‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 220 sur 336 · DESTRUCTION DES MONUMENS · texte numérisé non relu

DESTRUCTION DES MONUMENS

succombant sous le poids de leur fardeau, étaient percés à coups d'épée, et souillaient de leurs ordures et de leur sang les riches parvis de Sainte-Sophie. Une prostituée monta dans la chaire patriarchale, entonna une chanson lascive au milieu de la foule des soldats, dont les bruyans éclats de rire se faisaient entendre sous l’armure.

« Voilà donc ce que nous promettaient ces casques dorés, ces hommes fiers, ces sourcils élevés, cette barbe rase, cette main toujours prête à répandre le sang, ces narines qui ne respirent que la colère, cet œil superbe, cet aspect cruel, et cette langue si prompte à s’'emporter. Ces barbares détruisirent la statue en bronze de Junon, qui avait jadis orné le temple de la déesse à Samos; sa forme était tellement colossale, que, lorsqu'elle fut renversée par les Francs, huit bœufs attelés trainérent avec peine sa tête gigantesque au palais

1 Nicétas , Liv. 5.

2 Cette poétique description de tous les monumens détruits par les Latins , à Constantinople, ne se trouve pas dans toutes les éditions de Nicétas; elle a été recueillie par Fabricius, Biblioth. græc., t. vi, p. 405-416 , et commentée par Heyne, dans les Mémoires de la Société royale de Gæœttingue, t. x1 el x.

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de Bourbelyon. Ils n’épargnèrent pas non plus la statue de Päris offrant à Vénus le prix de la beauté ou la pomme de la discorde, ni l’obélisque de forme carrée qui étonnait tous les spectateurs par la multitude et la variété des objets qu'il offrait à leurs regards. Sur lun de ses côtés, l'artiste avait représenté en basrelief des bergers jouant de la flûte, des moutons bélans, des agneaux bondissans sur l'herbe, des villageois occupés de leurs travaux rustiques, toutes sortes d'oiseaux saluant le retour du soleil; plus loin, une mer tranquille et des poissons de mille espèces, les uns capüfs, les autres rompant les filets et regagnant leurs retraites profondes; des amours nus folâtrant et se jetant des pommes; au-dessus de l’obélisque, en forme pyramidale, on voyait une figure de femme qui tournait au moindre vent. Les barbares détruisirent encore âne et son conducteur qu'Auguste plaça dans sa colonie de Nicopolis, pour rappeler une prédiction singulière qui luiavaitannoncéletriomphe d’Actium; l’hyène ou la louve qui allaita Romulus et Rémus, souvenir de notre vieil empire de Rome; le sphinx au visage de femme;

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