VAILLANCE ET MORT DU ROI D'ARAGON
pidité. Or, voici ce qu'il advint : en commencant le combat et par les conseils de ses fidèles qui savaient la conquration , le roi d’Aragon avait échangé ses armes et ses couleurs contre celles d’un de ses chevaliers , afin qu’on ne püt le reconnaître, et ce noble vassal, par dévoüment, s'étäit ainsi exposé à la mort. Lorsque les Francs s’avancèrent sur le corps de bataille, pour chercher Pierre d'Aragon, ils y furent trompés. Alain de Rouci courut la lance en arrêt contre le chevalier royalement caparaconné; mais ayant trouvé une faible résistance , ils’écria : « Amis, ce n’est pas le roi, car il est meilleur jouteur. » Pierre qui n’était pas bien loin, entendant ce propos, piqua son coursier, vint tout au devant d'Alain, et. découvrant sa visière, dit d’une voix forte:
« Vraiment ce n'est pas lui, mais le voici. » D'un coup de lance, il désarconne le baron de France, et se jette au plus fort de la mêlée. Lorsqu'on connut, dans les rangs des hommes du comte de Vontfort, que le roi d'Aragon était parmi eux, tous leurs efforts furent dirigés contre lui’. Ce vaillant prince
t Guill. de Puy-Laurens, tbid.