‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 3)Chapitre 108 sur 124 · MUSIQUE · texte numérisé non relu

MUSIQUE

Teotioo patiente , mais dépouillée de pensée et de nouveauté.

Tels lurent les progrès du dessin au moyen âge; mais les beaux-arts embrassent encore une branche féconde en émotionsije veux parler de la musique. J'ai déjà décrit les instrumens employés et les diverses méthodes suivies. Il faut pénétrer maintenant dans Tesprit et Tintelligence des premiers essais bien imparfaits des compositions musicales.

La musique des anôens lîit triste et monotone ; les Grecs et les Romains chantaient leurs airs h l'unisson , et les instnunens qui accompagnaient la voix jouaient la même partie; ils obéirent cependant aux lois de rbarmonie; ils savaient les rapports qui existent entre certaines notes et dont on ne peut s'écarter sans blesser les oreilles, maïs Vidée d'un accompagnement fondé sur une combinaison de notes n'ayant que des rapports éloignes avec.le chant accompagné, variant dans ses mouvexnens, appartient aux modernes. Dans les temples , sur le théâtre , comme au-de- Tant des triomphateurs de Rome , les joueurs de flûte suivaient les choeurs des femmes, des

AGCOMPAGNBMENS. SyS

enfaiis, par les simples régies de Tharnaonie, sans jamais s*écarter ni de la mesure ni de l'octaYe.

C'est à l'orgue, invention toute cléricale transmise en France par l'église grecque , que l'on doit Tidée et les premiers essais de cette grande innovation. La facilité de tirer plusieurs sonâ , de disposer d*une multitude de notes, à la fois entraînèrent le compositeur dani des intonations et des mélanges, qui produisant d'heureux accords , durent fixer son attention et transformer en règle ce qui d'abord n'étai' qu'une tentative ou un caprice; cette méthode introduite au commencement du XIIP siècle prit le piom de déchant ou double-chant' . Cepen dant la révolution fut plutôt encore essayé i qu'accomplie; le|(petit^ nombre de chants qn nous restent n'offrent que des accords à l'unis son, agrandis de quelques tierces souvent mi neures , et les chantres assez habiles pour 01 ganiser ainsi i recevaient six deniers*. Puis , le cercle de cette harmonie s'agrandit; o 1

I Le premier traité qui ait été composé sur la musique à pi sieurs parties est celui de Francon, scolàstre dejla cathédrale < i Liège , en 1066. Gerbert Ta inséré dans son recueil de scrîpii ecc/esiast, de musica.

Zj6 ACCORDS. '

conoui des chanU à trois parties ; la plus basse était appel<^e ténor , celle du milieu motetus , celle de dessus tripium ; « quisqnis veut déchanter , dit un auteur didactique du temps, doit premier savoir quand est la double, quand est la quinte notte, et doit regarder sî le chant monte 0u avale ( monte ou descend) , si il monte, nous devons prendre la double note , si il avale nous devons prendre la quinte. » ' On voit que dans cette règle importante se trouve déjà le principe des grandes hardiesses de la musique moderne.

Ces innovations heureuses trouvèrent de l'opposition , car tout ce qui est nouveau effraie les laudateiirs du temps passé; les papes lancèrent des bulles contre le déchant ou accompagnement ^ et ne le permirent que dans les grandes solennités de Tannée*. I.es églises durent suivre ce monotone plain-chant où

1 MSS. de Saint- Victor, cité par Lebœiif , traité Ust.du chant ecclésiastique.

3 c Cependant, dit le pape, nous n'empêchons paa que de temps en temps on n'emploie pour le chant ecclésiastique, dam les offices divins,, des consonnances, des accorde, pourvu que le chant conserve son intégrité. » Lebœuf , p. 85*

antiennes; 577

tout reste à l'uLiUfton d'une seule Toix. Saint- Louis cependant protégea ces nouTcautés musicales, et ses messes furent toujours chantées à triple "i^oiic. La susceptibilité des pontifes ne s'étendit pas à ces chants vulgaires, à cette prose bizarre qui se débitaient alors librement eu certain temps de Tannée \ Ces antiennés, dont quelques-unes nous sont restées, n'offrent rien de neuf; il en est de même des complaintes en langue populaire qu'on chantait à tue-têtQ dans les fêtes patronales, toutes ressemblent, comme nous l'avons déjà dit, aux noëls que Ton entend encore dans nos campagnes.

En dehors de cette musique d'église , dont on s'explique jusqu'à un certaiû point la monotonie , on trouve les gaies chansons des troubadours , et l'on devraitVattendre ici à quelque chose de national et de nouveau ; il n'en est rien cependant: quoique les instrumens soient très-nombreux , que la mesure en soit variée ,

1 Par exemple la fameuse prose oa antienne si connue de la fête de l'flne ,

Orientis parti bus Âdventant asinus, etc.

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