‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 2)Chapitre 319 sur 336 · ARMÉES PERMANENTES · texte numérisé non relu

ARMÉES PERMANENTES

tard, pour Pétablir, l'intervention armée du prince Louis, et l'élévation de Montfort.

L’affranchissement de la souveraineté royale s’'accomplit, surtout, par l'intervention des armées permanentes et stipendiées. Les services demandés aux barons à l’occasion de leurs fiefs étaient, comme nous l'avons déjà dit, dans le système féodal même : ils créaient des rapports de devoir et d'obligation réciproques ; ils ne donnaient pas au prince une force indépendante. Ainsi la présence des feudataires dans le camp du suzerain ne lui prêtait que des secours passagers et conditionnels.

C'était une ressource puisée dans le gouvernement des fiefs lui-même , et par conséquent qui protégeait les franchises et les droits des barons contre l’autorité royale.

À la fin du douzième siècle, les rois d’Angleterre et de France essayèrent de chercher des ‘armées en dehors de la féodalité hautaine : ce fut une de leurs préoccupations militaires; et dans les guerres qu'ils eurent entre eux, ies routiers, côtereaux, troupes stipendiées, combattirent pour l’un ou l’autre, à raison de la solde plus ou moins élevée.

Ces grandes compagnies de routiers, côtereaux, gens sans aveu, se composaient d’étrangers, Flamands, Italiens, Anglais, Bretons, auxquels se joignaient les serfs secouant la glèbe, le bourgeois turbulent, et quelquefois même les barons et les chevaliers qui fuyaient jugement pour crime. Ils parcouraient les provinces sous des chefs qui prenaient tous des noms bizarres, exprimant, dans une sorte d'argot populaire, la force , l’audace et la barbarie : c'était Cadoc-Brise-Téte, Alain-le- Pourfendeur; et ces surnoms, dont ils se glorifiaient, étaient encore trop faibles pour désigner leurs exploits barbares. Les routiers parcouraient les provinces, faisaient rançonner villes et châteaux, jusqu’à ce que les suzerains les prissent à leur solde; et alors ils les servaient, comme auxiliaires, avec un fabuleux courage. C’étaient les routiers qui les premiers montaient à l'assaut, engageaient le combat, et, après beaucoup de sang répandu, ils demeuraient sur le champ de bataille, dépouillant chevaliers, barons, varlets de leurs riches armures, ce qui les avait fait souvent comparer aux corbeaux s’attachant aux cadavres.

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