LES SERFS
On a dit que l'Église avait influé sur la liberté des personnes, et que beaucoup de familles de serfs durent leur affranchissement à des contritions religieuses produites par le clergé. Sans doute, quelques maximes évangéliques rappelées dans les lettres pontificales, dans les conciles, donnérent aux hommes une plus haute idée de la nature humaine; quelques vieux barons, au lit de la mort, purent affranchir des serfs fidèles par esprit de pénitence religieuse; mais des exemples d’affranchissement vinrent peu du clergé. Presque toutes, les cathédrales, tous les monastères avaient de nombreuses familles de serfs : Citeaux, Clairvaux, Saint-Denis, en comptaient plus de mille. Nous montre-t-on quelque charte d’affranchissement émanée des abbés? car il ne suffisait pas d’étaler de grandes maximes, il fallait encoré donner au moins quelques rares exemples de cette égalité évangélique. Les bons moines refusaient-ils quelques - uns de
force populaire qui jusqu’alors n’avait tenu aucune place dans notre histoire. Ces annales seraient aussi curieuses à écrire que celles des rois et des cours, qui nous ont un peu trop occupés
jusqu’à présent.
ces vieux pécheurs qui, pour expier une vie de pillage et de plaisir, venaient se déclarer serfs de l'abbaye, et lui rappelaient-ils la dignité de lespèce humaine, pour l'empêcher de s'attacher à la glèbe au profit du sire abbé 1? Qui se plaint des mouvemens de liberté spontanés des bourgeois et des pastoureaux? Qui considère les efforts d’une indépendance généreuse comme les symptômes précurseurs de la venue de lAntechrist et le signe visible de la fin du monde? Les abbés et les moines, ces vieux chroniqueurs qui proclament les communes choses détestables, et les bourgeois des maudits de Dieu et de ses saints *! | T’affranchissement des personnes fit donc peu de progrès dans la période que nous venons de parcourir; la société manquait des ressorts, nécessaires pour se mouvoir encore d'une maniére large et complète. Le commerce, lindustrie, cette première source d'indépendance et de fortune, étaient concentrés dans les mains des Juifs et de quelques compagnies italiennes ou flamandes, qui exploitaient dans le moyen
* Il'existe une multitude de ces chartes par lesquelles un homme libre par esprit de dévotion se déclare serf d'église.