DÉPART POUR CONSTANTINOPLE
voyait-il avec peine qu’une aussi grande entreprise eût été conçue pour ainsi dire en dehors de la volonté pontificale. Selon l’usage, il menaça les croisés de l'excommunication; Robert de Bove et Jean de Nesle fnrent chargés de se rendre à Rome, porteurs de chartes destinées à apaiser le pontife. « Très saint père, lui dirent-ils, les barons de la sainte ligue de France vous prient de les excuser, s’il vous plait, de la prise de Zara, car ils l'ont fait par contrainte et ne pouvant mieux; 1ls vous supplient de leur donner congé pour la guerre de Constantinople. » Le pontife salua les barons, et déclara les absoudre comme de bons enfans pour la prise de Zara: il les somma de ne plus se détourner ni à droite n1 à gauche, et d’aller vers Le chemin de Ja Palestine. Les comtes, à leur tour, pronuirent par serment de réparer leur tort; de mériter, par leur conduite, dans l'avenir, le pardon de leur faute.
Néanmoins, le carême prenant, la flotte se prépara au départ. Les croisés s’'embarquerent
* Epist. d’'Innocent III, liv. VI, epist. 99.