Z6 CARACTÈRES DIVERS DES MUNICIPALITÉS
toutes ces larges iiinoyations au pro6t de Tindépendancè bourgeoise. Il s'étendit dans les XII* et XIII' siècles, à toute réunion d'hommes j car, lorsqu'il n'existe* pas de gouvernement protecteur , il faut bien que les individus pourvoient à leur sûreté , et ce n'est qu'en agglomérant leurs forces pour la défense commune qu'ils peuvent obtenir la paisible jouissance de leurs droits. Tout ftit corporation dans le moyen âge , et cette espèce de société de garantie indique l'absence d'une autorité centrale. Les premiers élémeti s de ces associations se trouvaient dans l'organisation des cités.
Toutes fondées, pour ainsi dire, sur un même plan , elle» offraient un large système de libertés locales.
Des nuances paraissent distinguer les quatre formes municipales qui furent adoptées , dans l'Italie , la France , la Flandre et l'Angleterre. -Toutefois, elles tinrent plus aux accidens de localités, aux caractères divers des gouvememens avec lesquels elles se trouvaient en rapport , qu'à Tesprît qui présida à leur création ; partout cet esprit fut le même , parce qu'il était inspiré par un semblable be-
COMMUNES d'iTALIE. 25^
soin. Les superficies seules furent nuancées et mobiles.
Le système municipal se convertit, en Italie ^ en véritable gouvernement républicain. Les communes de Lombardie nomment leurs magistrats par une élection, tantôt aristocratique, le plus souvent populaire ; elles ne dépendent d'aucun pouvoir supérieur. Les évêques' , les comtes , Tempereur , prétendent bien à quelques droits dans l'administration de la cité ; maisv^leur intervention s'affaiblit insensiblement et se perd. Les villes traitent entre elles, s'affilient comme des États et des souverainetés indépendantes, signent des traités et des confédérations. Elles ne diffèrent en rien de ces républiques de l'antiquité, de cette ligue acbéenne , si renommée dans les deraierç temps de la Grèce. Peut-être l'absence de toute souveraineté nationale en Italie^ et cette puissance incertaine des empereurs de race germanique, si long-temps disputée
1 Muratorî a retracé avec sa conscience et son érudition accoutnmées l'origine et la forme de ces municipalités républicaines au moyen âge. Ântiq. Ita!. medii xrï. T. it, disteit, 1^5 a 52, et ann. T. viii a x.
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par les papes, et jamais entière sur ces teiritoires , contnbuèrent-elles à cette grande indèpeodance des cités Italiques.
Les municipes de la Langue-doc sont constituées d'après le même modèle. Nous avons TU dans les Tieilles chartes de la Provence avec quelle ardeur les bourgeois défendaient leura privilèges, les sacrifices faits pour les conserver. Y avait-il espérance de se proclamer souveraineté absolue? les bourgeois n'bésitèrent jamais. Marseille, Montpellier, l'oulouse , Arles se déclarèrent plusieurs fois t républiques dans le moyen âge et soutinrent leur iîère indépendance contre les comtes et les évêques'. De là, peut-être, cette haiue que nous retrouvons toujours entre les bourgeois et les évéques, entre les magistrats municipaux et les comtes. Dans toutes les cités libres il se passait peu de siècles, sans être marqué» par une révolte coutre le seigneur
I L'histoire du dnnt municipal de H. Rajnoaud, ealiattout cnricuiecn ce quitoucbe les.commUDesde laLingne-doc dont [e laTint académirïea ■ plu» pHrliculiëreiueDt éladié tes chartes. J« DC coanaij rien de plus consciencieui et de plus complet qne l'hiitoirc du Languedoc par le Diodfate Dm. VaiMèle.
COMMUNES DE FRANGE. aSg
laïque ou ecclésiastique qui habitait la ville haute. Dans Fespace de cinquante ans , les bourgeois d'Avignon donnèrent la mort à un de leurs vicomtes et à deux de leurs prélats.
Dans les communes de France le principe municipal n'était pas aussi large, mais les bourgeois possédaient néanmoins tous les pri* viléges de l'indépendance. L'élection de leurs magistrats était consacrée par toutes les chartes communales ; le roi , le seigneur, ou leurs officiers n'intervenaient point dans ces réunions qui se Élisaient le plus souvent au son des cloches, sur la place publique, et auxquelles prenaientparttous les citoyens habitans delà ville.
Les magistrats une fois élus avaient le droit de police locale , la manutention des deniers coitxmuns, le soin d'entretenir les fossés, les murailles , les chaînes , les. ponts et les routes. Les cités avaient une milice à elles, une juridiction in< dépendante de la juridiction royale, etcotifîée à leurs maires et échevins. Mais ce qui les distinguait des républiqties dltalie et des muni-
i Cette forme fut complètement changée par Louis XI , comme on le verra dans l'ouvrage que nous pi^parons sur ce règne.
a4o COMMUNES DB FLâNDRE.
cipes de la Langue-doc , c'est que toutes ou presque toutes n'avaient pu secouer la dépendance du roi , des comtes ou des évêques dont elles reconnaissaient l'autorité supérieure et la souveraineté. Les seigneurs de la Languedoc faisaient des conventions avec les bourgeoiSf traitaient avec eux comme avec un pouvoir égal et une cité presque étrangère. Le roi et les comtes de France rendaient des ordonnances pour les communes , comme s'il se iut agi de sujets. Voilà ce qui nous semble se* parer les deux formes municipales.
Les villes de Flandre étaient régies par une sorte de système fédératif , fondé sur les relations commerciales. Ces grandes cités , lesplas opulentes et les plus importantes du moyen âge , étaient dévouées à leur comte « mais les privilèges municipaux étaient à leurs yeux d'un si haut intérêt « qu'elles ne souffraient pas que les gonfanons féodaux pussent s'approcher des murailles sans l'expresse permission des bourgeois. Quelquefois ceux-ci refo-
1 Consultez sur le commerce des villes de Flaodre, les aonsles du commerce par Macpherson , t. i , p. 270. Bruges seule coDte* liait 35,000 maisons.
COMMUNES d'Angleterre. 241
«aient Tenlrée de leur ville à leur seigneui* même. Le seul droit qu il eût , c'était d'établir un châtelain et des hommes d'armes dans le castel qui défendait les haufleurs de la cité^ Les citoyens s'obligeaient à leur fournir les vivres nécessaires, et ils ajoutaient un donan^ nuel au comte pour garantir les franchises dont ils jouissaient. Ces libertés étaientgrandes, puisque les bourgeois faisaient des traités de commerce, donnaient 4es sau&conduits v des chartes de protection. Mai« leur active indépendance se dirigeait particulièrement vers le négoce, qui embrassait alors le moîide çounu\ . Les droits des cités d'Angleterre seméiaient comme dans les communes de France au système féodal. La conquête était toute récente , et les vassaux militaires avaient conservé leurs hautaines prétentions sur les classes bour* geoises. Aussi les privilèges municipaux étaientils tous empreints du régime des fiefs^ et n'exis taient, pour ainsi dire, que sous l'épée; des ba-
1 11 n'existe paa d'ouvrage complet sur Tétat des cités indépendantes de la Flandre ; cependant ce serait un beau et utile travail. A chaque instant on les voit intervenir dans l'nistoire politique €t commerciale du moyen âg<;. Meyer.^ Annal. Fland. a un peu trop le terre à terre delà chronique.
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