GRANDS VASSAUX
dance religieuse , comme les actes de la royauté contre les papes furent dictés par le sentiment tout-puissant de la souveraineté publique. Vainement les pontifes font-ils éclater tout le tapage des foudres romaines, vainement luttentils par la persécution contre la liberté intellectuelle; celle-ci, plus forte que toutes les oppressions, dominera tout ou tard, comme pour rappeler à l'Église que les tourmens du Cirque n'arrêterent pas les progrès d'une indépendance généreuse dans ses premiers martyrs!
Sous Philippe-Auguste, l'autorité royale se fatigua à son tour des exigences des pontifes.
Un royaume jeté en interdit, les fiefs, les terres féodales envahies sans cesse par une milice de légats et de cardinaux, réunissant des conciles, lançant des anathèmes, tout cela ne pouvait convenir à la puissance régulière qui s’organisait; et ici, nous ne devons point oublier la charte scellée du sceau de sept barons, que nous avons déjà rappelée, déclarant au roi Philippe qu'ils le serviront même contre le pape, progrès immense dans les idées du temps.
Les rapports de l'autorité royale et des grands vassaux prenaient aussi un certain caractère
de force et d’unité. Après la réunion des fiefs anglais à la couronne , le langage des chartes et des ordonnances du roi indique des idées de souveraineté générale : le duc de Guyenne, le comte de Poitou, les ducs de Normandie, ont cessé d’être comptés parmi les grands tenanciers; le duc de Bretagne suit le roi, comme un fidèle vassal ; le comte de Flandre, par la plus fabuleuse des fortunes, s'élève sur le trône de Constantin, et laisse son comté sous la régence de Philippe, comte de Namur, son frère : plus tard, sa fille , héritière de son domaine, passa sous la garde des rois de France; et ce fut une grande querelle entre le suzerain et les fières communes de Gand, de Mons et de Tournay, que de savoir si l’héritière de Flandre épouserait un vassal de Philippe-Auguste ou un prince anglais qui püt favoriser le commerce et protéger les rapports des marchands flamands et des nautonniers de Londres. Le comté de Toulouse était déja en feu par l’hérésie des Albigeois : la suzeraineté du roi de France n’avait point acquis assez de force pour s'étendre sur ces populations éloignées : il fallut plus