‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 222 sur 336 · RÉUNION DU BUTIN · texte numérisé non relu

RÉUNION DU BUTIN

épargné, ni le groupe de plusieurs animaux dé l'Égypte, l'aspic, le basilic et le crocodile, se livrant un combat mortel, image de la guerre que se font les méchans; ni la statue de cette jeune femme, les cheveux tressés sur le front ou noués par derrière, qui portait dans sa main un petit cavalier armé de toutes pièces; ni le terrible Hercule, ouvrage de Lysippe : le dieu n'avait ni son arc nt sa massue, 1l était assis sur un lit de mousse, son genou plié soutenait son coude, et sa tête s’appuyait sur sa main gauche ; ses regards et son air pensif laissaient voir le dépit et la tristesse que lui causait la jalousie d'Érysthéer. »

Si Nicétas déplore la perte des chefs-d’œuvre des arts dans Constantinople, aucun des historiens d'Occident n’y prête la moindre attention; car la grossière avidité des chevaliers n’appréciait dans ces monumens que le métal dont ils étaient formés. Par l’ordre des chefs, le butin fut réuni dans trois églises que l’on confia à la garde d’un nombre égal d’hommes d'armes de Venise et de France. Chacun se mit à apporter son gain, pour le mettre en-

1 Nicetas, Liv. VI.

LES RELIQUES. 271 La

semble;» les uns bien et fidèlement, et les autres, par désir de convoitise, source et -racine de tous maulx, mirent leur cas à part. Cependant le butin fut doncques rassemblé au mieux qu on put, et, sans le laisser croupir davantage, il fut réparti aux Français et aux Vénitiens par égale moitié t. »

Les abbés et les évèques, qui avaient suivi l’armée, n’oublièrent non plus un autre genre de pillage qui était pour eux une source de richesses et d’honneurs en Occident. Constantinople, depuis lavénement de son fondateur, passait dans le monde chrétien pour la ville la mieux garnie de reliques. Toutes les églises conservaient quelques débris mutilés de saints et de martyrs. Une relique était une conquête que prisaient singulièrement les abbés et les moines d'Occident; car le dépôt d’un bras ou d’un doigt saints dans le moutier multipliait les offrandes et les donations pieuses. Les fiefs, les écus d’or, les redevances de bon vin et de blé accablaient les monastères possesseurs de quelques débris vénérés. Martin Lis, abbé du diocèse de Bale, entra

t Villehardouin , liv. V.

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