LÉGAT EN FRANCE
que par l'envoi d’un légat chargé d’instruire l'affaire du divorce, et de prononcer définitivement sur les difficultés qu'il présentait. Ce légat reçut pour mission particulière dene commencer cette instruction qu'après avoir obtenu la restitution complète des biens, dont le clergé avait été dépouillé par le roi. Il renouvela à ce prince le commandement exprès de reprendre immédiatement Ingerburge, et de donner caution qu'il ne s’en séparerait qu’après que le Saint-Siège aurait prononcé :. En même temps la jeune Agnès devait quitter le palais et même le royaume; on la considérerait comme une concubine et une adultère, à moins que le divorce avec Ingerburge ne fût annulé après examen.
Le cardinal Octavien, légat du Saint-Siége, arriva en France vers le mois de septembre 1202; il fut reçu par le peuple avec un respect mêlé d’un sombre enthousiasme, qui dut montrer de plus en plus que les superstitions de l’'Église exerçaient sur l’imagination du peuple un ascendant absolu. Le roi étaitalors à St.-Léger?:;
* Roger de Hoved., Ænnal. Anglor., p.810.
à [’interdit fut leve à Saint-Léger le 7 septembre; 1l ne le
CONDITIONS IMPOSEFS À PHILIPPE. 155
de sa propre autorité le légat convoqua à Dijon un concile pour décider provisoirement sur finterdit. La reine Ingerburge y fut mandée et honorablement accueillie; elle s’assit à côté du roi. Le légat prit la parole et demanda si Philippe voulait promettre par serment qu'il cohabiterait avec Ingerburge jusqu’à la décision définitive? s’il voulait s'engager surtout à ne plus revoir Agnès de Méranie, et à la renvoyer de son palais et de son royaume? Philippe promit ce qu’on exigeait de lui, en pleurant de dépit. Il fit observer qu'Agnès était enceinte, et qu'un voyage, dans cette situation, pourrait causer sa mort. Le concile décida que le roi fixerait lui-même un lieu de retraite, pourvu qu'il s’engageàt, sous la religion du serment, à ne plus la revoir. Philippe jura, une main sur l'Évangile, qu'il ne la toucherait plus de sa chair. Le concile se sépara, fixant sa réunion nouvelle, pour décider sur le divorce, à six mois, dix semaines à partir du jour où cette assemblée provisoire s'était
fut à Dijon que le 13.— Chroniq. de: Saint-Denis et de Dijon.
— Labbe, t. I, p. 295.