter la communauté de Sigean, qui avait droit de séance aux États, soit, et mieux encore, pour apurer ses comptes auprès de la commission chargée de régler l'étape.

Lagrange et Vinot, et à leur suite M. Bazin, disent que : <• Molière » obtint, en 1655, du » prince de Conti un engagement tant pour » l'on service que pour celui des États de Lan- >> guedoc. » La plupart des biographes affirment qu'à cette occasion le prince de Conti récompensa libéralement Molière, et voulut même se l'attacher en qualité de secrétaire. Lagrange et Vinot, moins explicites, disent seulement : « De ces États et de l'hiver de » 1655-1656, nous ne savons rien en ce qui j' concerne Molière, si ce n'est qu'il hébergea " et nourrit D'Assoucy, pour qui ce fut une " Cocagne. » Quant au prince de Conti, dès le jtrintemps de 1656, il avait quitté Pézenas pour se rendre à la cour, et ne rolnurna dans le Midi qu'en 1661 , alors qu'il fut appelé à

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succéder à Gaston , duc d'Orléans , en qualité de gouverneur du Languedoc.

Nous allons tâcher d'apprécier la valeur des assertions de Lagrange et Vinot. Suivant ces deux biographes , que M. Bazin regarde un peu trop comme deux oracles, Molière , en venant à Pézenas, aurait eu un double engagement : l'un pour le prince; l'autre pour les États. Un engagement est un contrat synallagmatiquc, qui oblige les deux parties à faire quelque chose au regard l'une de l'autre. Dans l'espèce, Molière se serait engagé à donner des représentations, qu'il donna effectivement; et les États, engagés par le prince, auraient dû payer ce service rendu. Et, cependant, après avoir minutieusement compulsé les procès -verbaux des sessions des États de 1655 à 1658, nous n'avons trouvé aucune somme votée pour rétribuer des comédiens. Nos investigations se sont portées sur tous les votes en général , et plus particulièrement sur ceux qui concernent les allocations faites pour les corps de musique, — l'organiste, le sonneur, le tapissier, raumnnier. les frais do la buvolto, etc., etc.

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Eh bien ! au milieu de tous ces articles de dépense, où naturellement aurait dû se rencontrer le payement des comédiens, nous n'avons rien trouvé qui les concerne. La conclusion de ce résultat négatif est que la troupe de Molière n'aurait pas été engagée pour les États ;• — qu'elle n'a jamais été à leur solde.

Nous ignorons si le prince de Conti récompensa libéralement, de sa cassette privée, Molière et sa troupe ; nous ne le pensons pas. Le prince de Conti n'avait qu'un très médiocre apanage ; il se plaignait sans cesse de l'insuffisance de ses revenus, et était toujours court d'argent. Nous sommes donc portés à croire que, pour toute libéralité, le prince se borna à accorder à Molière et à ses comédiens une large hospitalité dans son domaine de La Grange. D'Assoucy, qui fut leur commensal, va dans son langage débraillé nous en donner un aperçu :

Vu milieu de sept ou liiiit plais, Excmi)t (le soins et irembarras.

Je passais (louccmenf la \iel Jamais pins pueiix ne fut plus trras; Et, quoi quon cliante et (|Uoi qu'un die

DANS LE LANGUEDOC. lo;j

De ces beaux Messieurs des États , Qui, tous les jours, ont six ducats, La musique et la comédie; A cette table bien garnie , Parmi les plus friands muscats, C'est moi qui soufflais la rôtie Et qui buvais plus d'hypocras!

Voici encore une autre particularité relative au séjour de la troupe de Molière à La Grange : sur les parois d'une cloison intérieure, nouvellement mise à nu, on a trouvé le nom de l'immortel comédien tracé avec la pointe d'un couteau .

Mais ce qui , mieux encore que tout ce que nous venons de rapporter, nous autorise à dire (lue le prince de Conti ne donna rien de sa bourse privée à Molière, c'est que, aussitôt après la session des États, il lui fit remettre une assignation de CINQ MILLE LIVRES sur le fonds des étapes de la province. Pourquoi cette allocation indirecte et frauduleuse, s'il y avait eu un engagement officiel pour le compte des États? — Pourquoi encore celte remise, s'il y avait eu déjà un don direct fait par le prince ?

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Au xvii^ siècle, cinq mille livres étaient une somme considérable , surtout pour des comédiens, puisque Louis XIV, le grand roi, n'autorisa, en 1665, qu'une allocation de 7,000 livres par an à cette même troupe de Molière, lorsqu'il l'eut attachée aux fêtes de la cour. Le prince de Conti avait donc été suffisamment libéral en accordant 5,000 livres pour un service de trois mois environ. Toutefois, une assignation de 5,000 livres n'était pas de l'argent comptant; ce dont Molière et sa troupe avaient surtout grand besoin.

Heureusement pour Molière, son ami Melchior Dufort se trouvait à Pézenas et avait pris grand plaisir à ses représentations. Le poète entretint l'étapier de l'embarras de ses finances, de l'assignation du prince, des ajournements auxquels elle serait sans doute exposée avant d'être payée ; et les deux amis se donnèrent rendez-vous à Narbonne pour y traiter définitivement cette affaire. Après la session des États , ce fut , en effet , vers cette ville que se dirigea la troujte de Molière, toujours en rompagnie du pjirasito D'Assoucy. qui,

DANS LE LANtUEUOC lU.i

cependant, les quitta là brusquement pour se rendre à Montpellier; et bien mal lui en prit! car il faillit être écharpé et brûlé par les harengères de cette ville. « Dans les rues, disent ') les narrateurs de cette scène émouvante, les » femmes écumaient de rage :

11 sera brûlé, Dieu merci!

Disait une vieille basasse; Dieu veuille qu'autant on en fasse A tous ceux qui vivent ainsi !

" — C'est trop peu de le brûler, reprenaient "les autres; il faut l'écorcher vif! » Mais laissons de côté les déconvenues de ce pauvre D'Assoucy pour revenir au sujet principal.

Vers la fin de février, l'aventurier avait laissé ses bons amis à Narbonne, et ils y étaient encore dans les premiers jours de mai, lorsque arriva Melchior Dufort. L'époque ne peut être douteuse, puisque le 3 mai 1656, en présence de M. de Cathelan, baron de Portel, viguier et juge-royal de Narbonne (1), intervient un ac-

(() M. fie CalliPlan aviparleiiail à la famillp des Cathelan rie Timlousp, qui s'est reiuliie illustre dans la uiasjistrature, l'épis-

HJ6 MOLlÈKt: '

cord, sous forme de police, entre : Maktin Melchior Duforï, et Josepu Cassaignes, d'une part; — Jean-Baptiste Poquelin Molière et Madeleine Béjart , d'autre part.

En vertu de cet accord, Dufort et Cassaignes, solidaires l'un pour l'autre, prennent l'assignation du prince de Conti à leurs risques et périls et en fournissent le montant à Molière et à la Béjart de la manière suivante : 1,250 livres en espèces, et pour le solde, soit 3,750 livres , une lettre de change à l'ordre de Molière et de Madeleine Béjart, tirée par Cassaignes sur Dufort et acceptée par ce dernier, payable à un an de date.

Il est bien certain que Molière n'accepta et ne sollicita cet arrangement, que parce qu'il était sans argent. Si le prince lui en eût donné de sa cassette privée, si les États lui en avaient

copat et les lettres. Sa (ille, mademoiselle Prisrille de Cathelan, après avoir été couronnée quatre fois par les membres du gay-sçavoir, fut la première femme nommée maîtresse ès-jeux floraux (1717).

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remis de leur caisse, il n'aurait pas eu besoin de négocier son assignation et surtout de stipuler la remise immédiate de ces 1,250 livres. D'après ce qui précède, nous pensons avoir suffisamment démontré que les libéralités du prince de Conti envers Molière ne proviennent que de l'imagination des biographes.

Quoi qu'il en soit, après la conclusion de cet arrangement, la troupe de Molière quitte Narbonne et va donner des représentations à Carcassonne, où elle fut rencontrée par Chapelle et Bachaumont, qui venaient de Toulouse et se rendaient en Provence. Ces messieurs s'arrêtèrent d'abord à Pennautier, ancienne résidence féodale, toute imprégnée des souvenirs des cours d'amour, dont les échos, silencieux aujourd'hui, avaient autrefois complaisamment répété les chants d'Adélaïde des Burlats, de Pons de Lagarde, de Clara d'Anduze, de Pierre Vidal, d'Arnaud de Marveill, poètes célèbres et aimés dans le Languedoc du moyen âge. Pennautier est aux portes de Carcassonne, au milieu d'une magnifique plaine, et de là Chapelle et Bachaumont se rendaient à la ville

pour assister à la comédie « qui, disent-ils, » fut un de nos divertissements assez grands, » parce que la troupe n'était pas mauvaise » (juillet-août 1656). » Ce délassement leur manqua à Narbonne, où ils se dirigèrent ensuite ; ce qui valut à l'antique capitale des Gaules les strophes ou plutôt les apostrophes les plus désobligeantes et les plus injustes :

Dans cette vilaine Narbonne Toujours il pleut, toujours il tonne; Toute lu nuit doncques il plut, Et tant d'eau cette nuit il cliut, Que la campagne submergée Tint deux jours la ville assiégée.

Digne objet de notre courroux !

Vieille ville toute de fange, Qui n'es que ruisseaux et qu'égouts ; Pourrais-tu prétendre de nous Le moindre vers à ta louange'

Et comme ces messieurs ne trouvèrent pas à Narbonne les honnêtes divertissements qu'ils avaient rencontrés à Carcassonne, ils donnèrent, tête baissée, dans les plaisirs faciles, et dont ils ne tardèrent pas à se repentir, et se

DANS LE LANGL KDUi;. Illll

vent,'èrent ensuite de leur mésa\ cnture on lançant l'anathomp sur l'innocente Narbonne (t). Si Molière était resté quelques jours de plus à Narbonne , Chapelle et Bachaumont en seraient sortis sains et saufs, et auraient trouvé la ville charmante. On le voit, la comédie est souvent bonne à quelque chose : elle corrige les mœurs; elle peut aussi, dans certains cas, préserver la santé des imprudents et les empêcher de médire!

(I) Lefranc de Pump griaii, qui a piiblii? en I7'i0 un Voyage en Provence et en LamjueJoc, a clierrlif' à rnparer ainsi l'injustice de Chapelle et de Bachaumont ; ■■ N'y cùt-il que ses '■ anciennes inscriptions qu'a si fort respectées le temps, cette ■' N'arbonne méritait un peu plus d'égards que n'en ont eu " les deux célèbres voyagnns. Nous pouvons attester qu'il n'y " plut ni n'y tonna pendant plus de quatre heures, et que " jamais le ciel ne l'ut plus serein que lorsque nous en par- >. tinies;

PI Mais, vu le local enterré

" De la cité priniatiale,

Il Nous croyons, tout consid.-ré,

Il Quo quand la saison pluviale

" Au milieu du champ labouré

Il Ferme la bouche à la cigale;

" Toutes les eaux ont conjuré

Il D'environner bon gré mal gré

" La ville archiépiscopale;

Il Ce qui rend ce lieu révéré

Il Un cloaque beaucoup trop sale,

Il De quoi Chapelle a murmuré,

Il Mais d'un ton si [)eu mesuré

Il yu'il en résulte grand scandale! n

III) MULIKIIE

De Carcassonne, la troupe de Molière se porta sur Castelnaudary , visita une seconde fois Toulouse (1) , s'arrêta à Agen, et alla faire à Bordeaux le malencontreux essai de la Thébaïde, dont le président de 3Iontesquieu a rendu compte. De là, rebroussant chemin, elle se dirige sur Béziers, où l'assemblée des États du Languedoc devait avoir lieu (17 novembre 1656). Malgré sa déconvenue de Montpellier, D'Assoucy fut exact au rendez-vous; mais, comme il ne trouva à Béziers, ni les abondants repas de La Grange, ni les bonnes pistoles de

(1) Nous regrettons vivement de ne pouvoir donner qu'une simple indication sur le second séjour de Molière à Toulouse. Feu iM. Bellionime, archiviste du département de la Haute- Garonne, nous avait fait espérer qu'il parviendrait à retrouver quelques documonts relatifs à Tillustre poète; car il avait un souvenir confus d'avoir rencontré des notes le concernant parmi les papiers non encore classés; telle est aussi l'opinion qui nous a été exprimée par M. Bernard-Desbarraux, inspecteur de la Bibliothèque publique de Toulouse et admirateur passionné de Molière. La mort prématurée de M. Belhoranie l'a empêché de réaliser sa promesse; mais nous avons l'intime conviction que le nouvel archiviste, M. Adolphe Baudouin, plein de zèle et d'amour pour les lettres, ne laissera pas passer inaperçue une telle découverte, s'il avait le bonheur de la faire, et que, comme son devancier, il aurait l'obligeance, ou de nous la communiquer, ou d'en faire part Uii-nième au public.

DANS LE LANlil KDOC. III

M. de Guilleragues, incontinent il faussa compagnie et partit sans tambour ni trompette.

Avant d'aller plus avant, nous réfuterons deux erreurs qui appartiennent, l'une à M. Bazin , l'autre à M. Viennet, membre de l' Académie française, et auteur d'une Histoire de Ik'ziersf.

M. Bazin est toujours intimement convaincu que Molière et sa troupe étaient aux gages des États; car, en parlant de la session de 1656- 1657, il s'exprime ainsi : « Les comédiens fi- « rent leur service aux États; » ce qui donne à supposer qu'ils y accomplissaient un devoir étroit , rigoureux , tandis qu'au contraire ils n'y venaient que de leur plein gré. Ils choisirent le temps de la tenue des États, de préférence à toute autre époque, parce que le grand nombre d'étrangers qui se trouvaient réunis dans la ville où se tenait la session leur permettait d'espérer d'abondantes recettes; d'ailleurs, une petite affaire d'intérêt privé les y attirait. Un extrait des proces-verbaux de cette session de 1656-1657 , que nous allons bientôt donner, démontrera pleinement la justesse de notre assertion.

112 MOLlKlîF.

M. Vionnel s'exprime ainsi dans l'histoire do sa ville natale : « Pendant que le prince de " Conti tenait à Béziers les États de 1634 , il y " appela, pour se désennuyer, la troupe de " Molière, et c'est là que fut jouée pour la » première fois la comédie du Dépit amou- •< veux. » Ici, il y a deux erreurs : les États de 1654 furent tenus à Montpellier, et non à Béziers; le prince de Conti y figura comme commissaire du roi ; mais Molière n'y donna aucune représentation. — Les États ne se réunirent à Béziers que pour la session de 1656- 1657; messire Louis de Cardaillac de Lévy, comte de Bieule, y représentait le roi, et ce fut en cette même année 1636 qu'eut lieu, à Béziers, la première représentation ùu Dépit amoureu.r.

Maintenant que tous les doutes sont levés, examinons pourquoi Molière et la Béjart s'obstinaient à battre ainsi l'estrade dans le Bas- Languedoc. La raison en est simple et le motif bien légitime ; parce qu'ils attendaient avec anxiété l'échéance de la lettre de change tirée par Cassaignes sur Dufort ; car. aussitôt après le départ du prince de Conti et la clô-

DANS LE LANGIEUOC. 11:!

ture de la session de 1655-1656, les trésoriers des États avaient élevé des doutes sur la validité de l'assignation que le prince de Conti avait donnée à Molière.

En effet, d'après les privilèges du Languedoc et l'omnipotence des États en fait de finances et d'impôts, on ne peut s'empêcher de reconnaître que le prince de Conti n'avait nullement le droit de disposer à son gré des fonds de la province. Voici en quels termes était rédigée la commission qui était donnée aux princes, aux maréchaux et aux autres grands seigneurs chargés par le roi de convoquer les États de Languedoc et d'y porter la parole en son nom. On verra par la forme de ces commissions si celui qui en était porteur pouvait en aucune façon, et de sa seule autorité privée, exiger la moindre somme :

" De par le roi, disaient ces lettres closes " adressées au Président des États, très chers " et bien amés, nous avons fait expédier à ■ notre très cher et très amé cousin, N..., nos » commissions nécessaires pour la convocation >' des États-Généraux de la i)rovince de Lan-

tli MOLIÈKE

n guedoc pour l'année ...., lesquelles nous lui ■> avons fait remettre comme principal com- ■' missaire en l'assemblée. Vous apprendrez " par ce qu'elles contiennent, et entendrez ■' encore par ce que lui et les autres commis- ■ saires par nous députés auxdits États vous ■' diront de notre part le besoin que nous avons " d'être secourus et assistés en l'état présent de " nos affaires des sommes contenues ès-dites • commissions, pour subvenir aux dépenses " que nous avons à supporter pour la conser- >> vation et la manutention de notre État. »

Après avoir délibéré sur ces demandes et sur la quotité des sommes à accorder, les États formulaient ainsi leur réponse, qui était toujours sur le ton de la doléance : « Les gens " des trois États de la province de Languedoc, " assemblés par mandement du roi, ayant en- ■' tendu la demande à eux adressée au sujet •' des impositions que S. M. requiert être » faites sur lesdils pays; savoir

" Bien que cette province soit accablée par " les grandes impositions qu'elle fait rolontai-

DANS LE LANCIRUOC. ll.)

') rement pour le service de S. M., néanmoins, » afin de témoigner qu'elle a beaucoup plus do •> passion pour le service de S. M. que pour » son propre soulagement, les gens des trois

') États ont LIBÉRALEMENT OCTROYÉ et AC-

» CORDÉ au roi, leur souverain prince et sei- •) gneur pour l'année ...., et sans consé- >> QUENCE, lesdites sommes, et consentent » qu'elles soient imposées pour ladite année » seulement. »

Dans la session de 1655-1656, le prince de Conti devait s'efforcer d'obtenir des États un don gratuit plus considérable que celui qu'ils faisaient tous les ans, et voici en quels termes il s'acquitta de sa mission : « Les besoins de •> l'État vous sont si connus que rien ne nous " paraît plus inutile que de vous les mettre ■I sous les yeux; aussi espérons-nous que vous " voudrez bien fournir à S. M. les moyens de ■' continuer la guerre en augmentant les pré- •' sents que vous lui faites gratuitement •> chaque année. » Un langage si obséquieux, lorsqu'il s'agissait d'une somme à obtenir pour le ser\jcp du roi, indique assez (juo le prince

Mfi MOLlIiKK

n'avait pas le droit de tailler et d'imposer à merci; et que, par suite, il n'avait pas qualité pour délivrer l'assignation qu'il avait donnée a Molière.

Les observations des trésoriers firent comprendre à Dufort, tardivement il est vrai, l'imprudence qu'il avait commise en s'engageant dans une telle affaire ; et croyant s'en sortir, il prit la résolution, comme un homme faible et ignorant, de refuser le payement de la lettre de change tirée par Cassaignes et acceptée par lui!

La situation, comme on voit, était très tendue; aussi les comédiens, en gens habiles et bien appris, ne négligèrent rien pour surmonter les obstacles. Ils se rendirent à Béziers. dès l'ouverture de la session ( 17 novembre 1656) ; firent des démarches auprès des députés les plus inlluents; et afin de se les rendre favorables ils leur distribuèrent à profusion des entrées gratuites ; en outre, ils offrirent à la curiosité des spectateurs la meilleure pièce de leur répertoire. Je Dépit amoureu.r. pièce en cinij actes et on \ors. (lui était bien supérieure

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aux farces qu'ils représentaient ordinairement. Molière y jouait le rôle d'Albert, père de Lucile et d'Ascagne. Cailhava, dans ses Éludes sur Molière, dit que « le D'pit amoureux est > l'une des pièces de cet auteur où il y a le " plus grand nombre de belles scènes, parmi '> lesquelles il recommande surtout celle de la " brouillerie et du raccommodement entre " Éraste et Lucile. » Peut-être aussi la petite scène du bretteur, offrant ses services à Valère (acte V% scène m''), qui les refuse avec dignité, fut-elle introduite dans la pièce afin de louer adroitement la haute administration du Languedoc, qui, sous l'influence du prince de Conti, venait de mettre en vigueur l'édit du roi de 1651 contre les duels et les duellistes. Molière avait à la fois à ménager les préjugés et à louer ceux qui entendaient faire pré^aloi^ la loi; il est impossible de se sortir plus adroitement de cette situation délicate :

LA RAPIÉllE.

S'il vous faisait besoin, mon bras eS't tout à vous; Vous savez, de tout temps, que je suis un i)on frère!

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