‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 317 sur 336 · LES PAPES · texte numérisé non relu

LES PAPES

de la paternité souveraine, mais l’action générale de l'autorité papale fut étroite et mesquine. N’envisageant jamais les questions de morale et de politique que sous un seul rapport, l’exclusive domination de la puissance pontificale; resserrant tout dans les limites des dogmes catholiques , l'influence des papes fut nuisible aux efforts généreux et spontanés de l’esprit humain : pas une découverte du génie, pas une œuvre hardie de la raison, qui ne trouva des obstacles et une opposition constante en l'autorité du Saint-Siège, et l’inquisition établie à cette époque fut le dernier acte de ce système d'opposition et de résistance à la marche des idées neuves et des opinions rationnelles.

Quoique le pouvoir des papes fût parvenu à son apogée, cependant des principes de décadence se faisaient remarquer, et comme toute puissance qui tend trop son ressort, elle était à son dernier terme, et menaçait ruine. Le fondement de l'influence des pontifes était : l'autorité; ainsi la liberté dans les opinions devait être pour elle une cause de mort, et c'est la conviction qu’elle en avait qui lu

faisait poursuivre l’hérésie avec tant d’acharnement.

De quelque manière qu'on envisage l’hérésie, elle est au moïns un signe de liberté. Qui se sépare, proclame son indépendance, et indépendance des opinions est la condition nécessaire de tout progrès. Je considère donc l’hérésie comme la première cause de la marche de l'esprit humain, et cela est si vrai que presque tous les hommes de force et de capacité des douzième et treizième siècles, si l'on en excepte saint Bernard dont le génie fut obéissant au Saint-Siége ( car, à toutes les époques, il y eut des talens serviles), furent accusés d'hérésies : Abélard, Gilbert des Poirées, Pierrele-Vénérable, tous ceux enfin qu’une exaltation mystique ou qu'une raison supérieure entrainaient à des croyances indépendantes ou au doute rebelle, éprouvèrent la colère de la cour de Rome.

Au treizième siècle, le ressort de l'autorité pontificale s’affaiblit par la double action de l'opposition populaire et de la résistance royale. Les croyances des Vaudois, des Albigeois, furent une protestation de l’indépen-

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