‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 5)Chapitre 140 sur 336 · VOYAGE DE LA FLOTTE FRANCAISE · texte numérisé non relu

VOYAGE DE LA FLOTTE FRANCAISE

la mer, parcoururent successivement:les lieux ouelle ronge les rivages blanchâtres du paysdes Blavotins, ceux où la Flandre se prolonge en plaines marécageuses, et ceux où l'isengrin, puissant à la guerre, armé de son glaiveetde sa lance, parcourt la terre, combattant sans cesse , et ceux encore où les. habitans de Furnes , environnés d’un golfe, labourent seuls les champs, et où le Belge montre maintenant ses pénates en ruine, sa maison à demi-renversée, monumens de’son antique puissance ÿ ces lieux où le peuple Nervien grand par ses armes, livra de fréquentes batailles, le Nervien, que toutes les forces de Romene purent subjuguer entièrement, n1 contraindre à payer un tribut fixe. En ces lieux habite le Belge, inventeur du charriot de guerre , appelé Corvins, selon que l’atteste Lucain , puissant par ses richesses et par ses armes, el par ses forces, jadis grand ennemi des Romains, et tellement illustre dans le monde entier, que la Gaule recut autrefois le nom de Belgique.

Partant de ces lieux, la flotte entra joyeusement dans le port qui a recu le nom de Dam,

1 Dan, Damme. (Voyez l'index géographique à la fin de cette histoire).

|. ARRIVÉE DE LA FLOTTE A DAM. 177 port tellement vaste et st bien abrité, qu'il pouvait contenir dans son enceinte tous nos navires. Là, est une belle cité baignée par des eaux qui coulent doucement, fière d’un sol fertile et du voisinage de la mer, et de l'agrément de sa situation ‘. » |

«On trouva à Damdes richessesapportées par des navires de toutes les parties du monde, des masses d'argent non encore travaillées, et de ce métal,qui brille de rouge, les tissus des Phéniciens, des Sères ( Chinois ) et de ceux que les Ciclades produisent’; des pelleteries variées qu'envoie la Hongrie, de véritables grains destinés à la teinture en écarlate, des radeaux chargés des vins que fournissent la Gascogne , ou La Rochelle, des fers ou des métaux, des dra- peries et d’autres marchandises que l’Angleterre ainsi que la Flandre avaient déposées en ces lieux pour les envoyer de là dans les diverses terres. L’avide pirate Savari, et les hommes qui formaient sa troupe brutale, secondés en tout point par le routier Eudoc et

1 Guill. le Breton , chant 1x.

à Stamina Phœnicum, Serum, Cicladumque labores.

Ibid.

æ, ll. 19

1795 PRÉPARATIFS DE LA FLOTTE ANGLAISE; par ses compagnons , enlèvent toutes ces richesses aux habitans de ces lieux, sans égard pour la convention conclue avec eux.

ne craignant point de violer la foi promise et de méconnaître leur serment ; ces péchés amentrent sans doute le désastre de notre flotte. » |

Ce ne furent point les péchés des Francais , mais les traités d’alliances entre le comte de Flandre et le roi d'Angleterre, qui préparèrent la destruction des barques sur le rivage. Dès que Jean eut appris que les vassaux de Philippe avaient gagné la mer et qu'ils se dirigeaient vers le nord, il fit hâter les préparatifs pour le départ de ses hommes réunis à Portsmouth :.

Les barons furent sommés de rester sous les armes, et comme la plupart des causes de dissentions intérieures étaient momentanément appaisées par l'hommage à la cour de Rome, les possesseurs de fiefs, les chevaliers.et les marins des cinq ports ne firent aucune difficulté pour se mettre en mer; le roi Jean fit venir auprès de lui le comte de Sarisbury, et lui confia

3 Math. Paris, ann. 1215.

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