MÉDECINE
cenne , Avenioar , Averroës , furent encore les sources où les médecins occidentaux allèrent puiser quelques notions exactes. Ces ouvrages ne donnaient que des indications imparfaites « car on négligeait > absolument Tanatomie et la physiologie, base essen-' tielle de la médecine , et que de malheureux préjugés faisaient considérer comme une espèce de sacrilège. Les Arabes s'appuyaient cependant sur des faits , sur des expériences , et plusieurs maladies ont été décrites par eux, telles que. la petite vérole , la rpugeole , la carie des os; les Orientaux ont aussi introduit l'usage des purgatifs doux , la manne, le séné, laçasse, remèdes que les localités leur avaient révélés sans doute \
Les médecins du XIII" siècle furent donc Içs disciples des Arabes , mais les premières connaissances anatomiques sont nées en Occident^^ L'empereur Frédéric II ordonna que personne ne s^rait admis dans les facultés, s'il n'avait fait auparavant des études anatomi-
.1 History of phisic from the times of Galien to the begioningof the 16 centurîjes by J Freind. London, ijaS. En comparant cet ouvrage avec Portai, Histoire de TaDatomie et de la chirurgie, t. i,p. 199 et 201.
TRAITÉS SUR l'art DE GUÉRIR. 3o3
ques et la dissection des corps humains. Il existait des écoles de médecine à Milan , Ferrare, Brescia, à Montpellier et à Paris '. Il nous en reste quelques travaux remarquables ; ne serait-ce que le livre intitulé : Trésor des pauvres , ou Manuel de Fart de guérir , composé par Jean-Pierre d'Espagne , qui devint pape, «ous le nom de Jean XXI.
En France les monumens les plus complets sur la médecins de l'époque sont ceux que publia en vers latins Gilleé de Corbeil , chanoine de Paris; ils consistaient en deux traités; dans l'un il examine les Ioib de pubibus (du pouls); dans l'autre celles de urinis (des urines) ; de plus un poème en quatre chants sur les vertus des médicamens , où l'on trouve tous les bons effets que doivent produire les antidotes , les remèdes connus de son temps '.
Le moine Rigord, dont nous avons eu si souvent l'occasion de citer le chronique , était médecin du roi Philippe- Auguste; mais il n'a
1 Astrnc, Mémoire pour servir à l'hist. de la faculté de Montpellier.
a Voyez l'analyse de ces ouvrages dans Thistoire littéraire de France^ parles Bénédictins, continuées par l'Institut, t. zvi, p. 586..
3o4 ART OHiaURGIGAL.
fait aucan ouvrage sur Tari qu'il exerçait.
Roger de Foumiyal d'Amiens (ut celui de Louis yill ; Dudes ou Dudoa Tétait de saint Louis, et le traita lors de la peste à Tunis \
Un des préjuges de la médecine d'alors, et elle en avait beaucoup ! c'était de croire i^ la possibilité de prolonger la vie, tandis qu'elle s'occupait à peine de l'hygiène ou de l'art de U conserver. Actuarius et Roger-Bacon ont décrit des antidotes universels. Actuarius formait le sien de cannelle , d'euphorbe , de mandragore, de safran, de myrrhe, de pavot, de ppivre et de mieL 11 pensait , par ce moyen , arrêter la mort elle -même avec sa &talité inexorable *.
Quant à la chirurgie , cette science qui s'éloigne essentiellement de l'empirisme, car elle se manifeste par des &its et des opérations visibles , elle était confiée à des hommes illettrés , n'ayant que quelques habitudes purement mécaniques, quelquefois simples barbiers sans
1 CoDfessear de la reine Marguerite , vie de Saint - Louis, p. 468 et 469.
a Mâckensie, hist. de la santé ou dé Part de conserver la vie , t. 1, p. an et aia.
CURES MERVEILLEUSES. 3o5
études* Aussi ne voit- on que des tentatives malheureuses dont les résultats produisent la mort ; témoin Richard , blessé au bras , et expirant par l'ignorance de l'opérateur. Cependant l'art de guérir n'était point inconnu dans le moyen âge. S'il faut en croire les romans de chevalerie , les jeunes preux trouvaient dans les castels des soins assidus qui guérissaient promptement de dangereuses blessures. Les dames, les damoiselles surtout, acquéraient quelque expérience dans Tart de panser les nobles chevaliers frappés dans les batailles et aux tournois. Us s'en allaient souvent blessés au cœur , mais sains de tous leurs membres , et se souvenaient par maints coups de lances brisées des blanches noainsqui avaient étauché leur sang et l^andé leurs plaies douloureuses. Toutes ces idées de fées bienfaisantes, qui rendaient la santé par des simples , supposent dans cette société merveilleuse quelque étude naturelle qu'il nous est impossible de connaître et de précisément dé&nir.
Toutes les sciences de l'Université à quelque objet qu'elles s'appliquassent étaient soumises, comme on l'a dit, à une commune
3o6 SCOLASTiQlTB.
méthode , à une seule formule d'étude , qu'on appelait scolastiqne. Oa divite en troi* époques son histoirC' La première et la seconde embrassent les XII' et XÏIV siècles , depuis Guillaume des Cbampeaux , jusqu'à Pierre Lombard ; elles doivent seules nous occuper ; la dernière est postérieure. La scolastique avu s'établir sous le règne de Philippe - Auguste cette multiplicité de dÏTiaions, cet usage presque lidiculede la synthèse qui a achevé d'imprimer à la sdence ses formes arides '.
L'enseignement consistait en de longues séries de définitions, de divisions, de syllogismes, de gloses et de commentaires.
C'était, dans les écoles, un retentissement perpétuel de questions oiseuses , . dont pluûeurs même ne présentaient aucun point accessible. Quelle est la structure iutérienre du paradis? Jésus-Christ monta-t*il au ciel avec ses vêtemeos? Son corps est-il nud ou babillé dans le sacrement de r£uchMistie? .'
De pareilles discussions, comme on le sent,
I Deslande, Hittoire critiq. delà pbiiloiophie, t. 3 , p. 36g et' Î34.
a TonroRj vie de uint Domiiriqae, lir. 1, cbap. i5. .
SCOLASTIQUK. 3o7
provoquaient d'interniinables disputes ; et cependant rUnivemlé ne tolérait que cette méthode % si bien que lorsque quelque nouveauté se produisait en dehors de renseignement accoutumé, elle était aussitôt condamnée et proscrite. Ainsi» Tévécpie de Paris , Etienne Tempier, condamna aaa propositions sur Dieu, sur l'âme 9 sur l'essence , sur l'accident , sur l'intellect ; sur la génération et la corruptibilité.
Des sectes se formèrent a la suite de ces dis<putes; les disciples de saint Thomas et de Scott étaient sérieusement et très-sérieusement divisés d'opinions sur l'immaculée conception de Marie, et sur la manière dont les sacremensopéraient ; la prédestination et la grâce dévinrent par la suite les principaux points de contro* versQ entre les deux systèmes philosophiques.
Tout cela est bien petit , bien étroit ; mais ce qioi ne doit point échapper à l'histoire, c'est cet amour d'instruction et de recherches, cet entraînement vers le travail , qui anima cette société. . L'esprit n'est jamais en vain en activité. U produit toujours quelque chose, plus ou moins parfait, plus ou moins
1 Bu Boulaj. UUt. de l'Univenité , t. 5, p. 433 et 443.
3o8 BICIilOTHitfîUBS MONASTIQUES.
bien dirigé, car le moUYement est déjà pour lui un progrès.
Un élément de hautes études qu'il &ut encore signaler dans cette marche de l'esprit humain, c'çst la multiplication des manuscrits , et la formation des bibliothèques nombreuses où se trouvaient non- seulement le»
livres contemporains, mais toutes les productions de Fantiquité grecque et romaine. Nous ne croyons pas sans doute que cette obéissance passive aux inspirations d'une littérature empreinte d'autres couleurs que les mœurs du moyen âge , ait avancé notre civilisation intellectuelle ; il eût peut-être m^ieux valu laisser notre génie national se développer dans son isolement et dans son énergie ; mais il n'en a pas moins dû résulter de ce frottement avec les anciens , une sorte de travail d'intelligence , et peut- être aussi quelques heureuses imitations.
Les bibliothèques se multiplièrent dan»
le XIV «t le XIIP siècle. Philippe de Dreux , évêque de Beauvais , avait plus de 3oo manuscrits qu'il légua à sa cathédrale. << U y a à St.-Médard, une belle librairie, »dit Gauthier de Coinsi , en parlant de l'abbaye de Saint-Mé-
LIVRES MANUSCRITS. 5o9
dard de Soissons ; Yincent de Beauyais s'extasie sur celle de Saint - Martin de Tours. Les religieux de Sainte -Catherine, du Val des écoliers , rédigèrent le catalogue de leur bibliothèque, et les articles s'éierèrent au-delà de 20o'. Toutefois les livres étaient encore fort chers. L'évêque de Yence légua aux chanoines de Saintp'Yictor de Marseille sabibliothèque, à l'exception d'un bréviaire , dont la valeur devait être employée à l'acquisition de bonnes terres. Jean, abbé deCluny, laissa vingt-deux volumes à son abbaye , qui demeureraient attachés au mur par une chaîne , afin qu'on ne put les dérober. On mettait tant de prix à ces manuscrits, que la plupart des nécrologues des monastères indiquent sommairement le titre des ouvrages qu'ils ont reçus dans l'année , comme s'il s'agissait d'une pièce de terre , d'une rivière ou d'une donation d'écus d'or. La multiplicité des manuscrits qui nous restent de cette époque , nous montrent cependant avec quelle ardeur ils étaient recherchés et étudiés dans les universités et les écoles.
1 Gall. Ghristiah. dov. edit. T. iz, p. 759; t. vu, p. 90; t. v^ p« 6a, 64$ 76.
5lO MANUSCRITS DES ANCIEHS. ^
Ces lÎTres ne renfei'maîent pas seulement, de froides et sténies diasertationa eccléûastiques ; c'étaient les chefs-d'œuvre de l'antiquité que tes moines et Içs pieux reclus pouvaient lire et méditer dans les longs jours de leur solitude ; Virgile et ses admirables créations , Cicéron avec son éloquenceverbente,$énèque, Plaute , Térence , Lucrèce lui-même, plein de sa belle et grande philosophie, de son poétique matérialisme, y paraissaient avec toute leur hardiesse de pensées et de conceptions , et de telles lectures devaient influer sur la marche des esprits concentrés jusqu'alors dans les étude» ct les pratiques religieuse*' !
LITTEBATUBE.
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