‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 3)Chapitre 69 sur 124 · INFLUENCE DES ÉTUDES PHOOSQPBIQUES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES ÉTUDES PHOOSQPBIQUES

de précîeui(i débria de la Uttëratura greoque et roomine* Les graves philosophes de l'antiquité , des poètes gracieux , Homère , Virgile f TibiiUe » Catulle, chacniaieiit les longs momeos de la solitude des dottres^ : le jeune reclus , à rimaginatiou andente, -pouVait occuper sa vive îatelligencedes phis hautes spéculatioiis 4'Aristote; #t oublier Tc^éissaiitce de la foi 4^b4c^ contemplations philosophiques où l'esprit s'exerçait avec- quelque indëpeudai^Ms. Les étudei sérieuses avaient pris une grande extensioDy parmiles clercslefctrés^au XIP siècle i les langue élégantes de la Grèce et de Rome étaient femilières à toute cette génération savapte.; . les Ibnmes eUe»-mêmes s'appliquaient à cette. pénible instruction; de jeuues filles fréquentçiîent les écoles de la science, et Héloïse avait plus d'uœ compagne qui écoutait les leçous des docteurs. Pas un livre de piété, d'histoire ou de philosophie, écrit à cette époque « qui ne montre Tétude familière des anciens, où l'on ne trouve sans cesse des cita-

1 Sur l'état des bibliothèques au XI 11* siècle, voyez le discours prélimiiiiâre de M '.-Dantioa , en tète du t. xrx de l'histoire littévaire de Fraace, p. 34> continqée par l'Institut.

â 1 :2 IMFLUEIVGE ÙBS ÉTUDES PHlLOSÔPHlQtTES.

lions de Javénal, d'Aristote, de Yli^e, de Lucain et d'Ovide. Le calque d'incitation ressort même avec un plagiat de couleurs et d'idées qui ôte à cette école du moyen fige tout mérite d'inTcntion.

Les livres sur lesquels se portait cet esprit investigateur étaient empreints d'un double caractère ; les uns offraient un large système de philosophie en- dehors des doctrines chrétiennes ; les autres une gracieuse mythologie que l'imagination des poètes arait embellie. Quelques efforts qu'eussent faite les pères de l'Église primitive pour ployer le» philosophes grecs à leurs propres opinions , et en faire , pour ainsi dire, des précurseurs du christianisme « l'antique école du Portique n'en restait pas moins elle-même arec son cachet propre et distinct. L'esprit, en étudiant les systèmes rationnels d'Aristote et de Platon, pouvait largement s'affranchir des idées catholiques , et entrer dans une série de raisonnemens ennlehors de la foi. L'instruction s'écartait ainsi de la source unique dont elle émanait naguère eiLclusivement , c'est-à-dire des dogmes religieux. 11 y avait dans cette impulsion nouvelle un grand

DOCTRINES HÉRÉTIQUBS. ai5

danger pour PÉglise, car il pouTait se former à cote d'elle dans un avenir plus ou moins lointain un ensemble de doctrines philosophiques , un corps de croyances et de raisonnemens distincts de ceux qu'elle enseignait comme des articles de foi.

Une première conséquence fut produite par l'apparition de ces enseignemens , je yeux parler des hérésies; non point encore de celles qui fiurent entées sur une réformation morale , comme les albigeois , mais des erreurs chré • tiennes qui prorinrent , soit d'une subtilisation des textes sacrés , soit d'une application des théories philosophiques d'Aristote ou -des anciens, aux dogmes purs du catholicisme ' ; telles forent les doctrines d'Abailard , de Gilbert de la Porrée*. Pas une seule de leurs opinions ,

1 Le nombre d'hérésies est trés-coasidérable dans le XIII* siècle ; les plus célèbres sont celles des Stadiogs , dont les doctrines se rapprochaient des Manichéens; les Fratricelles, qni annonçaient le règne de l'esprit; les Flagellans qui , outre leurs pratiques bizarres et acétiques» croyaient que les laïques pouvaient ordonner et trans> mettre l'Esprît-Saint; les Apostoliques qui réduisaient le christianisme , au seul principe de charité. Piuquct , Dict. des Hérésies » discours préliminaire.

a Sur les doctrines de ces deux philosophes, voy. THist. litt. de France, par les Bénédict., t. xii, p. 44^ et Buïr,

ai4 UNIVERSITÉ

condamnée comme une erreur, qui ne «oit un emprunt fait aux subtilités d'Aristote ou 9UX priiicipes de sa logique. Ce sont toujours les idées de la substance des choses , des intelligences des nombres , des rapports ' desi êtres entre eux ; pour s'en conraincre , il n'est qu*à voir le grand ouvrage de Jean Sarisbury , évêque de Chartres', où tout semble calqué, pour ainsi dire, sur la philosophie des anciens.

Ces tentatives d'une investigation en dehors des idées ecclésiastiques n'étaient pas sans doute parfaites ; mais , en créant une instruc* tion dont la source était étrangère à f Église, elles préparaient une grande révolution intellectuelle; elles faisaient sortir la science du cercle étroit où l'autorité des dèrcs l'avait jusqu'ici renfermée.

Lorsqu'uneinstructionétrangèreauxdogmes catholiques fut établie, il fallut nécessairement un corps de savans qui se chargeât de la mettre en action ; ce fut là , sans doute , Forigine de l'université; je neveux point dire que

i Hist. Litt. de France par lès Bénédictins, t. ur, p- S9..

JURID1GTI0I9S LAÏQUES.

Vunivefrsité , dès son origine , rompit avec les principes de la foi ei de Fautorité, mais les conséquences de cette institution n'en furent pas moins grandes; car l'université n'entrant pas nécessairement dans la hiérarchie cléricale , résultant en quelque sorte d'un principe mixte et combiné , s'écarta en plusieurs circonstances des Intérêts de la grande hiérarchie catholique ; elle fit dominer certaines idées que l'Église eût proscrites pour Ée conserter dans toute la force du système de suprématie qu'elle avait proclamée. Antérieurement à cette époque, toute science venait de l'Église dans l'ordre qu'elle avait établi ; les universités se placèrent en dehors et f pour ainsi dire , dans un système mitoyen entre l'autorité civile et l'autorité ecclésiastique \

En même temps , la découverte du droit romain porta un coup , non moins profond , à la juridiction ecclésiastique. Jusqu'alors; par une fausse application de certains textes inventés 9 les tribunaux des clercs avaient tout

1 Crevîer, hist. de l'université de Paris, t. i, p. 376 et 439, t. 11, 79 , aSo , 390. Presque toutes les dissidences avec les dogmes purs et excltisifs de l'église catholique sortirent de l'université.

Al6 ENSEIGNEMEKT DU DROIT CIVIL.

eûTabi. S'agissaît-il, comme on l'a dit, d'ane question de veuves , de mineurs , de serment » de mariage? l'église intervenait sous divers prétextes de protection et d'intérêts religieux. La juridiction laïque était réduite aux cas trèsrestreins des discussions féodales. La découverte des com^Hlations romaines fit naitre dans l'état une autre classe de personnes imbues des idées de deux puissances et d'une souveraineté civileindépendante desclercs. 'L'étude des Pandectes agrandit le cercle des principes de la jurisprudence parmi les laïques. Us n'avaient pu, jusqu'alors, opposer aux canons de TÉglise écrits , et renfermant des décisions sur presque tous les cas de la vie dvile , que des coutumes barbares , souvent conservées dans la méinoire des vieillards , laissant toui à la force et au sort aveugle ; il n'était donc pas étonnant que la juridiction ecclésiastique se fût agrandie; mais, lorsque le système plus large et plus élevé des Pandectes eut

(i) Aussi les papes s'opposèrent-îls de toute leur force à ce* études : Firmiter interdicimns et strictiiis inhibemus ne Paiisii» sea aiîis locis yicinîs , quisqnam docere Tel audire jus civile presirmat. Bulle d'Honorius III. Ann. iai8. Dans les Décrétâtes de Crég., Ut. t, tit. 33, ch. a8.

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