‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 3)Chapitre 19 sur 124 · DISCUSSION SUR LES DROITS DE LOUIS · texte numérisé non relu

DISCUSSION SUR LES DROITS DE LOUIS

et qu'il désobéit à Ha cour de Rome. Cependant s'il fait valoir quelques droits sur la couronne d'Angleterre, il doit être écouté, et il fatrt qu'on lui accorde ce qui tfera juste. »

En ent^idant ces mots, un chevalier, qui avait la procuration de Louis pour le défendre, se leva et prit la parole :

«Sire roi, il est connu de tous que Jean, qui se dit roi des Anglais , a été condamné à mort par un jugement de votre cour ; il a été quelque temps après renversé du trône par les barons de son royaume , à cause de ses homicides et de* ses criques : d'ôii il est anîvé que ceux-ci lui ont fait la guerre, et à juste titre. Le roi Jean , sans leur consentementc a fait don du royaume d'Angleterre au pape, et s'est engagé à une redevance de trois mille marcs. Il est constant que l'on ne peut donner son royaume sans l'assentiment de ses vassaux, et puisque néanmoins Jean s'en est démis, lé trône devient vacant. Or, le trône étant vacant , c'est aux barons à &ire un choix' ; et ils ont désigné le seigneur Louis,

1 ■ Vacaas itaque re^num sine baronibus ordioari qoq debuit, iindè barones elegerunt dominamLudovicum ratione uxorissase.»

IKVPTURË DIT PARLEMENT. 4^

à cause de sa femme , qui est la seule encore TiyaDte de la famille des Plantageuets. »

Le légat Tinterrompaiit, dit : « MaU le roi Jean est croisé , et , d'après les décrète des oonâilesi, il doit jouir de la paix de Dieu pendant ^quatre ans : Louis ne peut donc lui déclarer la guerre durant ce temps ni le priver de son royaunte.» Le procurear répondit. : « Le roi Jean ^ avant d'avoir pris la croix, a &i t la guerre k mon «eigneur Louis; il lui a enlevé plusieurs cfaâ<teaux, emmenant les hommes d'aripps comme prisonniers; ces hostilités, il les a continuées même après qu'il s'est croisé : «ufourd'hui on peut donc I^alement poiH^sufivre les batailles contre lui .

» — ^Oh! oh! dit le légat, je ne mè contenté pas de ces raisons ; » et il supplia Philippe d'empêcher son fils de potirsuîvre une telle entre-* prise.

Louis en tendan t de telles paroles se leva avec vivacité , et s'adrçssant à son père : a Seigneur, si je flois votre homme -lige pont* les terrés que vous m'avez données sur le Continent, TOUS n'avei aucun droit sur le royaume d'Angleterre qui na'est déféré; vous ne pouvez rien

5o CRAINTES DU LÉGAT.

Statuer. Je me soumets au jugement de nies pairs pour savoir si je dois suivre vos ordres en ce qui touche mes droits ' , et surtout pour des droits à raison desquels vous ne pouvez me faire rendre justice. Je vous prie de ne me point empêcher mes desseins, car je soutiens une juste cause ; j'ai résolu de combattre jusqu'à la mort, si la nécessité m*y force , pour réclamer l'héritage de ma femme. » Louis quitta brusquement l'assemblée tout rouge de colère. *

Le légfl% tremblant s'approcha du roi Philippe , et lui demanda un sauf-conduit jusqu'à la mer pour aller en Angleterre. Le roi répondit : « Sur mes terres cela ne fait point de difficulté : tu auras un sauf-conduit; mais si tu tombes dans les mains d'Ëustacbe , ou de tout autre des hommes du roi Louis, qui gardent les côtes, ne m'impute rien de ce qui pourra t'ai'river de malheureux* . »

1 De regno anglî» ad vos non j ertinet staîuere quidqnam, undè me subjicio )udicîo parium /seorum , û debetia cogère me ne prosequar jus meum. Ibid,

a Sed, .si forte incideris in iraous Enstachii moçachi vel alîorum hominum Ladovici^ qui custodiunt semitas maris , non mihi imputes si quid sînistri tibi contingat. Jbid,

DIRCS SUR CE PARLEMENT. 5l

Le légat irrité ' , mais plein de crainte , monta sur sa mule et s'éloigna.

On disait dans le camp, à Toccasion de cette confërence , que la colère de Louis et le calme (le Philippe -Auguste étaient ud jeu joués pour éluder les plaintes du seigneur légat , et que le père et le fils s'étaient entendus d'ayance sur la couronne d'Angleterre : on a dû remarquer que , lorsqu'il s^était agi de la première inva- * sion d'outre^ mer, Philippe et Louis avaient réglé de bonne intdligeuce les services féodaux et la position respective des deux États, qui allaient se rapprocher d'assez près par la conquête : il était donc bien possible que cette objection tirée de l'absence de toute sujétion de Louis , envers son père , pour le royaume d'Angleterre, ne fôt qu'un moyen de décharger de toute responsabilité religieuse Ptiilippe et se$ domaines.

Quoi qu'il en soit, les chroniques ne font nidlement mention de cette combinaison d'une portée peut-être un peu trop moderne : elles disent au contraire que, le lendemain de saiht Marc l'évangéiiste, Louis vint trouver Philip|)e

j «Hoc audUas legatiuiratus, • ïhid*

S'2 DÉPABT DES FRANÇAIS.

à Melmi, et le uipplia, les lannes aux yeux, de ne pnint mettre d'ubstacle.à son projet; il lui 4it que tous les barons d'Angleterre s'entendaient avec lui , et qu'il avait leur •emient et leur foi féodale. Le roi, voyant la ferme résolution de son fils, lui donna son consente<ment et sa bénédiction : mais il ne piit dissimuler quelque terreur sur les périls de cette entreprise. En effet, Louis let les Français allaient se jeter dans une terre lointaine; et quels seraient les résultats de cette conquête? N'étaitil pas à craindra q]4^1quiP trahison ? Jusqu'à quel point povtvait*on compter sur la fidélité incertajine des Anglais?

La permission paternelle utie fois obtenue , Louis ne songea plus qu'aux prépai*ati& de son départ. 11 sopima toiis liss comtes, barons, chevaliers, qui avaient juré l'expédition , et le nombre en était grand 1 surtout eu Normandie , de se bâter pour se mettre en mer, afin de prévenir l'arrivée du légat en Angleterre '. Il^ se rendirent tous au iK>rt de Calais, où six cents navires et quatre-vingts barques bien équipées les attendaient. Louis avait

1 . FestinaTÎt ad mare ut legatum in Angliam praeveniret. * Ibid,

DÉBARQUEMENT EK ANGIiETCRRK. 55

choisi poar eioécuter tes ordres « tm- pirate bârbile, nommé Eastacbe-^Ie^Moine ; c^étatt un ancien clerc qui airait quitté le froc pour le boilnct de matelot «et qui, sut* une barque, agile attendait \é9 naTtreaimarchandflîpourleS' rançonner i leur passage. Eustacbe pfésida a tons les préparatifs de départ, et les cberaiier» se nnrent en mer par un vent faTorable ; bientôt il devint un peu orageuiL , et les vaisseaux se dispersèrent dans le canaL Quelques-uns furent pris par les marins des cinq. ports d'Angleterre, mais le plus- gratid nombre toucha à une petite lie sur les cètesv afin de réparer les avaries et de cboîsir le lieu du débarquement '•

Le roi Jean avsât rassemblé utte gmnde foiwn de chevaliers à Deuvtiss , pour s'opposer aux Fratiçais , nuais lorsqu'il vit se d^loyer les voiles nombreuses, et bfiller les armoiries et les gonfanons à mille couleurs, il prit la iaite\ et laîna Lout» tranquillement débar^ quer sur le rivage de Sandwich , le So mm à huit heures du malin. On disait cepetfdant que Jean n'at^it quitté Douvres que parce

1 Math. Paris. Hid

21 Fugit ergo Rez à facie LudoTÎci. » Ibid,

$4 ACG0B1L FAIT A LOUIS.

t\u'\\ craignait d'être abandonnéparune partie de» étrangen qui auivaientsa fortune.

Apre* avoir rstsemblé r à Sandwich , aes liommei d'armeset lesdébri» de 8a flotte.Loui» se dirigea rers Londrei , oh: l'attendaient les barons d'Angleterre et les cliev^iers français qui avaient prëcédé son débarquement. Le- Bls de Philippe, le nouveau sire des Anglais ^ fnt reçu avec acclamation par les sogneors' et le peuple '. Les Sasons et h» Normand»

croyaient trouver en lui le conservateur desprivilèges de la race du sol. On le fêtait comme un prince national dont au moins on pouvait comprendre la langue,, tandis que ce» maudits provençaux parlaient un jargon si bizarrerqa'ils n'étaient entendus qu*& lacourdes- Plantagenets et dans quelques rares manoirs..

Tous les barons renouvelèrent leur hora[mage , et le suzerain se hâta d'écrire au roi d'Ecosse et à touS' les grands vassaux de la cou* ronné d'Angleterre, qui lui devaient fëauté, de venir en sa cour pour lui prêter leur foi. Tous s'empressèrent ; ceux qui étaient de*--

1 ■ Deiadè LoDiIoDisa Tenieni, cum ingeali omiiiiuu I>aro"UHi> hililil (utccplut eit. i Ibid.

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