TERREUR DES ANGLAIS
*8e précipitent la lance baissée. Le dac de Bourgogne, le vaillant sire des Barres^, le pvince Louis, fils du roi, tendent la bride & leurs nobles coursiers , et fondent sur la chevalerie anglaise qui fuyait dans toutes les directions. Mais des trappes répandues çà et là dans la campagne , rendaient la marche difficile, et ils ne purent atteindre d'abord qu'un petit nombre d'hommes.
Cependant , la terreur régnait toujours parmi les Anglais , courant pèle et mêle sur le rivage. Ils ne parvinrent pas à se sauver; leurs vaisseaux avaient gagné le large, ce qui fut cause que de riches hommes , des servans d armes , tombèrent dans les mains des Français '. Le seigneur Gautier de Formescelle et le comte de Boulogne lui-même furent pris tandis qu'ils cherchaient à se sauver sur une fi^agUe chaloupe.
"Mais , voilà qu'au moment où le comte baissait son épée, quelques-uns de ses paréns et de ses amis qui se trouvaient dans le camp
1 Oamque catervatim subeuDt navalia , mullî
^ortecaduDty multicapiuDtur...
Cuillaiimc-lo-Bi^tOM , «baat u.
igO LES FRANÇAIS SAUVENTLE SIRB DE BOULOGNE.
de France , dirait entre eux : « Oi* ça qu'allons nous faire? le sire de Boulogne est notre allié, le roi lui en veut; peut-être va-t-il le jeter au fond de quelque vieille tour ; mieux vaut encore le sauver \ » Vous avez raison, dirent les chevaliers qui étaient réunis ; il faut le déguiser , afin qu'il puisse sortir du camp sans être vu. » On le dépouilla donc de toutes les marques qui auraient pu le faire reconnaître; et, ainsi travesti, on le cacha parmi une troupe de chevaliers; (ce qui indique que quelques intelligences existaient déjà entre les barons du roi et ceux qui s'étaient alliés avec ses ennemis. ) Quand le cotnte se fut ainsi éloigné , Philippe apprit ce qu'avaient fait ses vassaux; il trouva dans le camp , le cheval de bataille du comte, son bouclier^ son casque respl^idissantauquelétaîentattachéesdes lames de baleines formant comme deux aigrettes, et
1 FojPffieAçllarmB ^oopiinna Gi^l^e^s, et îp^e
Boloni^es capitur ; sed caris cogoitus idem Gognatisqne suis, ipsi qui jure timebant Ne Rez pro culpae merito jam puniat îpsum Exutas notis insignibus , atque maniplis Immixtus , ne notus item capiatur ab uUo , Cum damno sinitur multorum liber abirc. Jbid.
INVASION EN FLANDRE. iQi
il fot ùicïle de reconnattre qu'il était échappé ' •
Le rivage ainsi débarrassé des Anglais, on songea à poursuivre Fexpédition contre la Flandre. Le roi fit assembler les barons , et leur dit :
a Tous savez ce qui nous avait engagé k nous embarquer pour les rivages d'Angleterre ; c'était le zèle pour l'église romaine, le désir d'exécuter les ordres du pape. Le légat Pandolpbe a ramené le royaume de Jean à la foi catholique; nous ne pouvons rien entreprendre contre lui, mais la Flandre est ici ; nous n'avons plus d'ai^nt^ trouvons-en dans ces riches cités. »
aSoit fait ainsi , » dirent les barons à haute voix; et tous brandirent leurs lances.
(cYous savez que fai dans la main soixante otages de la ville de Çrugies, et autant d'Ipres; eh bien! que ces deux cités payait d'abord ce qa'on nous a enlevé sur la flotte ' ; les bourgeois sont opulens , et nous ne les ëcorchons pas en
I C«)4M e<|iiuBi , enjat dipeum , gilMmqvé niteottiB,
Cùm jaip victoires post pogoam in cattra reditifent
Vidit et agoofit Rez atque ezercitus omnis. Thid.
a Damna carinaram mihi quas, ferande , Iulifti
.Bragiarestîtuet... 7^.
193 HUMILIATION DBS YiLLEâ DE FLAKDRB.
demandant Jti peu de chose. Quant à ma flotte, je Tabandonne; il es^ impossible de la sauver; les Anglais tiennent la mer, et nos matelots ne la connaissant pas assez , je veux voir mes barques dans l'Océan, aujourd'hui même, consumées par les flammes. Les bourgeois de Flandre m'en indemniseront encore. »
Tandisquedestourbillonsdefeuannonçaient la destruction des navires français dans le petitport de Dam, Philippe et ses chevaliers se remettaient en route pour dompter les bourgeois. Après deux journées de marche , les barons hissèrent encore une fois leurs gonfanons en face des hautes tOArs de Gand. Les citoyens , abandonnés de leur comte, se soumirent aux mêmes conditions qu'Ypres et Bruges : un chevalier du nom d'Amould livra le château d'Oudenarde ; « Courtrai qui parle une langue barbare y> fit aussi sa soumission au roi.
ce A la suite de trois jours de siège seulement , Lille, abaissant sa tête, fut enfin forcée d'ouvrir ses portes. Après l'avoir bien fortifiée, le roi y plaça de nombreux chevaliers et des hommes d'armes qui furent commandés par
1 Guill. I0 Breton , ch. iT.
DÉPART DES BARONS PKANÇAIS. IqS
Hugues d'Ath, pour la défendre contre le8<ïnnemisdu voisinage. U était à craindre en effet, qu'après le départ du roi » Femand ne revînt , tout à coup , et que les bourgeois ne reçussent avec empressement leur naturel seigneur; Philippe fit élever le plus promptement possible une nouvelle tour dans le bourg voisin nommé Darnel , afin que ses gens pussent y demeurer en sûi^eté et protéger sa conquête \
» Parti de Lille , le roi s'empara le quatrième jour delà ville de Douai*, et, Tafiranchissant des lois de Fet*nand, se l'appropria et la soumit à sa domination. Ainsi la Flandre se repentit en recevant un juste châtiment du ^aive royal, et reconnut , à ses propres dépens, qu'il n'est pa^ permis d'ouvrir son sein à des traîtres, expiant ainsi les dons que le roi Jean avait ùiu au cojnté, »
Le système féodal ne peni^ettait pas de longs services militaires. Après la prise de Lille, les barons se dirent entre eux : « U nous Ëiut retourner dans nos fiefs , voici qu'arrive le temps d'hiver : nous ne pouvons rester sous les armes; car, malgré les royales
1 Ib'ui, — s Obtinethinc abiens sub quartft lace Duacam.
largesses, nous ^pauvrissons nos domaines, s) Qr , les hommes de France ayant obt^iu licence de quitter le camp, s'en revinrent cha-» cun chez eux , ^ ilne resta autour du roi que quelques sergens d'acmes et routiers, troupes stipendiées pour garder les tours.
Pendant (que les hommes de France et le çoi lui-même retomaiaient dans leurs castels , les comtes de Flandre et de Boulogne recevaient des subsides deJéand'Angleterre.Les confédérés^» étaient^iréunis sur les terres de Guillequin ^ comte de Hollande, qui Jeur fournit un «ecoors de cipq mille soldats , cbevahers sans culture et Sqï\\$ delleur (ignorance '• C'est à la tête de celte chevalerie que le comte de Flandre chercha à reQOi^quérir sQs^tats. La chose ne fut pomt difiSioile, les*Flamands étaient dévoués à leur sire et détestaient l'occupation des Français.
lille, la première, donnalesignaldeflarévolte. he comte Fernand était à peine arrivé devant iSesmui^qu'ellearboi^a ses couleurs municipales unies à celles de son droit seigneur. Les hommes d'armesfde France qui gardaient la ville pourrie
1 Immemoces modo se rictos, «dm , classe relicUi»
Littus in HoUandam leyibus fugêre phaselis.
Et Gmiliquinum comitem sibi consociftrunt. Tbid.
DESTRUCTION DE LILLE. igS
roi^ se réfiigièreat dans la haute citadelle , où , lûeiitdt assiégés, ils furent forcés de se rendre.
a A cette nouvelle Philippe part de son château de Yincennes. Sa cberalerie est peu nombreuse 9 mais vaillante. Cest Lille qui doit supporter les premiers coups de sa vengeance. Les Français tombent à Fimproviste sur cette partie de Tenceinte qui fait Êice au levant j ils brisent les barrières de fer, font rouler les portes sur leurs gonds, et avant même que les habitans aient monté sur les remparts ils pénètrent dans la ville, et répandent les flammes autour d'eux. Les maisons garnies de tours, et pleines de marchandises, soiut abattues, et bientôt les étincelles volent su loin; tout ce qu'il y a de beau dans l'en^ ceinte des remparts, se trouve en un instant anéanti par la violence de l'incendie.
» En même temps que les maisons périssent, avec ceux à qui l'infirmité de Tâge , ou les &iblesses du corps refiisent les moyens d'échapper au danger ; le; bourgeois qui pi^uvent 9^ sauver, fiiy ant à pied ou à l'aide d'un cheval vigoureux , évitent la double fureur des flammes et de l'ennemi, s'élancent le cœur rempli d'épou-
ig6 FUITE DES CITOYENS DC XlLLE.
yaDte à travers les broussailles et en rase çanrpagne, hors de tous les sentiers, se croyant toujours près des portes fatales , n'osant toiirner la tète en arrière, soit pour ne pas tomber, soit pour ne pas perdre un seul mouvement de leurs pieds. Aucun lieu ne leur pa^ rait un asile sûr; ils imaginent sans cesse qu'ils vont être tués ou faits prisonniers ; au moindre bruit qui se £iait entendre derrière eux , tout leur sang se retire au fond de4eur cœur.
» La fortune vint cependant au secours des vaincus, plus que n'eût pu faire la fuite. La terre, humide, toute couverte de joncs, de marais i et cachant des entrailles puantes sous une plaine Ëingeuse^ s'évaporait par l'effet d'une chaleur intérieure, et changeant l'atmosphère en nuit épaisse , exhalait des brouillards formés d'un mélange de chaleur et de liquide, de sorte que personne ne pouvait distinguer ce qu'il avait devant, derrière ou à côté de lui *.
1 Humida Dam tellui , carecto fœte palustri ,
Et Tiscosa tegcDs limoso viscera piano, Interiore sinu subeunte calore vaporans^ etc. Voilà «ne des opinions physiques du tems ; c'est pour toutes ces notions Tariécs du moyen *âge que Guillaume - le - Breton nous paraît précieux.