FRÉNÉSIE POUR L'ESPRIT MONASTIQUE
Quand une contrition religieuse ou le désir de se consacrer à Dieu portait un baron, vieux pécheur, à prendre lhabit de Clairvaux, il était rare qu'il ne donnât au monastère ses fiefs, dont la coutume lui permettait de disposer :
alors les frères l’accueillaient avec joie. C'était une vie bien douce que celle du monastère; après une jeunesse agitée dans les batailles, le baron trouvait, dans des solitudes embellies, une heureuse oïisiveté, « el quelquefois jeune béguine que les repentans embrassent toujours avec dilection joyeuse », comme le dit le troubadour Bertrand de Born. Tout parlait dans ces monastères à l'imagination; la cloche bruyante, l’orgue solennel, les chants de matines et de nones retentissant au milieu de longs cloîtres à ogives, qu’éclairaient les vitraux de mille couleurs. Au réfectoire, le vin de Die et de Clovoujeaux circulait dans des vases d’osier, dont la trop grande capacité avait excité si souvent les vives censures du pape Innocent IIT. On y mangeait force gibier, de larges pâtés pétris dans les cuisines mêmes du monastère; et il était rare qu’on écoutât, au milieu des nombreuses libations,
UNIVERSITÉS. | 189 le bon père qui, la mine alongée, lisait à.
haute voix le Bréviaire de Rome ou les Épitres de saint Paul.
Il ne faut donc plus s'étonner de cet entrainement qui poussait les barons à quitter la vie du monde pour prendre lhabit monastique ; les abbayes recevaient tant alors, devenaient
iême une puissance si effrayante, que leur situation excita à la fin l'attention de Philippe- Auguste; nous le verrons, dans [a troisième période de cette histoire, mettre un frein aux acquisitions exorbitantes faites par le clergé, ainsi qu'aux empiétemens de sa juridiction.
L'administration de Philippe - Auguste fut marquée à cette époque par des actes réglementaires sur l’Université. Après la décadence de la littérature romaine, quelques traditions de science défigurées par l'esprit monacal s’étaient conservées. De vieux manuscrits du Bas-Empire, quelques livres philosophiques, avaient survécu au grand naufrage de cette civilisation romaine, si grande sous les Césars'. On a dit souvent que le clergé avait
1 Il existe un bien excellent tableau de la littérature, des