‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 5)Chapitre 166 sur 336 · PARTAGE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

PARTAGE DE LA FRANCE

Les desseins des confédérés étaient publics ; on en parlait dans tous les castels et dans tous les monastères de la chrétienté. Les princes devaient d’abord anéantüir la suzeraineté royale en la race Capetienre. L'empereur Othon aurait succédé à toutes les suprématies féodales, et devait posséder en propriété les terres orientales de la monarchie. Le roi Jean se réservait, outre les provinces héréditaires des Plantagenets, les fiefs au-delà de la Loire, en un mot tout ce qui parlait la Langue-doc. Le comte de Boulogne se donnait le Vermandois. Fernand, comte de Flandre, s'était tant amusé à Paris avec les folles filles et les jongleurs, qu'il désirait la seigneurie de cette grande cité et de son territoire; 1l se serait fait proclamer comte de Paris. On devait abolir les mauvaises lois et nouvelles coutumessur la juridiction royale et la confiscation suzeraine; chaque baron, vassal et vavasseur, Châtelain, possédant fief, reprendrait ses anciens privilèges, ses prérogatives d’indépendance et d’affranchissement , et la suzerainetéseraitréduiteà ce qu'elle était au XT° siècle’.

Les barons voulaient surtout introduire les

1 Voyez le curieux discours d’Othgn que nous rapportens ciaprs,p. 298.

RÉFORME RELIGIEUSE. 211 ‘formes d'élection, telles qu'elles existaient dans l'Empire ; et le choix qu'ils faisaient d'Oihon, empereur d'Allemagne, montrait leur désirde détruirele système d’'hérédité, qui semblait prévaloir dans la monarchie de France, pour lui substituer lesinstitutionsgermaniques.

À ces changemens politiques se rattachait une réformation relgieuse. Les princes, et barons coalisés devaient réduire l’église à sa simplicité et à sa pauvreté primitives; les abus de la puissance romaine avaient excité contre les clercs comme une de ces croisades qu'ils avaient si souvent eux-mêmes provoquées par d’autres motifs, On murmurait dans les camps contre les richesses des évêques et des moines, on parlait de mettre la main sur leurs biens pour les répartir ensuite enire les hommes d'armes et les vassaux ’. Cette idée trouvait des échos parmi les rois que la puissance de Rome avait si souvent blessés, et surtout parmi les petitsvassaux et vavasseurs qui désiraientéchanger leur pauvreté contre les beaux fiefs d'église.

i Villas et decimas majores miles habeto,

Et quibus est curæ respublica qui populos, qui

Pugnando faciunt in pace quiescere clerum.

{ Gme:-le-Breton , chant x.}

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