MONARCHIE PAPALE
propte révolution. Depuis la prédication du christianUme jusqu'à la fin du X* siède elle avait formé une 80k*te de république fédérative; chaque clergé de looalîté» reconnaissait Inen l'autorité s^rituelle da pape sur l'emiseiiible de l'ËgUse chrétienne ; maïs cette suprënuitié aTatt ses limites fixées dam des règles écrites^ On consultait avec respect les décisions de l'évèque de Rome; mais les conciles » seule véiitable expression de l'Église , donnaient des lois , prescrivaient les mesures de discipline. Le clergé local avait sa pix)pre hiérarchie sous la direction du métropolitain, S'a^ssait-il de déposer on évéque , de jugar des clercs? c'était le concile provincial assemblé qui décidait sor leut" honneur et leur dignités Us étaient lûrs aintt d'uuQ jugement par leurs pairs, et trouvaient toutes les garanties d'équité au sein de la république cbrétienotô.
Au Xr siècle, cette forme toute libérale da gouvememeftit ecclésiastiqœ se modifia s^isiblement ; les évêques de Rome soutinrent iqu'îb exprimaientàeuxseulsl'EgliseduChrist^ etque, successeurs^ de ssdnt Pi^re , ils étaient de véritables monarques spirituels que Dieu avait pla-
GLBBOÉ MONACAU !20r
cé» sur la terre. Grégoire VII (le fameux Hildebrand) mit le premier cette maxime en action. L'Église prit alors un caractère monarchique, et toute là puissance «e concentra dans Tautorité d'ub seul. Le clei^ë territorial perdit ses privilèges ' ; lepapedéposadeson propre chef les dercs et lesevéques, modifia* l'ot^dre de juridiction, brisa l'antique hiérarchie des métropoles, et, conune pour Achever son ouvrage , il établit et protégea spécialement un corps du clergé en de* hors de la juridiction desévèques territoriaux. Dans left premiers jours du christianisme, il s'éfaût formé dans le sein de l'Eglise des as» sociatioils d'hommes pieux , qui , à l'imitation des sectateurs de Pythagore et des Essénienst avaient dbioisi la solitilHle pour se livrer à la contemplation et à la prière. Ces associations^ de moines ou de solitaires s'éiaient répandues ]^tout oii le christianisme avait étéannoncé, d^ms k Palestine , la Grèce i dans les Gaules , où telles se multiplièrent au milieu des invasions des barbares. Us avaient bAti de» cellules,, défiridié des terres et pris une haute impor-
L Voyez les épUm d'Inooocnt III, t. ii, p. a54) etliir. l^ éptC. 55, >3o.
^oa CLElKGÉ Monacal.
tance du IX* au XI* siècle. Presque tous les monastères suivaient la règle de saint Benoit. Les reliques dont ils étaient en possession , la réputation de piété , les talens que déployaient souTcnt les abbés, attiraient sur eux les dons de terres, de riches: revenus, et une lucrative vénération. Dans l'origine, tous ces établis-semens religieux s'étaient placés sous la seule autorité et dans la juridiction du clergé territorial , de Tévéque diocésain , ou du métropolitain '• Mais sous prétexte de leurs mérites pieux et de la sainteté de leur vie« les papes les exemptèrent de cette dépendance ; ils durent immédiatement ressortir de l'autorité de Rome , de sorte qu'à côté du clergé national attaché à des localités, par des circonscriptions fixes, et qui par conséquent pouvait opposer son corps fédératif à la puissance absolue des papes, se forma une milice cléricale et dévouée qui ne connut d'autre supérieur que le pontife romain et ne dut au^cune ci)éissance à l'évèque et même au métro-
1 Presque tous les monastères ne dépendaient pas da clergé territorial ; ce privilège résultait ou de la bulle générale qui fondait Tordre 9 ou d'une charte spéciale accordée à une comœuoaulé .pour son mérite particulier.
LES PAPES ET LES ROlS. 3Ô.-)
polilain '. Uu esprit de jalousie naquit entre ces deux fractioQs du clergé, celui des catfaëdrales et celui des monastères, mats l'autorilédu pape ajant triomphé, le clergé monastlfjue conquit une haute importance dans la hiérarchie religieuse- Cette révolution qui changea l'EglUe , jusqu'alors libre dans ses constttulions et formant une sorte de république, en une véritable monarchie , s'opéra depuis l'aTénement de Grégoire VU , jusqu'au pontificat d'Innocent III. Les vieux droit» de l'épiscopat vinrent se perdre , avec les hautes préro^tiTes des conciles. Le pape devint le seul et visible organe de l'Eglise, et comme aloni elle était la source unique de tout pouvoir , de toute influence , il eu résulta pour le pontilè romain une sorte de monarchie universelle sur les peuples et sur les princes chrctieus.
Elle se manifesta d'une manière éclatante dans la période que nous venons d'indiquer , contre les élémens divers qui composaient alors l'ordre social.
!2o6 flEVEKUS ET DISCIPLINE DES CLERCS.
la police des propriétés y sur la paix publique sont dressés par la puissance pontificale, agissant seule, sans être arrêtée par aucune autre intervention. Tantôt c'est vers TOrient que les pontifes dirigent ces expéditions, tantôt c'est YcrsTE^pagne, puis, ils en disposent pour conquérir r Angleterre et dompter les albigeois ; les populations féodales du moyen ^ge semblent être devenues des sujets dévoués et obéissans à l'autorité despotique des papes. C'est ^un spectacle assez curieux que de voir ces pontifes , qui ne sont pas maîtres de la multitude turbulente de Rome avec ses tribuns et ses consuls , fuyant quelquefois la grande cité, dominer ainsi toutes les nations chrétiennes ; c'est que dans le forum leur pouvoir était immédiat et pour ainsi dire matériel, et qu'une puissance religieuse ne peut et ne doit être que morale; lorsqu'elle s'abaisse jusqu'à la terre ejile en contracte toutes les fragilités !
Non seulement les papes disposaient de»
masses, mais encore des richesses de l'Europe chrétienne; le clergé était le plus opulent propriétaire ; des rentes , des revenus impienses, alimentaient l'aisance des chanoines