‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 3)Chapitre 50 sur 124 · DÉCISION DBS PAIRS SUR LA CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

DÉCISION DBS PAIRS SUR LA CHAMPAGNE

pairs. Réunis en parlement à Paris , ils adjagèrent le comté de Champagne au possesseur actuel 5 le jeune Thibaut, sous la garde et tutelle de sa mère. Ils parurent adopter les motifs indiqués par la défense, mais il est à croire que des idées d'un ordre plus général présidèrent à ce jugement'.

En effet la féodalité exigeait la possession réelle delà terre, afin que le service militaire, première condition de la concession du fief, pût en tout temps être accompli. Il ne pouvait alors exister de ces situations fictives, de ces droits immatériels indépendans de la jouissance de fait, et Ton considéra sans doute le long éloignement des héritiers de Champagne comme une renonciation tacite 9 et la possession actuelle du jeune comte commeun remplacement nécessaire dans les obligations féodales.

En même temps se morcelait le beau fief de Chartres , de Blois et de Clermont, réunis sur la tète de Thibaut second de nom. Deux fois marié , avec Marie d!Alençon et Clémence des Roches , il n'avait point eu d'héritiers. Les

i Cet arrôt ne fut que provboirc , mais par le fait il devint définitif. Art de vérifier les dates, t. m, p. i3o, édit. in-4.

COMTÉS DE CHARTRES ET DE ^LOIS. l45

comtés de Blois et de Chartres retournèrent au;x en&ns de Marguerite et d'Isabelle de Champagne , ses tantes. Marguerite n'avait qu'une fille 9 Marie d'Ayesne, unie à Hugues deChàtillon , comte de Saint-Pol. Une seule fille restait également à Isabelle; elle avait épousé Richard de Beaumont. D'après le droit féodal , comme il n'existait point d'ainé, les fiefs devaient être partagés. Les deux comtes procédèrent à cette division territoriale. St.*Pol eut le comté de Blois % Beaumont celui de Chartres. Philippe-Auguste acquit la terre de No* gent - L'Erimberg et le comté de Clermont en Beauvoisis ; de sorte qu'un des grands fie& de France se trouva ainsi morcelé. Ces terres servirent encore à augmenter l'apanage de Philippe, secondais du roi.

Vers cette époque , Alix , duchesse de Bretagne, mourut regrettée de ses vassaux toujours fidèlesà sa race. Elle avait épousé, comme on Ta vu, le comte de Dreux , et trois enfans étaient nésde cette union : Jean, Arthur et lolande. D'a-

X Lts auteurs de l'Art de vérifier les dates ont placé mal à propos cette division sous le règne de St. -Louis ; la Charte est scellée du sceau de Philippe- Auguste , et appartient k son règne.

l44 PI^P ^B BRETAGNE.'

près la coutume féodale, Jeandeyail être immédiatement investi de la couronne ducale , puisqu'elle provenait du chef de sa mère; les nobles Bretons se réunirent en parlement , et conune ils étaient satisfaits du gouvernement du comte de Dreux, ils le choisirent pour Bail ou tuteur du duc jusqu'à sa majorité. ' Alix fat ensevelie avec toute la pompe des vieilles fimérailles» Son tombeau , placé aux pieds des sépultures de son père et de sa mère, devint un objet de dévotion publique.Lecomtede Dreux sollicita la main de la comtesse deFlandre. Elle n'était point veuve, mais l'intention du noble sire était de faire an* nuller le mariage de cette riche héritière avec le comte Ferrand, retenu prisonnier dans la tour du Louvre , depuis la bataille de Bouvine. I^ dame de Flandre préféra son veuvage et conserva fidélité au malheur. U y avait dans le caractère de son premier mari, quelque chose de chevaleresque , capable de séduire et d'imposer des saciifices.La Bretagne se trouva donc pendant quelque temps comme sous l'empire d'une régence.

Mais rien n'était plus indomptable que Ig$

4 D'Argeatré, p. a88 et 289.

LIGUE DB& SBI€NfiUltS BBSTONS. l45

mffiewn bretons« Fiers de leurs pririléges^ ils ne reconnamaieni dsms leur duc qu'une simple antorité de protection et de tutelle. Us avaient accueilli Pierre de Dreux avec enthousiasme : un mois s'était à peine écoulé, qu'ils se réyoltèrent contre lui , parce qu'il avait imposé des drmts sur les marchandises et prétendait k la geirde des fieft des mineurs, jusqu'à ce que ceux-ci eussent atteint l'âge de vingt ans. Pierre céda d'abord aux yives représentations de ses barons; mais ayant disputé un service féodal à Guiomar, vicomte de Léon, une ligue se fi»ioQa contre lui. Le sire deRohan, Amaury^ seigneur de Craon , Salomon et Conan , dépouillés de leurs terres, se réunirent, et appelèrent à leur secours^ , Jean de Montoire , comte de Yendéme « et le sire Hardouin de Maillé*.

Tous les seigneurs n'entrèrent pas dans cette confédération territoriale. Les sires d'Avaugour , de Fougèi*es , de Chateaubriand et de Dol , suivirent le gonfanon dd duc . Ainsi , la Bretagne se trouva divisée. Une grande bataille de chevalerie se donna , et les défenseurs de

1 Actes de Bretagne, t. i , col. 108, Ann. 1S19 à 123a. T. IT. 10

1 46 QUESTION nèODALB SUR LB COMTÉ DE BRIENNE.

l'indépendance féodale , après des prodiges de valeur, Airent défaits. Les seigneurs de Yendôme et de Craon tombèrent au pouvoir de Pierre de Dreux. La paix fut conclue et la Bretagne pacifiée. Les privilèges des barons en subirent quelque atteinte '•

Une question nouvelle s'éleva devant le parlement des pairs sur le comté de Brieime. Gauthier de Brienne, l'atné de la race, était mort sans postérité, et le fief héréditaire était passé à Jean , qui fut appelé à la couronne de Jérusalem. Marguerite , femme de Gauthier , se déclara enceinte, accoucha d'un fils, et revendiqua en son nom le comté. C'était la pre-^ mière fois que la cour avait à prononcer sur le droit des posthumes. Elle se décida en faveur de l'enfant. Jean de Brienne alla poursuivre ses prodigieuses d^tinées dans l'Orient , où la couronne de Jérusalem reposa sur sa tête.

On résolut ensuite une autre difficulté féodale sur le comté de Vendôme. U s'agissait de la représentation dans la ligne collatérale. Jean II , comte de Vendôme , mort

1 Ghroniq, de Tours, ad ann. isas.

COMTÉ DE VENDÔME. l4^

en 1 190 , laissa trois fils : l'un qui succéda à son père , sous le nom de Jean III , le second qui fut baron de Laverdin, le troisième qui embrassa Tétat ecclésiastique. Jean III mou* rut sans enfans, en 13149 et son frère, le sire de Laverdin, l'avait précédé d'une année, laissant un fils. La question était de savoir , si ce jeune neveu devait succéder , ou si le comté de Vendôme serait réuni au domaine royal.

La cour des pairs se prononça pour l'béritier naturel. Philippe-Auguste, qui avait élevé la réclamation , ne put demander que le droit de rachat et de relief, comme pour les fiefs transmis en légitime lignée *.

Telles étaient les affaires importantes qui occupaient la cour des barons. Les événemens à Feistérieur avaient alors non moins de gravité. Comme ils se lient essentiellement à l'histoire des grandes familles de France, à ces généalogies nobiliaires dont la féodale galerie firappe notre imagination , il ne sera peut-être pas sans intérêt de jeter encore un regard sur les nombreuses colonies de barons et de chevaliers.

1 Gartulatre de Vendôme, ad aon. iai8.

léfi EMPIRE FRANC DE CONSTANTINOPLE.

L'empire de Constantinople avait éprouyé de nouvelles vicbsitudes. Henri de Flandres était mort sans postérité ; les barons élurent pour son successeur le roi de Hongrie, qui refusa , et ensuite Pierre de Courtenay , comte d'Auxerre. Le comte avait épousé lolande de Flandres, sœur du dernier empereur, il était proche parent du roi de France, et accepta avec joie cette couronne lointaine. La fkmille de Courtenay était alors une de ces races dievaleresques qui allaient quérir des aventures et des royaumes outre-mer ; Pierre convoqua de nombreux vassaux et ses bommes d'armes ; puis tous se mirent eh route, se dirigeant vers Marseille» Un noble baronnage les suivait ; le comte d'Auxerre s'embarqua sur une flotte préparée d'avance et prit le chemin de Rome, où le pape raeeueilHt avec le témoignage de la plus vive tendresse. Il le couronna empereur dans l'église de St. -Laurent, et plaça auprès de sa personne un légat , pour indiquer tout l'intérêt que le Saint-Siège prenait à la bonne réussite de son voyage. De Rome, Pierre de Courtenay se rendit à Venise, où il conclut avec la république un traité, par lequel

MORT DB PIEflRE DE COURTBNAY. î49

le Doge s'engageait à fournir des naTÎres garnis de matelots et de soldats , et les croisés à leur lour eçmsentaient, au profit de la république, àa$«éger Durazzo^ alors au pouvoir des Grecs et de Théodore Lascaris , un des héros *de l'Hellénie dégénérée. Tandis que la dame de CkMirtenay et ses trois plus jeunes enfans se rendaient directement à Constantinople, les chevaliers de France et les Vénitiens allaient de concert investir Durazzo , comme ils avaient quelques aanées avant, assise Zara. Us fur^&t moins heureux. Obligés d'abandonner l^ur ^résolution , ils se mirent en. marche k trayeiTsles terres. Les Grecs ne leur laissèrent pas un moment de repos ; ils les harcelèrent dans les montagnes , et soit par ruse , soit par violence, ik s'emparèrent de l'empereur , du légat , du comtedèSancerre et des chevaliers qui suivaient Imr isire dans ce pèlerinage. On ne sut plus ce .qu'était devenu le sire deCourtenaj. Quelquesuns disaient que Lascaris l'avait fait massacrer

1 Snr la mort de Pierre de Goartenay consultez Oacange, AiVf. Cmukmfmop, U n,chap. aa. Ft^ppe Monike, érêque de Tonroay, a composé une espèce de poème sur les cmperenrs francs de Constantinople. lia été publié par Ducange à la fin delà chroniq, de Vilhardonio , p. aa4» dans Tédition qu'il en a donnée.

l5o PHILIPPE ET ROBERT DE COURTENAT.

ain^i que «es infortunés compaguons ; quelques autres qu'il était mort dans une prison afireuse. Ainsi , dans l'espace de moins de dix années , deux empereurs francs avaient péri misérablement , ou dans les fers , ou sous les coups des défenseurs demi-barbares de la vieille civilisa* tion grecque. L'impératrice et ses enfans étaient arrivés à Constantinople , et c'est là qu'elle apprit le triste sort de son mari. Le trône impérial devint encore ainsi une fois vacant \

Le droit de naissance appelait à la couronne Philippe de Courtenay , marquis de Namur , fils aîné de Pierre de Courtenay. Les barons francs de Constantinople députèrent quelquesuns d'entre eux auprès de ce noble héritier.

Mais les fortunes incertaines et les hasards qui avaient marqué les destinées de sa race, l'arrêtèrent. U refusa ces offres; Robert, son frère puiné, dont le patrimoine était fort obéré, se montra plus hardi chevalier , il accepta la pourpre , et vint dans la cité de Constantin où il fut reconnu et proclamé empereur. Robert se montra politique et bien inspiré. Il s'efforça de

1 Acropolita, c. 14 > affirme q.ue Pierre de Courtenay fut poignardé.

LIGNAGE DES GOURTENAY. l5l

concilier les. Grecs et les Latins et d'opérer une fuûon entre les deux peuples ; madame Marie deG>urtenay, sa fille, épousa Théodore Lascaris, empereur de Trébisonde , et la paix régna quelque temps dans la nouvelle colonie des chevaliers de France '.

U y a cela de particulier dans cette histoire du nioyen âge, qu on est entrainé de tableaux en tableaux par cette génération voyageuse qui porte sa fortune et ses armes sur tous les points du monde alors connu. Nous venons de voir la famille de Courtenay se revêtir de la pourpre des Césars; voilà que maintenant une brave et vaillante race de barons quitte ses naanoirs pour voguer vers l'Egypte. C'est sur Damiette qu^elle dirige ses gonfanons.

Le concile de L^ttan avait envisagé tous les besoins de la catholicité ; ce n'était pas seule-

1 La destÎDèe bizarre des Gonrtenay descendant de la famillfe royale de France a porté tous les érudifs 4 dresser leur généivlogie; la branche des Courtenay du Continent, car il y a une branche anglaise « s'est légalement éteinte dans Charles Roger de Courtenay, qui mourut en ijSo, et parles femmes dans Hélène de Courtenay qui épousa Louis de Baufremont. Le parlement de Paris lui défendit le 7 février ijSj de prendre le titre de princasse du «ang. Des branches cadettes des Courtenay subsistent eocoi-e, mais dans l'obscurité.

l52 CROISADE EN EGYPTE.

ment U» croisades contre les albigeois et les Maures d' Espagne, qu'il avait encouragées par l'appât des récompenses spirituelles, mais il déplorait dans êes canons le trkte état des colonies chrétiennes de la Palestine , la perte de Jérusalem, et TaTilissement du saint tombeau'. De telles paroles produisaient toujours leur effet sur l'ardente imagination des chevaliers; mais de trop graves intérêts retenaient encore les baron» de France dans leur patrie. Lorsque la victoire de Bouvine et Tinutile expédition d'Angleterre eurent rendu disponible une nombreuse et vaillante chevalerie , on se détermina à port^ des secours aux nobles hominesqui asnégéaient alors Damiette.

Cette direction nouvelle qu'avaient prise les pèlerinages armés des chrétiens , jusqu'alors s'acheminant dans la Palestine, avait été inspirée par le pape% au milieu du concile de Lattan. Il avait désigné le pays d'Egypte comme une riche proie, offerte k lavidité des barons et au zèle ardent des prédicateurs. U n'en

1 Labbe codcîl. t. xs,

a Baifonins Annal. Ecclesiast/ adann. i2i5 et vit Innocent dan» Muratori 1. 3, p.4oet5o.

9IÈ6E DE DAMIBTTE. l5S

fallut pas davantage pour que les croisades s'engageassent désormais dans cette route.

Jean de Biienne avec toutes les forces dé Jérusalem, le duc d'Autriche, Guîilemin, comte de Hollande , qui étaient venus porter , dans un pieux voyage , des secours aux hommes de la Palestine , assiégèrent Damiette , alors copndérée comme la clef de l'Egypte'. A Ja seule nouvelle des périls et .des succès de leurs frères d'Orient, les chevaliers français se hâtèrent de prendre les armes. Eudes; duc de Bourgogne , le comte de Nevers, Savary de Mauléon, Milon, comte de '£ar«8ur*Seine, Questin , "^grand chambrier de France ^ Pierre de Nemours , évéque de Paris , le redoutable évéque et comté de Beauvais, 'si expert dans le métier des armes, Gauthier , évéque d' Autun , Guillaume de Beaumont , évéque d'Angers , tous ces vaiUans hommes convoquèrent leurs

1 Comparez pour le siège de Damiette le continuateur de Guillaume de Tyr que j'ai déjà cité ; OlÎTier Scolastique hiti, damUilna, ch. 7 et 8 dans le iS* vol. des historiens de France de Dom Brîal; les auteui^ arabes qui ont traité le siège de Damiette sont : l'historien des patriarches d^'Alexandrie et Makrisi.; il existe une excellente dissertation de M. Hamaker , professeur à Leyde, sur ce sujet) Amsterdam 1826, sous ce titre : « Commentatio de expeditione à graecis francisque adversùs dimyatham susceptis. »

l54 DÉPART DES CROISÉS DE FRANGE.

Tassaux sous les gonfanons/, pour secourir leurs frères d'outre-mer. Eudes partît le premier; il laissa la régence du grand duché de Bourgogne à sa femme Alix de Yergi , puis il Tint à Lyon. Tandis qu'il y faisait séjour pour arranger les querelles survenues entre les ha bitans et leur évoque, ixne violente maladie le surprit. Il mourut , léguant son corps à Citeaux , et son duché à son fils a)né qui prit le nom d*H«guesIV'.

Les autres pèlerins arrivèrent à temps de^ vaut Damiette pour suivre toutes les opérations, du siège : il y avait dans cette expédition un esprit plus clérical , peut-être encore , que dans les^précédentes croisades. C'était un pape qui Pavait inspirée ; c'était le fougueux cardinal Pelage qui la conduisait. Enfin , comme pour compléter ce caraclèire spécial , François d'Assise était venu au camp avec une compagnie de frères . mineurs , nouvel ordre qu'il venait de fonder, et dont la mission était de prêcher et de convertir les infidèles. C'était une gjierre, comme le fait très-naïvement re-

1. Art de vérifier les dates, t. 3, ia-i"*» 3« partie , p. 1.8..

PRISE DB DAMIETTB. l55

marquer le continuateur de Guillaume de Tyr , entre l'apostole ( le pape pour le calife ) de Bagdad et l'apostole de Rome'.

Le courage ne manquait cependant jamais aux guerriers de France. Damiette fut emportée , et c'est alors que les Sarrasins offrirent , en retour de cette grande cité, le royaume de Jérusalem et ses dépendances , depuis long-temps en leur pouvoir* L'esprit clérical domina ici la raison , et les combinaisons de la guerre ; Damiette ne fat point rendue et les Sarrasins restèrent maîtres de Jérusalem et de son territoire. Lorsque Philippe - Augq^te apprit cette grande faute ^ « lorsqu'il oïtdire, que les chevaliers pouvaient avoir un royaume pour une cité, si les tint pour fous ^t pour musards de ce qu'ils ne le fesaient '. »

En effet, parles imprudens conseils du légat, les chevaliers s'engagèrent dans l'intérieur de

1 Voyez les pieux et ridicules efforts de saint François pour convertir le soudan du Caire, dans Olivier Scolastiqoe et dans la vie de ce saint, écrite par les fioljaodistes ; la palieoceetla tolérance du sultan sont admirables; malgré les clercs de sa loiqpi^ voulaient la tette couper aux prédicateurs, il leur fit servir à man^ Çer et les renvoya en Voit des chrétien.

a Continuateur de Guillaume-de-Tyr, à Tannée 1219.

l56 DÉSASTBE BES FBANÇAIS EN EGYPTE»

rÉgypte. Les eatix du Nil débordé les entouréren t au xniKett des sables, Où toiïtes les populations en armes les forcèrent à capituler \ On s'engagea à rendre Damiette , dont la possession avait coûté tant de combats , et à quitter ces malheureux riyages. Un grand nombre de chevaliers de France périrent dans cette expédition saps résultat.

Taxidis qu'on se battait à Damiette , et que les chrétiens y éprouTaient de tristes revers , une question successoriale pouvait appeler le prinoe Louis de France à la couronne de CastiUe , et par conséquent à devenir le chef dô cette autre grande croisade contre les mn- «dlmans d'Espagne.

Le ]V)i de Gastille don Henriquez I*' était mort iBaus enfans. 11 n'avait que deux sœurs. L'ainée, Bérangère, avait épousé don Alfon^e , roi de Léon , dont elle avait un ^s du nom de Ferrand ou de Femand. L'autre était Bbnche de CastiUe , femme du prinoe Louis.

La succession devait échoir à la mère de Ferrand , puis à ce comte lui-même. Mais le

1 Voyez M. Reypaad dans les extraits des historiens arabes qui aceompagaent l'histoire des croisades de M. Michaud, § 76.

SUCCESSION DB CASTILLB. 1 5^

m^oiage de Bérangère avait été déclaré nul et son fils illégitime. Blaùche pouvait donc fisûre valoir ses drcHts; mais les fiers Castillans préféraient un prince de leur race, un enr &nt élevé , pour ainsi dire , dans leurs habitudes dt leurs privilèges. Le prince Louis n'avait pour appui <]Ue la maison de Larai rivale de la famille de Léon \ elle écrivit, sollicita auprès de Philippe- Auguste pour le décider à /

soutenir les prétentions de Louis parles armes ; mais le peu de succès de l'expédition d* Angleterre , ^incapacité que le prince -f avait déployée, avaient dégoûté le roi de tousces grands essais de fortune» Il qe fut donné aucune suite à cette af&ire. Louis se contenta d'écartélél^ ses. Mrmes des coulieurs et émaux de la maison de Gastille^ pour constater ses droits et les empêcher de prescrire.'

Ita paix était ainn dans les vœux du roi.

L'âge commençait à glacer 9&i membres. On disait dans les castels et dans les manoirs que le Uou devenait vieux. Il ^consentît à prolonger pour qndbre ans la trêve avec l'Angleterre ; tous ' .

1 Cartnlaire de l'abbé de Camps, aiTÛcle CastUie ; dans ie Tolome des traités de paii-etnégocmtioas, § it.

1 58 DÉGBÉPITUDE DE PHILIPPE.

ses amis, ses compagnons de bataiDe, expiraietit autour de lui : l'année 1218 fut bien triste, et les obitulaires des monastères sont rempli»

du nom des nobles trépassés \ Le comte de Dreux, le comte d'Angoulême, et la vieille comtesse Mahaut de Flandres, moururent dans le plus court intervalle. Ce qui affligea plus profondément encore le roi , ce fut la perte do prince Philippe , son petit-fils , qui étonnait déjà les clercs par son savoir* Les droits à la couronne passèrent alors à Louis, le second dans la lignée ^ qui régna dans la suite sous le nom de Louis IX.

La famille du roi se composait ainsi de rhéritier immédiat de la couronne, Louis^, comte d'Artois, de Philippe son frère, qui avait pour apanage le comté de Boulogne, et de Marie de France , unie au duc de Brabant . Le prince Louis avait trois fils : Louis F^dné, Jean et Robert, également apanages;

Tous les chagrins domestiques qu'il éprouvait ne détournaient pas cependant Philippe- Auguste du maniement des affaires publiques; il s'occupait encore de l'administratioa

1 Chronique Saint-Denb, ad ann. iai8.

CONCESSIONS DE COMMUNES. 1 bg

des communes, des rapports de la féodalité , et des droits de l'Église.

Dans la période que nous venons de parcoui'ir , peu de communes obtinrent de nouveaux privilèges, C'était dans le commencement des règnes, et presque jamais à leur déclin, c[ue les bourgeois ^Uicitaient la confirmation de leurs coutumes. On voulait profiter de cette bienveillance des jours de Tavénement, de ce besoin qu'avaient les rois d'acquérir l'amour et l'appui des vassaux; aassi presque toutes les confirmations des communes datent-elles des premières années du règne de Philippe-Auguste. Nous ne trouvons qu'une charte de privilège accordée aux bourgeois de Baron en Picardie*. Ce sont toujours les mêmes formules de libertés grandes et laides : le roi veut que si les habitans ont reçu une injure , et que ses officiers refusent justice , ils puissent se la faire eux-mêmes. La commune de Crépi , en Valois , obtint une charte de confirmation de ses droits. Le roi lui en avait déjà concédé une précédente , mais , pour con-

1 Regist. de Philipp.-Aug. Biblioth. du Roi, n^'gSSa. A f« 71. R* Ann. iai5.

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