‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 74 sur 129 · PLAN MELIXAIRE DB LA CONFÉDÉRATION · texte numérisé non relu

PLAN MELIXAIRE DB LA CONFÉDÉRATION

attachés à la cause du roi « y Tinceiit sans qu'il en manquât un seul à Fappel; lé prince* Louis fiit présent à ce parlement militaire.

Après maints pourparlers ^ maintes délibéralions, il fut arrêté que Farmée de France se diviserait en dexx% grands corps de bataille ; que Fun, sous les ordres de Louis, se porterait dans F Anjou et le Poitou, enyahis par Jean d'Angleterre; et que Fautre s^'avancerait. en toute hâte Yers> les confédérés « qui» mena^ çaient la frontière du côté de la Flandre. Le noble fils du rûi devait lever tous les hommes fidèles de la Touraine et des terres encore soumises dans le midi de la France.

On venait d'apprendre le débarquement du roi Jean à la Rochelle. Après Fheureux résultat de l'expédition maritime des Anglais contre la flotte française, Jean rêvait chaque jour une invasion nouvelle des provinces méridionales du continent toujours dévouées aux Plantageneti. Déjà, en 121 3 , il avait fait convoquer ses barons pour les conduire dans le Poitou; mais ceux-ci lui ayant demandé de Fargent, au lieu de feut répondre, Jean sVnfuit à File de Jersey afin d'échapper à leur im»

PROJETS BB JBAN SUR LB POITOU. !lig

portunité. Lor^ue la grande ligue contre la France fut arrêtée , le prince atiglai» s^empressa de convoquer de noureàu aes vassaux , et il ii'épargna pas cette fois les sterlings ; il y allait de la souveraineté de Philippe t De nombreuses barques furent équipées, garnies d'hommes et de muniûona de gUerre ; elles partirent de Fottsmouth, et vinrent déba^uêr àlâ Rochelle, ce Lé roi Jean^ dit un cfarôûiqueut^, vOjant les flots de lamer abaissés^ et le prit) temps s'approcher, rassembla êes troupes et ses milices d'hommes de race anglaise , et loucha les rivages du midi'. » D'après ce qu'on a vu sur les répugnances des races entre elles ^ Fhilijipe tte possédait que violemment tous les territoires situés au delà de la Loire ; un are duPoitoU n'aurait pas mieux réussi â gouverner le comté de Paris, qu'un comte de Paris à dominer les populations du Poitou. De-là^ ces révoltes fréquentes qui signalaient un malaise invincible.

On a dé|à fait remarquer aussi que le t'oi Jean était d^origine poitevine, que c'était le comte du soF, l'héritier de cette famille des Plan tagenets, à laquelle les barons avaient juré une fidélité de

Il Guillaume-le-Breton , chant ix.

220 DÉBiVRQUBMBNT DU ROI JEAN EN POITOU.

vieille date; il ne faut donc pas s'étonner si le» comtesd'Eu et delà Marche, et les autres châtelains de cette terre toujours belliqueuse , s'eropressèrent de rendre à Jean leurs servioes^ecou* tumés; il fiit accueilli les bras ouverts, et il se hâta d'en prévenir ses barons d'Angleterre.

ce Le roi Jean à son fidèle Guillaume , comte et maréchal. Tu sauras que par la^ grâce de Dieu je suis arrivé sain et sauf à la Rochelle samedi dernier , avec une grande partie de mes chevaliers f et, sur-le-champ, à la seule nouvelle de mon débarquement, vingt-six châteaux oufbrteresisesont fait leurs soumissions'. Trois jours après nous nous sommes portés devant le château de Milescu pour l'assiéger , et à la suite de sa soumission , Jean Porcelin et Savari de Mauléon sont venus à nous pour faire hommage ; nous les y avons admis d'après le conseil de l'archevêque de Bordeaux et d'un grand nombre de nos fidèles. »

Le roi écrivit une seconde lettre ; elle était adressée aux comtes , barons , chevaliers et à tous ses fidèles d'Angleterre, a Vous saurez,

lEtsUliiii ex qtio advenimus lum reddita uobis fucruul vigintisef castra et forlaliciae. Acl f'aed. Rymcr , t. i, p. 59 , a» édit.

JlPPEL aux barons^ anglais. 22 1

disait-il , qu'il ne nou» est arrivé rien que d'heureux jusqu'à présent. Nous nous empressons de TOUS le mander afin que tous tious envoyiez, de votre côté, le plus d'hommes que vous poitrrez. Venez donc aussi vous-mêmes afin de nous aider à conquérir cette terre * ; je n'en excepte que ceux des fidèles qui seront nécessaires à nos affaires privées dans le royaume. Les barons ou chevaliers qui pensent que nous avons quelques griefs contre eux peuvent tout réparer, en se bâtant de venir nous joindre, in

Le roî Jean trouva pcM de résistance dans l'Anjou et le Poitou, et raarcha sans hésiter vers la Bretagne. -

Ce fief était alors* gouverné par Pierre Maticlerc, l'un des serviteurs du roi Philippe. Aussi Joan se vit contraint d'assiégei^ Nantes, a Les foetpns sortent en toute hâte de la ville et Kvrent;liardunent labataille. Maisil étaîl dans les habitudes du roi anglais d'anployer la ruse contre le courage. Aimant mieux faire reculer à, pas lents son armée que de combattre face à

1 Ad nos veniatis in auxilium terr» nostrae conqtiirendae, etc., ibid.

22!23 9IÉGE DE NANTIS.

fdçe, il médite ui^ «tratagème qui doit le rendre maître de« valeureux Bretons; il simule une rptr^ite; Mauclerc voyant les ennemis ainsi se retirer et jugeant qu'il ne serait pas prudent de ^'engager dans la plaine ^ resta derrière les murailles de Nantes; mais Robert de Ehreuix, proche pareiit du roi Philippe, h la tête d'une petite troupe de Français, auxiliaires toujours fougueux, se précipite dans les' campagnes. Le glaive du comte de Dreux se rougit du sang d'un grand nombre de Poitevins ; il en e^voya beaucoup en enfer , et en laissa d'autres gissant sur la terre blessés presque mourans* Enfin, Ëitigué d'un si grand carnage , il revenait sur ses pas avec ses compagnons au nombre de dix, que leur valeur aurait mis en droit de n'éprouver jlimais aucun échec s'ils avaient appris à se défendre des embuscades ^ à se prémunir ai^ec sagesse pour tout événement \ Mais tan^ dis que le comte ne songe à rien qu'à se jeter en avant de sa personne, tout à coup, se présente une niultitude de chevaliers qui entoul?ent le malheureux Robert et ses braves corn*

1 Guill.-le-BretOD, chant z.

WKISB B'ANGBRS. 2^ao

pagnons d'armes. Geux-<^i sont obligés dd se rendre, fatigués qu'ils sont après tant de carnage; on les charge de fers tandis que le rbr Jean mardse bannière haute contre TantiqUe cité d'Angers; elle se rendit, ou plutôt elle rentra arec joie sot» la domination dii fils des Plantagenets \

a A peine pourrait-on' trouver ailleurs une vUle plus riche, ou mieuit ornée, op plus abondante qu'Ang^?s. De tout côté on né ▼oit que champs chargés de vignes, qui foq<^ nissent du bon vin auK Normands et auit Bretons, ce qui £tit que les seigneurs de ces teores ne manquent jamais d'argent. Du côté du midi, la Loire aux ondes argentées enveloppe ses murailles ; vers le nprd , la Mayenne rougeâtre la traverse, et de là, prolongeai son cours k deux milles environ, elle va tomber dans la LoireV perd son non^ et change de eouleur* 'Ainsi la Loiret la Mayenne et la Tienne réunies ne^£praclent plus qu'un fleuve qui , répandant une grande fertilité , amène dans les villes d^ vai?«iBaw . wd>elUt les campiEigpes ar-

i Gme.-Ip-Êreton, chant \,

3a4 ^^ PRINCE LOUIS DANS hB POITOU.

rose de ses eaux poissonneuses le sein de la yille de Nantes, et fournit auxBretons des milliers de saumons et de lamproies qu'ils transportent ensuite dans des pays éloignés , objet de com-^ n|!çrc<^ précieux pour eux , car ces poissons se conservent dans uue gelée parfumée de girofles et de gingembre, et de diyerases ^pèces d'herbes '. » "

{jes progrès du roi: Jean daus le midi de la Frai^ce devenaient de plus en plus alarmans; Ifii ptince Louis avait réuni une nombreuse chf^yal^rie daus le Vermandois et le pays de Boulogne; il conservait des intelligences et ses libres çQmmwlicatioQs avec toute la Bretagne. D 9'appuyait sur les provinces du centre de la Frapce qui ne pouvaient supporter, le nom «p^e des Anglais.

Les ipremières dispositions feîtes , Louis s'avtoçaen toute hâte vers le Poitou, Les avant ^ corps Aie bataille des Poitetins. tônchaî^it à Graou, 6t le roi J«Qan él^it oosupé à &ire le

1 Miiliasalmonum mursenarumque ministrat

Britigeiiis , qooa inde procttl commèrcia mittubt • Gara , diù •dum servat eis gelatina vigorem Cum variis redolcns gariophila gii^giber herbis»

Gme.Ie-Brelon , ch. X.)

SIÉGÉ DE LA B0CflB-AUX-M0lN£8. x 2a5

sîëge du château de la Rocbe-aux-Moioes. Les arbalètes et les arcs ne cessent de lancer des flèches. Les assiégés font tomber des morceaux de planches et de grosses pièces de bois, ne ménageait ni les poutres ni les charpentes des maisons, s'inquiétadt peudes dommages qu'ils se font à eux-mêmes.

a U jayait dans Tarmée des Anglais un certain Enguerrand , hqmme très-grand de corps, ail large front, dont les yeux rouges semblaient lancer des traits de feu, aux cheyeux noirs, à la face lipide". Il avait la poitrine forte, les épaules élevées comme des tours, le ci^ne aplati, les joues l^ufEes , la bouche fendue et difforme 9 le nez crochu, les membres robustes et tels que peuvgnt les avoir les géans ; son cœur inhumain était d'une telle férocité qu'il avait souvent brisé les pcwrtes des é^ses; ce qm l'avait rendu plus fsuneux encore par le tiom de BrUe-Moutiers \ Cet homme s'avançait à

1 Engorrandus erat, Tir corpore maximus, amplâ

FroDte pateos , ocalû salieote rubentibus igae» Crioe nigro ; faciè larFat& , pectore grosso. Ibid^

1 Fregerat ecclesias , fractara monasteriorum , Addiderat nomen prôprio famosias illi. Jbià, T. m. (*^)

^20 LB GÉANT BT LE NATN fkVMÉ.

Tabri de son large bouclier porté par un de ses écuyers valeureux ;- voilà qu'un nain tout trapu, qui défendait les murailles, le voyant ainsi s'approcher, songea comment il pourrait se débarrasser de ce terrible adversaire : son esprit , fertile çn rûsè, inventa un moyen qui lui réussit parfaitement. Voilà qu'il se met à tresser une ficelle très-forte et en même temps presque imperceptible ; l'attachant ensuite à upe flèche , il la lance contre le bouclier qui couvrait tout entier l'immense corps d'Enguerrand; le trait pénètre dans la triple peau dm bouclier et s'y attache; alors le nain l'attire à lui avec force, et l'enlève ainsi à Fécuyer \ he gëant se trouve à découvert ^ et un trait d'arbalète, lancé d'une main adroite et puissante, eut bientôt renversé cette montagne armée ; ce fut un cri de joie parmi les assiégés. On se moquait , du haut des tours , du roi Jean et de seiicolères. «Roi , disait-on , âoîgne-

1 Une oorde fist fort et grêle- , puis lia fermement run des chiefs^ (boat) de la corde au carrel par devers les penoons , Tautre chief de la corde attacha fort à un clou; puis il tcMïditl'arbalesteet envoya le carrel à toute la corde li scrjean demeura tout

nu. Ghroniqu. de St.Denis. Dm. Brial. Hist. de France ,- 1. zviv p. 4o4.

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