POÈMES LATINS
iiste de plus dé 1 80' . Le plus remarquable est GaotierdeGhàtilloii^raiiteurderAIexandride, ou poème sur Alexandre*. L'anti-Claudien, production d'Alain de mie , contient plus de quatre mille vers hexamètres. Il a suivi le même plan quele^poète latin , dont il se déclare l'antagoniste. Claudien a montré tous les ^vices a emparant de Ruffin , Alain a rassemblé toutes les vertus autour d'un homme qu'elles veulent peirfectiomier. Cet ouvrage est u,ne sorte diencyclopedie, qui a Êiit Tadpliration de plus d'un cleirc'.
Toute cettelittérature^estbîen peu de chose.
•On^dOit cependant distinguer quelques produotions origitiales ,*tel est le Bruneltus ou Miroir deafoizs de l'anglais Vireker , et le poème *de ffoaeph d'Exoester, sur les exploits deRix^ard en Orient^;Gauthier Yinisauf a fait un ait poéttqi^ , dédié au pape Innocent IIP. Pierre de Riza, «ousle titre singulier d^Orore^ a ver-
1 Leyser, Histor* poematam latinor. med. »▼. Hall., 17a 5. -2 Hist. litt. de France, par l'Institut, t. xt, p. 100 à 119* 5 Leyaer, p. loao.
4 Warthon , History pf engUah poetry, dissert. a.
5 II est aussi l'auteur d'une chronique sur le voyage en Palestine de Richard Gceur-de-tiion. Leyser, p. 855 et 986.
-534 CASACTÈRBS DES SBBMOSS.
sifié dei eitfaits de la Bible. On ne remarque mêmepasdans toute cette poésie le mérite assez faible d'ailleurs de la versification -. latine, he* savans y déplorent déjà un mélange de la rime, invention des idiomes vulgaires , et du mètre conservé de la vieille langue de Rome.
Le moyen âge est non moins fertile en opuscules , sermons , épltres , en un mot dans tous ces genres de littérature que l'esprit religieux favorise. Les sermons , sorte de discours oratoires , et qui remplacerait dans la soàété chrétienne et militante les harangues du forum , exei'çaieut une immense influence sur les esprits. Ils étaient presque tous en langue latine ; mais ces grandes oraisobs, destinées à remuer les masses , ou préchéés à l'occaùon des croisades pour exciter le peuple à quelque ^gantesque entreprise , devaient être prononcées ou traduites au moins en langue vulgaire. Il nous reste très-peu de monumens de ce dernier genre; les clercs auraient craint d'être accusés d'ignorance s'ils avaient consigné dans t'îdiôme populaire leurs exhortations religieuses. Les sermons, ceux même qui sont l'ouvrage desfaommes les plus distingués du temps
IMFLUENCE DBS ÉPINES ECCtÉSUSTIQUBS. SaS
tels que saint Bernard , Pierre de Blois , Jean de Sarisbuiy , he «ont pas à la hauteur de ces réputations colossalesi'qui ont ébranlé le monde, et gouTcraé la iociété chrétienne. Il» reposent généralement sur des textes de peu d'intérêt, et le» développemens, que chaque partie du discours reçoit i sont secs, stériles et sans mouvemens passionnes. On a quelque peine à couceToir au temps présent, comment une logique bavarde , hérissée de citations, sans critique et sans discernement, a pu frapper les esprits et commander aux intelligences '. Les traités de morale et de pratique religieuse sont empreint» d'un plus haut talent. Toutes les fois que le commeulateur ne se jette pas dans les abstractions de l'école , et qu'il disserte selon son cœur et sa raison, il est supérieur k tout ce que son siècle a produit. Il fallait bien que ces hommes eussent un côlé plus fort que leurs conlemporains, car dans une sociètd^uelque barbare qu'elle puisse être, l'influence ne s'acquiert qu'alors que la supériorité est un fait , et saint Bernard ,
I ThritÉoiea recaeillipluBicurs decenopuscnliis dansson iivrr De tcriptaribuë eccluiasticii , publié par Fabticius ( bibliothèque cccléaisatiqne ].
S3& INFLOENCE DES ÉPlTRfeB ECCLÉSIASTIQUES.
Fierre-le- VéDiirable I Jeail de Sariibury, exercèrent une vëritf^le donûnaùon. .Les épttres •ont au«si un gjenre de talent qu'il finit reconnaître à ces grands Bon» du moyen âge.
C'est par ces vastes et actÏTe* corretpondaiices que le monde a été gouverné. Une épltre de saint Bernard remuait l'miivertcatboltqae. Uinocent III quitta Rome très - rarement , et ses lettres, dont le nombre est infini, commandaient aux princes , aux populations ; elles sont en général chargées de citations des textes sacrés , mais en les prenant conime l'expression de la puissance chrétienne , raîsonnanb d'après les doctrines de foi et d'autorité, il faut reconnaitre qu'elles étaient dictées par une haute intelligence du temps. Les Bénédictins ont remarqué rél^;ance de la phrase latine. Les hommes qui voient un peu plus avant dans le fond des choses doivent avouer qu'elles sont enfreintes de cette dignité et de cette force capable de parler aux convictions et à la conscience dans des siècles peu éclairés.
Ce qui manque à toute cette époque c'est la liberté, ce premier ressort de tous les taleos. L»
TROUBADOURS ÇT Tl^OUVl^BBS. 52y
lî|téi*ature tpuTBe t,0|Cijpu^i:«. 4^(99 ua, ceircW 4onj3ié9and ja^n^is rieijL pst^p ay^ccolte rai^tH^. Wdép,eDdaji;ile quji aniijo^ Ie§ çré^tipps. 4e i^'mt^l-. ligeuc^. Ce ne soip^t q\i^ ô^ çommeutsive^ ^ dogm/es écrite et irréfrsîg^Ie^ » i^estç^îiji^ d^^je^ un cercle scol^stique, ajissl^^créquelç.dPg^^ W-même. De là cette ^p^ipi^otox^ie quî^ tue ce& écrits du moyeu âgç. Le& mémea idéçai se reproduiseut ayec les uiéi^es émotiouiSy, et le génie se montre dans le mê^e ço^tiime qi^e l'ignorance et la nullité.
Cependant il était une autçe ^tléç^|ur§^ où un peu de libre pensée sembli^t s'être réfugiée* Elle s'y révèle sous des foriups grossières, piouotojies souveuf , niais, partout on, retrouve quelque gepue d'iudépenjd^P^. £t c'est quelque chos^t au milieu de# productio;as dogmatiques et stériles de ces dçuïj siècles , de pouvoir se reposer ^r ^^^ ch^ikut^ poétiques et moqueurs des trouvères et des troubadours.
Ijsj. Gaule romaine i^'était di¥i«iée en 4^U3( langues. Sa littérature aussi avait subi cette divi^ sion. L^ poésie des trouvères n'a pa§ le même carcMCtère que celle des troubadours , et toutes
3a8 CARACTÈRES DE LÀ POÉSIE.
deux sont empreintes d'un esprit différent. On s'est demandé à laquelle on devait donner la préférence. Le patriotisme s'est mêlé à cette question : les érudits du midi de la France ont placé les troubadours au-dessus des trouvères. Les savans du Nord n'ont point manqué de proclamer comme supérieurs les cbants des vieux poètes normands et picards *. Dans une telle controverse , on s'est peut-être laissé entraîner par des préoccupations particulières. Les sirventes , les tensons , les poésies enfin des troubadours ont quelque chose de plus gai , de moins grave , que les chants des trouvères ; mais ce qu'on peut leur reprocher , c'est une certaine monotonie. Ce sont toujours les mêmes sentimens, des dissertations subtiles et amoureuses. C'est comme un roman de mademoiselle Scudéri , ou une thèse de faculté sur la galanterie. Dans
i Cette coDtroverse s'est engagée entre deux saY^ns respectables, M. Raynouard et M. de la Rae, que leurs études spéciales portaient à préférer l'une ou Pautre de ces littératures ; M. Roquefort 9 et avant lui Legrand d'Aussi, avaient soutenu l'hoiinear de la poésie française contre les troubadours proTençauz. M. Ginguené a traité avec bonheur et philosophie de la littérature des troubadours dans son histoire littéraire d'Italie , t. 1^ p. a4i à 335.
DIVERSITÉ BBS PRODUCTIONS POÉTIQUES. ^ag
le» sirventes, on aperçoit une certaine verve d'expression , un certain bonheur d'indignation contre le clergé et les moines , ce qui leur imprime de la vie et de la chaleur. Mais c'est moins comme productions littéraires. que ces poésies nous paraissent remarquables , que comme monmnens historiques; C'est là qu'il faut chercher la société se mouvant , agissant avec son propre caractère. La chronique des monastères ne nous apprend qu'une demi-vérité, on peut la trouver entière dans les sirventes du temps.
Les productions de la langue d'oil semblent plus variées,au moins dans leur titre. Les romans de chevalerie n'ont pas le même caractère que les fabliaux , les fabliaux que les castoiemens , mais toutes ces poésies ne se distinguent les unes des autres que par des différences peu saillantes, et Ton pourrait dire par le noin seulement. C'est toujours le même genre appliqué à un mécanisme de vers différent. La société étant empreinte , à cette époque , d'un caractère uniforme, cette uniformité pénétra les productions de l'esprit : aventures de romans , de fabliaux, tout roule à peu près sur les
53o ÉPOQUE ess -mioubadoubs.
mêmes combinaisons.; tout eut jeté dans un!
semblable mouli».
C'est pendant le trtt«ii«i« «ècls, depuU l'anBée laoi ^qu'en la&o, que les cbants des troubadours se sont fait pajrtlcalièreme»t entendre- Leur nombre s'élÈ^e à pbis de cent cinquante dans, les catalogues (faî ont été publiés '. Ce n''est poiot dire qu'os ne puisse trouver quelque gai ctuuttieui' au doiuième siècle; nuù» la grande époque de la littérature du Midi ne commence qu'aprèa <%t âgé ; alors s'ouvre la brillante galerte des troU' badours où l'on compte Cadenet, Blacas , Giraud de Bomeuil , Boniface de Castellanne , Pierre Cardinal , Isam , le moîne de Montaudon , Giraud Riquîer , etc. , dont les poèmes ont été célèbres dans les oasteU et les manoirs.
On classait toutes ces productions du gai saTou" en ditlereiu genres. I^es sirrentes , les tensons, les pastorales, les contes' ou nouvelle*.
Lessirven tes paraissentlesplos remarquables. Ce sont des satires générales ou personnelles
1 ComparexM. Bajnouard à l'abbé Hillut , discoura prélimipiice. M. Baynouard a fitt de quricuHi dtcouTcrtea.
LBS SIRVBNTBS. 55 1
dans, lesquelles ne sopt épar^iét nt les rois , ni les châtelains, nilepape, ailes prêtres. C'est dans cette vive critique de la société d'alors que l'on peut trouver quelques notions sur les habitudes de la vie privée ; elle sert ainsi de contrôle S la chronique sèche et morte des moiiastères. II est impossible d'ofi&rr plus d'intérêt que les sirventes du meRne de Mo»taudon ou de Pierre Cardinal. L'un- s'est attaché à peindre la dissolution des castels , l'autre celle des clercs ; les dames , surtout , n''écbappent pointau troubadour de Montaudon; leurs ioiidélitcs , leur parure, leur galanterie, sont tour à tour l'objet de se^ moqueuses poé> sies '. Nous avons eu l'occasion de citer plusieurs tbîs Pierre Cardkial, dans la peinture des mœurs (Usaolnes des clercs de la I^n^e-doc.
Le tenson est un dialogue entre deux interlocuteurs qui soutiennent , sur une question de morale anxoureuse , de poésie ou de chevalerie , des opinions diverses. La plupart
1 Foéùes uriginales de» troubadonn, par H. Rayaoïiard , el 4. tlest ï regretter poUr Ceux qui neaont pai famlliera le> idiâmes du midi , qxe le raTant auteur de ce recueil c'ail Iraduil lee plu* imporlantei pièce* hiitoiiques.
53a TENSONS. — ÉPITRES.
n'ont qu'un Ëiible ïntërèt. Ce sont encore des tbètea de &culiés déreloppces en vers; quelquefois cependant ^ lorsqu'elles contiennent des satires contrcles barons, les papelards et les clercs, ou contre l'un des personnages en scène, ellespréscntent des traitsde satire comme les ùrrentes mêmes '. Alors ces jeux-partu , comme lesappellent souvent les chanteurs provençaux , rentrent dans le» documens historiques. Quelquefois ces batailles d'esprit et de subtilité oflrent plusieurs interlocuteurs, et elles reçoivent le nom de tournoiement , parce que chacun des troubadours prend succesaiTement , et à son tour , la parole '.
La langue romane servait aussi à quelques rares épltres en vers. Les unes sont un pur réàt adressé à un tiers , où l'on raconte les aventures chevaleresques , ou des histoires amoureuses , les autres sont didactiques. Le
I Dana na de txt Koboub , Bambaud de Vaqueiras reproche au oiarquii de Maleipiaa d'avoir volé snr lea grtodeB routes; le marquia en caoTient, maia, dit-il, ce n'eit pas pour garder,
mail ponrfaire^desUbëralitèa. Millot, Bist. dea troubadoun, t.i, p. 336-339-
1 M. RaynouBid, t. a, p. ]86, 306.
pastourelles: 355
poète y adrcMe des conseils, donne des avis pour toutes les circonstances de la vie. Le troubadour Amadieu des Escas enseigne k sa jeune dame comiuent « elle doit soigner sa toilette , mettre du rouge sur ses joues , de manière à effacer réclat des peintures de vitraux; comment elle doit s'adoucir et se blanohir la peau en toutes les parties de son corps ; recevoir son amant la nuit en cachette au pi^d de la vieille tourelle , lui donner place en l'amoureux réduit de son cœur. »
Les pastouivUes sont plus particulièrement empreintes de cette monotonie ({ue nous avons déjà wgnaléc ; presque toujours elles oflreut les formes dialoguëes entre un berger et une bergère , que précède une simple description « du c«rg'eretcampagnejolieoùsepauela scène.» Le troubadour ne sort jamtùs de ces idées riantes , mais bien usées , «d'un berger qui, dans les prés fleuris où il «e promène , rencontre une bergère qui cueille des fleur» , ou bien d'un seigneur qui , le faucon sur le poing , cherche h rendre la bergère Infidèle ; elle rëuste, parce qu'elle aime son bel ami. v Ces tableaux se produisent les mêmes jusqu'à satiété : tout y
5") j CONTES. — AUBADES. SÉRÉNADES.
est semblable , jusqu'aux formes des vers et aux
expresfflons poétiques.
Quelques contes, et qui ont [>u servir aux poètes italiens des XIV' et XV siècles , se trouvent aussi chez les troubadours; on y liistiugue encore les plaintes (plantus), chanson mélancolique, où Ton déplorait la mort d'une amie ou d'nu ami 'fidèle. Quelquefois aussi les ëvénemens politiques étaient le sujet de ces lugubres poésies. Tels furent la prise de Jérusalem par Saladïn, le malheureux état de la Ijangue-^oc, lia croisade des albigeois '.
D'antres chants étaient destinés à la joie.
On 'les désignait alors «ous le nom d'aubades , sérénades , ballades. L'aubade se débitait b l'aube dn jour , et il fallait ramener a!ba, k cfaaquefin de strophe*. 'Pour la sérénade , c'était le mot ser qui devait se reproduire'. 'Dans la bà]Iade,'le premier vers on les premiers mots de la pièce s'y répètent
iM. BajDoiiard,t.i,p. 4^1 i47'ien ^ comparant >T«c Ginguent, Hùt.lUl.d'lt>lieyt,i, p. 309.
1 Ka^onard , t. 9,p. iSo, 18S.
3 GingoeDë, t. i , p. 196, en le comparaDt ï M. de Bocbegude, P«m*Me oecitaniea , ODTnge publié en 1819, p. 110.
l'école nouvelle. 535
d'une maniëiT-nDifonne'. Dne muttitnde de -poésies offi'aîent d'autres âiflicuhéB à Tatncre. et'c'ëtait'là un de leur mérite essentiel.
Plu» 00 considère ces productions des troubadourt.'plusonpent se conraincreque cen'etft que vous le rapport hittorïque , comme peintures des meeura et des coutumes contemporaines, qu'elles appellent rattention.' On avoulu cbei*cher l'ori^ne denotreécoteactnélle, de cette poésiesouTcnt pleine de vie et dépensée, dans^es'inonDtones débris des'vieux âges. Nous ne le pensonspas;'n{ltre école s'est attachée aux eotileuts loealeâ; elle a dédaigné les idées et'les formes du XVHI' siècle, lorsqti'elle a voiilu peindre des 'temps où ces'idiees etces formes ne se pt^uieaient pas; 'mais incessamment Tariée' comme les époques qu'elle cberéhait k retracer, elle n'a pas emprunté aux troubadoiïr», -pas plus' qu'aux trouvères, leurs pensées et leur 'tooùle 'invariable. Jen^imagine (^6' si' elle avait' à'reproduire un jour 'Rome et ses mervdlles, elle n'irait point cber-
i'Letn)bbaidba^'9ordfel'i'caicttaiaRiiflimenMUl)ade: AyUtl e que me fan mîey hnellel
556 ORIGING DES BOMAMS DE CHEVALERIE.
cher de* inspiratioDS dans le» monumens da moyen âge. C'e«t alors que Cicëron , Virgile , Properce et Tibulle, deriendraieQt les sources où elle irait puiser la vérité des couleurs et les teintes locales, pour présenter TÏTante la grande civilisation romaine. II ne faut pas que la poésie plus qae la littérature'ait des divinités et des superstitions ; en un mot , que les noms dessiècles passés soient à tout jamais nos guides et nos modèles.
La poésie des trouvères avait des caractères distincts de celle des troubadours. On peut placer, parmi ses plus vastes et ses plus complètes productions, les romans de chevalerie. Quelle fut leur origine? faut-il la chercher dans llnde , comme M. de Sacy ' ? dans le recueil arabe de Btdpai, comme le soutient le fameux évéque d'AvraBcbe '? Il me semble qae c'est reporter un peu loin le type de ces productions, que les moeurs guerrières et les habitudes féodales du moyen âge pourraient
I VojeileHénudreqoipricMeltfabledeKdpiiet deCuiina, traduite par M. deStcjr. Paris, i8ifi,iD-4*- Imprimeiie rojtlc.
1 Huit, origioe detRopiin
POÉSIES BRBtONNES* 357
toutes seal^ expliquer. Est-il bien ëtomiaiit^ en effet, que daos un siècle de /chevalerie on' ait fait des romans de chevalerie ? Dans une société toute remplie de mei^eilleuses aveu* tures, de tourelles , de châteaux, a-t*on eu besoin de lire les &bles de Bîdpai pour prendre l'idée des vives couleurs dont les romans sont empreints? La chronique du bon archevêque Turpin ne serait-elle pas la source de toute cette longue série de conceptions bizarres , dont le moyen âge est rempli ? Cest un des défauts de Férudition travailleuse de croire que tout fut transmis, comme un livre ou comme un coi^men taire, que tout a été traduction , note, et qu'il y a une origine antique dont il faut s'enquérir mênje dans les productions spontanées. d'une civilisation sin^lière. S'il fallait nécessairement trouver un type aux romans de chevalerie , je préférerais l'opinion d'un autre savant , qui le recherche dans les fictions septentrionales'. Marie de France, voulant écrire dans le beau partage de son pays , dit c qu'avant de faire romans et contes elle avait lu une grande partie des poèmes
1 M. de la Rue , Recherches sur les Bardes armoricains. T. lY. 22
340 B0MAN8 DE LA TABLE ROfTIkE.
Gréai ou du SaintrHanape, la coupe ou le ci-^ boii^e daj)s lequel Jénis-Christ avait bu avec Joseph d'Arimathie ; elle aTait opéré tant de prodiges qu'il u'est pas étonnant que les valeureux chevaliers de la Table-Ronde, Laûcelot% Percevais Peroeforest ^ . se soient exposés à mainte perillense aventure pour la reconquérir. Ces trois preux sont les héros perpétuels de ces romans i Lancelot est Ta*mant de madame Geniètre j femme du roi Arthur , et ses merveilleux exploits ont excité l'admiration des contemporains. Trois sie* clés après, on se délectait enoove dân« les castels en écoutant ^c!la'très-élégaBte5 délicieuse melliflue, et très-p^aisatite histoire du trèsnoble et très- victorieux roi Pereeforest '. » Giron le courtois « Giglan MéUadus , Tristan , le noble Tristan , et la belle Iseult tiennent aussi une intéressante place dans ces productions des .trouvères^ A trisivers bieii deê pages insipides, ou trouve quekpiefois des
1 Lance-Brisée.
% Perce-Yalon oa Perce-Montagne»
Z Voyet l'édition de Paris, Galliot-Onpré, i8i8,6totïie8 réunis en 3 ▼ol« in -fol.
' ROMANS DE GHARLEMaONE. 34 1
situatioDs heureuses; partout la peinture des mœurs de castel et des habitudes de là féodalité. Peut-être n'y prendra-t-on pas, de ces temps si Tantes pour la pureté des sentimens du cœur ^ une idée aussi (avorable que celle que pouvaient s'en former nos pères'. Hélas!
qu'y faire! et c'est arec un secret orgueil de^ notre siècle , que nous reuToyonsnos vieillards enthousiastes , aux amours de Lancelot du kc , et de dame Genièvre femxçie d'Arthur , aux aventures de ce pauvre roi , mari trompé, pour lequel les romanciers n'ont que des sarcasmes et de caustiques plaisanteries.
La seconde classe des romans, dits de Charlemagne , sont tous puisés dans la fabuleuse ehronique de Farchevéque Turpin , et retracent le prétendu voyage de l'empereur Charles dans la Palestine. Cette chronique fut traduite en français par Michel du Harnes, sous le règne de Philippe-^Auguste, et a servi de texte à toutes les fables sur Huon de Bordeaux , Guérin deMontglave, et le géant Roboastre, ce grand convertisseur qui assommait les pénitens dans la crainte qu'ils ne retombassent
1 Le comte de Gaylas, Académie dei Inicriptions, t. zxni.
342 AUCASSIN ET NIGOLETTE
à de nouveaux péchés. Qui ne connaît aussi Doolin de Mayence, Otgie ou Otger lé Danois, ce fameux paladin qui périt à Roncevaux aTCc Roland, yictime du perfide Ganelon*; puis, là gentille histoire d' Aucassin et de Nicolette, et tous ces gracieux détails de la boucle de che- ▼eux, du noble bachelier qui la reçoit à trarers le. barreaux de la pri«>n.Voaà l'arbalétrier qui du haut de la tour le prévient de se garder des hommes d'armes méchans ; voilà la séparation des deux amans pris par les Sarrazins , Nicolette amenée à la cour du roi de Carthage et reconnue pour sa fille perdue en bas âge , ensuite fuyant , parce qu'on veut. la contraindre d'épouser un mécréant et d'oublier son ami , sai rencontre avec Àticassin , lorsque , déguisée en ménestrel ^ elle lui chante ses propres douleurs, enfin la reconnaissance et le mariage des deux amans, a Car amouir après longues traverses ^ mène bachelier et bachelette , dans le déduit ( chemin ) du bonheur *. »
Dans le roman de la Rose, ouvrage com-
1 Voyez les œuvres de Tressan , en les comparant à la biblio^ hist. de la France, t. 11, n® 16187.
2 M. Méon, Fabliaux, t. i, p* 38o'-4>S*