‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 59 sur 129 · CHARTE D INFÉODATION AU PAPE · texte numérisé non relu

CHARTE D INFÉODATION AU PAPE

de notre propre et spontanée volonté, de l'aveu de nos barons et hauts-justiciers, nous donnons et conférons à Dieu , auic Saints Apôtres, Pierre et Paul , à notre mère l'Eglise et au pape Innocent III, le royaume d'Angleterre et d'trlande avec tous leurs droits et dépendances , afin de gagner l'indulgence de nôs*pécbés; ainsi donc nous ne tiendrons ces terres que comme fief et sous Thommagelige^ et, pour constater cette soumission, nous nous engageons à payer , sur nos propres revenus, mille niarcs sterliugs au pape notre seigneur. Afin que tout ceci soit stable, la présente cbarte a été scellée de notre scel et de ceux de nos fidèles. ' »

Cet acte fut remis par 1% toi au légat, et immédiatement après, celui-ci se plaçant sur le trône comme suzerain, le roi Jean un genou en terre, mettant ses mains dans celles

1 Voici le texte de cette partie de la charte : « Gonferimus et libéré concedimus Deo et sanctîs apostolis ejus Petro et Paulo , et sanctae Romanae ecclesiae et Domino papa Innocent, ejusque catholicis successoribus , totum regnam Aogliœ et totunoi regnum Hyberniae cum omni jure et pertinençiis suis, pro remissione omnium peccatorum nostrorum. Kxindè fecimuset juravimus homagium ligium in presentia Pandulphi, etc. Rimer Fùedera, t. i.iai^.

GHâRTB d'hommage. AU PAPB. l63

du prêtre romain « selon la coutume du yas* selage , s'e^^prima en ces termes :

a Moi Jean, par la grâce de Dieu, roi des Anglais, d'aujourd'hui et à l'avenir je serai le fidèle du Seigneur , de son ^ise i du souTeraia pontife Innocent III et de ses successeurs catholiques; jene souffiîrai qu'il leur soit &it le moindre mal ; si f apprends que cpielque dkom se trame contre mon suzet*ain , je le révélerai à lui ou aux siens; je suivrai les avii^ qu'il me communiquera ou par lui-même ou p2u* ses légats. Enfin je défendrai tous les domaines de Saint*-Pterre *et spécialement ce royaomâ qui m'est confié. Que Dieu me soit en aide e|; son Saint-Évangile *. »

Gîtte scène singulière d'un hommage militaire fait à un cardinal pour le pape se passa en présence de pus les grands d'Angleterre.

D'imminens changemens s'étaient donc opérés

1 Le lexté de cette fermole de serment est aiosi conçu : « B^ JohftDnef Dei gratiâ ÀogUœ et Hyberniœ Dominus, ad hac hora et anteà fideiis ero Deo , et b^ato Petro et ecclesiae romanse et meo Domino Innocent, et ejus successoribus. Non ero in facto, in dicto vel consensu ut TÎtAm perdant , vei membra , vel maie captioae , connlium qnod mihî crediderint per se Tel per nuncios suos seu litterair suas secretum tenebo, ad eorum damnum nulli pandam me sciente , etc. Rimer fœdera, t. i. ibid.

l64 CHANGEMENT BANS LE SYSTÈME DES FIEFS.

dons Tesprit du régime des fie& , depuis cette époque delà conquête où la tenure féodale était le symbole d'un service militaire, jusqu'à cette ère toute nouvelle où les rois se résignaient à faire hommage à l'église de la suzeraineté que leurs égaux leur avaient déléguée!

Le roi se vengea de toutes ces humiliations sur le pauvre ermite Pierre qui lui avait prédit sa décadence ; il le fit attacher à la queue d'un cheval fougueux et traîner dans les champs. Le petit Pierre , comme on le nommait , paya bien cher ainsi son indiscrète prophétie; un fils qu'il avait à Londres fiit pendfi par l'ordre du roi.

Le légat Pandolphe, api*ès avoir foulé sous ses pieds, comme pour ajouter au spectacle, l'argent que le roi lui donna, nen fit pas moins secrètement des sacs d^ huit mille livres sterlings , puis il se hâta de passer sur le continent*, et d'aller annoncer à PhiUppe- Auguste la réconciliation de Jean avec l'ÉgUse de Rome. L'expédition de Boulogne devenait dès ce moment sans objet; car Philippe , ministre de la vengeance d'Innocent, devait remet-

i Math. Paris , ad I2i5.

RUPTURE DE PHILIPPE ET BU C", DE FLANDRE. l65

tre Tépée dans le fourreau , dès qu'une satU- &ction ayait été donnée au pape. Pandolphe vint, à Boulogne, déclarer au roi de France et à ses barons , qu'il ne pouvait plus rien tenter contre un royaume devenu le patrimoine de l'Église : PhiKppe -Auguste tout bouillant de colère , s'écria : « J'arme des flottes, je réunis mes barons, voilà que j'ai dépenséplus de soixante mille Uvres d'argent pour cette expédition, et l'on m'interdit de la faire! Je la poursuivrai contre le pape même* »

Tous ses barons partagèrent son avis, excepté Ferrand ou Femand , Qomte de Flandre , qui écouta les paroles du légat avec bienveillance. a Cette guerre que nous aHons faire , dit-il au roi, est injuste ; c'est bien assez déjà que tu oc^ cupes mal à propos les fiefs de Jean en France. » A ces mots , Philippe ne put plus tenir sa colère : «Sors de ma cour, traître etperfidecomte, s'écria-t-il ; par tous les saints, ou la filandre appartiendra à k France , ou la France à la Flandre. » Le comte Ferrand se retira \ Ceci devint le sujet d'une nouvelle guerre.

1 Per 8ancK>s Franciae : vel Francia erit Flnndria velFlandria Francia. Math, y ParÎB^ adannum iai3.

l66 LA FLANDRE.

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