MARCHE DES CONFÉDÉRÉS
souvent il quittait le corps de ses chevaliers, et: grimpant sur'les hauteurs, 1l cherchait à voir. quelle était la marche des confédérés. Tandis. que les Français précipitaient la retraite, léurs bannières flottantes dans les airs, Garin, suivi de quelques hommes, vint jusqu’à Mortagne ; désirant apprendre quelques nouvelles, il monta sur un tertre assez élevé, et ses regards. s'étendant au loin, il apercut des forêts de lances couvrant l'horizon comme autant de points noirs ; ilétait même impossible de lesembrasser d’un seul coup d’œil; les casques, frappés par le soleil, répandaient une vive lumière ; les flancs des chevaux étaient jaunis par la rouille, le balancenient des gonfanons agitait l'air. Alors Garin dit à un des chevaliers qui l’accompagnaient : « Reste ici pour suivre les mouvemens des confédérés; tandis que je vais prévenir le roi d’arranger les batailles, car 1l n'a confiance qu’en moi’. »
En effet, l'évêque vint avertir le roi que l’ennemi savancait @m masse; Philippe manda.
ses barons pour requérir quel conseil 1l fallait suivre. « Mais 1ls ne s’accordèrent pas mult àla.
& «4... Ali non crederet ipse. Ibid.
LE ROI S'ARME ET PRIE. 2353 bataille, et dirent qu'il fallait toujours se retraire, jusqu'à ce qu'on eût passé le pont. » D'ailleurs, direntils, c’est un jour de dimanche, les confédérés n’oseront pas violer par une bataille le saint temps du repos, et nous en profiterons pour mettre la rivière entre eux et nous. Cet avis fut adopté par le roi.
Tandis que Philippe se reposait àl’ombred’un frène’, tout auprès d’une petite chapelle, accourent haletans, deux messagers des barons qui étaient en la bataille d’arrière-garde. « Sire roi, dirent-ils, le vicomte de Melun et les hommes légèrement armés, sont en grand péril ; les confédérés les ont vivement attaqués, le vicomte ne répond pas qu'il puisse résister. » |
À ces mots le roi dit: « Eh bien ! il faut combattre ,» et entrant dans la chapelle auprès du frène, il s’agenouilla. « Voici que le Scigneur me donne ce que je désirais *; la bataille arrive.
1 Tandis com li rois se reposait un petit desoz l’ombre d’un fresne. Chroniq. de St.-Denis, ibid. t. xvir, p. 406.
2 Ecce quod optabam dominus mihi contulit ultro ; Fcce supra meritum, præter spem , gratia nobis Sola Dei confert quod votum præterit omne.
{Guili.-le-Breton , chant x),