‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 86 sur 129 · PRIÈRE DU ROI · texte numérisé non relu

PRIÈRE DU ROI

Dieu coupera avec oos glaives les membres de ses ennemis; ce sera loi qui frappera, et nous serons le marteau ; il sera le chef de tout le combat et nous serons ses ministres; je ne doute pas que la victoire ne se déclare farorable, qu'il ne triomphe par nous, et que nous triomphions par lui de ses propres ennemis qui lui portent tant de haine. Othon est un impie qui ose menacer rÉglise de la dépouiller de 9es biens; nous, au contraire, nous sommes en communion avec le Saint-Père» et nous chérissons les clercs comme ils nous aiment d'une tendre affection. Que œ combat soit destiné à vaincre , hon pour moi , mais pour tous et le royaume*. »

Cette prière dite à haute voix , fiit entendue et applaudie; puis, le roi s'arma hâtivement, inonda à cheval avec autant de dextérité et de

1 <i^ sQDt là \ei aeules paroles, comme oa le toH trèt*cléricales , que les chroni:{ueur8 contemporalDs pincent dans la bouche de Philippe- Auguste. Je n'ai rien trouvé sut la pompeuse cérémonie que quelques modernes ont rapportée et qui a servi de sujet à un beau tableau de M. Horace Vernet. Elle n'était point dans les habitudes de l'époque : tous ces discours à la Louis XIV, tout ce grandiose k la Napoléon, sont étrangers mz mœars da i3« siècle et au système de fidélité féodale.

LB8 DEUX ARMÉES A BOUViKB. 255

)OÎe , que s'il derait aller à une noce ov^ à une fête. Alors , les hérauts d'armes crièrent : « Aux armes, barons! aux armes! »Trompes et bucines commencèrent à retentir, et les cheyaliers qui aTaient déjà passé le pont, revinrent sur leurs pas pour se ranger en la bataille ; les clercs qui étaient présens , derrière le roi , et particulièi^ment Guillaume -le -Breton entonnèrent les Psaumes de Darid".

Les deux armées s'étendirent dans les plaines de Bouvine, le jour de dimanche, 127 juillet 1214*. Othon ayait éprouvé quelque sui^rise de la subite volte-face des Français; néanmoins , il déploya ses lignes , embrassant le plus vaste développement. Le% soldats de face germaine ou anglaise ^ furent grandement in-

1 Je vais saWre, pour tout le récit de cette bataille, Guillaumele-BretoD , en le comparant ayec la chronique de St.-Denis. GttUlauoiè était présent à la bataille, derrière le roi: « In ipsfthorâ 9tabant retrd regem, non|prociil ab iito, capellanuç qui scripsit hiec, el quidam clericus qui, andito tubarum clangore, cecinerunt psaltnum : benedictus Deus meus, qui docet manus mcasad prœlium, » Les cbr6nl({ueft de St^-Denis sont comme le registre officiel de cette époque.

2 Facta est haec belli congrcssio meose julio, VI Kalend. August. Math« Taris, ad ann. 1214. Ce. qui tombe précisément au 27 juillet.

256 l'kvÊQITE de âENLIS RANGE LES BATAILLES.

commodes du 8o|^ii dont les rayons frappaient leurs yeux; toutes les manœuvres qu'ils firent afin d'éviter cette position malheureuse pour le combat, n'y purent rien. Le fit>nt de l'armée allemande s'étendait environ sur deux mille pas; c'était comme une vaste barre de fer luisant. Au milieu d'un carré de lances très-profond, Othon s'était placé avec l'étendard de l'empire, entouré de faisceaux d'armes, et traîné sur un vaste char. On voyait le dragon enlacé au pal, et l'aigle planant au <- dessus '• Le roi avait confié l'ordre des batailles à l'évéque Garin , plein d'expérience des choses de la guerre et qui avait fait ses études de Polybe et des anciens. Le guerroyant évêque, quoique à la tête d'une armée moins nombreuse , vit bien qu'il fallait étendre également les ailes pour ne pas se laisser déborder, par Tennemi*. Le premier front de bataille occupa un espace de mille et quarante pas. L'évéque de Senlis s'en était réservé le commandement; on y voyait le duc de Bourgogne , Matthieu

i Erigit in carro paluro , palûqae draconem

Implicat, ut posait procnl hinc atque inde videri. a Ghroniq. de St.-Denis. Dm. Brial, t. ztii, p. 4^.

X'ORIPLAMMC. 257

^e Montmorency, le comte de Beaumont^ le TÎcomte àé Melun et le comte de St.-PauJ.

On avait «otipçonné celni-ci d'intelligaice avec les confédérés.. Interrogé par Tévêqûe; il répondit : « Frère Garii», par la foi que }é vous dois et less eoup$ ,que je vais férir, lè roi aura en moi aujourd'hui un bon trattre; et bien s'en apercevra l'ennemi*. » Enoe corps de bataille était l'oriflamme , tissu de soie d'un rouge éclatant , en tout point semblsJïle aux bannières dont on a coiituine de se servir pour les processions de :Y&^ glise en d^ certain» jours fixés par l'usage* Son droit était d'être portée çn avant de toutes lés autres bannières t e^ Fabb^ de St.> Denis avait coutume de là iiemettre^ au roi lorsqu'il partait pour une guerre sacrée*.

I Ghroniq. de St. -Denis, p. 407 aux notes.

a VeiiUiim simplex, cendato simpUcetextain.,

Splendoris rubei , lethania qu aliter uti Ecclesiana soiet certis ex more diebus :

Qood cùm flamma habeat valgariter anrea nomeii, Omnibus in belfishabet omnia signa prcetre, ^ Qqod régi pracstare solet Dioùysios abbas Àd beUum quoties sumptis proficiscitar annis.

Chant xf .

f III. 17

258 HABANGUB DU ROI

Derrière roriflamme de St.-DeuU était ce qu'on appelait la bataille du roi, où se trouyait Philippe entoure d'une nombreuse che* ▼alerie, Guillaume des Barres, Barthélémy de ftoye, Gautier le jeune, Pierre de Mauvoisin , Etienne de Longch^mp , Guillaume de Mortemart, Guillaume de Garlande; ils détendaient leur suzerain comme hommes liges, Tieille tradition de La fidélité germanique.

Le roi parcourant les rangs pressés de sa che- Talerie disait à haute voix ; «(Seigneurs barons, notre fiance doit être en Dieu; Othon et tous les siens sont excommuniés par notre saint père l'apostole parce qu'ils sont ennemis des choses de sainte Église; les deniei*s*qui leur sont donnés ont été acquis des rapines des clercs ^ et des moustiers (monastères). Mais nous sonunes^dèles et de vous avoir la victoire '.

On répondit à cette harangue par de longues acclamations. Tandis que l'évéque de Senlis continuait à ranger la chevalerie fi:*ançaise en bataille, mettant toujours les plus hardis en avi^^t, et ceux dont le cœur était moins haut en arrière , il leur répé-

1 Ghroniq. de St.-Denii, ibid.^ p. ioj.

LA BATAILLE s'eNGAGE PAR LES SERGENS ^Q

lait i a Sires dievaliers, le champ est grand ; élargissez-Tous parmi vos rangs, afin que vos ennemis ne vous enlacent. Arrangez-vous de telle manière que vous puissiez combattre tous ensemble en un même instant et sur une même ligne ^. »

La bataille s'engagea par i5o sergens d'armes à cheval qui fondirent sur les chevaliers allemands et flamands ; c'étaient gens de la commune de Soissons * qui montrèrent ainsi une courageuse ardeur. Les nobles hommes de Flandre et de Germanie ne bougèrent pas de leur rang, (c car ils eurent grand desdaing de ce qu'ils étaient premièrement attaqués par sergens , et non mie par chevaliers. » Ds ne voidaient pas riposter contre les coups de ces gens de menu peuple. Mais quand ils se virent pressés, leurs chevaux jblessés, par ces braves bourgeois de Soissons, qui, ne pensant pas qu'il fallût agir mollement, les renversaient

1 Ghroniq. de St.-Denis ibid, .

2 II envoya avant C. et L. serjanz à cheval ponr commencier la

batiûlle Li^rjanz si estaient nés de la rallée de Soissons ,

plain de grant prouesse et ne se combattaient pas moins vertueusemnet à pié que à cheval. P. ioj et 4o8.

260 J^ÊLÉB» 9B C0EVAIiERtE«

de leurs chevaux avec rudeftie et les foulaieul aux pi^a; alon» les FlamaadB s'ébraulent et qhargeot Ip^ sergens; une fois ces bourgeois dîspei*(iqs , Eustache de IVbiquilin , cheyalier de Flandre, s'élance daii» la plaine poussant ce cri : Mort aux Français ' ; il est suivi d- une n^uttitude de nobles hommes qiii yieiment provoquer les baroos de Franjoe.'

Michel des Harmes sort des ran^ et se précipite contre Ëustaohe qui continuait à crier : . Mort ûux Français ^ et lui transperce son bou- . dier'; Ëust^cbe. fond «ur son adversaire la lance en arrêt ; il atteintle cheval qui « blessé il mort ^ se roule sur la terre avec son maître. Alors volent à son secours ^ Hugues de Malaune , Pierre de Rheims , le comte de Beaur moQt, le cpmtç de Sancen^e, Ga:Ucber dç ChAtiUon et Matthieu, de Montmorency • Le çQiqité Fernand, ajQoompagnédc ses chevaliers d^f'landre, court s'opposer à leurs rudei^coups. Le combat s'engage corps-à -corps; on ne

1 Chroniq. de St.-DenU» Brial, t. xtu, p. 46.

a TJa chevalier de leurs gens qui estoit nomes Eustaces-Maquelines, commença à crier à baufe voix par grant orgueil : A la mortt à la mort aux Français ! p. 4oâ.

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HAUTS FAITS O' ARMES. â6l

toit que haches d'armerf levées Ée proÂietiâm sur les hauts cimiersf lès glaÎTes sdnt t}t*és, iriaîs le fër ne peut atteindre les noblieshômnies « tant ils ont rctétu feiirs corps de ttia3|^ de fer, de pièces de euîr , et de dures armutes. n Michel des Harmes , aidé de ses compagnons , se releva de dessous son cheval horriblement &tigué, et remontant sur un nouveau coursier^ il i^ance encore contre Eustache de Maquîlin; il le serre dans ses bras vigoureut , lui enlève son casque» et après lui avoir découvert le visage^ et la gorgé; il le frappe en disant r « Ta ciimsmort aux Français; eh bien , voilà ce qu'ils; Renvoient V. » Dans éette première mêlée Gauthier 4eOfaistell« fiit fsiitprisonnier par les chevaliers de France; il avait désarçonné Hugues de Malaune; maisî celui-ci se rafiermissant sur ses étrieHs , le frappa avec tant de forcé, qu'il le contraigmt- de «e rendre. Il y avait aussi un jeune et joyeux chevalier flamand qui allait dans la mêlée criant à haute voix : Que chacun maintenant

tu Bfortem quam Francis iaclamas acçipe, diiit*

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