LES FRANÇAIS RANÇONNENT LES MOINES
nastères. Les Français s'étaient rendus à Saint- Alban , abbaye toute saxonne et la plus nationale f celle où la conquête des Normands n'avait pas même encore été pardonnée. Le roi exigea foi et hommage de la part des bons moines qui maudissaient toutes ces nouveautés« L'abbé lui répondit : <c Je ne ferai point de serment aux enyabisseurs , tant qu'on ne m'aura pas délié de celui que j'ai prêté à Henri IIL » Louis , très-irrité de cette réponse , s'écria : « Je jure » foi de cheyalier, que je ré-duirai en cendres l'abbaye et ses domaines , si tu ne fais sur-le-champ ce que j'exige '• • L'abbé , terrifié , dut à l'intervention des barons d'en être quitte pour un rachat de quatre^ vingts marcs d'argent , et il obtint une trêve jusqu'à la* Purification prochaine. Mais les pauvres moines ne furent point encore hors des mains de ces maudits hommes d'armes !
Les désordres /de la guerre civile favorisaient le pillage. A peine les Français s'étaient-ils éloignés du monastère, que les hardis ^ routiers se précipitent dans les cellules , enlèvent
1 « LudoYÎcu», Tehementerindignalus^ juraYit se igneipsam abbatiam cum ?illft tôt A crematurum, niai faceret qaôd peiehsit.fbid.
86 Uft ROUTIERS ET LE3 MOlUES.
tous les meubles , les bous sterlings des reli-^ gieuik , et déclareut à Fabbé que, s'il ne leur donne pas cent livres d'argent dans la forêt prochaine , ils mettront encore le feu à rëglise« au réfectoire et aux manoirs de Fabbaye* Il fallut obéir ! Eu se retirant, les routiers rencontrèrent grand nombre de moines qui s'étaient réfugiés au fond des bois; nos ribauds s'en emparent pour leur &ire payer rançon ^ mais le daef de la bande , Falcasius , s'étanfc en* dormi, rêva qu'un rocher immense se détachait de la tour de Saint- Alban, et, le frappant comme la foudre , le réduisait en poussière; il raconta cette rision à sa femme , qui lui £t : (f Tu vois bien que tu as oflensé^aint Alban \i> Terrifié par ces paroles, notre routier vin»
dans le chapitre ^ tout nu , des veines à la nnain , et sollicita son pardon. U embrassa tous les moines un à un % maia il ne rendit nen de ce qu'il avait enlevé. C'était trop bon k gar-* der ; aussi l'absolution fui difficile.
Les |)ossessears de teires étaient dans une
1 Ce qui fait dire à Mathieu Pariti : «Sal?abitar vir infidelis per mulierem fidelem.» Ibid.
2 Osculans singulos inonachos, quasi sic omnes placasset. ïbUl,
PERPLEXITÉ DBS possesseurs DE TERRE. 87
grande perplexité sur la conduite qu'ils aTaieat à tenir. Lequel deyaieut-ilspréfërer pour Thommage, ouïe jeune roiHenri, ouLouis de France? Us recevaieni tant d'humiliations^ de la race française , qu'il n'y avait que peu d'espoir de ce côté. Malgré ses promesses , Louis continuait à inféoder, au profit des barons qui rayaient suivi dans sa conquête, les fiefi, les forêts, les cbàteaux dont il s'emparait, au préjudice des anciens^ possesseurs légitimes. Voilà ce qui détachait les tenanciers nationaux de ses intérêts ; de l'autre côté , si ceux-ci revenaient à la cause de Henri,. a ne ressemblaient-ils pàsàdes chiens, vomissans? ' » Ils n'osaient donc se déterminer. Cependant vinrent se réunir au roi lé^time, les comtes de Sarisburi, d' Arundel, de Warvick et beaucoup d'autres nobles h(Hnmes. Ainsi , le parti des étrangers s'afiaiblissait de jour en jour.
Louis était alors en France, par suite d'une trêve conclue avec le jeune roi anglais S Il allait solliciter les secours de son père pour la cause française, presque isolée en Angleterre.
1 Mat. Paris, p. a45.
a Traosfretayit igitur Ludovicus tempore quadragcsiniali ; co