‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 316 sur 336 · L'EMPIRE · texte numérisé non relu

L'EMPIRE

autorité, porte son attention sur des intérêts éloignés et complexes. Lorsque Louis VI et Louis VII voyaient, du haut de leur palais en l'ile, les sires de Montmorency et de Montlhéri insulter leurs hommes et leurs gonfanons, ils devaient peu s'inquiéter des élections impériales. Ainsi cette différence dans les préoccupations de la souveraineté indique un progrès important dans la force de l'autorité royale. Les querelles de l'empire tiendront une plus large place dans la dernière partie de la vie de Philippe, alors que la grande dispute entre Othon et la France se vida dans les champs de Bovines.

C’est au milieu de ces dissensions qu'apparait surtout la puissance de la cour de Rome. Le pape Innocent IIT est le seul pontife contemporain de Philippe-Auguste, qui ait montré cette vaste et active capacité embrassant Pumivers catholique. Célestin avait passé sur le siége romain, sans laisser de traces, mais le nom de son successeur se trouve mélé à toutes les affaires de ce siècle : il n’est pas une question domestique, se rattachant à des têtes couronnées, à des barons, à des chäte-

lains; pas une querelle privée ou publique entre les rois, pas un différend entre les barons, les abbayes et les monastères, qui n’appelle sa vigilance. Sa vaste correspondance est encore un des grands monumens du moyen âge. Ses légats, ses cardinaux parcouraient les empires, les provinces, prescrivaient des lois, jétaient des interdits, semaient des anathèmes, ettout courbait la tête devant les foudres apostoliques. On ne peut se faire une idée de cette autorité levant des armées par une bulle et des indulgences, dirigeant la politique des États, se mélant du gouvernement de la France, de l’Angleterre, de l’Empire, et tout cela par le seul ascendant des opinions. Partout où je rencontre une grande capacité, Jaume à la saluer; et, disons-le, Innocent III domine son siècle bien autrement que Philippe-Auguste, et les princes contemporains.

Il y a une école qui veut trouver dans linfluence des papes sur la société le triomphe des idées morales et le principe des lumières; sans doute les pontifes intervinrent quelquefois pour rappeler aux puissans les devoirs de la vie sociale, les grands principes du mariage,

Page 1