NAUFRAGE DES ÉTRANGERS
Bretagne les races du ContiDent dévouées à ses intérêts ; la charte de concession leur avait été envoyée de File de Wîght; ils s'étaient embarqués sur de petits navires. Lorsqu'ils étaient prêts d'atteindre le rivage, une violente tempêté s*élève ; les bateaux agités par le vent s'ouvrent ou sont jetés sur le rivage ; ils s'y brisent, et toute cette multitude est submergée. Le noml>re des cadavres était si considérable, que l'air en fut infecté ; on trouva des enfans noyés dans leur berceau ; tous ces malheureux • lurent dévorés par lés poissons ' et par d'énormes oiseaux que Podeur fétide avait alléchés. « Ainsi , dit uni' chroniqueur dans son aigreur patriotique, leVoi' Jean, ce dissipateur de biens, ce principe de discorde, fut là cause de ce grand désastre , 'car il avait attiré ces étrangers en Angleterre, d'où il voulait chasser les indigènes. » Ausisi en fut-il vivement affecté. Son visage était rouge de désespoir et de colère , il ne prit aucune nourriture; on ne pouvait l'aborder tant les éclats de ses fiireurs
1 « Dati sunt denique omnes bestus maris et cœli ▼olatilibi^s ad devorandam. » Math. Paris. /6tV.
T. ly. 3
34 * FLAMANDS. — L0RF.A1N6. .
étaient à craindre ' ! La tempête ravagea tout le pays, et l'on raconta de slnisti'es visions ! Uu moine de St.-Alban allait par pénitence à Nor* vieil pendant cette furie des vents; c!était au milieu de la nuit ; il vit] un nombre infini de cavaliers noirs » montés sur de grands chevaux également noirs, tenant à la ma in des torches de soufre enflammées ; ils se tenaient rangés autour du moine agitant les flambeaux ; ce qu'il raconta à son abbé : on jugea que de cruels malheurs menaçaient l'Angleterre.
Ce qui consola le roi Jean de la perte de « cette colonie fut l'arrivée d'un corps nombreux de Flamands et de gens de Lorraine armés de lances et de pieux : il n'hésita pas dès lors à prendre l'offensive et se dirigea contre les barons ; il vint assiéger le château de Rochester.
Guillaume d'Albiney et ses hommes d'armes s'y étaient renfermés ; l'armée du roi s'en approcha, et bientôt commença le siège régulier. Les étrangers, animés j^ar de grandes promesses, s'élancèrent contre les murailles. Un archer de Rochester, croyant que tout était
t Irft Tehementi succeosus die illft cibum aullum sumpait, sed '«Hqne ad Teipcram quasi furiosus inventas. /6iV.
SIÈGE DE RO€fi ESTER. 55
perdu, 8*adressa au sire châtelain et lui dit : € Veux- tu que je te délivre du roi notre mortel ennemi avec cette arbalète? — Non, non, ne feis pas cela, abstiens-toi de frapper cette béte méchante ; tu peux le manquer et il ne te par** donnerait pas. — En pareil cas, dit Tarcher , il arrivera ce que Dieu voudra, je retiens le trait* » En effet, lorsque Guillaume fut obligé de se rendre avec ses hommes, le roi Jean voulait tous les faire pendre; mais Savari de Mauléôn lui dit: a Sire-roi, la guerre n'est point finie, on ne peut savoir ce qui arrivera , car les chances sont incalculables; si nous commençons par p^dre vos barons ' , vos barons pourront bien nous pendre un jour. » Le roi comprit fort bien ce raisonnement; il se borna à retenir captifis les principaux chevaliers. Quant aux archers et hommes d'armes, il les fit attacher par des courroies à tous les aii>res de la forêt, ils rendirent Fâme , les pauvres diables * !
1 » Guerra nottra DUDdum iiaita est» varies eventus bellasortiantar, nempe si oo^^is istos nnnc saspenciia traditis baron«s adyersarii DOiftri Tel me forte vel alios de exercitu vestro , oobiles tnterciperere potuerunt* » Ibid.
2 t Patibulo suspendi prsecipit. » Ibid.
36 EXCOMMUNICATION DBS BARONS.
La cause nationale était fortement menacée par les étrangers du roi; sur ces entrefaites arriva la bulle d'excommunication contre les révoltés ; les droits de l'église romaine y étaient rafppelés ' , ainsi que la situation de la Terre-Sainte et les besoins de la foi chrétienne : (c Le pape excommuniait les barons et tous les châtelains , chevaliers , qui , par leur sédition , troublaient la paix du royaume. Le pontife jetait ensuite Finterdit sur lotîtes les terres. La bulle devait être lue au son des cloches , et les hommes d'armes étaient invités à suivre le roi Jean sous peine d'excommunication; les évêques qui ne l'exécuteraient pas ponctuellement seraient interdits de leurs fonctions. • Le primat Langton, archevêque de Cântorbéry, subit , le premier, cette rigoureuse et injuste sentence.
' La bulle générale fut bientôt suivie de brefs d'excommunications nominatifs et spéciaux pour chaque baron. En même temps Jean et ses étrangers' dévastaient les châteaux, les
1 «Cette bulle fat laocée à la suite da concile de Latran.» Rymer» t. 1, p. ao8, aii-ai2.
a« Gum flandrensibas et aliis nationibus perversis. Ibut. »