‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 3)Chapitre 98 sur 124 · LANGUES ORIENTALES · texte numérisé non relu

LANGUES ORIENTALES

chez le» prêcheurs, cette compagnie voyageuse chargée de la conversion universelle. La langue arabe était familière aux deux moines Humbert de Ron^nis et Guillaume de M orbecl dont nous avons déjà racconté les intéressans pèlerinages. Le premier traduisit aussi du taii^tare en latin une lettre que le grand khan adressa à Saint-Louis , et la fidélité de ce tra* vail est aujourd'hui^ constatée '.

L'hébreu était plus répandu encore. Le besoin d'interpréter les textes de récriture , les recherches cabalistiques , les rapports supposés des astres et des signes , des lettres orientales , et des conjurations de la magie le rendait in* dispensable* Roger-Bacon , Raymond Lulle , Robert - Grosse - Tête , évêque' de Lincoln , a'étaient livrés avec ardeur à ces études. Albert - le - Grand avait appris le chaldéen et la langue mélangée dans laquelle est écrit le thalmud. Plusieurs des combinaisons d'alchimie et d^astrologie sont fondées sur l'alphabet des vieilles populations de T Assyrie.

1 Comparez Martène, Thesaur. anecdot., t. iv, p. 1708. Vila Ladov, 8. Dacher. Spiceleg. t. III, ai6 et lAabbé Lebœuf , État des Sciences , p. i36.

3l4 LE GREC. — LE LATIN. — LANGUE VULGAIRE.

l£ goût des études philosophiques, Teogouement pour Aristote, répandirent la laague grecque. On a des traductions d'Amtote, de Platon , de Ptolomée et de saint Grégoire de Nazianze, mais elles sont très - impar&ites et flleinesde non sens'.

Dans ce siècle de recherches et d'actÏTité ■, commence la grande lutte entre le laûn et l'idiome vulgaire, devenu depuis cette nûble langue française, la source de tant de chefsd'œuvre. Le latin dominait les écoles, les sdeaces , l'Église, les actes de la vie publique et civile ; on l'enseignait d'après la grammaire de Piiscien, d'Albert -le-Grand , les Senmtet grammaticales d'Alesandre de TiUedieu , et le Dictionarium locupletissimum , s«ul lexique quî date de cet âge'.

Le langue vulgaire était parlée par les laïques et même par les clercs. Malgré Xt» efforts tentés et suivis dans les universitës et les ordres monastiques , pour en arrêter les progrès, elle commençait à envahir les études. Au XIII* ùècle surtout , quelques li-

I Duboul>r, Uiit. de l'Uni Terai lé , t. 3. p. lU. 1 MoDtfaucoit, bibl. bibl.,1. 3, p. i>i3.

CORRUPTION DU LATtN. 3l5

vres à Tusage du peuple furent translatés en français. Les éyangiles et la bible passèrent de^ langues originales en l'idiome yulgaire , ce qui produisit un grand scandale dans l'Église, surtout la traduction du cantique des cantiques, de ces amours de la bien aimée, dont les figures mystiques et libertines prenaient une naïveté originale et séduisante dans le gentil parlage de France.

Il s'opérait même une singulière fiision en* tre les deux idiomes ; on les mélangeait par la plus étrange combinaison pour en faire sortir la rime et les vers, comme dans cet eitemple :

Je maiae bonne vie semper quantum potsum.

Si taTCmtcr m'apiyelle, je dis eece adtum.

A despendre le mien temper paratus sutn i.

On doit sentir quelle sainte colère de tels abus du latin devaient exciter parmi les uni- Tersitaires, et les moines gardiens de la pureté de la langue antique. Mais peu à peu le latin disparut ; on ne le garda plus que dans les for-

1 Des famés , des dez et de la taverne, 74» Fabliaux, t. 4* p* 4^^^ et 488.

5l6 IDIOMES VOLGAIRES.

inulei d'actes et d'argoiuentadon. L'idiome Tulgàire domina.

Cet idiome n'avait point nn caractère nniforme; il vaiiait de province en province. En deçà et en delà de la Loire , on parlait une langue difTërente , Bortoat par le» dënnencee de mots et par lei constructïont de phrase*. Il j avait bien certain* caractères commmis , mais les disbnctioDs étaient fortement marquées , de telle sorte qu'on ne pouvait les confondre Tune avec l'autre.

licur ori^ne fut néanmoins nue corruption du latin, défiguré par la suppression des déùnences , par l'irrégularité des constmctiona , par l'introduction des articles empruntés aux langues dn nord ou aux patois qn'on parliût dans chaque seigneurie. Déjà, Grégoire de Tours se plaignût de cette invaùon du parlage , alors appelé rustique, et qui devait être naturellement préféré par le peuple à la langue noble et diffidie des Latinsl. Les écrivains retiisçreut d'abord d'employer l'idiome vulgaire ; mais tdie est la puissance de l'opinion , qu'ils furent eux-mêmes

I DecedcDle alqoe imô polîut pereunte ab urbibui galUcioù

CARACTÈRE DES CHRONIQUES. ' Si 7

obligés de le subir lorsqu'il devint national ; il ne resta donc plus que la grande division entre la langue -d'oc et la langue -d'oil; et comme la langue-d'oc ne fut point soutenne par un centre de beau parler ; comme les provinces du midi furent ensuite réunies à la cour ronne , reçurent les ordonnances des rois « et l'impulsion d'une cour française, elles éprou'^ vèrent aussi l'influence de la langue - d'oil, et ne conservèrent plus le vieil idiome des, ancêtres que comme un patois abandonna au petit peuple'.

Les chroniques furent une des premières productions de la langue nationale. Nous en avons déjà parlé sous les rapports de la cbronoldgié, il nous reste à les considérer comme ouvrages littéraires.

Les chroniques des XII* et XIII* siècles.

liberaliom cultaràUtterarum.... philosophantem rhetorem intelUgaat pauciy loqaentem rasticuim multi. (Praefat. Dm. Bouquet.) Goilect. historiens de France , t. a, p. iSj.

1 Comparez sur les. langues et les idiomes, parlés en France » et la décadence du latin , Pasquier, Recherch. , 1. 8» c. i, Uv. i 9 chap. i3 ; M. Raynouard, Recherches sur la langue romane, et M. Roquefort , état de la poésie française , p. SjS.

5lS CHRONIQUES EN KA.NGUE VULGAIRE.

cmpninteBt la langue latine ou l'idiome Tulgadre ; les premières sont en général correcte- l

ment écrites, mais elles ne contiennent ni critique des faits, niaucun aperçu philosophique. IVesque tous les chroniqueurs ont vu les ëvénemens qu'ils rapportent , ou ils en sont contemporains , de sorte qu'ils en parlent |

comme témoins oculaires , ou d'après le ouïdire de quelques peraonnes certaines ; l'espiit de crédulité domine dans leurs récits. Ce que le chroniqueur conte surtout , ce sont les miracles , les éréuemens merrôlleus qui ont troublé l'ordre naturel; ce qu'il aime le mieux redire» ce sont les annales de son monastère ; il néglige quelquefois les faits les plus importans pour des accidens sans gravité historique. Mais, dans ces descriptions d'unphënomène, d'un miracle, qui réveillent tant de crédulités pieuses, se glissent encore bien des traits de mœurs, et , c'est pour trouver ces impressions dans toute leur naïveté locale, que je pré- > fëre les chroniqueur quiont écrit en français, tels que Joinville et Yilhardooin. Il y a dans leur récit quelque chose de plus vrai, de plus contemporain, car cette langue latine, qiùs'inter-

LES SIRES DE JOINYILLE ET VILHABDOUIN. 3 I9

pose » comme un anachronisme , entré les chroniqueurs et ûioi , détruit Tillusion que je cherche. U y a aussi dans ces récits en langue vulgaire , presque toujours dictés en dehors des monastères , moins de partialité cléricale. Ce sont de preux chevaliers racontant ce qu'ils ont vu dans le cours de leurs pèlerinages et de leur vie de castel ; ils m'introduisent dans la société féodale, m'expliquent les moeurs et les habitudes de ces merveilleuses familles de tourelles et de manoirs, dont nous aimons à nous faire dire la vieille histoire.

Les chroniqueurs sont très-nonibreux dans lesXIt etXIir siècles. Lés deux principaux en langue vulgaire, sont les sires de Yilhardouin et de Joinville, « qui écrivirent , soit en naïf français, soit en ramage de leur pays \ b L'histoire de .Bigord quoique en latin , a été translatée en ce biau parlier en les grandes et incomparables chroniques de Saint-Denis. » 6uillaume4e-Breton a aussi fait une histoire en prose , qui ne prend de l'importance et de l'intérêt que là où

1 Histoire de Tempire deGonstantinople^sousles empereurs français, édition de Ducange ; Paris, imprimerie royale , 1657. — His* toiré de Saint-Louis, par lehan de Joinville , sénéchal de Champagne, édition de Capperonier, Paris, 1761.

5aO ESPRIT DBS CHRONIQUES.

se termine celle de Rigord \ Mathieu Paris est certainement le plus remarquable des conteurs de ce siècle ; sa chronique , qui forme plus d'un gros volume in-folio, comprend l'histoire nationale de T Angleterre ; il y r^ne un esprit de critique et de fronde contre la cour de Rome, un peu extraordinaire dans une œuvre monastique de ce temps , et qui révèle déjà peut - être la séparation de son église, avec le souverain pontife \ Jacques de Yitri qui s'est particulièrement occupé des affaires de la Terre-Sainte , offre un vif intérêt en nous faisant connaître tout ce que Ton savait , en Occident , de l'histoire des mœurs et des habitudes des Sarrasins, et en nous présentant un tableau animé de la cor-> ruption du clergé catholique. L'ouvrage d'Aïbéric, moine des Trois -Fontaines, est une compilation de chroniques antérieures ou contemporaines. Le Miroir -Historial de Vincent

1 Danft le 17® ▼ol. de Dm. final , coUectioa des historiens de France.

a L'édition donnée par Dm. Brial est fautive, dépecée. L'esprit religieux a décoloré l'historien national des Anglais. Voyez l'édition de Londres > publiée par Wats, que j'ai déjà indiquée.

CHROITIQUES EN VERS. 3ai

de Beauvais ' n'est également qu'une com|iîlation , peu soignée et pleine d'anachronisme». Nous ne tiendrons aucun compte des chroniques particulières , si nombreuses à cette époque, et qui traitent, les unes de l'histoire d'une province, les autres d'un événement particulier , tel que les croisades des albigeois. Leur nombre est infini, et elles ne présentent pas un caractère assez remarquable, pour conclure quelque chose en ce qui touche la marche des études historiques.

PbilippeMotukesert comme de transition pour arriver aux écrits en vers latins, et qui ne s'élèvent pas bien au-dessus delà chronique en prose. Mouske a entrepris une histoire de France ■ en rimes dilectables. > 11 commence à l'origine des Francs, & cette fÈibuleuse illustradon trojenne, que Ton raconte dans toutes les vieilles légendes '. INous avons assez parlé de Guillaume-

1 VÎDceDtiBelloTaceaiia ope». Dodu, ^636,^10!. iit-foL 1 Lliirtoire de la lignée dei niii de France, par Philippe Hoaike , «Teqne de Toornaf , ï la luite de Vilhardonin , Paria ,

022 POKMES LAyfNS.

le-Breton, et de «on poème «ur Philippe- Auguste, pour ne plus y revenir. -U iiy a dans ces douée mille V^r»,' ni ebncéplion ëpiqtië, lii ipo^îe Originale , c^éjit tôûjbui^s le tei^re-^à-tépre desannaleii'mcioafsti^ue», Inais aussi aiveclétir 'fidélité. Tout ée qûi^éét étilangék' à Thlstoire , Guillaume* ne le' ctéé pas , mais il Temprurite. Ce sont dés réiuinhcenees des anéienis , plaquées sur *un ^fdhds de ^chronique mdiiacalè. Maïs ^ ces rëminîècettèes, ii'fetlr ddiliie*bn costume contemporain, '^t'sôtts cfe râppon, il y

a encore de la couleur : Guillaume-le-Br eton

ta fait, f^^urlës idééfréniprtiiitées à Virgile ou à Homère; ce qUêlèrf ^iii tf es du ihôyén âge' font .pour* leurs persotiua^s historiques. Le poète leura imprimé 'le coètUtne' du XIIP siècle, oommeleéénlUhkiMiUi^s d'ihKage» ; rétêtàiéht le roi' Prîtfib; d'ttiierbbé d^hérihine , étec a^thoiriWet btâs6ï>/&lêarieiït a^sébir Jésus "à tàMe, at«c Ses 'douze Èttnyns , et dôtirïâieut à la triste Didon le vêtement des nobles dames de castel , l'écbarpe , et le hardi faucon sur le poiug«

Le nombre des) poètes^^latiils tians derdeilx siècles est infini. U a fourni à Lejsér'tine

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