MABIAGE6 DANS LA LIGNÉE DE PHILIPPE. 1S
lun\ Le comte de Nevers livrait sa fille à Louis de France, et ilai dounait pouf dot Alluye , . Montmîrail et Brou; A son tour Louis , père du fiancé , assurait comme douaire à Agnès les viUes d'Aire et de Lens, dans le comté d'Artois. On décida enfin que si le prince Tenait à mourir, le mariage conclu tiendrait pom* le nottvri enfant dont Blanche de Castiile Tenait d'accoucher.
Philippe - Auguste atait lui - même un as qài portait également le nom de Philippe , comme son père*. Les fêtes et les tournois des fiançailles avec l'héritière de NcTCts n'étaient point eticore teitninés , que déjà le roi songeait au mariage de ce puiné ,.et il choisit Mahaud de Dammartin , élevée à sa cour , et remarquable par sa blonde cheTclure et ses yeux noirs qu*uïi grand nombrede trouTères aTaient célébrés. Mahâud était fille de Renaud de Boulogne , de ce Taillant paladin , retenu captif dans la tour de Péronne , à la suite du
1 Pieuves de THist. de GhâtîUoo , Ane. Cart. de PhiUppè- Augaste , fol. i58.
a Oo le surnommait Hure-Pel (tête pelée); depuis son mariage, il fur comte de Boulogne et de Dammartin.
l3d LE SIRE DE LUSIGNAN ET ISABELLE.
triomphe de Bouvine. Elle apportait en dot la succemon du comté de Boul(^e , alors sous l'administration d'Ide, sa mère, et le roi faisait don à son fils du fief de Dammartia , confisqué sur Renaud captif; par ce moyen Boulogne et ses dépendances tombaient, en quelque sorte, dans les domaines du roi; il ajoutait trois mille livres de revenu pour soutenir l'éclat et l'établissement du nouveau comte*. On apprenait en même temps> à la cour de Philippe<Auguste, un bizarre retour defortune^ qui Élisait deviser (causer) les dames et les chevaliers. Il aétédit comment Jean d'Angleterre , tout-à-coup amoureux d'Isabelled' Angoulême, fiancée de LusignanJe-Brun , l'enleva dans une chassé du milieu de ses hommes d'armes et deses preux chevaliers j et la conduisit, sursablanche haquenée, dans ses domaines de Guyenne; puis il s'unit à la noble dame , flattée de devenir l'ëpouse du roi des Anglais. Veuve, et jeune encore , Isabelle se rappela sa première foi donnée , et ses engagemens envers Lusîgnan-le-Brun , alors cependant très-âgé. Elle revint dans les
1 Ancien cartui de Philippe-Auguste , fol. loo.
ISABELLE D^ANGOULÊME l'eMPOISONNBUSE . 1 39
prorinces du Continent, et , sur l'invitation du roi Philippe- Auguste, elle épousa celui qu'elle avait d'abord trompé. Il n'y eut point de fiançailles, car la reine d'Angleterre avait déjà connu nombreux ébats d'amour. Dans sa vieillesse Isabelle se fit sorcière et empoisonneuse : ce fiit elle qui prépara de sa propre main une mixtion pour le roi Louis IX ; et c'est à ce sujet que les chroniques de Saint- Denis disent : a Quand elle' vit qu'elle ne pouvait faire sa volonté , elle déchira sa guimpe et ses cheveux , et aussi fiit longuement malade de despit. »
L'histoire des grands fiefs se lie à cette époque tellement au gouvernement de la France »
qu*il est impossible de ne pas y revenir sans cesse. Cette haute féodalité qui compose la cour du suzerain , est continuellement en rapport avec lui , signe ses chartes , transige pour ses domaines ; de sorte qu'on ne pourrait se faire une juste idée de la société territoriale , sans y comprendre l'histoire des seigneuries qui la composent.
Un parlement de pairs venait de se réunir à Paris pour décider une question fort grave.
l40 QUESTION SUR I.B COMTÉ DE CHAMPAGNE.
relative au comté de Champagne; GniUaume des Barres, Mathieu de Montmorency, avaient reçu commission spéciale pour con^ voquer le duc de Bourgogne, le premier des pairs : voici pour quel motif'. Henri II, comte de Champagne , était parti pour la croisade avec le roi Richard et Philippe-Auguste. Dans cette expédition chevaleresque, le comte, veuf d'Hermansette de Namur, s'était pris d'amour pour Isabelle , héritière du royaume de Jérusalem, et l'avait épousée. Il était mort peu d'annéesaprès ce mariage, laissant deux filles au berceau. Son frère s'empara sans réclamation du comté de Champagne , et le transmit à son fils , qui avait succédé sous la tutelle de Blanche de Navarre. Le roi avait reconnu son droit, comme on Ta vu , en le prenant sous sa garde. Cependant , Jean de Brienne , qui s'était uni à Talnée des filles du sire de Champagne 4 mort dans la Palestine , réclama le comté du chef de sa femme. U se fondait sur les principes de la féodalité , qui admettaient les filles à la succession des grands fiefs. Blanche de
1 Brassel) t. i , p. 65i , et dans la préface des historiens de France, de Dm. Brial , t. zvii, p. 39.
COUR DES PAIRS. ]4l
Navarre, citée par un pair et deux chevaliers ' , invoquait la longue possession réelle, la ^prescription contre l'ancien seigneur du comté. Elle faisait valoir, mais faiblement, la préférence de la ligne masculine, motif sans force , parce qu'il |était sans antécédens ; enfin , elle se fondait sur l'illé^timité des filles d'Isabelle, du chef de laquelle on revendiquait la Champagne. On soutenait devant la cour des pairs ^ que la dissolution du premier mariage d'Isabelle avec Baudoin, roi de Jérusalem, n'a* vait pas été tellement complète , que les époux ne se lussent très-souvent rapprochés, et qu'en conséquence on doutait de la légitimité des en-* fan« qu'elle avait eus de Conrad , marquis de Tyr , son second mari, et à plus forte raison du comte de Chavipagne son troisième *.
Ces motifs parurent suffîsans à la cour des
1 Per ducem Bargandi» Math, de Montmorcnciaco et Wi)tel. des Barres at in Guriam nostram veniret jure paritura. (Gomi-. tissa Gampania. ) Jbid,
2 G 'est dans ce procès qui eut lieu en iai6 que les pairs de France sont positivement distingués des autres barons: Judicatum est à paribus regni nostri, yidelicet : Âlberic Remensi archiepiscopo , Willeimo Lingonensi, WiHelm. Gatalaunensi , Philippo Belvacensi , Steph^^no INoviomensi episcopis et Odone duce Burr gundiae. (Les autres grands fiefs étaient alors comme vacans.) /^(V.