ARRIVÉE DE LA FLOTTE A CONSTANTINOPLE
Après avoir éprouvé bien des dangers, la flotte des pélerins se déploya devant Constantinople. Ayant jeté l’ancre à trois lieues de cette grande cité, les chevaliers seprirent à la contempler attentivement. « Quand ils eurent aperçu ses hautes murailles, les gros turrions dont elle était munie tout à l’entour, il n’y eut là s1 hardi ni si assez au cœur, qui ne frémist; ce qui n’était pas grand merveille. Cependant on délibéra sur les opérations ultérieures : les uns voulaient occuper les terres à l’entour'; les autres, s'approcher immédiatement de Constantinople. Au milieu de ces discussions, Dandolo se leva sur ses pieds, et dit : « Sires barons, si nous nous abandonnons dans les terres, le pays est fort large, et nos gens pâtiront de vivres, mais il y a des iles tout ici près, qui sont habitées et pleines de blés et autres choses nécessaires; allons y descendre, et râflons d’abord cela. » Le lendemain, qui était la Saint-Jean-Baptiste de juin, les chevaliers raflèrent, comme le doge avait dit, tout ce qu'ils purent trouver dans les iles, et vinrent passer à pleines voiles devant Constantinople, et à une si petite distance, que les traits et coups de pierre arrivèrent à plu-