INVASION DE LA NORMANDIE
généreux! Roi, tu me verras toujours agir en preux chevalier; lamour d’une dame dont jadore les volontés excite mon courage". »
Tandis que Richard envahissait les terres du comte d’Angoulème, Philippe, rassemblant ses vassaux les plus fidèles, s’avançait en toute hâte du Berry sur Vaudreuil, qu’assiégeait le comte de Mortagne son ancien allié, et aujourd'hui rentré dans le devoir de la vassalité envers Richard. « Jean avait sous sa tente le comte David d'Écosse , l’'archevèque d’York, le sergneur d’Arundel, les gens du pays d’Auge, quiboivent le cidre mousseux?, ceux de Lisieux, qui n’ont point de fontaines, et qui, au lieu d'eau de sources, se contentent de boire l’eau des marais bourbeux dans lesquels les crapauds sont entassés les uns sur les autres, tandis que la grenouille s’accouple avec son mâle, dont le corps est tout tacheté;, les gens du Vexin, qui produit beaucoup de blé et d'orge, les durs habitans du pays de Caux et ceux du Hiémois, qui s'affligent de r’occuper que de stériles
* MSS. de M. de Sainte-Palaye, analysé par Millot, Hist. des Troubad., t: 1.
2 Philippéide de Guillaume-le-Breton, ch. v.
bg MARCHE AVENTUREUSE DE PHILIPPE.
montagnes; tous ces peuples, et beaucoup d’autres réunis, faisaient de concert tous leurs efforts pour s'emparer du château.
«Mais tous les chevaliers, enfans de la France, autant qu’on avait pu en rassembler dans les lieux voisins, s'étaient réunis et avaient dressé leurs tentes sur les bords de la belle riviere: d'Eure. Le roi Philippe se rendit aupres d'eux , en toute hâte, de la ville de Bourges. En trois jours, Ô miracle! il fit la marche d’une semaine sans descendre de cheval , sans prendre un moment de repos pour se rafraîchir. Inondé de sueur et tout couvert de poussière , 1l fut encore le premier à traverser l'Eure au gué. Nul délai ne retient les Français ; ils s’élancent contre l’ennemi déjà troublé de leur approche. Les'chevaliers anglais jettent leurs armes; ils fuient en toute hâte: les hommes de pieds deviennent nos captifs, ne pouvant se soustraire aux vainqueurs. Lorsque le roi fut revenu sur le territoire du Berry, le comte de Mortagne alla assiéger Bressole ; mais iléprouva le même sort, et les habitans du pays le chassèrent à eux seuls, à sa grande honte.»
‘ Philippéide de Guillaume-le-Breton , ch. v.