HAINES ET JALOUSIES CONTRE RICHARD
hommes de la Palestine, de venir le joindre avec leurs gonfanons et banderolles. Par ses ordres, l’évêque de Salisbury se rendit auprès de Conrad, marquis de Tyr, l'intime allié du roi de France, pour lui mander qu'il eût à se tenir prêt avec ses chevaliers : « Je n'irai pas, dit Conrad, car je ne me suis point fait le vassal de Richard. » Cette réponse hautaine apportée dans le camp y excita un bruyant murmure :
«Allons tous vers Tyr, s’écrièrent les barons, pour venger une telle offense. » Quelque temps après et à la suite d’une vive dispute sur la couronne de Jérusalem, Conrad fut frappé par trois Ismaëliens que le vieux de là moritagné avait envoyés. L’inimitié qui séparait Richard du marquis de Tyr, le fit accuser de ce meurtre. On présuma qu'il avait sollicité, par des présens secrets, le Prince des assassins de le délivrer d’un ennemi actif et dangereux.
Les prouesses merveilleuses de Richard, ses brillans coups de lance dans les plaines de Jaffa, ne pouvaient affaiblir les haines et les jalousies qu'il inspirait. Son indomptable fierté, son ex- .trême avarice dans le partage du butin, avaient éloigné de sa personne la plupart des barons
MALEK-ADEL ET JEANNE DE SICILE. Ve.
qui n'étaient point liés avec lui par les devoirs rigoureux d’une vassalité féodale et de territoire. Le duc de Bourgogne, avec ses chevaliers, s'était entièrement séparé, déclarant avec hauteur qu'il ne voulait plus obéir à Richard, son pair comme vassal de la couronne de France; il n'y avait donc plus sous le gonfanon du roi, que les barons d’Angieterre et quelques arrières-vassaux de Normandie, de Bretagne et de Guyenne, et les hommes du sire d’Avesnes.
Diverses causes contribuaient encore à augmenter ces soupcons et ces Jalousies; on savait dans le camp que Richard était en correspondance intime avec Malek-Adel, qu’il appelait du nom d'ami et de frère: : il avait offert au prince infidèle de lui donner Jeanne de Sicile, sa sœur, en mariage ; la jeune princesse devait apporter en dot les cités conquises par les Francs, ét Malek-Adel aurait reçu de son frère Jérusalem et tout ce que les musulmans avaient pris sur les chrétiens; l’un et l’autre, conservant leur religion, devaient résider à Jérusalem. Ces propositions plaisaient beaucoup à
: Boha Eddin , an de l’hégire 587, dans les extraits déjà cités de M. Regnaud.