‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 48 sur 129 · LES ROUTIERS DANS LA LANGUE-DOC. 1 1 I · texte numérisé non relu

LES ROUTIERS DANS LA LANGUE-DOC. 1 1 I

Les Français craigaaient surtout ^ dam Tarmée du ^n^e de Toulouse, les routiers et cottereaux que les coucUet appelaient larrons, parce qu'ils u'ayaient pas* de foi et (pi'ils s'étaient presque partout réunis aux hérétiques* Us se tenaient sur les ^andes routes, et les pau^ yres pèlerins qui s'en revenaient de St;*Jacques de Gompostelle, les abbés qui allaient d'un prieuré à Fautre , les évéques ypyageurs étment sûrs d'être d^ouiUés par ces troupes vaga** bondes dévouées aux Albigeois , unies à eux par les lieiM des sociétés jecrètes et des doctrine religieuses. Le comte aimait passionnément ce$ courageux enfixns de rindépen> dance, se» plus utiles auxiliaires. Or .voici ee qu'il advint.. En se retirant de Toulouse*^ Montfort s'était emparé d'un petit château dn nom d'Hauterive oh il laissa des homméb d'armes. A peine Tavait-il quitté, que i^ilâ qu'adviennent les routiers qui s'emparent an castel et en chassent les chevali^^s de Mont^ fort; quant k ce comte, il détruisait les rigncs, déracinait les arbres aux environs de Pamiers et dans tout le comté de Foix '.

1 Pierre de Vaulx-Cernay. Ibld. ,

l\2 HOMMAGE DU GLBRÛÉ.

Durant cette expédition , Simon reçut i^bommage de Tëvéque de Cahoi^ , seigneur de cette ville '• Le clergé se pressait autour des envahisseurs; il en fut toujours ainsi. Lorsque les Francs, sous les Mérovingiens, envahirent les Gaides, qui ao^ourut le premier au-devant du vainqueur , qui salua la puissance de Clovis ? U y avait encore d'autres mo ti& qui attachaient les clercs à Montfort ; il était Forgane de la puissance catholique, et les évéquesse bâtaient de la proclamer et de la reconnaître, car elle leur profitait^andement. 11 n'en était pas de mémo des fils du pays ; ils se levaient sur tous les points du territoire, contreSimon de Montfort, entourés alors, d'Allemands, d^ Anglais, et des troupes récemment arrivées des extrémités du norddelaFranccUn jour, six chevaliers anglais dont l'un était fils de l'afcbevêque de Cantorbéry, se trouvèrent entourés toutà coup d'une multitude armée. Us allaient mettre la lance en arrêt , lorsque par un instinct *adroit , les honu^es du comte de Toulouse plougèrent leurs petits couteaux dans les flancs des chevaux

1 Régist. X^uriae Franc. PreuTes de Thistoire du Languedoc » t. 3, p. aSi.

CHEVALIERS ANGLillS. Il3

qui tombèrent * ; nos six chcTaliers ainsi démontes , voyant qu'il n'y avait pas moyen d'écbapper , dirent au chef de la troupe : «Nous nous rendrons , à condition que Ton nous promettra cinq choses : Tu ne nous tueras ni mutileras ; ta nous tiendras en honnête garde ^ tune nous sépareras pas; tu nous admettras à rançon; eolin, tu ne nous laisseras au pouvoir d'autrui : si tu engages pour ceci ta foi nous déposons l'épée; sinon, non; et alors nous vendrons chèrement notre vie. » Les hommes de la Langue -doc promirent ce qu'on leur demandait; néanmoins, les prisonniers anglais furent livrés au comte de Foix qui les fit charger de grosses chaînes, et jeter dans un cachot si étroit , qu'ils ne pouvaient se tenir debout, ni s'étendre par terre. Pour les faire manger, il y avait , dans la geôle, un pertuis très-petit, par où on leur offrait leur nourriture. Ce fut là que le comte de Foix les retint jusqu'à ce qu'ils eussent bien rançonné \ Ce mouvement national des Provençaux s'o-

1 Pierre de Vaulx-Cernay. 48 et suiv.

2 Ibid.

T. nu

Il4 SUCCES DES PROVENÇAUX.

péraît sur tous les points contre les Français. La plupart des châteaux et des cités qui ayàient reconnu la dœninationdeMontibrt , secouaient le joug étranger, et arboraient les couleurs de Foix et de Toulouse. Un grand nombre d'autres castels des deux comtes forent repris par les hommes d'armes de la Laogue^doc devenus . chaque jour plusnombreux. Raymond recevait des secours de tous côtés. Deux mille Basques accouraient sous les gon&nons de Savari de Mauléou ; le comte de Comminges, Gaston vicomte de Béarn , avaient renouvelé leur serment déféouté *.

Les Français, au contraire, voyaient leurs rangs s'affaiblir; les troupes deMqntfort étaient dispersées , de sorte que le chef de la croisade fut obligé de se retirer en toute hâte dans Castelnaudary ; les habitans étaient d'intelligence avec le comfe de Toulouse et les Prqvençiaux; maisMontforl les maintînt dans l'obéiss^uœ. Trois jours après, les Français virent, des hauteurs de la ville, s'avancer dans

1 Ghronic. Praeclar Francor. Facioor. p. 1 15. «Et com lo dût conte Ramondavia la plus grande armada, que jamais home a^uet vista. » Ghronic. du comte de Toulouse, p. 42*

SIÈGE DE GASTBLNAUDART. H 5

Ea campagne , les bannières de Bearp , de Foix et de Comminges ^ qui les entourèrent par trois côtés. Le comte avait peu de cheraliersy mais il attendait quelques lance» de France, depuis long-temps annodcëes. Ce secours était bien nécessaire, car, imitant les châtelains du 'î'ou* lousain et de Fois , tous les possesseurs de fie;^^ des environs de Castelnaudary , étaient revenus à la suzer^neté des Provençaux '^ -^r'

Montfort ne pouvait compter que sur ses propres hommes. Il avait voulu lever quelques chevaliers dans ses nouveaux domaines de la Langue-doc ; mais à peine étaient-ils féunis, qu'ils se débandèrent, et vinrent gros* sir Tarmée du comte de Toulouse. Il y avait un châtelain ^ nommé Guillaume Cat (ou le Chat), de la race méridionale, et que le vicomte franc de Béziers et de Carcassonne avait comblé de biens et de fiefs. Il le manda pour qu'il lui prêtât appui ; mais les répu' gnaLticesn^tionalesétaienttelles^j^ieGuillaume au lieu d'amener les cheyaliei^ qu'il avait pris

i GhroQ. Praeclar. franc, facinor, p. 1 15. Ghron. .provenez col. 4o.

ll6 SECOURS DÇS FRi.NCS«

à «on service , le$ conduisit coivtre k« pèlerins qui arrivaient pour soutenir les croisés. Le comte devint furieux à cette nouvelle, et dit : c< Par notre sainte mère liÉgUse » je ne veux plus avoir af&ire avec les hommes de cette maudite langue de Provence ». » En effet , depuis il ne confia la garde de ses châteaux cpi'à des Francs.

Denouveauxchevalierss'avançai^tversCastelnàudary pour délivrer le comte de Montfort assiégé; ils étaient sous. les ordres de Guy de Livry et de Bouchard de Marli^ le comte deFoix courut les surprendre afin d'empêcher leur jonction avec les assiégés^dans la ville; il 9e porta sur leur route, ^t au moment où ils s'approdbaient , un des paladins de Provence fondit sur eux la lance en ^wèt , çn s'écriant :<( Foix, Foixj Toulouse! * » C'était le cri d'arme du comte '. Les croisé^ ne purent ré-

1 Gme du Puy-J^cent, c. 19. *

a ReDCQDtrets ung djes dits crosats loqqe] era un gentUhoinme, )iomme valens o quai dooat tal cop de lança que doultre en oultre lo paiset et commença à cridar Fôix, Foix, ^olosa.

3 lie comte de Foix est lûi des caractères le phis cheTaleresqoe de cette guerre malheureuse ; le cbi oniqueur proTençal dit de lui .1

COMBATS DEVANT GASTELNAUDARY. 1 I7

miev à ce premier cjioc , et se dispersèrent, Montfort voyait des tours de Casteinaudary le combat tourner contre sa cause ; plein d'impatience > il sort avec ses chevaliers^ des quatre portes principales , et se précipite dans la campagne ; mais il ne fut pas besoin de ce secours ; les hommes du comte de Foix , s'étant livres au pillage au lieu de profiter de leur succès, étaient mis en désordrepar les Français de Bouchard deMarli. Montfort ne fit donc qu'assister au triomphe des siens. Après ce triste échec , le comte de Toulouse leva le si^e de Casteinaudary ; mais telle était la popularité de sa cause 9 que sans contrainte , sans effort, toutes les places de TAlbigeois qui avaient reconnu la souveraineté de Montfort , telles que Gail^ lac, Rabastens, Laguepie, Lagarde, Puicelsi, Cahuzac et St.-Antonin, secouèrent le joug étranger et arborèrent aussi les couleurs de Toulouse'.

Les corps des croisés de la race du nord se

« Jamak Rolaol o'y OliTié par nng jour non feguens mais faits d'armes qui aqnesta comte de Foix ; car de força de frapar son espasa se rompet entre sas maos , col. 4^.»

1 Et adonc se sont Yengot rendre a el Galhac , Babasten , la

I f 8 ÏÏOU VEAUX CROISÉS DU NOAd*

succédaient sans interruption dans la Langue-^ doç. Une nouvelle prédication de la croisade avait amené quelques centaines de noblesFrançais , et encore une grande troupe de chevalier» allemands. Ils jetaient l'effroi dans toutes lea terres qu'ils traversaient. Les choses changèrent encore une fois de face; les Provençaux forent vaincus et humiliés ; les peuplei) de la campagne quittaient leur» habitations pour se réfugier à Toulouse et àMontauban. Les châtellenies , les villes du comté, se rendaient successivement au comte de Montfort et à ses Français. On fuyait cette armée qui promenait la dévastation et la mort dans ce beau pays. Le bourg de Saint-Antonin seul fit quelque résistance r Le châtelain sommé de se rendre dit en murmurant sou& son casque : t Est-ce que Monit^ fort peut croire que je crains ses bourdon^ niersP» Les Provençaux toujours moqueur»

désignaient ainsi les Français , parce qu'ils portaient le bourdon et la panetière comme les pèlerins de la Palestine. St.-Antonîn fat pris

Gqypîa , sanc^ Aotoay, la Gunrda et totas les «Itrai plaçM dalen^ tors, col. 46k

1 Pierre de Vaulx-Ccraay, c. 43.

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