‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 3)Chapitre 105 sur 124 · ORIGINE DU GOTHIQUE · texte numérisé non relu

ORIGINE DU GOTHIQUE

L'architecture dans les XII^ et XUI^ siècle»

est marquée d'un type particulier; le petit nombre de monumeus qui ont précédé cette époque et qui nous restent encore, of&ent de» constructions informes où se montrent quel-»

ques souvenirs rares' et défigurés de l'art chez les Grecs et les Romains. Ce sont des banliques massives à larges tours crénelées, ou bien quelique imitation des temples romains oïl gaulois , dont les débris ont servi de modèle aux travaux grossiers des barbares; mais à compter du XIII® siècle l'architecture prend de la hardiesse et de la couleur j tous les m6numens semblent partir d'un type commun ; c'est partout un portail excessivement chargé d'ornemens, des portes cintrées se rétrécissant à mesure qu'elles se rapprochent de l'intérieur de l'église, quelquefois deùls grandes tours soutenant l'édifice qui forme à l'extérienr ou l'iniage d'une troix ou quelque signe mystique dli Catholicisme , puis une ou plusieurs flèches élancées, et comme livrées au. vent; dan^ l'intérieur du tëtnple d'immenses piliers dont la forme et la grosseur est masquée par des jets de colonnes qui viennent s'unir au cintre de

bIVERS SYSTÈMES SVB LB GOTHIQUE. 35g

la voûte , et se marient en berceau ; partout dans cas monumens une nudité parfaite sans peinture, mais releyée par l'éclat des vitraux de couleur reflétant mille nuances ; te), est le système général de l'architecture nommée gothique et qui a produit les plus beaux monumens duntoyenâge.

U est difficile d'indiquer Tori^e de ce style. Fut-il emprunté à l'Orient ou à la Grèce , durant les longs pèlerinages dans la Palestine ? ' mais quelques^^unesdes églises gothiques précédèrent les croisades. !Ne fut-il qu'un produit informe de l'art dégénéré en Italie , sous lei Goths? ' les monumens du XIIP siècle ne son pas une dégénération, mais un système ebtier complet , neuf même dans ses caprices. Sont ils un emprunt fait k l'architecture moresque À ces minarets élancés , à ces mosquées façon nées à mille découpures? ' il y a bien quelqu ressemblance dans les détails , mais les for mes. ogiviques , qui dominent dans les église

1 Lenoir, Musée des monamens français, t. i, p. 35.

2 L'^bé May, Temptes aneien$ et. modernes, p. i54*

5 Cordemoi^ Dîct. des termes. d'architecture, v<^ Gothique.

36q idéb do gothique.

chrétienues', ne se retrouvent pas dan» le* ornemens moresqnea presque toujours ronds et à physionomie orientale : ces formes fiirent-eUes. une figuration des églises d'abord construite» en bois, où. par conséquent les colonnes et les découpures purent m muldjdier f ' c'est encore peu croyable. Comment a-t-on pu songer à une imitation avec des matières dures d'un système appropriéàdies corps flexibles? entendant tontes ces causes purent a^r ; et comme il n'y a rîen d'entièrement naïf dans les arts , elles servirent peut-être  composer cette architecture ogivique ^ù est le caraetére dominant des édifices reli^eux.

Une idée mystique prénôait à ces moDumens; la fonue matérielle de la croix qu'ils ont presque tous, cache îles, effets de l'art qui ont ime pensée : c'est la Jémsalem céleste i le chœur des «nges, l'élanoemoit de l'âme vers IMeu. Les sculptures , les -ntraux eux-mêmes , sont placés dans ce oomr mun objet; tout tend à nous jeter dans une

1 H. Amaurj-DuTil, Dûooiir* nir l'ëCmt dea betui-Mti, hùl. lUl. de Fwnce, l »K , p. a84 Ht wi».

COMPAGNIES d'oUTBIEBS. 56t

sorte (le rêverie, à 'fortement émouToir l'imap gination. Aussi la construction des^glises dans . le moyen âge était-elle une E^îre toute populaire. Ce n'était pa» seulement une entreprise d'onvriers , mais un devoir du catholicisme , où se mêlait une sorte d*amour-propre religieux , et cent mille hommes travaillèrent h la cathédrale de Strasboui^.' Aux XII* etX.111* siècles, des confréries se formèrent pour la construction des ponttt'desroutes, des églises; des pèleriiis parcouraient les cités, bâtissaient les murailles, les tours et l£s châteaux ; ils obéissaient k des règles secrètes , a-raieut pour se reconnaître des signet cabalistiques, etxe fiit là peut>éb« l'ori^ne de la franc-maconnerie *.

Malgré ' cette ardeur des peu^es , la construction de-'ces cathédrales durait quelquefois des sièclesi c'est ainsi que Tabbé Suger nous apprend qu'il donna de grands soins aux traTaux deSaint-Denia, et cependant il ne put achever, durant son adimnistration , que le portail àe cette abbaye*.

1 Description de la cathédrale de Strubouig, p. S et miy. a Suger de lilï aul.

§63 CHBO^OLOGIB i>£S JÊGU8ES.

Le plus ancien monument du moyen Âge que Ton ait à Paris , est l'église de Saint-Ger^ main-des-Prés. Sa grosse tour carrée est ^u règne de Charlemagne; elle existait lorsque le moine Abbon se défendit avec 9es religieux contre les INormands qui assiégèrent l'abbaye; le porche et le portail , les deux tours du derrière sont d'une construction plus récente.

L'église de Notre-Dame vît jeter ses fondemens en 1 163 sous l'administration de Maurice de Sully, érêque de Paris; elle ne fiit achevée qu'àlafin du siècle suivant, parPierredeChelles. Alorss'éleva son portail méridional. La métro^ pôle n'a pas ce svelte, cette hardiesse des beaux monumens du style ogivique ; elle est lourde ^ massive, et les sculptures multipliées qui la décorent dissimulent à peine ses tours pesantes , êes murailles épaisses ; l'intérieur est plus hardi et plus élancé , il appartient au système du moyen âge.

Deux modèles élégans , quoique dans d'étroites proportions, restent encore debout, ce

1 Dm. Felibien, Hist. de Paris, 1. 1.

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ioDt la Sainte-Chapelle que I'od voit dans la tonr duPalais, et la petite église de Vincenne» ; c'est là le beau id^ du stjle, avec ses flèches percées à mille jours , que te vent aemble balancer.

Mais , ce n'est pas à Paris que se trouvent les plus grandes merreilles de cette-architecture. Qui n'a contemplé la cathédrale de Strasbourg , dont la &ce d'entrée a plus de 240 pieds de haut^ surmontée d'une tour qui la domine d'une semblable hauteur ?■ Les cathédrales de BeauTais , de Dijon , de Bombes, l'église de Saint-Ouen de Rouen , d'Amiens , ofirent aussi des monumens de patience et de goût'.

L'histoire a conservé les noms d'un petit nombre d'architectes. On trouve un Libergier qm construisit la chapelle de Saint-Nicaise de Reims ; Robert de Luzarche , auquel on doit la cathédrale d'Amiens; Kerre de Montereau, qui bâtit la Sainte-Chapelle; souvent les moines , les abbés dirigeaient euxmêmes ces constiiictions ; chacun des profès,

364 CONSTRUCTION 0BS ÉOtlSËS. ,

des convers , des frères lays , avait une profession mécanique. Quand on bâtit le mo-* nastère de Dnn , on n'employa aucun étranger; les moines seuls élevèrent cet élégant édifice : les uns étaient chargés des plans de dessin « les autres du tail de là pierre , et de la sculpture 9 les autres enfin de la menuiserie et de là serrurerie. Ils faisaient comme un monument de famille ; carFélévation d'une église, d'une chapelle, devenait une source de richesse pour le monastère etla contrée ; c'était une fête, une occasion d^ pèlerinage. Tout autour s'élevaient bientôt des maisons, des oratoires; et tel hameau devint une grande cité à cause des reliques renfermées dans les châsses du monasr tère voisin.

Dans ce siècle , tout le luxe des arts s'attachait aux pieux monumens ; il ne faut point ' croire que les manoirs du châtelain , là demeure des bourgeois , et même la cour du suzerain respirassent cette pompe architecturale, qui se fait remarquer dans les églises; le plu^ souvent une tour crénelée , éclairée

\ Dm. Felibien. Vie des architectes, 1. vi, chap. v., p. a35et a4^

ARCHITECTURE DBS GASTBLS. 365

par quelques rares fenêtres à ogives , et des meurtrières étroites et longues, servait de demeure au sire du lieu; puis , s'étendaient de larges murailles à (bssés , qui embrassaient le castel» la chapelle, les cases du majordome et des hommes d'armes, des chevaux de batailles, de la nieute de chiens, des faucons etdesoiseaux de proie. Dans Fintériem* de la tour , un étroit escalier tournant,- conduisait à de vastes pièces voûtées , les unes destinées aux varlets, les autres à l'hommage des vassaux y les plus reculées aux nobles damoiselles. Presque toutes ces salles étaient vùûtées , de sorte qu'on entendait retentir, au loin, les pas des hommes pesamment armés , et de leurs longs éperons de. fer, le bruit du oor, et les chants des clercs et des ribauds ; elles étaient ornées des vieilles armures des ancê* très, de leurs images grossièrement travaillées en bois , ou enluminées sur des vitraux ; on voyait suspendues ça et là, quelques dépouilles des forêts , la hure du sanglier , le noble bois du cerf , . souvent aussi quelque souvenir des batailles , les turbans et le cimeterre des Sarrasins , ou Farmet effrayant de quelques-uns

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